De Eredan.

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Sommaire

Acte 5 : La guerre de Sol'ra

Bramamir

Rassemblement

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“Un jeu d’enfant” pensa Ti Mousse alors que la porte d’un coffre-fort dissimulé derrière un tableau s’ouvrait en silence. Il jeta un coup d’œil dans le bureau du gouverneur des Iles Blanches. Aucun bruit, aucun mouvement, rien qui puisse lui faire dire qu’il était repéré. Il attrapa son sac à dos déjà bien alourdi par quelques objets conçus spécialement pour sa mission. Sans examiner plus en avant le contenu du coffre il en vida l’intérieur, sans laisser la moindre petite chose. Une fois cela fait il referma la porte puis replaça le tableau sur lequel était peint le portrait d’une horrible femme boudinée dans une robe trop petite pour elle. “Bon à présent, sortir de là !”.


Bramamir était la capitale des Iles Blanches. La cité portait depuis la fin de la guerre contre Néhant le nom de l’ancien royaume sur lequel cette république avait été créée. Grâce à d’ingénieux systèmes une multitude d’îles volantes étaient rattachées à la gigantesque île principale, cette dernière étant le poumon économique et social de la ville. Le gouverneur, dirigeant de la république, résidait dans l’une des ailes de l’ancien château royal qui fut en partie détruit durant la guerre. A présent les tours détruites étaient devenues des jardins au milieu desquels se trouvait le mémorial en l’honneur du dernier roi de Bramamir. En cette journée pluvieuse, la garde était minimale. Les rares soldats en faction s’étaient vu largement graissés la patte par un des ministres acquis à la cause pirate afin que ceux-ci aillent faire un tour ailleurs durant une petite heure. Aussi fut-il facile pour Ti Mousse de s’introduire là où il fallait sans rencontrer le moindre obstacle.


Quelques jours avant cela, Al la Triste et son équipage fouillaient les décombres de l’Amiral et de la Dame Noire après un combat acharné. Armada et Klémence exultaient de pouvoir récupérer divers objets utiles à leurs expériences respectives.

- Récupérez tout ce que vous pouvez, l’reste vous l'laissez ! J’veux des informations ! Hurla Al la Triste.

Outre l’ordre très approximatif l’idée globale était simple : découvrir le fin mot de toute cette histoire. Jon, bien qu’incapable d’exprimer la moindre émotion, du moins physiquement, récupéra quelques affaires éparpillées dans les décombres de l’Amiral, le navire qu’il avait fidèlement servi durant très longtemps. Puis, en soulevant une large planche en partie calcinée il tomba sur un étui à parchemin fait de cuir et frappé des armoiries du gouvernement des Iles Blanches. De ses doigts sans vie il tira sur le fin fil de cuir tenant le couvercle, puis laissa échapper le parchemin avant d’en lire les premières lignes. A ce moment là, s’il avait eu des sourcils, il les aurait relevés en signe de surprise.

- Capitaine, vous devriez lire ceci, dit-il en apportant sa trouvaille.

Al la Triste parcourut la lettre assez rapidement, puis l’écrasa dans sa main de fer avec colère.

- Le fumier ! Raclure de fond de cale ! Marin de mer ! Ah c’est comme ça !? On va lui faire comprendre !

La jeune femme qui dépassait tout le monde d’une bonne tête repartit en direction de son navire posé non loin de là.

- Œil de Gemme, Jon, retrouvez-moi dans mes appartements dans une heure. Les autres finissez l’fouilles et prenez s’qu’il y a à prendre.

Une heure plus tard les trois personnes les plus importantes de l’équipage étaient réunies autour de la table ronde du capitaine. Al la Triste avait disséminé à sa surface divers éléments dont une majorité de choses trouvées dans la dernière heure passée. Œil de Gemme examina quelques-uns des parchemins sans plus y faire attention, attendant que son capitaine prenne la parole, quand à Jon, il n’exprimait rien, comme d’habitude.

- Bon, j’ai reconstitué l’truc et j’ai découvert que not' ami Akeyros avait autorisé une partie de la flotte de la république à accompagner s’troufion dégénéré de Palpegeuse. A mon avis y’aura d’autres visites, va falloir qu’ça cesse et faire l’ménage.

- Akeyros... le gouverneur ? Interrogea Œil de Gemme.

- Lui-même ! Répondit le capitaine sur un air dépité. Et ce malgré l’traité entre nous et eux, ajouta-t-elle en plantant une dague dans un symbole néhantiste dessiné sur une feuille.

- Je ne vous avais pas menti. Le gouverneur travaille secrètement à la prochaine élimination du problème le plus épineux pour lui, nous, les pirates. Je crains, hélas, que pour se faire il se soit acoquiné avec la vermine néhantiste, répliqua Jon.

- Et du coup qu’est-ce qu’on fait ? Demanda Œil de Gemme. Nous avons un pacte avec le gouvernement.

- Et bien nous allons “renégocier”, ironisa Al la Triste.

- Quel est votre plan Capitaine ?

- Nous allons commencer par faire comprendre au gouverneur qu’c’est donnant-donnant. Et qu’on est pas des pirates pour rien.

A ce moment là quelqu’un frappa énergiquement à la porte des appartements.

- Capitaine... euh... vous devriez v’nir sur le pont, dit Briscar.

- Qu’est ce qu’y a encore ? Dit-elle énervée en ouvrant la porte.

- Beh j’crois bien que notre victoire contre Palpegueuse se sait déjà. V’nez-voir.

Effectivement, le cimetière des pirates était plus animé qu’il ne le fut jadis. Les navires pirates rentraient les uns après les autres. Des petits, des gros, en bon état ou non. Les navires volants se positionnaient tant bien que mal pour éviter de se percuter les uns les autres. Les membres d’équipage de l’Arc-kadia furent ébahis du spectacle, ils pointaient les navires en donnant les noms de leur capitaine respectif. Al la Triste fut la seule à ne pas être ravie de cette réunion improvisée.

- Les fous, nous sommes vulnérables ici. Faut d’gager d’là !

Par un astucieux système de code le message fut passé qu’il fallait sortir de là et se réunir plus loin. Le gouvernement étant probablement désormais au courant de la position géographique de ce lieu sacré. Aussi accostèrent-ils tous l’Ile des Trois Vents réputée pour être un lieu aux vents changeants donc terriblement dangereux lors d’une éventuelle bataille. Jamais cet îlot n’avait connu un accostage aussi important. Aussi l’île trembla-t-elle lorsque les navires, ou tout du moins ceux qui le pouvaient, se posèrent non loin de la seule et unique bicoque qui y était, l’auberge-étape du Poisson-Vent. Son tenancier, un homme terriblement stressé et à la vie compliquée eut sa mâchoire décrochée lorsqu’il vit cette arrivée massive. Puis il crut enfin à son jour de chance. Aussi ouvrit-il en grand les portes de son boui-boui en sonnant l’état de guerre parmi son équipe composée de sa femme au service et de sa fille aux cuisines. Très vite toutes les tables furent occupées par les capitaines pirates et quelques uns de leurs hommes. L’atmosphère devint vite... chaotique, jusqu’au moment où Al la Triste se leva pour parler pour expliquer les récents évènements.

Souchi était la fille du tenancier, la tête résonnant encore des légendes sur les pirates, elle avait vu arriver ses plus grandes idoles. Al la Triste, la plus célèbre des capitaines pirates étaient là à quelques pas d’elle, reconnaissable à sa chevelure rousse, sa grande taille et son bras mécanique. La grande spécialité du coin était donc la préparation de divers plats à partir de poissons du lac salé, résidu d’une ancienne mer qui occupait la grande majorité de l’île. Aussi la cuisine n’était pas séparée de la salle où se trouvaient tables et chaises. Souchi attrapa son couteau et commença à préparer les commandes qui affluèrent vite. Pendant qu’Al la Triste exposait son plan, la jeune cuistot remarqua deux pirates non loin d’elle. En cela rien d’étonnant les lieux en étaient pleins. Mais ceux-là ils avaient l’air encore plus misérables et louches que les autres, d’autant plus qu’ils se chuchotaient quelque chose à l’oreille. Pourquoi est-ce qu’elle ne pouvait pas s'empêcher de douter d’eux ? Parce qu’en fait, en regardant bien, ils avaient beau être habillés de haillons et être crades, ils étaient rasés de prêt, chose très rares chez les pirates et surtout leurs épées, ainsi que leurs fourreaux étaient semblables à ceux du gouvernement ! Que cela ne tienne, ces deux-là elle les aurait à l’œil, et le bon !


Hors donc, retrouvons notre Ti Mousse, qui quelques jours plus tard continuait de suivre le plan de son capitaine bien aimé. Il se demandait vraiment pourquoi s’était Souchi et lui qui étaient les heureux gagnants de cette mission qu’il qualifiait aisément de suicidaire. Écoutant de l’intérieur des appartements du gouverneur il n’entendit rien dans le couloir aussi risqua-t-il l’ouverture puis le passage. Malgré ses bottes de cuir grinçantes et tous objets cliquetant dans son sac, il réussit presque à sortir du château... Presque, car hélas un garde, probablement plus zélé que ceux qui regardaient ailleurs vit l’infortuné pirate dont l’apparence présageait filouterie.

Ce fut là le début d’une course poursuite effrénée à travers la demeure. “Le plan B ! Le plan B !” pensa le jeune pirate en se dirigeant vers l’exact opposé de l’entrée du bâtiment principal. Dehors Souchi qui surveillait les alentours aperçut l’animation et des formes passer rapidement devant les larges fenêtres au rez-de-chaussée.

- J’en étais sure ! Plan B !

Elle courut alors jusqu’au bout du bâtiment et s’arrêta au coin. A l’intérieur Ti Mousse extirpa de son sac un masque étrange et le plaça sur son visage, puis dans la foulée tira une petite bouteille contenant un liquide verdâtre. D’un geste rapide il explosa la bouteille sur le sol devant lui. Immédiatement le liquide vert se transforma en un gaz opaque et terriblement nauséabond. Les gardes n’échappèrent pas à la puanteur et se retrouvèrent à vomir, cessant ainsi de courser Ti Mousse. Ce dernier appliqua le plan, sauver sa prise. Il brisa la vitre au bout du couloir, non pas pour se sauver car des larges barreaux l’en empêchaient, mais pour donner son sac à Souchi qui attendait là.

- Tu vas t’en sortir ? S’inquiéta ce nouveau membre de l’équipage d’Al la Triste.

- Ouais ouais, file ! L’alerte est donnée, je te retrouve au point de rendez-vous comme prévu, dit Ti Mousse en lâchant son sac avant de repartir dans les méandres du château gouvernemental.

Souchi quitta les lieux immédiatement, suivant le parcours qu’on lui avait donné : premier arbre à gauche, suivre le chemin de cailloux au fond du jardin, puis sauter la petite clôture et enfin passer la porte de la muraille préalablement ouverte par les soins des pirates. Enfin et c’était le plus facile, sortir de Bramamir sans se faire repérer et gagner le point de rendez-vous. Là elle attendit une bonne heure avant que n’arrive son complice, éreinté et surtout blessé.

- Ça va ? S’inquiéta sa camarade de mission.

- Je me suis viandé, ils m’ont vu et du coup ma tête va être mise à prix, mais à part ça... ça va ! La nuit tombe, allons retrouver l’Arc-kadia.


Quelques jours plus tôt, Souchi venait de préparer une bonne dizaine de plats lorsque les deux compères aux armes gouvernementales décidèrent de passer à l’action. L’un d’eux attrapa par le canon un fusil posé à côté de lui, puis le fit glisser sur la table avant de se positionner afin de tirer sur Al la Triste. Voyant cela, Souchi attrapa son énorme couteau, sauta sur son plan de travail avant de bondir sur le tireur. La lame se planta entre les deux os de l’avant bras et s’enfonça dans le bois, crucifiant l’infortuné. L’autre faux pirate tenta de s’échapper, mais hélas pour lui il était dans une impasse face à plusieurs dizaines des plus dangereux pirates ! En un rien de temps ils se retrouvèrent encerclés, saucissonnés, bâillonnés, et un peu (beaucoup) tabassés.

- Mettez-moi ces rats dans la cale d’mon navire, ordonna Al la Triste furieuse que l’on ait intenté à sa vie.

Du fait de cet incident, la réunion fut ajournée, mais les premières décisions étaient prises et ça allait bientôt sentir la poudre à canon ! Du fait de son incroyable intervention le capitaine proposa à Souchi de se joindre à son équipage. Contre l’avis de ses parents la jeune femme prit son baluchon, ses ustensiles de cuisine et quitta le “cocon” familial.

Le soir-même Souchi et Ti Mousse furent convoqués dans les appartements du capitaine. Cette dernière visiblement un peu imbibée d’alcool leur proposa de se joindre à la petite fête, qui en fait n’en était pas vraiment une.

- Mes p’tits gars ! J’ai une mission pour vous ! Un truc dangereux mais assurément utile pour nous ! Dit Al en entrecoupant sa phrase de lampée d’alcool. Z’allez r’prendre le traité de paix entre nouzautres et l’gouvernement ! On va leur mettre la bouteille profondément dans le...

Mais elle ne termina pas sa phrase.

- Nous ?

- Beh ouais, toi parce qu’il s’rait temps qu’tu t’rendes utile, et toi Poulpi, parce que t’es nouvelle et qu’je peux renouveler l’expérience que j’ai eu avec l’moussaillon là.

- Souchi pas Poulpi, insista la cuistot.

- S’pareil ! Allez vous préparer, voyez l’Briscar pour faire un plan et les mécanos pour l’matos !

Faire front

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La trappe de la cale grinça lorsque Al la Triste l’ouvrit. La lumière s’y engouffra, éclairant les deux prisonniers du gouvernement des îles blanches. Les deux hommes couverts de chaînes tournèrent la tête aveuglés par la lumière. Voilà déjà deux jours qu’ils étaient là dans le noir total, sans manger ni boire. Le capitaine de l’Arc-Kadia dévala les escaliers de bois en lâchant quelques jurons.

- Bon les p’tits gars, c’est l’heure de cracher c’que vous savez, dit-elle en se penchant vers l’un d’eux. Y’a que deux options pour vous. Un, vous dites tout c’qu’on veut savoir sur qui vous envoie et tout et tout, dans ce cas ça s’passera bien pour vous. Deux, vous fermez vos mouilles, dans ce cas j’vous brise les os un par un, puis quand vous aurez bien souffert hop à la planche, direct dans le Vortex !

La seconde perspective n’enchantait pas vraiment les deux pseudo-assassins mais ils avaient reçu un entraînement militaire aussi ne parlèrent-ils pas... du moins dans un premier temps. Al la Triste eut tôt fait d’être agacée, aussi commença-t-elle par briser un doigt de l’un d’eux. Ce qui, pour quelqu’un possédant une main mécanique était une opération des plus faciles.

- Alors j’continue ou tu m’dis tout ?

- Nan nan c’est bon, arrêteeez ! Dit l’infortuné prisonnier. J’vais parler, nous...

- Tais toi !! Hurla l’autre prisonnier, on doit rien dire !

Al la Triste enfonça son poing mécanique dans la figure du résistant qui se retrouva évanoui la tête contre le sol crasseux.

- R’prenons, t’allais m’dire des trucs, j’t’écoute.

- D’accord je vais vous dire, mais en échange vous me débarquerez sur une île de mon choix en périphérie, d’accord ?? Demanda-t-il en se tenant la main totalement endolorie par l’index brisé.

- D’accord, on fait ça.

Al la Triste claqua la trappe de la cale avec un sourire satisfait sur le visage. Elle avait les informations qu’elle voulait. Le bras de fer entre le gouvernement et les pirates débuta à ce moment là. Jon, Bragan, Foudre-bec et une bonne partie de l’équipage attendaient les révélations du capitaine.

- Alors madame, est-ce que ces vils agents du gouvernement venus tenter l’assassinat sur votre belle personne ont parlé ?

- Ouaip, personne ne m’résiste ! Par contre va falloir faire une réunion des cap’taines. Prévenez ceux qui ont accepté d’joindre leurs forces aux n’tres, ils sont conviés ici-même.


Déçue de ne pas avoir une réponse immédiate la troupe se dispersa et chacun retourna aux activités habituelles, à savoir pour la plupart ne rien faire. Les autres capitaines furent prévenus de la petite réunion et à la faveur de la nuit deux d’entre eux seulement avaient répondu à l’appel, mais pas n’importe lesquels. Azalys Cinq Fois Veuve, capitaine de la Veuve Noire et Corc le Moche capitaine du Foudre de Guerre avaient posé pied sur l’Arc-Kadia. Ils furent invités dans les appartements d’Al la Triste. La réunion commença avec la présentation de Jon le flibustier comme ancien capitaine de l’Amiral. Mais un autre invité arriva au moment où tous ces chefs pirates finissaient les civilités d’usage, fort nombreuses chez les pirates. Un bruit sourd se fit entendre comme un moteur bourdonnant. Klémence qui se baladait vit arriver un vaisseau deux fois plus grand que l’Arc-Kadia, ce mastodonte cacha les rayons de lune. La jeune mécanicienne n’en crut pas ses yeux lorsqu’elle reconnut le navire et le pavillon.

- Waoouuuu ! C’est le Titan de Fer !!! Dit-elle les yeux brillants des feux de la passion.

Klémence sautilla en voyant le bateau s’arrêter au niveau du pont et installer la passerelle entre eux. Elle n’en pouvait plus tellement les machineries visibles étaient incroyables. Il n’y avait pas un seul être vivant, uniquement des automates réglés à la perfection par leur capitaine. D’ailleurs celui-ci sortit sur le pont du Titan de Fer. Klémence avait le cœur qui battait fort, son idole, celui qui avait provoqué sa vocation était là. Lorsqu’elle le vit mieux, confirmant son identité elle ne se retint pas plus au grand étonnement des autres pirates. Elle intercepta ce qui pour elle était une superstar, le bien nommé Mestre Galène, le plus ingénieux des mécaniciens, véritable génie dans son domaine. L’homme devait avoir la trentaine, emmitouflé dans une armure de rouages.

- Dis moi petite, peux-tu me dire où je peux trouver Tristounette ?

- Euh euh euh, dit-elle en sautillant autour de Galène, époustouflée par la machinerie.

- Ça veut dire oui ?

- OUI ! OUI ! Venez ! Répondit-elle se posant un millier de questions sur ce qu’elle voyait.

Al la Triste entendant l’arrivée d’un nouveau navire fit patienter ses invités jusqu’à ce que Klémence débarque avec un nouveau capitaine. Ce qui retarda encore plus les choses car tous allaient repartir dans les présentations d’usage. Klémence colla Galène jusqu’à temps que ce dernier lui demande ce qu’elle voulait.

- Je.. je peux jeter un œil au Titan ? Je suis l’un des mécaniciens de l’Arc-Kadia, je vous adore !!!

Cela fit rire Galène.

- Oui tu peux, mais ne touche à rien !

Elle s’en alla, braillant des “Yaoouu” à tour de bras.

- Bien ! Lança Al la Triste, il est temps d’causer plan d’attaque !

- Avant cela, permettez-moi de porter à votre connaissance les dernières informations dont je dispose, coupa Galène. Mes automates espions m’ont appris que le gouvernement préparait un nouvel assaut...

Dehors Crochet, à l’écart des autres, grommelait comme à son habitude. Une malédiction pesait sur ses épaules depuis bien des années. Lors de la rencontre avec Palpegueuse/Morte-gueuse il sentait que quelque chose changeait au fond de son cœur. Une petite voix lui parlait, perverse, maline et manipulatrice.

“Regarde ce que tu es devenu, un paria, même au sein des tiens tu es mis au ban ! Souviens-toi de qui tu étais autrefois ! Un valeureux pirate craint de tous. Personne n’aurait osé te traiter de la sorte. Cette Al la Triste aura ta peau.”

Les mots firent mouche car la voix ne faisait que répéter ce qu’il ressentait réellement. Il devrait être le capitaine de ce navire, il l’avait déjà été une fois il y a fort longtemps.

- Quoi faire ? Demanda-t-il à haute voix.

“Reprends ce qui est à toi ! Tu pourrais aisément devenir le nouveau maître de l’Arc-Kadia et plus encore, soumets les autres capitaines, puis prends le pouvoir des Iles Blanches !”

- Mais comment ?

“Laisse-moi faire !”.

Crochet tremblait de tout son être, il sentit son bras le brûler et une force magique s’emparer de lui. Il se laissa aller, s’offrant à cette puissance nouvelle. Son bras gonfla, puis le reste de son corps suivit le mouvement. Il se mit à grandir et changer pour prendre l’apparence d’un démon. C’était toujours Crochet mais sa peau était sombre et des cornes ornaient ses tempes. Les autres pirates réagirent vite en le voyant, sonnant l’alarme. Briscar s’interposa en premier et tenta de donner un coup avec sa pelle fétiche. Hélas celle-ci se brisa sur le mollet de ce Crochet démon.

- HAHAHA tu n’es qu’un moucheron Briscar, dit-il en lui assenant un coup du revers de sa large main. AAAAAAALLL vient m’affronter et crève comme la fille de charogne que tu es !!

La discussion avait commencé entre les différents capitaines. Galène expliquait un plan de combat plutôt novateur et audacieux, mais qui permettrait de défaire les forces de la république. Une bataille permettrait à un groupe de retourner à la capitale pour accomplir une nouvelle mission extrêmement dangereuse. C’est à ce moment là qu’il y eut du grabuge dehors. Plusieurs bruits de pas précipités se firent entendre dans le couloir menant aux appartements d’Al la Triste.

- Capitaine capitaine ! Hurla Ardranis, venez vite !

- Décidément on peut jamais être tranquille dans ce rafiot ! Râla Al la Triste en ouvrant la porte.

A ce moment là se fit entendre la grosse voix de Crochet, modifiée par sa nouvelle condition de démon, sommant Al la Triste de se montrer.

- Qu’est ce qu’ya ? Demanda-t-elle à l’Elfine.

- C’est Crochet il ressemble à un monstre et tape sur tout ce qui s’approche.

Al poussa Ardranis de son chemin et se mit à courir, suivie des autres capitaines curieux de voir ça. Personne ne fut déçu du spectacle, le démon mesurait bien presque trois mètres et avait balayé une bonne partie de l’équipage. Crochet vit Al la Triste et se fraya un chemin jusqu’à elle.

- Une fois que je t’aurais buté je reprendrai l’Arc-Kadia !!

Crochet tenta de mettre un coup de poing mais la jeune capitaine lui opposa son bras mécanique et encaissa la charge sans trop de problème. La machinerie grinça et la mini chaudière cracha sa vapeur sous l’effort. Personne n’osa intervenir, assistant ainsi à une sorte de défi, un règlement de compte. Al dégaina son arme et canarda le démon, faisant ainsi parler la poudre. Les balles sifflèrent. Tout le monde se cacha derrière ce qu’il pouvait afin d’éviter d’en recevoir une. Les balles ricochèrent sur l’épaisse peau du démon et visiblement même les torgnoles à grand coup de poing en fer ne lui faisaient pas grand chose. Crochet railla son adversaire à grand renfort d’insultes pirates. Galène et Azalys décidèrent d’intervenir, car outre le fait qu’Al la Triste n’avait pas le dessus, l’Arc-Kadia risquait d’être endommagé, risquant un plongeon dans le gargantuesque Vortex noir situé sous les Îles Blanches. Galène sortit d’une pochette de cuir un drôle d’appareil qui se déplia pour devenir une araignée mécanique. Il régla vite fait l’engin grâce à plusieurs molettes et la posa sur le sol. L’araignée se dirigea tout droit vers le démon. Quant à Azalys, depuis le début du combat elle assemblait un fusil au moyen de nombreuses pièces dissimulées un peu partout sur elle. Elle eut fini à peu près au moment où l’automate de Galène se mit à grimper sur le démon. Elle porta aussitôt le fusil à l’épaule, visa la tête et tira.

La balle fila à une vitesse hallucinante et s’écrasa contre le front de Crochet. Mais elle ne fit rien d’autre que provoquer un mouvement de recul. Galène activa à distance son araignée qui avait grimpé jusqu’à la nuque du démon. Celle-ci délivra alors une forte charge d’énergie qui provoqua une douleur importante. Corc qui examinait plusieurs plans décida d’agir à ce moment, profitant des éclairs émis par la création de Galène. D’un geste ample il amplifia les éclairs et les localisa à la tête. Crochet hurla, l'électricité lui provoquait des spasmes le paralysant.

- Son bras ! Coupe lui son bras ! Cria Bragan caché derrière un tonneau et à l’attention de son capitaine.

Al n’hésita pas une seconde, elle lâcha son pistolet, tira son sabre du fourreau et s’élança lame en arrière. Crochet vit arriver le Capitaine sans rien pouvoir faire. Avec la rapidité et la force du coup la lame sectionna net le bras au niveau de l’épaule. Le bras vola et s’écrasa quelques mètres plus loin sur le plancher du pont. Crochet s’écroula instantanément en reprenant une apparence plus humaine. Les pirates présents acclamèrent les capitaines. Bragan lui ne se réjouit pas si vite, le bras de Crochet brillait intensément d’une lueur rouge, laissant présager une nouvelle fourberie Néhantique. Et il avait raison car une forme fantomatique se dessina.

- Capt’ain ! CAPT’AIN !! Cria Bragan montrant le bras.

Al, Galène, Azalys et Corc s'agglutinèrent autour du “truc”, qui en réalité était le démon qui venait de posséder le “pauvre” Crochet. Sans attendre Al donna plusieurs coups de sabre au travers de la forme, mais sans aucun effet.

- Haha... Je ne suis pas de ceux que l’ont peu avoir avec une lame Al la Triste ! Vous vivez vos dernières heures, lorsque vos navires seront avalés par le grand maelström, cette partie du monde nous appartiendra. Toute résistance est futile !

- Tu crains pas les lames hein, mais est-ce qu’tu sais voler ? Demanda Al en donnant un grand coup dans le bras pour l'éjecter du bord de l’Arc-kadia.

Le démon hurla un “NOOOOOOOON” prouvant ainsi qu’effectivement il ne savait pas voler.

- Bon, pr’nnez soin d’Crochet, on réglera son cas plus tard. Ordonna le capitaine. Merci à vous Cap’taines, l’était costaud l’bougre.

Quelques jours plus tard, la flottille pirate composée de la Veuve Noire, du Titan de Fer, du Foudre de Guerre sous la direction d’Al la Triste à bord de l’Arc-Kadia arriva en vue de la flotte gouvernementale. Au total une dizaine de gros navires leur faisait face, imposants et armés de plusieurs rangées de canons massifs et destructeurs. Cela n’inquiéta pas les capitaines, qui avaient un plan... infaillible mais très risqué. Al la Triste sonna l’assaut, mais il ne fut pas question d’abordage, car ils n’avaient aucune chance de survivre. Non le plan établi était inventif et se basait sur un sacré travail d’équipe. Depuis l’attaque du démon envers Al la Triste et la réunion des pirates, Galène et Klémence avaient travaillé sur la création d’une trentaine d’automates volants et indétectables. Et lorsque l’on réunit deux génies en matière de mécanique on se retrouve forcement avec des inventions géniales. Ils eurent tôt fait de se rendre compte que les automates étaient performants.

La première phase du plan consistait à rester à distance de la flotte adverse et de lancer les automates avec un certain temps d'intervalle afin que ceux-ci ne forment pas un nuage insectoïde. Le temps qu’ils parcourent la distance il faudrait subir les tirs de canons adverses, mais vue la distance seuls quelques boulets réussirent à faire mouche provoquant des dégâts modérés. Les automates ne se firent pas voir et se collèrent aux coques des navires adverses - à l‘exception d’un - au niveau des moteurs.

La seconde phase du plan était plus risquée car il fallait se rapprocher de l’ennemi et ce pour que ceux qui le pouvaient fassent parler la Foudre. Corc, Bragan, Mylad et Œil de Gemme étaient chacun sur un des navires et au signal d’Al la Triste et alors que pleuvaient les boulets de canon sur leur tête ils lancèrent leurs éclairs. Les opposants se demandaient bien à quoi pouvaient jouer les pirates car leurs navires étaient protégés contre la foudre pour éviter tout problème lors des orages. Mais les éclairs n’étaient pas là pour impressionner mais pour charger, activer et faire exploser les automates de Galène et Klémence. Le résultat fut sans appel, un à un les engins explosèrent, provoquant d’irrémédiables dégâts aux moteurs. Si bien qu’il ne resta plus qu’un seul des navires en état, les autres, sans propulsion, fonçait à vive allure vers le vortex qui aurait tôt fait de les avaler.

Et enfin la phase trois du plan se déclencha. La Veuve Noire et l’Arc-Kadia quittèrent la formation pour prendre d’assaut le dernier navire dont l’équipage n’eut pas le temps de réagir. Azalys et Al la Triste menèrent l’assaut avec efficacité et violence. Leur but était de capturer le bateau afin de pouvoir, plus tard mettre en place un nouveau plan.

Assaut sur Bramamir

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Quelques jours plus tard, la nuit était bien tombée sur les Iles Blanches. A bord de l’Arc-Kadia, Al la Triste vida le contenu du sac de butin sur la table où mangeaient les membres d’équipage. Il y avait bien sûr les objets bricolés pour la mission de Ti Mousse et Souchi, mais aussi une très forte somme d’argent et enfin, le plus important, le traité pirate signé de la main du Géant au regard triste, père d’Al la Triste.

- A présent, faisons trembler les fondations d’cette république moisie et pervertie par Néhant !

- Qu’est-ce que c’est ? demanda Ti Mousse interloqué par l’objet.

- C’est une sorte d’cessez-le-feu signé par mon père et ses amis à l’époque d’la scission, répliqua Al la triste. T’vois gamin, Bramamir était un royaume fort il y a très longtemps. Puis après ce que Néhant a fait tout a sombré peu à peu. Bien des années plus tard d’anciens seigneurs et des hommes épris de liberté ont choisi de n’plus faire confiance au gouvernement et il y a eu des rébellions. Cela a donné des années d’opposition des pirates contre le gouvernement. Puis mon père et quelques autres ont alors proposé d’arrêter là. Dans ce traité il est indiqué que le gouvernement laisse tranquille les pirates et inversement. Mais aussi qu’il ne devrait y avoir de bataille entre eux et nous sans une rencontre “à l’amiable” avant cela. Hors v’là qu’on nous attaque directement.

- Je vois, dit Ti Mousse content d’en apprendre plus. Et donc ce que fait le gouvernement est illégal ?

- Ouais, mais le problème c’est que le gouvernement, c’est le gouvernement ! Donc personne au-dessus pour leur dire que c’est mal. On va devoir s’en charger !

Souchi fit la moue en apprenant ça.

- Mais capitaine, pourquoi avoir récupéré ce traité ?

- Légitimité ! Souffla Ti Mousse.

- T’à fait ! Si nous prenons le pouvoir nous pourrons très vite légitimer notre acte. A présent mes p’tits loups des airs, allons nous préparer, ça va être la fête !

Quelques heures plus tard sur le Foudre de Guerre, Al la Triste expliquait le détail de son plan concernant ce navire et son prestigieux capitaine.

- Corc, j’ai une mission très importante à t’confier.

- Je t’écoute jeune fille, qu’est-ce que mon rafiot et moi-même allons bien pouvoir faire pour la grande nation pirate ? Dit-il sur le ton de la plaisanterie.

Al la Triste prit un plan retenu par sa ceinture et le déroula par terre avant de s’accroupir à côté.

- Voilà, j’aimerais que t’embarques quelques magos à ton bord et que tu me fasses une super diversion. On va être accueilli par toute la flotte de Bramamir, va falloir épurer tout ce petit monde.

Corc se gratta le côté de son visage en bon état réfléchissant à une diversion.

- Je te propose ceci. J’ai les plans d’un illusium, c’est une machine qui peut faire des illusions de grandes tailles, je m’en sers pour échapper à mes ennemis. Avec le piaf et Mylad je pense pouvoir charger suffisamment de Foudrepiles pour pouvoir dupliquer l’Arc-Kadia, le Titan et peut être même la Veuve. On passe suffisamment loin de Bramamir pour pas se faire attaquer et suffisamment proche pour les intéresser, puis je les attire de l’autre côté. Pendant ce temps vous passez de biais et hop, le tour est joué.

Tout cela fut accompagné de démonstrations sur le plan. Al la Triste examina la proposition du capitaine, puis étant satisfaite lui tendit sa main de fer qu’il serra alors fermement.

- Par contre une fois la duperie découverte, je reste pas dans les parages, machines à fond et au revoir.

- Prends pas d’risque, le tout c’est que l’illusion fonctionne. Tu peux lancer l’opération “Mirage”.

- Opération “Mirage” ?

- Ouais, c’est comme ça que j'appelle cette manœuvre de diversion.

Un peu plus tard sur le Titan de Fer, Al la Triste se présenta dans le grand atelier de Mestre Galène. Si ce jeune capitaine était une sommité dans son domaine il s’avérait être très désordonné. Entre les outils, les tubes, les vis et autres rouages, difficile de poser un pied sur le sol, d’ailleurs le sol n’était plus visible. Al y retrouva Klémence qui admirait Galène, lui-même en train de bricoler dans son coin.

- Ah ! Al vous tombez bien... vous tombez même très bien, dit-il visiblement gêné par la présence de la jeune mécano. Je peux faire quelque chose pour vous ?

Al jeta un regard ténébreux à Klémence.

- T’as pas des trucs à réparer à mon bord ?? Dit-elle d’une voix menaçante.

- Euh... euh.. oui capitaine !! Répondit Klémence en filant à toute allure.

A présent seuls Al la Triste fit le tour de l’atelier, sous l’œil vigilant de Mestre Galène dont le cœur battait la chamade à chaque fois qu’elle approchait la main d’une de ses créations.

- Capitaine Al la Triste, que puis-je faire pour vous ?? Dit-il inquiet.

- T’es un mystère pour moi, Galène...

- Oui, oui, je suis un mystère, mais par pitié touchez à rien !

- Des trucs à cacher ? Y a quoi la d’sous ? Demanda-t-elle en montrant un drap blanc qui recouvrait visiblement quelque chose.

- Ah ça, c’est ma toute dernière création, ça va nous faire gagner la bataille !

- Une arme ? Bien bien... ça va pas nous péter à la figure ??

Galène rigola très fort, pensant à une plaisanterie d’Al la Triste, mais apparemment la remarque était très sérieuse.

- Hum, non, ne craignez rien, ma créature n’explosera pas ! Elle est juste... PARFAITE !!!

- Je te laisse dans ton délire, mais que tes automates soient prêts, nous partons bientôt à la castagne.

- Nous serons prêts, pas d’inquiétude...


Le temps était enfin venu. L’Arc-Kadia filait à grande vitesse, figure de proue de cette coalition d’équipages pirates. Le plan de bataille était réglé au millimètre près. Le gouvernement de Bramamir fut vite au courant de l’attaque prochaine et sa flotte était prête à en découdre. L’île de la cité de Bramamir était en vue, une nuée de navires de guerre attendait patiemment. Personne ne l’avait jamais attaqué, il faudrait être fou pour tenter une chose pareille. Et c’est ce que pensait le gouverneur de Bramamir perché sur son balcon, observant l’arrivée de ces insectes volant de pirates. A bord du Megalodon, l’Amiral Gardison attendait les ordres du gouvernement. Ce vétéran, habitué des batailles aériennes se réjouissait de sa future victoire et les plaisanteries avec ses officiers allaient bon train. Chacun y alla de son pronostic quant à qui abattrait l’Arc-Kadia et dinerait à la table du gouverneur. De son côté Al la Triste était concentrée, puis une fois toute sa flotte en place elle ordonna à Corc de lancer l’opération “Mirage”. Ce dernier descendit rapidement dans la cale pour rejoindre Foudre-bec et Mylad. Les Foudrepiles chargées à bloc grésillaient doucement. Reliées les unes aux autres par un câble de cuivre, l’ensemble finissait par arriver sur une drôle de machine, c’était un gros tube de verre avec deux plateaux de métal, chacun fixé de part et d’autre du tube. A l’intérieur se trouvait un liquide apparemment visqueux dans lequel flottaient des petits cristaux.

- Posez vos mains sur le tube et quand je vous ferai signe vous lancez une petite décharge magique.

Mylad et Foudre-bec écoutèrent les consignes et laissèrent leur magie s’exprimer au signal de Corc. Les petits éclairs se répercutèrent contre les cristaux qui aussitôt s’illuminèrent. Les foudrepiles bourdonnèrent de plus belle, libérant la magie contenue à l’intérieur.

A l’extérieur rien ne parut avoir changé, mais l’illusium avait agi. Les copies illusoires des navires pirates virèrent de bord pour suivre le plan de bataille. La véritable flotte rendue invisible par la magie progressa rapidement. Comme prévu la très grande majorité des navires gouvernementaux suivirent la fausse flotte, seuls restèrent cinq bâtiments. Al la Triste, de sa longue-vue fut un peu désorientée de voir les noms de ces opposants.

- Le Fleuron de Bramamir... Le Firmament... Et le Megalodon... Pas d’chance ! Bon on va s’occuper du Fleuron et du Firmament. Dites à Galène de s’occuper du Megalodon et à la Veuve de faire son taf. Quant aux autres, qu’ils nous détruisent toutes les vieilles bicoques de moindre importance !

Une fois les informations transmises la flotte fonça à vive allure sur l'objectif. Dès le premier boulet de canon tiré par l'Arc-kadia, toute la flotte se désocculta, sonnant ainsi l'Assaut sur Bramamir. La surprise fut de taille pour le pauvre Amiral Garison qui mit un temps certain avant de comprendre la supercherie. Il lâcha alors sa tasse de thé et beugla ses ordres à ses officiers. Le Megalodon fut alors éperonné par le Titan de Fer et très vite le vaisseau amiral fut submergé d'étranges créations mécaniques. Galène s'affairait à donner vie à son ultime chef d'œuvre. Le drap ne recouvrait plus la machine ou plutôt l'automate. Celui-ci aux courbes féminines ne ressemblait en rien aux autres automates comme Ekrou ou Hic-kar. La technologie ultra perfectionnée utilisée était vraiment incroyable. Galène détachait les tuyaux qui reliaient sa créature à d'autres machines. Enfin il activa l'automate. La chose bougea lentement puis se redressa. Son apparence presque humaine avait quelque chose de déconcertant, presque dérangeante. Ses yeux fixèrent son créateur qui l'observait avec une curiosité dévorante.

- Identification... Ordre ? Demanda l'automate.

- Mmm je vais t’appeler Sarah. Ordre : m’obéir et combattre les soldats du gouvernement.

Sarah suivit Galène sur le pont, analysa la situation, identifia les soldats de Bramamir et fonça aussi sec dans le tas. A bord du Mégalodon les soldats avaient bien du mal à repousser l'assaut pirate.

De son côté l'Arc-Kadia s'opposait avec difficulté au Fleuron de Bramamir et au Firmament, deux redoutables navires. Le but n'était pas de les détruire mais de les retenir le plus longtemps, aussi Al la Triste, qui tenait la barre, utilisait au maximum les spécificités de son navire, manœuvrant avec beaucoup de dextérité. Les boulets des canons volaient de part et d'autre, parfois quelques uns faisaient mouche, éclatant le bois avec une incroyable facilité. L'équipage s'activait comme il le pouvait, priant pour qu'aucun boulet ne les décapitent ou leur emportent un morceau...

Peu à peu l'Arc-Kadia éloignait ses deux adversaires. Le Titan de Fer, toujours accroché au Megalodon assurait à la Veuve noire de pouvoir remplir son objectif. Le navire d'Azalys, plus petit que les autres mais beaucoup plus rapide s'était frayé un chemin jusqu'au palais du gouvernement. Une fois au-dessus de la plus haute tour l'équipe d'intervention composée d'une petite dizaine de personnes sauta sur le grand balcon où quelques minutes plus tôt le Gouverneur fanfaronnait avec ses ministres. Très rapidement des escarmouches éclatèrent. Bragan, Ardranis et Klémence foncèrent vers l'hémicycle où le gouvernement s'était réfugié. Bragan le savait, il fallait faire vite. La porte à double battants, prévue pour résister à des coups de bélier ne fit pas le poids devant la mécanique de Klémence qui à coup de poings la défonça. A l'intérieur, les ministres, terrifiés et outrés se voyaient déjà sautant dans le grand vortex. Au milieu d'eux le gouverneur, fier et arrogant s'avança.

- Vous n'avez pas le droit, chiens de pirates ! Rendez-vous et vous finirez vos vies en prison, sinon ce sera la mort.

Bragan s'avança, pour une fois quelque chose de véritablement impressionnant se dégageait de lui. Son visage sérieux ne collait pas vraiment avec ce personnage ô combien pervers et alcoolique. Une fois à la hauteur du gouverneur il sortit d'une poche le traité pirate.

- Gouverneur, nous vous demandons votre démission ! Dit-il en se retenant de rire, puis n'en pouvant plus Bragan lui décrocha une gifle mémorable. T'as joué et t'as perdu !! Ordonne à la flotte de Bramamir de cesser les hostilités et de se rendre sans délais.

Mais ce que Bragan n'avait pas prévu c'est que le gouverneur était depuis déjà fort longtemps manipulé par les sbires de Néhant. Le gouverneur ne fut plus maître de lui et sans que personne ne puisse faire quelque chose celui-ci courut jusqu'à la fenêtre la plus proche et passa au travers, plongeant ainsi dans le grand vortex noir qui aurait tôt fait de le dévorer...

Bragan se figea.

- Beh mince...

Les autres ministres poussèrent alors le premier ministre vers les pirates. Celui-ci totalement terrifié griffonna l'ordre de l'arrêt des hostilités.

- Nous nous rendons ! Nous nous rendons !

Néhant

Chapitre 1 - Briser la première chaîne

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- Tu auras beau m'enfermer, on me retrouvera. Je te le promets Eredan, le temps passera et un jour mes fidèles viendrons me libérer. Ma haine ravagera à nouveau ce monde et tous seront mes esclaves.

Le cristal limpide comme l'eau flottait légèrement au-dessus du sol. De larges chaînes en partaient et s'ancraient dans le sol grâce à d'autres cristaux plus petits. Eredan, seul face à son adversaire avait remporté une grande victoire et la guerre contre Néhant s'achevait enfin. Le Gardien de Guem était affublé d'un large vêtement et d'une cape à capuche couvrant entièrement son visage.

- Crois-tu vraiment que je vais laisser ce lieu sans protection ? J'ai beaucoup appris en ces années de luttes contre toi, je connais l'étendue de tes pouvoirs aussi vais-je faire en sorte que personne n'arrive jusqu'à ta prison.

A cet instant, un légère brume se leva, d'abord fine et transparente, elle devint rapidement épaisse et opaque. Toute la région en fut couverte, entourant la prison de Néhant.

- Que ceux qui te cherchent et qui tenteront de passer aux travers de ma protection se retrouvent à l'autre bout du monde. A présent il est temps que je scelle ton sort.

Apparut alors dans sa main un immense bâton aussi grand que lui. Plusieurs petites gemmes tournoyaient autour du manche lui-même taillé dans un cristal à la couleur bleutée.

- La puissance des enfants de Guem est mienne. Alors que mon ennemi est défait je ferme cette prison pour qu'à jamais son pouvoir y soit contenu. Ceci est ma volonté, moi Eredan, gardien de Guem.

- Que... NOOOOOOOOOO...

Eredan frappa le sol du bout de son bâton et coupa Néhant de ce monde. Le Gardien s'assit alors sur une pierre non loin de là et réfléchit alors à ce qu'allait devenir cet endroit lorsque lui ne serait plus.

Mais il pensait avoir fait le maximum pour les habitants des terres de Guem et il devait désormais porter son attention ailleurs et arrêter un autre péril.

- Adieu Néhant, nous ne nous reverrons probablement jamais.

Eredan traversa la brume, ouvrant un passage sur une terre lointaine, les Confins.


Les brumes des Confins avaient faibli depuis ce temps-là et des passages jusqu'à la prison de Néhant pouvaient être suivis. C'est ainsi qu'Amidaraxar et sa clique étaient parvenus jusque-là. Tout avait changé ici depuis l'époque où Eredan avait enfermé Néhant. La corruption de ce dernier avait rendu le cristal de sa prison et les environs immédiats en un paysage de ruine et de désolation. De nombreux démons surveillaient la limite de la brume de manière à ce que le moindre intrus soit de suite neutralisé. Amidaraxar, fidèle lieutenant, s'affairait sans relâche pour que son maître foule à nouveau les terres de Guem, rêvant alors d'une éternité à son service. Dans l'immédiat, celui-ci gravait dans le sol rocheux et stérile, au-dessous du cristal Néhantique à l'aide d'un éclat noir. Chaque coup dans la roche s'accompagnait d'incantations anciennes et funestes.

- C'est bientôt prêt seigneur, dit-il en continuant les gravures. Ensuite il me faudra faire appel à votre puissance magique afin d'accomplir le rituel.

Le soir venant, Amidaraxar avait enfin achevé son impressionnante œuvre. Au-dessous du cristal était représenté le symbole de Néhant. Chaque trait était en réalité une multitude de petites écritures. L'un de ces traits, celui qui était en bas à la verticale, continuait sa route pour rejoindre plus loin un autre symbole de Néhant qui s’opposait comme dans un miroir au premier. C’était là la base d’un rituel que s'apprêtait à réaliser le mage-sorcier. De son côté Azaram, anciennement appelé Masque de fer se préparait pour l’occasion. Quelques jours plus tôt son père lui annonçait que leur maître voulait lui faire un cadeau, un don inestimable. Qu’après cela tout allait changer pour lui. N’ayant aucune raison de refuser, bien au contraire, il se prépara à passer l'épreuve, un rite, un passage vers un nouvel état.

Le voilà donc, nu comme un ver, sa peau cinglée par un vent mordant. Il passait outre ce froid pour se concentrer sur l’essentiel. Il se plaça donc au centre du symbole renversé.

- Mets-toi à genoux, prosterne-toi devant Néhant lui demanda Amidaraxar.

Il obéit sans la moindre hésitation, laissant ses mains tomber au sol, paumes vers la prison de Néhant.

- Azaram...

Le jeune homme, du moins en apparence, leva la tête et le vit, lui, celui qu’il servait depuis de nombreuses années. Il était là en face de lui au centre du signe jumeau, sous la pierre-prison. On ne voyait pas son visage car enfoui dans une large capuche. Et malgré cette frêle allure Azaram sentait sa puissance, toute cette magie, ce pouvoir incommensurable qui en émanait. Écrasé par cette vision il baissa la tête en signe de soumission et lâcha un “oui” en réponse.

- Tu me sers avec dévouement, tu es le premier à m’avoir retrouvé, le premier à avoir percé le secret du labyrinthe de ces brumes.

A ce moment-là, Amidaraxar débuta le rituel de son côté. De la magie apparut dans ses mains sous la forme d’une aura rouge foncée. Il se plaça ensuite là où se trouvait Azaram avant de plaquer ses mains au bout du trait vertical du haut du symbole. Lentement, les inscriptions se mirent à luire comme si la magie se répandait en elles.

- Azaram, au fond de toi dort celui qui dirigera les légions des méandres. De ton âme noire va naître le démon, de ta main tu brandiras la lame qui pourfendra les fous qui se dresseront devant nous. Azaram fais tu vœux de me servir pour l’éternité ?

Avait-il le choix ? En réalité pas vraiment. Néhant lui posait la question pour vérifier l’engagement de ce fidèle, mais la chose était déjà en route. Azaram ne pouvait faire autrement qu’accepter, mais au fond de lui une pointe de peur lui rappelait qu’il était un humain.

- C’est un honneur que je n’ai pas eu ! Commenta Amidaraxar.

Lui qui était en dehors des symboles ne voyait, ni n’entendait Néhant. Il connaissait ce rituel, il l’avait pratiqué une fois sur une autre personne jadis. Il connaissait la finalité et cette fois il éprouvait une certaine fierté pour son fils. Ce fils qui l’avait libéré de la prison de glace et par qui tout était finalement arrivé.

Le sol se déroba sous Azaram, un portail s’ouvrit et l’avala sans prévenir.

L’impression de chute dura une éternité, il était déjà passé par là, il savait bien où ça allait le mener, et cela ne tarda pas à être vérifié. Il s’écrasa sur le sol avec fracas sur le côté droit, lui brisant deux côtes. Il secoua la tête et se releva tant bien que mal. Le bruit était assourdissant, comme une sorte de chant aux sonorités gutturales. Et pour cause, autour de lui des centaines et des centaines de démons hurlaient ensemble tout en le regardant lui. Puis un démon à l’allure plus fine que les autres mais aussi plus majestueuse s’avança, une épée à la main. Il la planta alors devant Azaram avant de regagner les rangs. Le Néhantiste hésita, devant plusieurs choix. C’était là une épreuve, que devait-il faire ? Prendre l’épée et se battre ? Non, une autre idée lui traversa la tête. Il attrapa la poignée de la main gauche avant de s’entailler profondément l’avant-bras droit. La lame extrêmement coupante ouvrit une profonde estafilade dans la peau, laissant couler le sang. Les démons rugirent et hurlèrent de plus belle. Azaram resta à genoux, regardant la substance de vie s’échapper de lui. L’odeur attira une ribambelle de larbins, ces petits démons serviables à souhait. Ils reniflèrent le sang puis sans crier gare se jetèrent sur Azaram pour le mordre profondément. Chaque morsure était un supplice, sa chair était dévorée, sa vie partait...

Lorsque les larbins eurent finis leur office il ne restait plus grand chose de lui. Il respirait encore, mais il n’était plus qu’à un fil de la mort. Le démon qui avait planté l’épée la récupéra et se plaça devant Azaram.

- Tu as fait le bon choix, j’accepte ton sacrifice.

Le Néhantiste ne savait pas si c’était son état qui le faisait halluciner, mais il vit un bref instant que le démon lui ressemblait.

- Je serai toi et tu seras moi pour l’éternité, dit le démon en perçant la poitrine d’Azaram.

Le coup l'acheva.


Amidaraxar continuait les invocations en observant la scène. Azaram ne bougeait plus depuis un bon bout de temps, son âme était loin de là, dans les méandres où son destin se jouait. Cela dura jusqu’à ce qu’il s’écroule sur le sol.

- Relève-toi Seigneur-Démon Azaram ! Dit Néhant toujours dans le symbole sous la pierre-prison.

Le jeune homme refit surface, se relevant avec une immense difficulté. Il regarda ses mains humaines et toucha son visage puis commença à rire. Il se sentait différent, il n’était plus du tout le même, bien que conservant ses souvenirs il savait qu’il était autre chose, non plus le Azaram mage et Néhantiste, mais un Seigneur-Démon, commandant de redoutables guerriers. Amidaraxar cessa de lancer des incantations brisant ainsi le rituel. Les symboles de Néhant ne brillaient plus et Néhant tel que le voyait Azaram disparut.

Des esclaves humains apportèrent des vêtements au jeune homme dénudé. Amidaraxar ne put s'empêcher de remarquer le changement d’allure de son fils, ce dernier avait une expression de visage différente.

- Que regardes-tu père ? Demanda Azaram remarquant le petit manège. Je vois derrière ton masque que tes yeux se posent sur moi.

- Qu’est-ce que ça fait ? Interrogea le lieutenant de Néhant.

- D’être un démon ? J’ai l’impression de pouvoir soulever des montagnes, que rien ne peut me résister, je sens une telle puissance en moi. Dit-il en finissant de s’habiller.

- A présent nous pouvons passer à l’étape suivante, déclara Amidaraxar.

- Qui est ?

- Sortons Néhant de là.

- Ça me va... mais comment ?

- Nous allons briser les chaînes qui le retiennent. Et pour la première, j’aurai besoin de toi.

- Dans ce cas, dis-moi ce que j’aurai à faire.

- Participer à un autre rituel, celui-ci afin de donner à Fournaise la puissance suffisante pour briser une première chaîne.

Azaram serra les lèvres, laissant parler le Seigneur-Démon en lui. Donner de la puissance à un démon était délicat car ceux-ci étaient par essence très instable. Leur en octroyer signifiait de gros problèmes potentiels. La rage d’un démon pouvait se retourner contre ceux qui lui avaient donné un trop plein de magie. Grâce à ses nouvelles aptitudes, il connaissait chaque démon qu’ils soient dans les méandres ou bien par chance ici sur les terres de Guem.

- Fournaise encaissera ce rituel, il fait partie des plus puissants démons.

- Je sais c’est pour ça que j’ai pensé à lui, je compte sur toi pour veiller sur lui et faire venir tous les larbins que tu pourras.

Azaram eut un petit rire, signifiant que oui il n’y avait pas de problème.

- Tu as le recueil pour l’invoquer ? Demanda Azaram.

- Oui, je te laisse faire d’ailleurs. Je vais préparer la chaîne afin de la fragiliser au mieux.


Azaram tenait le livre écrit par Néhant en personne. Il ne l’aimait pas car il permettait à celui qui en lisait les lignes de pouvoir ouvrir un passage entre les méandres et ce monde pour obtenir les faveurs d’un démon. Et depuis l’emprisonnement de Néhant le livre était passé de mains en mains tel un jouet confié à des enfants. Heureusement à présent il était entre ses mains à lui. Il parcourut les pages et commença à lire l’invocation de Fournaise. Chaque mot était parfaitement bien prononcé, la langue des démons, naturelle pour lui claquait tel un fouet sur le dos d’un esclave. D’ailleurs un esclave il y en avait un a ses pieds, totalement soumis à la magie obscure de Néhant, attendant sans en avoir conscience une mort horrible. Et comme la première fois, lors du combat contre Nibelle l’elfe de glace, il clappa le livre lorsqu’il eut fini l’invocation.

L’esclave laissa alors place à Fournaise, toujours aussi imposant. Ce démon était véritablement gigantesque faisant deux ou trois fois la taille d’Azaram.

- Je suis Fournaise !!!! Qui ose appeler le Seigneur-Démon de la flamme ???

- Moi, encore, dit son invocateur.

Courroucé d’avoir à nouveau à faire à ce freluquet, Fournaise s'apprêta à aplatir sa main sur la tête de l’infortuné lorsqu’il comprit qui était en face de lui. Il se ravisa et posa un genou à terre. Autour de lui des dizaines de larbins gigotaient, sautaient, hurlaient, se chamaillaient.

- Seigneur-Démon, je suis à ton service.

- Bien bien, j’ai cru que j’allais devoir te renvoyer dans ton trou. Suis-moi j’ai un travail pour toi.

Azaram conduisit Fournaise devant une des chaînes retenant le cristal de Néhant. Autour d’eux Déchirure, Mortelame incarnée dans le corps d’un esclave et Calice étaient à genoux.

- J’ai déjà essayé de briser ces chaînes, déclara Fournaise sur un ton dépité.

- Oui mais cette fois, tu n’es pas seul ! Dit une voix de femme.

Ombreuse serpenta jusqu’à eux, dévisageant les démons un à un.

- Ne nous décevez pas, faites de votre mieux et vous en serez récompensés comme il se doit !

- Personne ne décevra personne Dame de Néhant car nous n’avons pas le droit à l’échec, insista Amidaraxar. A présent, officions !

Azaram, tira de son fourreau une lame noire et passa entre les larbins qui exultaient, tendant les bras vers le Seigneur-Démon.

- Toi, toi et toi ! Dit-il en désignant certains d’entre eux.

Les larbins, joyeux, sautillèrent aux pieds de Fournaise comme s’ils avaient remporté un fabuleux prix. Amidaraxar attrapa le premier qui couina fortement, l’énergie magique du mage le tua sur le coup, puis toute la puissance du larbin entra en Fournaise. Et ainsi de suite sur les autres larbins. Fournaise hurlait à chaque fois qu’il recevait de la puissance. Puis ce fut le tour de Déchirure, mais cette fois Amidaraxar ne la tua pas mais il lui prit une bonne partie de son essence. Cette fois lorsqu’il reçut l’énergie démoniaque Fournaise grogna fortement, la chaleur autour de lui devint très vite insupportable. Se sentant prêt il se saisit des maillons de la chaîne et déploya sa force sur-développée. Les maillons grincèrent, mais tenaient encore bons. La fureur monta. Ce fut ensuite le tour de Calice. La lame bourdonna au moment où Amidaraxar lui arracha une petite partie d’elle. L’énergie frappa Fournaise avec force, cette fois la fureur fut telle qu’Azaram dut intervenir pour le contrôler.

- Tu dois contenir la rage sur ton objectif, brise cette chaîne !!

Fournaise hésita à lâcher prise sous le coup de cette rage, mais la présence d’Azaram l’en dissuada. Si la chaîne n’était pas enchantée elle aurait déjà cédée sous les assauts du démon, mais là encore ce dernier n’arriva pas à ses fins.

- Raaaah, tu vas casser !! Cria-t-il de sa puissante voix.

Amidaraxar s’approcha de Mortelame qui l’accueillit les bras écartés en signe de soumission. Il l’attrapa par la gorge et en aspira l’énergie démoniaque. Chargé à bloc d’autant de pouvoir le mage posa ses mains sur la peau de Fournaise, au risque de se brûler.

- Reçois ceci ! Cria-t-il en déversant sa magie, mêlée de puissance démoniaque et de flux Néhantique.

La rage explosa, Fournaise hurla, tremblant sous l’effet d’une overdose. De part sa nature il ne pouvait pas se consumer par un trop plein de magie comme aurait pu le faire d’autres créatures, mais la rage elle était plus redoutable. Azaram déploya toutes ses facultés pour garder l'ascendant sur Fournaise.

Cette fois-ci, affaibli et devant cette incroyable poigne, le métal se craquela puis explosa en des dizaines de petits éclats.


Ainsi fut brisée la première chaîne de la prison de Néhant.

Chapitre 2 - Briser la deuxième chaîne

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La sombre silhouette de Néhant prenait l’allure d’un fantôme, hantant les lieux à moitié présent dans ce monde. Amidaraxar hurlait ordres sur ordres aussi sûrement qu’un chien face à une armée de chats. Mais ces chats-là n’avaient rien de félins, juste bons à obéir, leurs griffes limées par la servitude. La première chaîne avait cédé sous l’incroyable force de Fournaise, ses maillons traînaient par terre ignorés de tous. Les fidèles du Sombre Seigneur s’affairaient à briser les autres chaînes, inlassablement les esclaves travaillaient dans ce but ultime contre leur volonté. Cette fois la puissance des démons ne servirait à rien, ils avaient essayé la même méthode sur chacune des chaînes sans obtenir le moindre résultat, Eredan prouvait quatre-vingts ans plus tard et une fois de plus sa suprématie en terme de magie. Amidaraxar avait piqué une colère incroyable devant ce manque de résultat. Il lui fallut alors examiner une à une les trois chaînes restantes pour déterminer laquelle d’entre elle subirait son courroux. Mais leurs secrets étaient bien cachés, impénétrables...

- Patience... Voilà des années que je tente de me libérer... indiqua Néhant d’une voix morne et monotone.

- Je sais, Seigneur, mais à présent que le monde regarde ailleurs il nous faut agir vite et percer les mystères de ces chaînes, répondit Amidaraxar en montrant son empressement.

- Je me souviens bien de ce jour maudit où Eredan m’enferma avec ses alliés... Aussi je peux t’aider à accomplir un rituel qui brisera une des chaînes, je serai celui qui te permettra de te dépasser. Prépare-toi...

Amidaraxar s’éloigna, réfléchissant à ce qui allait advenir. Quand à Néhant, il convoqua Azaram pour une mission bien particulière.

- Oui, Seigneur ? Je peux faire quelque chose pour vous satisfaire ?

- Nous arriverons à briser deux autres des chaînes, j’aurai la plupart de mes pouvoirs, mais je ne pourrai reprendre corps que lorsque la dernière chaîne ne me retiendra plus. Il va me falloir les trois fragments de l’Onyrim.

- L’Onyrim ?

- L’antique couronne du roi d’une petite civilisation que j’ai soumis il y a bien longtemps. Ces fragments sont entre les mains des draconiens et ils n'en connaissent pas le réel pouvoir. Avec lui cela sera plus facile.

Azaram inclina la tête.

- Cela risque d’être difficile de les récupérer, d’après nos éclaireurs Dragon a fermé magiquement les frontières de son territoire, indiqua Azaram un peu dépité.

- Crois-tu que cela m’arrêtera ? Questionna Néhant sous une forme de reproche. J’ai bien d’autres serviteurs un peu partout dans le monde. En tant que Seigneur Démon, je veux que tu réveilles les trois tourmenteurs, ils sont quelque part dans la Draconie.

Azaram n’avait plus entendu parler de ces démons depuis des lustres si bien qu’il les supposait détruits à jamais.

- Cela serait fait suivant votre volonté. Dit le démon en s’inclinant.

- Peut-il en être autrement...

Azaram traversa la brume des Confins avec détermination. Où qu’ils soient les tourmenteurs allaient entendre son appel et se mettraient en marche pour réaliser les sombres intentions de Néhant. Une fois de l’autre côté de la brume il vit au loin le bouclier magique de Dragon, les reflets bleus ne laissaient aucun doute sur la nature de cette magie. Le Seigneur Démon passa un moment à psalmodier, demandant à Néhant la force nécessaire à la réalisation de sa tâche. Puis après un très long moment la terre se fissura, faisant apparaître une forte lumière rouge. Une paire de mains sortit de cette crevasse pour s’agripper aux rebords. Une créature démoniaque à l’aspect déformé s’en extirpa avec difficulté. Reconnaissant son supérieur il baissa la tête, dominé par son invocateur.

- A vos orrrdrrres Seigneurrrr... Souffla le démon fraichement débarqué des Méandres.

- Savais-tu que les tourmenteurs existaient toujours, raclure ? Hurla Azaram.

Le démon eut l’air gêné, il se frotta les mains et n’osa pas regarder son maître. Son silence fut éloquent.

- Pourquoi ne m’as-tu pas informé ? N’es-tu pas sensé être mon bras droit, messager des Méandres.

Devant les réprimandes le serviteur craqua, soupirant et gémissant.

- Mais c’est pas ma fauuteeee, c’est le grand maître qui m’a dit de pas en parler et qu’on en parlera lorsqu’y faudra.

Azaram se ravisa, si c’était un ordre de Néhant, alors il n’avait pas à crier plus sur son serviteur. Il respira un grand coup avant de continuer.

- Tu vas transmettre un message aux tourmenteurs. Ouvre leurs yeux qu’ils redeviennent eux-mêmes pour accomplir la volonté de Néhant.

- Trèès bieeen, j’y vais de ce pas...

- Ne te fait ni voir, ni entendre.

Le serviteur plongea dans la faille qui se referma juste après. Azaram regarda en direction de la Draconie. Il trouvait hasardeux de faire confiance aux tourmenteurs sans qu’un véritable Néhantiste ou un Seigneur Démon ne les chapeaute. Il espérait vraiment que cela se passerait bien, ça lui éviterait de passer du temps à tenter de passer cette barrière magique. La libération de Néhant dépendait maintenant de trois démons...

Durant une heure Amidaraxar s’était coupé du monde. Assis sur un rocher en hauteur il médita, se préparant à recevoir une puissance magique considérable. Il remit de l’ordre dans ses pensées et dans ses connaissances. Il fut autrefois le premier à rejoindre Néhant lorsqu’il comprit le potentiel incroyable des pouvoirs de ce grand maître de la magie, de ce fils de Guem. Lui-même était un magicien reconnu avant son changement d’identité. Il était né avec le don de manipuler et de comprendre la magie sous toute ses formes, le Néhantisme était pour lui au delà du reste, la magie capable de manipuler d’autres magies, il la jugeait même proche de Guem. Les souvenirs remontaient, le projetant bien des années en arrière. Il secoua la tête, pour lui le passé était révolu, seul le futur l’intéressait à présent. Cette fois il n’y aurait pas d’Eredan pour sauver ce monde, ni de prison sous les glaces. Ce monde ne résisterait pas longtemps sous l’assaut des légions démoniaques et la magie de Néhant.

Il était prêt, il réduirait cette chaîne en un tas de cendres fumantes. Il s’avança de son objectif, une aura rouge l’entourait signe que le rituel avait commencé. Il entendait dans sa tête les paroles de Néhant. Il lui insufflait de sombres sortilèges qu’il répéta inlassablement. La magie s’agrippa sur la chaîne aussi sûrement qu’une tique sur la peau d’un chien. Le Néhantiste incantait au prix d’un effort physique incroyable, la magie relâchée était au delà de ce que pouvait produire le plus puissant des mages, à cet instant précis il le savait il n’était pas seul dans ce rituel, Néhant était là, il lui donnait la magie dont il disposait et c’était déjà incroyablement puissant. Et ce n’était là qu’une fraction de ce que pouvait faire Néhant lorsqu’il parcourrait librement les terres de Guem. Amidaraxar aimait ce pouvoir. Tout les autres Néhantistes, démons et esclaves présents s’étaient arrêtés de besogner pour admirer le lieutenant de Néhant à l’œuvre. Ces spectateurs ne furent pas déçus. Des symboles rouges magiques apparurent sur le sol formant peu à peu la marque de Néhant. Une fois ce signe achevé chaque symbole bougea pour se réunir sous Amidaraxar pour ensuite former un tentacule d’écriture qui serpenta sur les premiers maillons de la chaîne et sur l’ancre de cristal qui retenait la prison de Néhant. Le mage sentait ses forces disparaître mais il ne devait pas flancher aussi continua-t-il le rituel. Désormais connecté magiquement à cette ancre il comprit pourquoi Néhant lui avait demandé de s’attaquer à celle-ci. La magie qui la composait était complexe et il était à-même de comprendre comment celle-ci fonctionnait. C’était un véritable enchevêtrement de différentes magies - eau, terre, air, feu, mais aussi nature, lumière et même celle de Dragon - chacune avait une fonction particulière. La terre donnait la solidité tandis que l’air cachait les autres et que la lumière protégeait l’ensemble contre l’ombre et par conséquence celle de Néhant. Il lui fallait les corrompre une par une, démêler un nœud fort pour obtenir une ficelle qu’il lui suffirait de couper ensuite. Il ne bougeait plus. La sueur coulait sur son visage masqué, le duel magique avec la protection de la chaîne n’était pas gagné d’avance. Se battre ainsi contre une réalisation d’Eredan réjouissait Amidaraxar et Néhant. Une à une les magies cédèrent, si bien que la chaîne ne devint rien de plus que du métal inerte. D’un geste ample le mage ferma le poing, donnant le signal aux écritures de finir le travail. Les maillons se désintégrèrent. Néhant apparut aux côtés d’un Amidaraxar à bout de force. Tous se prosternèrent devant lui.

- Qu’il est bon de pouvoir respirer l’air des terres de Guem à nouveau... A présent cela va se compliquer. En brisant cette chaîne nous avons clairement signifié à Dragon que mon retour est désormais plus que probable.

- Laissez-moi appeler les légions, demanda Amidaraxar d’une voix faible.

- C’est la prochaine étape, mais il me faut en premier lieu l’Onyrim.

Ainsi fut brisée la deuxième chaîne de la prison de Néhant.


Le messager démoniaque réapparut à l’autre bout de la Draconie dans un village de quelques maisonnettes mal entretenues. Sans se faire repérer il traversa plusieurs ruelles pour enfin grimper un mur jusqu’à une fenêtre ouverte. Il se faufila ensuite jusqu’à une pièce où dormait un jeune homme. Le sommeil de ce dernier semblait très perturbé et pour cause.

- Réveille-toi tourmenteur, il est temps de servir le maître, chuchota-t-il à l’oreille du garçon. Tu es Cauchemar et tu feras vivre à tes ennemis des rêves atroces. Réveille-toi, démon de Néhant... Ajouta-t-il avant de quitter les lieux.

Au matin, lorsque le garçon se leva il entendit les ordres de Néhant et se lança à la recherche d’un fragment de l’Onyrim. Le messager visita ainsi les autres tourmenteurs - Peine et Souffrance - qui à leur tour entreprirent cette chasse au trésor...

Chapitre 3 - Briser la troisième chaîne

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Les senteurs épicées flottant dans les rues enivraient le nez des habitants et des voyageurs forts nombreux. La cité forte de Karreg, carrefour important de la Draconie se trouvait être un passage obligé de biens des aventuriers. La ville en elle-même n’avait rien d’extraordinaire. A peine quelques centaines d’habitants sédentaires, un bourg regroupant des maisons à plusieurs étages construites autour d’une place centrale, elle-même donnant sur la grande porte du fort imposant. L’histoire avait jusque-là épargné Karreg mais la quiétude des lieux n’était que la surface, le devant de la scène. Ce n’était qu’une nuit parmi tant d’autres, les nombreuses auberges bondées recélaient mille trésors exotiques. Quel terrain de jeu fabuleux pour les trois tourments, des démons avides, dévorant le psychisme de leurs victimes. Dehors quelques traînards et soulards arpentaient la grande place sous la surveillance bienveillante des soldats du seigneur dragon de Karreg. Cauchemar, Peine et Souffrance attirés ici aussi sûrement que des mouches avec du miel avaient cependant un objectif bien précis, récupérer les trois fragments de l’Onyrim. Deux étaient déjà en leur possession et la piste du troisième fragment remontait jusqu’ici. Cauchemar, à pas de velours se faufilait de chambre en chambre, visitant les rêves des dormeurs.

La porte ne fit pas le moindre bruit, à peine un léger *clac* lorsqu’elle se referma. La chambre était coquette quoi que modeste. Le démon s’avança sans faire grincer le parquet. Puis une lumière s’alluma. Non pas une lumière d’une lampe mais celle de flammes légèrement violettes, créées magiquement par l’occupant de la chambre.

- Tout vient à point à qui sait attendre, dit-il en tenant les flammes sur la paume de sa main.

La lumière éclairait le visage masqué de cet homme à la tenue étrange. Le démon ne put rien faire, il n’arrivait plus à avancer comme si un mur invisible lui bloquait le passage.

- Qu’est ce que cela ! Grogna-t-il, qui es-tu ?

- Je suis Ciramor, héritier d’Eredan. Et toi tu es le démon connu sous le nom de Cauchemar. Je suis venu proposer un marché, que ton maître ne pourra pas refuser. Fais venir les autres tourmenteurs, qu’ils arrêtent leur basse besogne immédiatement... A oui, le fragment de l’Onyrim qui vous manque est bien à l’abri, inutile de le chercher vous ne le trouverez pas.

Cauchemar, continuellement en contact avec Peine et Souffrance les avertit de la situation. La fine équipe fut rapidement réunie dans la chambre devenue étroite pour eux quatre. Les deux autres démons à l’apparence de jeunes femmes restèrent en retrait afin de ne pas se faire prendre par le piège magique de Ciramor. Les Tourmenteurs discutaient mentalement de ce qu’il convenait de faire. Ciramor lui restait assis sur le lit, interceptant les échanges mentaux à l’insu des démons.

- Il nous faut réagir, dit Peine.

- A quoi penses-tu ? demanda Souffrance.

- Tourment ! Il ne pourra rien face à nous deux réunies, décida Peine.

- Ce gars-là n’a pas l’air d’un rigolo, s’il est vraiment l’héritier d’Eredan, on a du souci à se faire, dit Cauchemar.

- Effectivement ! Coupa alors Ciramor. Ne tentez rien et écoutez-moi ! Je ne suis pas venu chercher des problèmes, je suis venu... négocier.

Les démons se jetèrent des regards suspicieux.

- Que veux-tu négocier ? Demanda Peine.

Derrière son masque Ciramor respira un grand coup, ce qu’il allait révéler allait faire pencher l’histoire du conflit majeur des terres de Guem.

- Vous cherchez les fragments de l’Onyrim et j’ai le dernier. De plus j’ai quelque chose à demander à... Néhant. Vous allez me conduire jusqu’à lui et faire un pacte démoniaque afin d’assurer ma sécurité jusqu’à lui.

- Tu veux conclure un pacte ? S’étonna Souffrance. Voilà une bonne idée. Bien alors passons ce pacte ! Nous garantissons ta sécurité jusqu’à la prison du Maître.

Ciramor pouffa.

- Qu’est-ce qui te fait rire ? Demanda Cauchemar.

- Je ris parce que la blague est bien à la hauteur de la réputation des démons. Allons, n’essayez pas de me berner, j’ai les connaissances d’Eredan, je sais comment vous fonctionnez. Si j’accepte vous me conduirez jusque là-bas et me tuerez ensuite. Non, non mes petits démons, vous me conduirez jusqu’à lui et vous me garantissez la sécurité jusqu’à ce que je vous libère de votre pacte. En échange de quoi l’Onyrim sera à vous.

- Accepté ! Déclara Souffrance. Nous nous engageons à respecter ce marché.

A ce moment là une marque apparut sur la main gauche de Souffrance ainsi que sur celle de Ciramor, indiquant par là qu’un pacte venait d’être conclu. L’héritier d’Eredan descendit alors du lit, récupéra son bâton de marche et quitta sa chambre.

- Attendez-moi à l’extérieur de la ville.

- Comment comptes-tu passer la frontière de la Draconie ? Interrogea Cauchemar.

- Ne t’en fais pas pour ça démon...

Les Tourmenteurs accompagnèrent donc Ciramor à travers les campagnes Draconiennes. Ciramor fermant son esprit aux tentations ne se laissa pas berner par les démons qui ne cessèrent de tester ses limites. Mais le jeune homme savait très bien ce qu’il avait à faire, il s’y préparait depuis plusieurs semaines et rien ne pouvait le détourner du but.


Ils rejoignirent la frontière de l’est au bout de quelques jours de voyage. Derrière le mur d’énergie bleutée crépitant de magie dressé par Dragon s’étendaient les terres sauvages. Ciramor mena cette incroyable troupe à travers un dédale de grottes qui permit de traverser cette frontière sans encombre, à la jubilation des Tourmenteurs, heureux d’avoir berné le si puissant ennemi de Néhant. Le voyage continua jusqu’aux brumes des Confins où l’activité semblait redoubler. Amidaraxar fut prévenu de l’arrivée de la troupe et il s’empressa d’aller à leur rencontre. Le fidèle lieutenant fut ravi de revoir les Tourmenteurs mais fut stupéfait en apercevant la personne avec eux. Il reconnut les habits et la peur le prit.

- Eredan !

Puis la curiosité prit la place de la peur. Si les habits correspondaient, en revanche ni la taille ni le bâton dans sa main de correspondaient. Il comprit que ce n’était pas le Gardien en personne, fort heureusement. Mais bel et bien quelqu’un d’autre. Amidaraxar accueillit le groupe avec appréhension. Les Tourmenteurs s’agenouillèrent devant le Néhantiste. Ce dernier remarqua la marque sur la main de Souffrance et vit le lien du pacte entre eux et l’autre personne.

- Seigneur, voici Ciramor... héritier d’Eredan... Chuchota Souffrance.

Amidaraxar n’y avait pas prêté plus attention que cela mais lui et ce Ciramor se ressemblaient dans une certaine mesure, du moins au niveau de l’apparence. Tous deux portaient un masque dissimulant leurs émotions et les traits de leurs visages.

- Tu viens t’offrir à nous héritier d’Eredan ? Questionna Amidaraxar en s’entourant d’une aura rouge de magie Néhantique.

Le lieutenant allait pour frapper Ciramor lorsque les Tourmenteurs s’interposèrent.

- Nous avons un pacte avec lui, nous devons le mener jusqu’à Néhant et il nous donnera l’Onyrim.

Amidaraxar cessa sa magie, qui se disait que de toute façon, une fois à la prison Ciramor serait à leur merci.

- Bien ne vous faisons pas attendre, dit Amidaraxar avec ironie.

A présent habitué à faire les aller-retour Amidaraxar, impatient d’assister à la confrontation qu’il espérait terriblement cruelle pour Ciramor. Ce dernier fut estomaqué lorsque la prison de Néhant se dévoila face à lui. Elle ne ressemblait en rien à la mémoire d’Eredan dont il était le dépositaire. Tout était rongé, abimé, brisé, grouillant d’esclaves barbares et de démons de toutes sortes. Ce spectacle navrant le touchait, mais il se concentra sur sa tâche. Le cristal rouge foncé servant de prison à l’une des plus puissantes créatures de ces terres était ébréché de part en part et deux des quatre verrous n’assuraient plus leur travail. Devant et en dessous du cristal se trouvait un trône sculpté à partir des rochers environnant. La manifestation magique de Néhant était là assis confortablement, admirant ses créatures qui lui appartenaient jusqu’à la moindre parcelle d’âme. En voyant Ciramor, Néhant se redressa, le visage encore caché par une large capuche. Lui aussi crut au retour d’Eredan, venu le remettre où il l’avait enfermé depuis si longtemps. Mais il ne perçut pas l’impressionnante aura du Gardien des terres des Guem.

- Seigneur Néhant, l’héritier d’Eredan souhaite s’entretenir avec vous.

- L’héritier d’Eredan ? Avance-toi, héritier d’Eredan, que je puisse contempler celui qui par ma volonté deviendra ma chose jusqu’à sa mort.

Ciramor avait peur, mais il ne devait rien laisser paraître, les démons pourraient lire en lui si ses sentiments éclataient trop. Prenant son courage à deux mains il s’avança jusqu’au pied du trône et n’attendant pas plus déclara ses intentions.

- Vos démons sont efficaces, ils ont retrouvé deux fragments de l’Onyrim sur les trois qui existaient. Cette information ne vous est peut-être pas arrivée, mais l’un des fragments de l’Onyrim a été détruit par Dragon en personne il y a quelques temps déjà. Vous ne pourrez retrouver vos pouvoirs.

- Tu es venu jusqu’ici pour me dire ça, héritier d’Eredan ?? Dit Néhant d’une voix caverneuse et empreinte de colère.

- A vrai dire non... Mais cela me semble important de spécifier ça. Je vais vous permettre de briser une chaîne de plus.

Les marques du pacte s’effacèrent alors des mains de Souffrance et de Ciramor. Les Tourmenteurs se sentirent honteux d’avoir été ainsi manipulés par un freluquet. Ils allèrent pour fondre sur l’héritier lorsque Néhant fit un geste pour les arrêter.

- Mes petits démons, attendons d’avoir écouté ce que l’héritier a à me dire avant de dévorer sa chair. Je t’écoute héritier.

Ciramor avait hameçonné le poisson, il lui restait désormais à tirer doucement la ligne pour le ramener jusqu’à lui.

- Savez-vous ce qu’il se passe loin vers le nord-ouest, là où la pierre tombée du ciel s’est écrasée ?? L’incarnation d’un dieu destructeur, peut être que Sol’ra, ou devrais-je dire Solar vous dit quelque chose ? Un de vos serviteurs, un certain Dimizar, a fait il y a quelques mois une démonstration saisissante des pouvoirs dont vous êtes le maître contre les pouvoirs de ce dieu.

- Que veux-tu que ça me fasse ? Il ne me détruira pas.

- C’est là que vous faites erreur. Aussi fort soyez-vous vous êtes incapable de sortir de votre prison et donc vous ne pourrez pleinement vous défendre lorsqu’il arrivera ici et vous réduira en poussière.

- Je vois clair dans ton jeu, héritier. Tu veux que je tue ce dieu pour éviter à ce monde d’être détruit ?

Ciramor avait tapé là où Néhant serait sensible  : L’orgueil.

Mais la partie n’était pas finie, la négociation commençait à peine.

- Exactement. Qu’aurez-vous à gouverner si ce monde n’existe plus ?

Néhant se leva de son trône et descendit les marches une à une d’une démarche déséquilibrée. Des larbins démoniaques le suivaient comme son ombre, grognant et jappant comme des animaux. Néhant s’arrêta devant Ciramor, tous les deux avaient la même taille.

- Je suppose que tu sais comment me délivrer de ma prison, n’est-ce pas ? Affirma Néhant.

- Oui, je peux faire en sorte que vous soyez libéré de vos chaînes. Voici comment cela va se passer, écoutez bien car ceci n’est nullement sujet à discussion ou à négociation.

- Parle.

- Je vais briser la troisième des chaînes. A partir de ce moment là vous pourrez prendre un corps et c’est le mien qui vous servira de réceptacle. Une fois que nous ne formerons plus qu’un nous serons en mesure de nous opposer à celui qui veut détruire ce monde. Lorsque cette menace sera écartée nous serons en mesure de briser la dernière chaîne.

Néhant écouta les paroles de l’héritier d’Eredan avec beaucoup d’attention, on lui proposait un corps et ainsi aller où bon lui semblait. Lui capable d'annihiler les plus fortes volontés, ce jeune gardien veut devenir Néhant ?

- Ce marché me convient ! Déclara Néhant certain de prendre le contrôle de Ciramor. Comment comptes-tu briser la troisième chaîne ?

- Vous avez accepté et nos destins sont désormais scellés ! Cria Ciramor en tapant le bout de son bâton au sol.

Calice apparue dans l’autre main de Ciramor. La lame exhalait de la fumée par une bouche gravée dans le métal. Elle crépitait d’une énergie magique incroyable. Néhant fut ravi de la voir ici, son ennemi et jeune héritier d’Eredan lui ramenait sa plus belle création, une erreur de plus pour Ciramor.

- Préparez-vous seigneur Néhant, une fois que j’aurais brisé la chaîne vous entrerez en moi, dit-il en saisissant la poignée de la lame.

- Comment as-tu trouvé Calice ? Demanda Amidaraxar.

- Prise de guerre... répondit Ciramor sans rentrer dans les détails.

L’héritier d’Eredan, ne souhaitant pas plus répondre aux questions qui mettraient son plan à mal passa à l’action. Il saisit Calice par la poignée et la souleva sans le moindre effort. La lame avait désormais un nouveau porteur, elle savait que bientôt Néhant serait de nouveau là et cette perspective l’enchantait. Ciramor approcha de la chaîne et les démons et les esclaves aux alentours s’écartèrent sur son passage. Néhant suivait le mouvement, attendant sa prochaine “presque libération”.

La concentration était extrême. Ciramor, face à la chaîne tenait Calice des deux mains et derrière son masque la sueur coulait. Un coup, un seul, lui permettrait de faire avancer le plan, il avait tant travaillé pour ça. Des semaines et des semaines de préparations avec les plus grands magiciens de ce monde et certains secrets d’Eredan dévoilés pour que les terres de Guem soient sauvées de Solar. De très nombreuses écritures s’illuminèrent sur la chaîne, Ciramor chuchotait dans un langage qu’aujourd’hui seuls les gardiens parlaient. La magie de Guem se déverrouillait peu à peu... Puis Calice plongea sur un maillon avec avidité. Le métal de la lame sectionna le métal de la chaîne dans un frottement strident.

Ainsi fut brisée la troisième chaîne de la prison de Néhant.

Le reste se déroula sur une très courte durée. Néhant toujours retenu par la quatrième et dernière chaîne sentit néanmoins qu’il faisait à nouveau partie de ce monde. La forme noire s'empara de Ciramor qui lâcha Calice. L’héritier se laissa faire malgré une douleur insoutenable. Dans la tête du jeune homme Néhant tissait sa toile, mais il ne s’attendait pas à tomber contre la volonté d’un vieil ennemi : Eredan.

“Tu ne songeais pas à prendre le contrôle de mon héritier ? Ciramor s’est préparé longuement et son plan est imparable. Je connais tes secrets, il connait tes secrets, nous savons qui tu es et comment te tenir ! Nulle tromperie possible, tu devras respecter ta parole et combattre Solar avec toute ta fureur. Ciramor est désormais ton réceptacle, ton corps, mais aussi le gardien de ce monde. Vos pensées vont se mêler, il veillera à ce que tout aille dans le bon sens. A présent mon vieil ennemi, il est temps de remplir la tâche pour laquelle nous te libérons partiellement. Tes alliés attendent dehors, ils sont prêts à ranger leur haine à ton égard. Et toi Néhant, tu devras mener les légions.”

La fusion entre Néhant et Ciramor s’opéra comme prévue. Le masque du gardien tomba au sol et se brisa, son aspect physique changea pour ressembler autant à un homme qu’à un démon. Amidaraxar, Azaram et tous les autres s’inclinèrent devant le retour de leur maître.

- Seigneur Néhant, quels sont vos ordres ?

Néhant s’empara de Calice qui ronronna alors comme un chat.

- Appelez mes légions... Nous avons un dieu à abattre, je ne tolérerais pas qu’on détruise ce qui m’appartient.

Amidaraxar qui connaissait bien Néhant trouva son attitude étrange.

- Mais vous ne voulez pas briser la dernière chaîne ? Osa demander le lieutenant.

- Ne pose pas de question et obéis. Je dispose déjà d’une puissance incroyable et le temps nous manque désormais. Nous partons.

La réponse ne satisfaisait pas Amidaraxar, mais il ne tenta plus le diable, il se contenterait de servir son maître comme il l’avait fait durant des années. La perspective de la domination du monde lui convenait parfaitement. Néhant qui n’était pas tout à fait lui-même en vérité, percevait chaque lien qu’il avait avec les esclaves, démons, Guémélites et autres Néhantistes, il lui serait facile de les maîtriser. Il ne lui restait plus qu’à aller voir qui étaient ces fameux alliés.

Bien plus tard, une cohorte de démons avait envahi les lieux et Néhant était prêt à mener son armée à travers la Draconie. Ciramor/Néhant disposant des savoirs d’Eredan brisa le puissant enchantement magique cachant la prison. Les brumes des Confins se dissipèrent peu à peu, laissant désormais un libre accès à l’interdit. De l’autre côté, parfaitement alignée, une armée humaine aux étendards de la Draconie leur faisait face. Les démons rugirent face à cet ennemi, mais le Réceptacle de Néhant les fit taire. Deux personnes se détachèrent de cette armée, chevauchant de magnifiques chevaux caparaçonnés. Néhant avança à son tour, suivi par Amidaraxar. Les deux draconiens n’étaient autres que Kounok le Prophète et Zahal le Chevalier Dragon. Leurs visages étaient fermés, dénués d’émotions.

- Es-tu prêt.. Ciramor ? Demanda Kounok.

- Je préfère Néhant si tu permets, Draconien.

- Qu’est ce que ça veut dire ? Grogna Amidaraxar.

- Cela veut dire que la fin est proche, assura Néhant en affirmant son emprise sur son lieutenant.

- A présent en route, Solar s’attaque à la Draconie et Dragon ne tiendra pas longtemps, dit Kounok en faisant un demi-tour avec sa monture.

Dragon

Chapitre 1 - Après l’orage, avant la tempête.

La servante eut la frayeur de sa vie lorsqu’elle retrouva la Pythie allongée sur le sol de sa chambre. Elle lâcha immédiatement le plateau de victuailles en hurlant le nom de sa maîtresse, réclamant de l’aide. S’agenouillant les mains tremblantes elle vit les coulées de sang du nez, des yeux et des oreilles de la Pythie. Était-elle morte ? Elle pria Dragon que cela ne soit pas le cas. Elle fut rassurée lorsqu’elle vit qu’elle respirait encore. Les cristaux qui d’habitude flottaient autour de la jeune femme s’étaient écrasés sur le sol de pierre, se brisant en partie. Plusieurs autres servantes, alertées par l’agitation et les hurlements arrivèrent sur le pas de la porte de la chambre, paniquées. Elles la portèrent doucement pour l’allonger sur le lit juste à côté. La plus âgée des servantes toucha le front de la Pythie et écouta son cœur.

- Apportez de l’eau chaude... vite ! Ordonna-t-elle.

- Qu’est-ce qu’elle a, dit la plus jeune, inquiète.

- Je ne sais pas, mais elle est en train de se réveiller, retournez vaquer à vos occupations, je m’occupe d’elle.

Une alla chercher de l’eau et les autres s’en allèrent, non sans être averties par celle au chevet de leur maîtresse.

- Ne dites à personne ce que vous avez vu, c’est bien compris ??

Toutes répondirent oui. La Pythie bougea, levant le bras elle attrapa sa servante et émergea tant bien que mal.

- Ne bougez pas ma dame, vous n’êtes pas en état.

- Que... ma tête... elle me fait souffrir...

- On vous a retrouvé par terre, du sang coulant par tous les orifices de votre tête. Vous êtes glacée, dit-elle en la couvrant.

La Pythie fit un effort de mémoire et replaça les pièces d’un puzzle de souvenirs.

- J’étais assise là, lisant une lettre lorsque mon attention fut attirée par le miroir qui me faisait face. J’ai eu de multiples visions, toutes d’un coup, elles m’ont assaillie. J’ai ressenti le malheur, la désolation, la mort. Il me faut dénouer toutes ces visions pour mieux les comprendre, mais je sais déjà que plusieurs évènements importants viennent d’avoir lieu. Le genre d’évènement qui marque à jamais notre histoire.

- De quoi parlez-vous ?

A ce moment là, la servante partie chercher de l’eau revint avec le nécessaire, elle fut rassurée de voir la Pythie consciente. Elle posa le nécessaire sur le bord du lit et s’en alla donner la bonne nouvelle aux autres servantes.

- Une puissance divine vient d’arriver sur les terres de Guem, elle cherche à tout détruire. Un être s’est éteint, ils ne sont plus nombreux maintenant...

La servante qui essuyait les traces de sang avait l’habitude d’écouter les prophéties de la Pythie, celle-ci était aussi mystérieuse que d’autres.

- Plus proche de nous, dans cette cité, une femme va avoir le cœur brisé...

Kastel Levarak, une des plus belles cités de la Draconie. Construite sur une colline au milieu d’un lac artificiel, l’endroit était baigné par le mysticisme. Il est dit que le château à l’architecture extraordinaire existait bien avant la fondation de la Draconie et bien des légendes sur cette région confirmaient cela. C’était aussi là qu’étaient nés Marlok et la Pythie, cette dernière vivant toujours là. Mais ce ne sont pas ces deux personnages qui nous intéressent, mais une femme du peuple pour qui ce matin le destin la frappa avec le tranchant de la lame.

Le réveil fut difficile et la nuit très courte. La veille, Yllianna et Zerimar avaient fêté dignement leurs fiançailles avec leurs familles et leurs amis. Le vin avait coulé à flot et les délices des cuisiniers avaient enchanté les papilles. La tête pleine de rêves et d’amour, les deux tourtereaux s’étaient éclipsés le temps d’une promenade à la fraîcheur d’une aube enchanteresse. Bras dessus, bras dessous, tous deux planifiaient leur vie future, évoquant les enfants, la nouvelle demeure qui serait bientôt la leur. Leurs pas les menèrent dans un coin un peu isolé de la ville, repère de gens peu fréquentables et très souvent mal intentionnés. Au détour d’une ruelle, ils se rendirent compte de l’endroit où ils se trouvaient, hélas pour eux un brigand qui n’avait pas fini de cuver l’alcool ingurgité durant la nuit chancela jusqu’à eux dans l’espoir de faire à Ylliana ce que la morale empêche de décrire. Zerimar peu enclin à laisser sa belle aux mains crasses et moites de cet agresseur, s’interposa. Ce dernier ne vit pas la dague, dégainée avec rapidité par quelqu’un visiblement habitué à faire parler la violence. La lame s’enfonça entière dans la chair du jeune homme. Un cri déchira le silence, celui d’Ylliana alors que son fiancé s’écroulait sur le sol boueux. Le brigand se jeta sur la jeune femme en lui plaquant la main sur la bouche avant de la pousser dans une ruelle sombre. A terre, Zerimar agonisait, de sa plaie coulait le sang en abondance. Il tenta de se relever mais cela empira son cas, il sombra vite les mains pleines de sang.

Ylliana tentait d’appeler à l’aide et de se dépêtrer des sales pattes du brigand. Elle n’était pas prête à se laisser faire, oh bien sur elle avait peur, mais ce sentiment était enfouit derrière sa volonté de lui échapper. Elle croqua la main plaquée sur sa bouche, enfonça son coude dans le plexus de son agresseur. Le souffle coupé, la main endolorie, ce dernier lâcha sa proie par réflexe, celle-ci se mit à courir dans la ruelle sombre, poursuivie de près. La mort venait de se saisir de Zerimar lorsqu’elle tomba à genoux à ses côtés. L’homme sans vie gisait dans un bain de sang. Ylliana pleurait à chaude larmes, répétant inlassablement le nom de son aimé. La peur laissa place à la douleur et au chagrin puis à la colère...

L’agresseur rigola de son méfait, imaginant déjà la suite, le plaisir qu’il allait ressentir. Mais il n’avait pas prévu l’arrivée de l’autorité, incarné par une sorcelame. Telle une furie cette inconnue sauta du toit pour atterrir sur le dos du brigand. Il s’affala sur le sol comme un sac de pommes de terre. Ce dernier, la tête dans la boue ne put voir le visage de la sorcelame qui venait d’arriver car il fut assommé par le pommeau d’une lame sorcière. Ylliana, les yeux voilés de larmes aperçut à peine l’action, trop occupée à tenir Zerimar dans ses bras.

- Damoiselle... damoiselle.

La sorcelame posa la main sur l’épaule d’Ylliana, qui sursauta alors.

- Ca ira ?

La question était saugrenue, ça n’allait pas ! L’amour de sa vie était mort ! MORT ! Ylliana se releva, la rage au ventre et fit face à la sorcelame et l’examina de pied en cap. Voyant l’ouverture, elle attrapa la poignée d’une dague attachée à la ceinture de sa sauveuse, tira la dague et sauta sur le meurtrier de son fiancé. Elle arma son bras, saisit la tête du brigand vers l’arrière afin de lui planter la lame dans la gorge. Son geste fut arrêté par la sorcelame qui lui attrapa le poignet avec force.

- Non damoiselle, vous ne devez pas faire ça, dit-elle calmement.

- Il l’a bien fait lui !! Il l’a tué ! Il était tout pour moi ! Hurla-t-elle avant de s’écrouler dans les bras de son interlocutrice.

- Laissez-le aux mains de la justice de Dragon, il aura le châtiment qu’il mérite. Venez avec moi, je vous ramène à votre famille, puis lorsque la colère et la haine seront trop insupportables vous viendrez me voir.

Plusieurs soldats de la milice de Kastel Levarak arrivèrent à ce moment là, alertés par le voisinage.

- Emportez le corps de ce malheureux jusqu’à chez lui et prévenez le Veilleur de mort, qu’il vienne dès que possible.

Chapitre 2 - Sacrifice.

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Voilà à peine quelques heures que les troupes draconiennes étaient parties pour la pierre Tombée du ciel. Anryéna s'apprêtait à quitter le palais pour rejoindre ses appartements dans le quartier des Liés lorsqu’une secousse se produisit. Elle ne dura pas bien longtemps mais la nature même de cette dernière suffit à éveiller sa curiosité. Les environs n’étaient pas connus pour leur activité sismique. L’énergie divine s’était répercutée jusqu’ici et elle l’avait très bien ressentie. Elle se tourna dans la direction d’où venait cette énergie.

- C’est si fort...

Dragon apparut alors à son côté, le visage terriblement inquiet.

- Ma fille... Nous avons perdu.

Anryéna écarquilla les yeux, n’en croyant pas ses esgourdes.

- La pierre tombée du ciel vient d’exploser, libérant une créature. C’est d’elle qu’émanent ces rayonnements étranges.

- Explosions ? Nos troupes !! S’exclama-t-elle inquiète.

- Je ne sais pas mais je ne ressens plus aucune des personnes avec qui je suis lié.

- Mais c’est une catastrophe ! Il faut vite aller voir ! Lever la totalité de l’armée de la Draconie !

- Je vais m’en remettre à toi ma fille, je vais devoir dresser une barrière autour de la Draconie afin d'empêcher cette chose de venir jusqu’ici. Récoltons le plus d’informations possibles. En l’absence de Naya, son élève qui est à Kastel Levarak prend le commandement. Je vais aussi prévenir Kounok on va avoir besoin de lui, dit-il sur un ton un peu agacé.

- Bien. Gaaaardes ! Gaaaardes !

Les deux gardes dragons qui étaient à l’entrée de la salle du trône vinrent en trottinant jusqu’aux illustres personnalités.

- Allez immédiatement me chercher les ministres et les hérauts de Dragon !

Ils saluèrent tous deux et partirent de la salle rapidement.

- Ce n’est pas tout ma fille, dit Dragon.

- Ah !

- Le Seigneur-Dragon de Marche de l’est m’a fait parvenir des informations encore plus inquiétantes. Il y a une activité inhabituelle dans les brumes des Confins.

- Néhant ? On ne peut pas couvrir tous les fronts père, c’est impossible, s’il se libère s’en sera fini de nous.

- Moi vivant jamais je ne permettrai cela, j’ai juré à Eredan que je donnerai ma vie pour ça. Mais comment faire face à deux menaces aussi grandes ? Ma fille il va falloir agir avec intelligence... et stratégie. Anryéna acquiesça. - Je vais de ce pas créer le bouclier magique, à partir de là je n'apparaîtrai plus, tu seras seule à la tête de la Draconie. Viens me voir si la situation l’exige mais toutes mes pensées seront tournées vers les défenses du territoire.

- Ne t’en fait pas, ce n’est pas la première crise que je traverserai, j’aurais pourtant bien aimé que la dernière en date soit justement... la dernière.

Dragon s’approcha d’Anryéna et lui déposa un baiser sur le front.

- Reçois là les pleins pouvoirs, convoque Kounok, dit-il en disparaissant.

Elle soupira un grand coup.

- Les pleins pouvoirs. Bien commençons donc, dit-elle à voix haute en saisissant son sceptre draconique à deux mains.

Elle se concentra, son lien fort avec Dragon et son fils lui permettait de pouvoir le localiser et lui parler. Elle le visualisa en haut d’une montagne au milieu d’une tempête de neige. Il portait sur son dos une personne inconsciente. Tous deux enroulés dans des fourrures.

“Mais qu’est-ce qu’il fait là ? Il m’a l’air dans une mauvaise passe. Tant pis il faut que j’intervienne.”

Le sceptre se mit fortement à luire d’une énergie bleue, Anryéna utilisa les pouvoirs accordés par son père.

- Au nom de Dragon je te convoque Prophète, en cet instant et en ce lieu !

Un moment se passa sans rien de plus, puis une forme apparue. Kounok dut faire un effort pour ne pas glisser avec ses bottes pleines de neige. Il s’étonna de se retrouver ainsi devant sa mère au palais de Noz’Dingard. Il déposa la personne inconsciente avec beaucoup de précaution, puis il se dévêtit de sa fourrure pour en couvrir sa compagne qui n’était autre qu’Ardrakar.

- Désolé de devoir te rappeler ainsi Kounok, tu semblais en fâcheuse posture et il nous faut un Prophète pour guider la Draconie.

Kounok qui ne s’était visiblement pas rasé ressemblait à un véritable épouvantail. Ses habits n’étaient plus que des guenilles sales et trouées. Anryéna tourna autour de lui avec une moue de désespoir, expression qui passa vite à la stupeur lorsqu’elle vit qui était avec lui, le chevalier déchu.

- Je raconterai cette aventure extraordinaire une autre fois mère. Merci de nous avoir ramené, que s’est-il passé en mon absence ?

La fille de Dragon secoua la tête.

- Je me demande si j’ai bien fait de te laisser partir.

- Il le fallait, et puis... comment aurais-tu arrêté Prophète ?? Dit-il sur un air de défi.

“Il a changé” se dit Anryéna. Elle lui expliqua ensuite les évènements qui l’avaient conduit à le rappeler sur le champ. Kounok réfléchit aux différentes options qui se présentaient à lui.

- Nous avons déjà échoué contre les Nomades, traitons d’abord le problème Néhantiste en priorité. Ardrakar nous aidera.

- Tu as confiance en cette traîtresse ?

- J’ai confiance en mon épouse.

Anryéna tomba des nues et ne sut quoi répondre, elle regarda son fils avec appréhension alors que celui-ci se pencha sur Ardrakar. Les ministres et hérauts de Dragon arrivèrent à ce moment-là, intrigués par la situation les discussions allèrent bon train.

- Je reviens, je vous interdis de commencer à établir des plans sans moi, c’est compris ?, dit Prophète avec autorité.


La lumière avait été aveuglante. Sol’ra dans sa soif de destruction avait laissé parler sa volonté divine en voulait raser cette région de la carte du monde. Personne n’avait eu le temps de réagir et lorsque la lumière cessa, Sol’ra avait percé un trou béant dans le sol de Guem. Autour tout n’était que ruines et même le tombeau des ancêtres non loin de là était désormais qu’un tas de cailloux. L’armée des ancêtres avait été balayée comme un fétu de paille.

Marzhin émergea, la tête dans le sable. Il se releva avec difficulté son corps le faisant souffrir. Il n’était pas seul, tout autour de lui il y avait bien un bon millier de personnes inconscientes qui comme lui se retrouvaient à moitié ensevelies sous le sable. Le patchwork des couleurs lui fit comprendre qu’il y avait là l’armée de la Kotoba, celle des Envoyés de Noz’Dingard et la Cœur de Sève. Immédiatement à côté de lui Pilkim se réveillait à son tour, ne comprenant pas ce qu’il venait de se passer. Le Maître-Mage se souvint de l’action : la créature divine allait détruire se monde, le Mangepierre s’était interposé. Et ensuite ? Plus rien, le blanc ou plutôt le jaune, une forte lumière, la puissance divine et le réveil, ici.

- Tu vas bien ? Dit Marzhin en regardant son fils qui lui fit oui de la tête en recadrant ses lunettes sur son nez. Le Mangepierre ? Où est-il ? ajouta-t-il en regardant autour de lui.

- Là ! Cria Pilkim.

Le jeune prodige montrait un bras qui dépassait du sol. La peau était grise et les tatouages caractéristiques au Mangepierre. Le père et le fils coururent puis tirèrent du sable le corps inanimé du Mangepierre. Ce dernier bougeait encore mais le Maître-Mage ne percevait plus la moindre magie en lui. La Guémélite de Guem ouvrit péniblement les yeux et sourit en voyant les gens présents.

- Vous êtes saufs... J’ai fait de mon mieux... Je suis désolé de ne pouvoir faire... plus...prenez ma pierre... lorsque...

Sa phrase ne fut pas terminée, le Mangepierre mourut dans les bras de Marzhin.

- Un sacrifice qui nous a sauvés.

Chapitre 3 - Pénitence

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Kounok s’était rapproché des frontières de la Draconie craignant une éventuelle poursuite des Néhantistes. Son armure présentait quelques estafilades en raison de son affrontement contre Déchirure. Ses doigts frôlaient les profondes entailles “Heureusement que je te portais” pensait-il “Ces démons sont redoutables, c’est très inquiétant”. Ses yeux quant à eux ne se décrochaient pas de la silhouette d’Ardrakar qui dormait d’un sommeil très agité près du feu.

Ardrakar errait dans les terres désolées par la sombre magie de Néhant. Elle ne savait plus ni où elle était ni qui elle était vraiment. Elle tenait Chimère par son pommeau, laissant traîner la lame dans la boue à l’odeur infâme. L’épée vivante l’avait conduit à des exactions indignes de son rang et la corruption de Néhant grignotait son âme peu à peu. A demi consciente, n’ayant plus aucune notion du temps, elle arriva à la frontière de la Draconie. Était-ce Dragon qui l’avait guidé jusque-là ou bien son devoir de chevalier ? Elle qui était la plus puissante parmi son ordre, elle était aspirée par une spirale infernale. Elle agit alors pour la dernière fois comme Chevalier Dragon. Chimère, douée de vie, part de Dragon, hurlait de ne pas faire ça, mais elle ne voyait que cela. Grimpant les montagnes elle finit par atteindre son objectif - le temple d’Ehxien. Elle entendait cette voix sombre, sinistre et incroyablement séduisante qui l’encourageait à quitter les siens pour une nouvelle vie, éternelle et pleine d’aventures. A l’intérieur du temple les gemmes bleues éclairaient d’une pâle lueur les parois d’une caverne naturelle, elle était déjà venu ici avec son maître Arkalon mais quand ? Elle ne savait plus et peu lui importait à ce moment-là. Aux tréfonds de cette grotte elle arriva au cœur du temple, le sanctuaire des lames. Depuis la naissance de l’ordre lorsqu’un chevalier venait à mourir, son épée était alors déposée ici pour y reposer jusqu’à la fin des temps. Ardrakar réservait un sort pire que l’oubli à Chimère, cette lame devait reposer ici, mais elle devait aussi être brisée !

- Si tu fais ça, tu ne seras plus chevalier de Dragon ! Je suis ton seul rempart contre Néhant ! Hurla Chimère.

- Non... C’est toi... c’est TOI ! Ce sera mon dernier geste... qu’aucun Chevalier Dragon ne te tienne à nouveau !

Ardrakar tint fermement la poignée de l’épée avant de propulser la lame contre la paroi de pierre. Le choc fut terrifiant, le cristal de l’épée explosa. La jeune femme lâcha ce qui en restait parmi les autres armes des Chevaliers Dragon. Lorsqu’elle quitta le temple, Dragon détourna ses yeux d’elle, elle devint alors Ardrakar, Chevalier de Néhant...

Elle se réveilla en sursaut. La sueur perlait sur son visage, son cœur battait la chamade. Elle examina son environnement, où était-elle ?? Ses yeux s’arrêtèrent sur l’homme présent à côté d’elle et qui la regardait. Elle ne sut comment réagir, ses pensées se bousculaient, Amidaraxar, les larbins, le rituel !

- Tu n’as rien à craindre Ardrakar.

Qui était-il ? Elle se sentait en confiance avec une vague impression de déjà vu. Mais si elle ne le reconnut pas de suite, par contre elle reconnut la lame posée à plat sur ses genoux, Chimère. Prise par la peur elle eut un mouvement de recul. La dernière fois qu’elle avait vu l’épée c’était lors de son affrontement récent avec Arkalon, et la voilà dans les mains d’une autre personne.

- C’est l’épée qui te fait peur Ardrakar ?

Elle répondit oui de la tête, alors Kounok fit disparaitre l’épée, au soulagement de la jeune femme.

- Je te l’ai dit tu n’as rien à craindre. Je... je suis Kounok.

Ardrakar ouvrit grands les yeux devant cette révélation.

- Kounok ?? Mais... Comment ça se fait ?? Dit-elle en s’approchant de lui.

- Dragon m’a nommé Prophète et m’a donné forme humaine. Ah, j’ai quelque chose qui t’appartient, dit-il en se rendant jusqu’à son cheval.

Il détacha Azur des lanières de cuir qui la retenant à la selle. La lame reflétait les lueurs du feu dans des teintes violettes.

- Lorsque je suis parti à ta recherche j’ai trouvé ton épée. Prend-là elle est à toi.

Ardrakar se souvint. Azur était restée là où elle s’était faite attaquée par les larbins d’Amidaraxar.

- Je n’ai pas le droit de la porter. Re.. regarde-moi ! Je ne suis qu’une traîtresse, j’ai abandonné tout ce en quoi je croyais, j’ai brisé la confiance de Dragon !

Kounok, qui tendait Azur à Ardrakar soupira longuement. Il n’aimait pas vraiment jouer les soigneurs de l’âme, mais pour elle il fit un effort.

- Je vois le remord et le désir de te racheter. Il ne tient qu’à toi de réparer tes erreurs pour une vie meilleure. Je préfère garder de toi la part du Chevalier Dragon, celle avec qui j’ai passé de bons moments, celle avec qui...

Il hésita, mais ne termina pas sa phrase.

- Néhant t’a jeté aux ordures comme n’importe lequel de ses esclaves, tu dois te lier à nouveau avec Dragon.

Kounok avait raison, le démon en elle n’était plus là et elle se sentait très différente, plus proche de ce qu’elle fut autrefois. Mais elle était encore liée au corrupteur par cet éclat qu’elle portait en elle. Elle détacha la bourse attachée à sa ceinture et en sortit sa pierre-cœur, celle qu’elle confia autrefois à Dragon. La pierre brillait faiblement malgré les marques noires à sa surface.

- Impossible, si on m’enlève ma pierre-cœur, je meurs !

- Je comprends ton pessimiste, avec ce qui t’arrive c’est normal. Mais je n’ai pas le même avis. Si ton désir est réel et motivé je t’aiderai, je connais un lieur de pierre capable de t’enlever ça. Là-haut dans les montagnes, dit-il en montrant des monts enneigés plus loin dans la Draconie.

Ardrakar, plongée dans les ténèbres voyait là une lueur d’espoir. Elle ne pouvait rester ainsi, mais elle ne comprenait pas pourquoi il voulait l’aider, elle qui tua des innocents et qui trahit la Draconie. La question coula de source.

- Pourquoi m’aides-tu Kounok ?

Prophète s’assit en face d’elle, avec les flammes dans le dos la lumière lui donnait un aspect irréel.

- Les raisons sont nombreuses, le lien entre nous... et le devoir. Nous avons déjà vécu beaucoup d’aventures ensemble. Tu ne t’en souviens peut-être plus, mais pour moi ces moments sont gravés à jamais, dit-il en posant sa main sur son cœur. Et je suis Prophète même si je n’ai pas la sagesse de mon défunt frère je sais percevoir ce qui est pour moi une opportunité incroyable. Dragon a dit vrai, en ces temps de guerre plusieurs Chevaliers Dragon fouleront les terres de Guem ensembles. Je crois que tu as ta place parmi nous. Arkalon est revenu, Valentin tiré de sa retraite, Zahal prêt à prendre le commandement, quant à moi mon rôle est de faire en sorte que nous soyons prêts pour les évènements futurs. Ardrakar tu as la force en toi de relever ce défi, de briser les chaînes qui te retiennent à lui et qui te font souffrir.

Les larmes noires coulaient sur les joues de la jeune femme. Les paroles de Kounok étaient réconfortantes, les souvenirs de sa vie précédente refaisaient surface et elle se rappela la présence de Kounok lors de ses entraînements d’apprentie chevalier. Il avait toujours été là pour elle.

- Je.. je ferais pénitence...

- Ça ne sera pas facile, tant que tu es liée à lui, il te traquera. Il ne peut pas se permettre de te laisser en vie. Alors prends Azur et sois prête à te défendre autant que je te défendrais.

Ardrakar accepta l’épée dont la poignée convenait parfaitement à sa main. Un autre sujet lui vint en tête.

- Comment cela se fait-il que tu aies Chimère ? Je l’ai brisé dans le temple d’Ehxien.

- Et je l’ai récupéré telle que tu l’as laissé. Mais chaque Chevalier Dragon se doit d’avoir son épée alors plutôt que d’en avoir une nouvelle j’ai décidé de réparer celle-ci et de la... corriger.

Le mot “corriger” fit sourire Ardrakar, comprenant par-là qu’elle n’était pas exempte de défauts.

- Cette Chimère est bien plus stable que celle que tu as brandie autrefois ne t’inquiète pas. Demain matin nous nous mettrons en route, nous ferons étape dans un village pour s’équiper avant notre ascension dans les montagnes.


Kounok et Ardrakar furent l’attraction du village de Pied-de-brume, peu habitué à une telle présence la rumeur de la venue d’une personnalité haut placée se propagea rapidement. Le Seigneur-Dragon local ne mettait jamais les pieds ici et cela eut tôt fait de parvenir aux oreilles de Kounok. Bien qu’il ne soit pas là pour ça il écouta les gens, assumant son rôle de Prophète. Ardrakar qui voyageait avec lui depuis deux jours sentait le lien entre eux se renforcer, mais dans l'autre sens, son côté dévoué à Néhant la harcelait en permanence. Mais le changement s’opérait, doucement elle redevenait un peu plus elle-même. Ses attributs de démon avaient disparus, elle ne portait plus les cornes de cristal noir, même ses yeux commençaient à changer.

Kounok la retrouva à la seule et unique auberge des environs. L’intérieur était chaleureux, agréable, les délicieuses odeurs de cuisine flottaient dans la grande salle de cette maison de bois.

- J’ai rencontré le chef du village et les nouvelles ne sont pas très bonnes. Il y a eu des éboulements et plusieurs routes ont été coupées. Il y a un guide qui doit venir ici dans quelques jours, lui seul peut nous conduire jusqu’à bonne destination.

Ardrakar l’écoutait d’une oreille distraite, perdue dans les yeux du jeune Prophète.

- Je suis désolée pour Kétanir...

Cette soudaine marque d’affection perturba Kounok.

- Merci... Il n’y a pas un jour sans que je pense à lui, dit-il en appelant le serveur intimidé par la présence de Prophète dans son établissement.

L’homme à l’embonpoint certain accourut avec son plateau sur lequel reposaient une bouteille et deux verres. Il les posa en tremblotant.

- C’est offert par la maison, seigneur.. euh Prophète.

- C’est une belle attention de votre part, je saurai m’en souvenir.

L’homme resta figé puis sursauta avant de saisir la bouteille et de servir ses illustres personnes qui l’honoraient de leurs présences. Kounok sortit quelques piécettes de cristal rouge et les donna à l’aubergiste.

- Apportez-nous de quoi manger et préparez... deux chambres je vous prie.

Le montant des chambres et de la nourriture était bien inférieur à la somme donnée, mais cela n’avait pas d’importance, Kounok désirait simplement mettre à l’aise sa compagne. Et la soirée se passa dans le calme, les discussions tournant principalement autour du passé et de ce qui vaut la peine d’être vécu. Les sentiments aussi se délièrent, rapprochant ces deux êtres. Ils finirent plus rapprochés que jamais, dans les bras l’un de l’autre au coin du feu. Cela ne se faisait pas dans les convenances de la société Draconienne, mais cela leur importait peu.

Le rapprochement entre eux devint plus fort chaque jour et une semaine passa sans même qu'ils s'en rendent compte. Et ce qui devait arriver, arriva. Les voici à présent irrémédiablement attirés l’un par l’autre, comme d’eux âmes sœurs s’étant enfin retrouvées.

Kounok était réveillé depuis un bon moment lorsqu’Ardrakar pelotonnée contre lui émergea. Pour cette dernière ce fut la première nuit depuis des lustres sans le moindre cauchemar, la sensation de fatigue et de tension était partie.

- Je... hum, dis moi, j’aimerais te demander quelque chose.

Ardrakar se releva, attendant la question.

- Mon cœur bat pour toi depuis la première fois où je t’ai rencontré, lorsque nous étions enfants. A présent que je t’ai retrouvé j’aimerais rester avec toi pour toujours.

Les joues de Kounok s’empourprèrent. Ardrakar cligna des yeux et lui offrit son plus beau sourire.

- Tu veux que l'on se marrie ?? Dit-elle en réalisant la demande du Prophète.

- Oui.

Elle réfléchit quelques instants avant de lui donner sa réponse.

- Je veux bien... Oui ! dit-elle ravie.

Fou de joie, Kounok serra Ardrakar dans ses bras à la limite de l’étouffement.


Leur guide était enfin arrivé. Après avoir obtenu des vivres et des fourrures pour se protéger du froid le groupe se mit en route vers les montagnes et la promesse d’un avenir meilleur. Le paysage enchanteur mêlant forêt de sapins et immenses gemmes bleues cachait en réalité un environnement dangereux. Le guide du nom de Vaerzar, leur expliqua de ne jamais quitter le sentier et de ne jamais s’éloigner les uns des autres tant qu’ils étaient dans la forêt, celle-ci étant le territoire des Cristocats.

- Il ne faut pas prendre leur présence à la légère. J’ai été pris en chasse une fois par un de ces foutus bestiaux, j’ai failli y rester, sa corne m’a embroché de part en part. Je serais mort si je n’avais pas sauté dans l’eau, ils détestent l’eau ! Depuis j’ai toujours Mia-ousse, mon fidèle Darkat, c'est un prédateur naturel des Cristocats.

Au grand étonnement la traversée de la forêt se fit sans encombre, pas le moindre Cristocat à l’horizon. Vaerzar trouva suspect cette absence. En temps normal son Darkat repérait toujours quelques Cristocats attirés par leur présence, mais là rien de rien. Comme promis le guide les conduisit aux limites des chemins. Depuis plusieurs kilomètres la neige les accompagnait, tombant lentement sur le sol gelé.

- Vous ne pourrez pas aller plus loin à cheval. Je vais redescendre votre monture jusqu’à Pied-de-brume où je vous attendrai. L’endroit où vit celui que vous cherchez est à quelques heures de marche vers le nord, si vous suivez l’étoile d’Almad vous devriez trouver sans souci. Je vous souhaite bonne chance ! Kounok remercia Vaerzar, le guide ne s’attarda pas, ayant hâte de retourner au village dans les meilleurs délais. Ensuite le couple entreprit l'ascension par un chemin escarpé.

Kounok et Ardrakar avaient affronté mille périls, combattu des créatures puissantes et terriblement dangereuses, mais cela n’était rien comparé au froid et aux dangers de la montagne. La moindre chute leur serait fatale, autour d’eux malgré le manteau neigeux de plus en plus épais les éclats de cristaux bleus les menaçaient d’un sort funeste. En grimpant le vent s’était joint à la partie et le froid vif et glacial mordait ces aventuriers du bout du monde. Kounok tirait Ardrakar, puis Ardrakar poussait Kounok, la progression s’était ralentie, ce fut une réelle épreuve de volonté pour le couple. Puis passant derrière un rocher, l’étoile d’Almad apparut. Bien visible au-dessus de leurs têtes une lumière bleue brillante perçait les nuages. En réalité ce n’était pas une véritable étoile, mais un immense cristal au sommet du pic d’Almad. Grâce à elle il était plus aisé de se déplacer dans la région. Pour les voyageurs de l’extrême cette vision leur donna une indication de temps - la moitié du parcours était accomplie.

Tout à coup Ardrakar s’arrêta. Elle tira Azur de sa ceinture et plissa les yeux pour éviter la neige.

- Quoi ? Interrogea Kounok. Pourquoi t’arrêtes-tu.

- Ils sont là ? Des démons, je sens leur présence, ils sont très nombreux... LA !!

Ardrakar frappa l’air comme si quelqu’un était là, le coup toucha quelque chose qui apparut aussitôt, un démon ! Les démons alors invisibles donnèrent l’assaut. Ils étaient une bonne dizaine, de toute taille et de toute forme. Au milieu d’eux Ardrakar remarqua un démon plus grand et plus impressionnant.

- Mâche l’âme !

Les caquètements des démons étaient assourdissants, dans un désordre incroyable ils attaquèrent leurs proies, les harcelant, tentant de les griffer et de les mordre. Mais Kounok était un fin tacticien, il se plaça dos à dos avec sa compagne, déployant la magie de Dragon. Ardrakar de son côté avait un avantage, encore liée à Néhant elle parvenait à limiter les pouvoirs de ses adversaires. La combinaison s’avérait redoutable mais clairement insuffisante. Plusieurs démons étaient à terre, pourfendus par Chimère ou Azur. Jusque-là Mâche l’âme se contentait de vomir des ordres à l’attention de ses semblables, en retrait il commença un étrange manège. Il se pencha sur un petit démon filiforme aux multiples cornes, agonisant sur la neige. Celui-ci le supplia de lui venir en aide, mais au lieu de ça Mâche l’âme le retourna sur le dos et plongea sa main dans le ventre du démon, d’un geste sec il retira l’éclat de Néhant, vital pour sa survie. Le petit démon disparut d’un coup et Mâche l’âme avala la pierre. Il sentit ses forces augmenter considérablement. Il procéda ainsi avec trois autres démons. Kounok frappait de taille et d’estoc appuyé par Ardrakar. Cette dernière entrevit les gestes de son ancien camarade et réalisa ce qu’il faisait.

- Kounok, il faut le tuer ! Vite ! Sinon nous ne pourrons pas le vaincre...

Que cela ne tienne, Kounok bouscula les deux démons face à lui et se fraya un chemin jusqu’à Mâche l’âme. Chimère fendit l’air en direction du cou adverse. Elle fut esquivée sans effort, Mâche l’âme répliqua alors, une épée apparut dans sa main, une lame de cristal noire assez translucide. Kounok para et les deux épées s’entrechoquèrent mêlant leurs magies. Ardrakar vit la lame et n’en crut pas ses yeux.

- Chimère noire !! Mais c’est Arkalon qui l’avait !

Mâche l’âme fit un bond de côté et extirpa une nouvelle pierre démoniaque en regardant ses ennemis.

- Elle est revenue toute seule à son unique maître, traîtresse ! Dit-il avant de gober la pierre.

A présent il ne restait qu’eux trois, mais malgré l’infériorité numérique, Ardrakar savait qu’il n’avait plus l’avantage sur le démon dont la puissance gonflée le rapprochait du niveau de Fournaise. Elle tira Kounok en arrière pour éviter d’être à portée de Chimère noire. Le démon bondit à une vitesse incroyable sur l’ancien chevalier de Néhant et d’un coup de poing magistral il l’envoya valdinguer plus loin. Azur se planta dans la neige à côté de Kounok. Débordant de colère ce dernier déclencha l’étendue de ses pouvoirs.

“Montre-lui qui nous sommes Kounok, détruis-le ! DÉTRUIS-LE !” lui ordonna Chimère.

- Je suis Prophète, descendant de Dragon, tu ne portes qu’une pâle copie de Chimère ! Contemple son pouvoir !

La lame flamboya d’une lumière bleue et une aura se forma autour de Kounok, ses yeux devinrent entièrement bleus, une partie de son visage prit l’aspect d’une peau de dragon, telle qu’il l’avait autrefois. Ils se jetèrent l’un sur l’autre avec rage. Les Chimères s’entrechoquaient, elles aussi désireuses de battre leur alter-égo.

Ardrakar reprit connaissance au milieu du combat, elle se leva lentement et se traîna jusqu’à Azur. Une fois la lame en main, très en colère, elle se laissa aller à son côté Néhantique. Elle se concentra, focalisant sur la puissance de Mâche l’âme. Le sol sous ses pieds se fendit en une myriade de petites crevasses. La même chose eut lieu sous le démon, l’immobilisant immédiatement. Kounok profita de la situation et frappa les mains du démon pour que Chimère noire ne soit plus un problème. Puis il le faucha au niveau des jambes le renversant. Sentant la situation lui échapper, Mâche l’âme tenta de ramper pour fuir, mais il ne pouvait échapper au sort Néhantique lancé par Ardrakar, il était coincé. Sans plus attendre Kounok le perfora de part en part avec Chimère. Le démon hurla de douleur.

- Tu... tu ne me tueras pas ainsi !!

Mâche l’âme tenta alors d’ouvrir un portail vers les méandres pour échapper à son agresseur. Ardrakar, trop faible pour maintenir le sort, ne souhaitant plus entendre les paroles de Néhant qui lui chuchotait de revenir auprès de lui, elle cessa là sa magie. Elle se traina jusqu’à Mâche l’âme qui agonisait, le portail allait bientôt s’ouvrir.

- Non ! Tu n’iras nulle part !

A son tour elle planta sa lame dans le dos du démon, au niveau du ventre puis après avoir retiré la lame elle plongea sa main dans le corps brûlant pour en extirper la pierre au symbole de Néhant. Le portail vers les Méandres ne s’ouvrit pas, car toute la magie du démon disparut d’un coup. Mâche l’âme disparut aussi sec...

- Qu’est ce que tu as fait ? Demanda Kounok haletant.

- Je l’ai tué, définitivement ! Tout ce qui fait qu’il est lui est là, dans cette pierre, dit-elle les traits tirés.

La bataille finissait sur une impression étrange. Il n’y avait pas le moindre corps de leurs agresseurs. Seules les nombreuses traces de pas témoignaient de l’évènement.

- Ne restons pas là, il peut y en avoir d’autres, le lieur n’est plus très loin.


Ils n’en pouvaient plus. Ardrakar rongée par le remord d’avoir utilisé la magie de Néhant et Kounok épuisé par un combat extrêmement physique avançaient péniblement. Mais ils touchaient au but. Il était déjà venu ici une fois, à l’époque il volait rendant la chose plus simple. Le lieur de pierre habitait une grande demeure accrochée à la montagne. Kounok s’était demandé par quel miracle, ou par quelle magie l’ensemble arrivait à tenir. Se soutenant, à moitié gelés, fatigués, ils touchaient enfin au but. Là sur le pas de la porte un homme emmitouflé dans une grande cape de fourrure leur fit signe de rentrer, ce qui ne fut pas de refus.

L’intérieur était une seule immense grande pièce voutée dont le toit était soutenu par de multiples pylônes. Une gigantesque cheminée diffusait une chaleur salvatrice. Kounok traîna Ardrakar jusqu’au feu et ils quittèrent tout ce qui était mouillé. L’homme enleva sa cape et s’approcha d’eux.

- Vous êtes ici chez vous, dit-il en se laissant tomber dans un large et confortable fauteuil. Alors que viennent faire un Envoyé de Noz’Dingard et un Guémélite de Néhant ici ?

- Maître Maen, je suis Kounok le Prophète et voici Ardrakar.

- Kounok ? Je me souviens de toi oui, je croyais que tu m’avais oublié.

- La preuve que non, répondit-il en frottant ses mains. Nous avons fait un long voyage jusqu’ici pour vous demander de l’aide.

- Ah ! Et quelle aide puis-je vous apporter ?

Ardrakar prit la parole pour expliquer son cas.

- Je ne veux plus être une Guémélite liée à Néhant. J’aimerais que l’on m’enlève cet éclat que j’ai en moi.

Maître Maen respira bruyamment, puis réfléchit quelques secondes avant de répondre.

- Je peux faire cela, mais il vous faudra me payer. Les lieurs de pierre n’agissent jamais gratuitement. Je pense que nous pouvons nous entendre.

Maître Maen leva la main vers le ciel et la pierre-cœur bleue d’Ardrakar ainsi que la pierre de Mâche l’âme sortirent de leur cachette et s’élevèrent en l’air, tournoyant sûr elles-mêmes.

- Je garderai l’éclat qui est en vous et vous me donnerez la pierre démoniaque. Est-ce que cela vous semble un bon prix ??

Ardrakar n’hésita pas une seconde.

- J’accepte.

- Bien, dit Maen en tapant dans ses mains. Par contre je dois vous prévenir, ça va être extrêmement douloureux !

- J’ai déjà vécu le pire.

Maître Maen procéda le lendemain, le temps pour Ardrakar de reprendre quelques forces avant l’intervention. Kounok ne put assister à la scène, le lieur de pierre gardant jalousement ses secrets. Mais les cris de la femme de sa vie ne le rassuraient pas le moins du monde. L’opération dura plus d’une heure, lorsque les hurlements stoppèrent. Maître Maen réapparut, l’homme avait les yeux fatigués, une multitude de petites pierres de différentes couleurs tournoyaient autour de lui. Lorsqu’il arriva au niveau de Kounok il tendit les pierres qui vinrent se poser dessus. Tout en rangeant celles-ci il donna la conclusion de son opération.

- C’est fait. C’était vraiment une saleté cette pierre, faite pour tuer à coup sûr son porteur. Mais bon l’art des lieurs de pierre est plus efficace que ne le pense Néhant. Bref, j’ai enlevé la pierre-cœur d’Ardrakar. Elle se remettra très vite elle est d’une constitution incroyable. Ceci-dit vous devez partir avec elle dès demain pour Noz’Dingard. Isolé ici je n’ai pas de quoi la stabiliser magiquement, le Compendium vous aidera. Je doute néanmoins qu’elle reprenne conscience d’ici là.

- Pas grave, je la porterai sur mon dos s’il le faut.

- Il va falloir, je le crains.

- Merci Maître.

- De rien, que pourrais-je refuser à Prophète et à la perspective de m’amuser un peu avec des pierres liées à Néhant ?

- Soyez prudent, vous savez qu’il est interdit de pratiquer la magie de Néhant ni d’en étudier les pouvoirs.

Cela sonna comme une remontrance aux oreilles du lieur de pierre.

- Si je n’en connaissais pas un minimum sur la magie de Néhant, jamais je n’aurais réussi à retirer cette pierre ! Alors disons que j’étudie là la façon de combattre Néhant. D’accord ?

Kounok n’avait pas vraiment de quoi s’opposer à cet argument, il venait de sauver celle qu’il aimait le plus sur cette terre.

- Allez, oublions ce petit accroc et buvons un coup à la santé des lieurs de pierre... et de Dragon !

Comme demandé par Maître Maen, Kounok reprit la route avec Ardrakar sur son dos, la tempête avait redoublé d’intensité. Mais cela n'entachait rien la volonté de Kounok, il ramènerait Ardrakar chez lui. Et effectivement grâce à l’intervention d’Anryéna, sa mère, le couple revint à bon port bien plus rapidement qu’il ne le pensait.

Chapitre 4 - L’envers du décor

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Les rayons du pâle soleil d’hiver traversaient le bouclier magique dressé par Dragon autour de la Draconie et venaient caresser doucement les hautes tours du palais de Noz’Dingard. La lumière légèrement bleue donnait un aspect encore plus incroyable à un ensemble déjà empli de magie. Kounok le Prophète, enfin de retour chez lui et après un petit moment de repos, suite à son aventure, avait convoqué une grande assemblée. L’ordre du jour était simple et révélateur des problèmes actuels : les Néhantistes et la créature de la pierre tombée du ciel. Le Maître-Mage Marzhin et Pilkim, tous deux revenus du front racontèrent les derniers évènements sans omettre le moindre détail - comment les armées se rejoignirent, comment la pierre explosa, libérant une créature d’une puissance inouïe et enfin le sacrifice du Mangepierre des Confins. Puis des personnes encore méconnues de l’assistance se présentèrent. Le conseiller Abyssien avait fait le voyage accompagné de Marlok. Ciramor héritier d’Eredan avait fait le voyage avec la délégation Noz depuis le Tombeau des ancêtres.

Anryéna, assise à la droite de Kounok, avait la lourde tâche de conseiller son fils dans une période stratégiquement importante. Cette cuisante défaite n’arrangeait pas les affaires de la Draconie car c’était désormais sur deux fronts qu’il fallait lutter, comme un étau se resserrant peu à peu. Marlok demanda la parole au nom du Conseil des guildes puis se levant il attrapa quelques parchemins posés sur la table devant lui.

- Les rapports des éclaireurs confirment que les Néhantistes sont en pleine activité. Ils essayent de délivrer Néhant. Des démons sont actuellement en train de parcourir les routes de la Draconie en cherche d’un objet.

La Pythie eut alors la vision d’un objet : une couronne de puissance.

- L’Onyrim... dit-elle dans un souffle.

La nouvelles fit l’effet d’un coup de poignard dans le cœur de chacun.

- Le Conseiller-Doyen Vérace nous a missionné, le conseiller Abyssien et moi-même, afin de coordonner les efforts concernant les Néhantistes et la lutte qui devra absolument être rapidement menée.

Kounok montait ses plans, il était clair que combattre sur deux fronts ne seraient qu’une perte de temps, d’énergie et d’hommes. Marlok convia Abyssien à parler.

- Messires, Dames, je suis honoré d’être présent à cette assemblée. Je suis venu jusqu’ici pour faire un présent. Vous le savez surement les Combattants de Zil ont détruit le Manoir de Zejabel, tué Dimizar ainsi qu’une autre créature de Néhant. Ils ont aussi fait une prise incroyable.

Abyssien fit signe à deux gardes à la livrée pourpre d’avancer. Ils portèrent devant tous une étrange boite de métal qui faisait presque la hauteur d’un homme. La surface était gravée de symboles verts très étranges. Puis d’un geste Abyssien la déverrouilla grâce à sa magie. Ce caisson enfermait une lame rougeoyante, maintenue fermement aux parois. L’épée large comme deux mains dégoulinait de magie Néhantique. Anryéna, comme quelques autres n’eut aucun mal à la reconnaître.

- Calice ! Cria Anryéna en se levant de son siège pour mieux aller admirer cette prise de guerre.

Kounok à côté duquel Chimère venait d'apparaître alla voir à son tour la lame de Néhant.

- Abyssien, au nom des Envoyés de Noz’Dingard nous remercions les Combattants de Zil pour ce cadeau très... étonnant. Sachez que désormais cette guilde est considérée comme notre alliée et que nous l’aiderons si le besoin s’en faisait sentir.

Le conseiller Zil fut très satisfait de cette déclaration, il n’en attendait pas moins.

- Refermons ça je vous prie, demanda le Maître-Mage Marzhin, elle perturbe la magie de Dragon.

Marlok ordonna la fermeture du caisson, puis tout le monde revint à sa place pour continuer les discussions.

- C’est bien beau tout ça, mais en quoi Calice va nous aider ? A moins que cela soit une nouvelle fourberie Zil pour nous faire tomber dans un traquenard, cracha Aerouant qui ne supportait pas la présence d’Abyssien et de Marlok.

Cette intervention jeta un froid sur l’assistance, Abyssien parut choqué alors qu’Anryéna sentait de la colère monter en elle. Naya la mère d’Aerouant allait même lui infliger une correction devant tout le monde. Mais c’est Ciramor qui mit fin à la gène.

- Me permettez-vous ? Demanda-t-il avec timidité. Je pense avoir un plan, mais, et sans vouloir offenser personne, j’aimerais que cela reste une discussion avec Prophète et les Mages de la Draconie ici présents.

- De toute façon il faut impérativement que je lève l’armée indiqua Zahal. Il faut aussi que je discute avec Ardrakar et les autres Chevaliers Dragon. Aussi si vous m’autorisez...

Kounok fit oui de la tête. Zahal fut suivi des Sorcelames et des conseillers Abyssiens et Marlok.


Dans le couloir, Marlok attendit qu’Aerouant soit sorti. Il l’attrapa par le col et le plaça contre le mur devant le regard approbateur de Naya.

- Ecoute-moi Aerouant. Depuis la mort de ton père tu te morfonds dans une haine sans fin pour les Combattants de Zil, tu es incapable de reprendre le dessus.

Puis d’un geste rapide Marlok le gifla de sa main gauche.

- Réveille-toi descendant de Dragon, tu te déshonores et tu déshonores ta famille en agissant comme tu vient de le faire.

Les muscles des joues d’Aerouant se crispèrent, la gifle l’avait surpris et il prit conscience qu’effectivement cela allait trop loin. Marlok le lâcha et s’en alla, le laissant face à sa mère.

- J’aimais ton père, je l’ai pleuré pendant longtemps. Fais ton deuil mon fils.


A l’intérieur de la grande salle de réunion, la discussion avec Ciramor continuait.

- Nous vous écoutons Ciramor, dit Kounok plus à l’aise avec moins de monde autour de lui.

- Autrefois Eredan a enfermé Néhant dans un cristal très particulier, retenu par quatre chaînes, elles-mêmes enchantées de différentes façons. Eredan a fait en sorte que Néhant s’il parvenait à s’entourer de nouveau de sbires ne serait pas capable de se libérer. D’après les rapports du Conseil que j’ai là sous les yeux, deux des chaînes seraient déjà détruites. Si Néhant souhaite à présent l’Onyrim ce n’est pas par hasard. C’est qu’il ne peut se défaire des dernières chaînes sans la couronne antique. Mais Eredan avait prévu cette éventualité, la couronne fut démantelée en plusieurs morceaux.

- Et nous avons détruit un morceau il y a presque vingt ans lors du grand tournoi d’Yses, ajouta Anryéna. Cela veut dire que Néhant ne pourra pas détruire une des chaînes ?

- C’est plus délicat que ça. Disons que cela prendra plus de temps, beaucoup plus. Mais avant de continuer je crois qu’il est important de prendre en compte d’autres rapports, dit Ciramor étalant plusieurs parchemins fournis par le Conseil. Je vois ici que ce Dimizar a fait une démonstration assez surprenante des pouvoirs de Néhant. Il aura ainsi réussi à corrompre un morceau de cristal de la pierre tombée du ciel. Je cite Dimizar devant le Conseil des guildes : “La magie de Néhant permet de couper les Solarians de ce qui leur donne leur pouvoir et ainsi réussir là où tout le reste échoue”...

- Je vois où vous voulez en venir Ciramor ! Et c’est hors de question coupa sèchement Anryéna.

- Vous voulez pousser Néhant à combattre ce Solarian ? Demanda Marzhin. Mais comment puisqu’il ne peut lui pas sortir de sa prison dans l’immédiat ?

- Nous allons briser une des chaînes et à partir de là il sera capable de s’accaparer un corps. Dit Ciramor en posant sa main sur son cœur.

- Vous êtes vraiment fou ! Combattre le mal par le mal c’est bien beau, admettons que Néhant arrive à bout du Solarian, comment ferons nous ensuite ? Pourrez-vous créer de nouvelles chaînes et remettre cette ignominie dans sa prison ? Critiqua Kounok.

- Nous allons faire plier sa volonté. Dit Ciramor avec applomb.

- Vous rêvez ! D’autres ont eu l’audace de penser pouvoir lui résister, tous sont dans le meilleur des cas morts et au pire devenus des esclaves dénués de volonté.

- Je... je pense que nous pouvons... osa interrompre Pilkim au grand étonnement de son père. Je crois que je comprends ce que veut faire Ciramor et que c’est réalisable.

- Ah oui ?? Et comment je te prie ? Railla Anryéna.

- Vous voulez que Néhant vous choisisse comme hôte n’est-ce pas Ciramor ?

- Oui, le plan est en définitive simple, mais demande énormément de préparation. Dans l’ordre : trouver les démons qui cherchent l’Onyrim et les convaincre de me mener jusqu’à Néhant. Puis une fois sur place passer un pacte magique avec Néhant, on le libère s'il me prend comme hôte. Une fois cela fait et que nous ne faisons plus qu’un, régler le problème “Solarian”.

Anryéna se passa les mains sur le visage, réfléchissant à cette perspective fort peu agréable de collaboration avec des Néhantistes.

- Et comment comptez-vous briser la troisième chaîne ?

- Calice !

- Calice.

Répondirent Ciramor et Pilkim de concert.

- Mais elle ne vous obéira jamais.

- Elle est faite de magie et la magie est notre domaine, jugea Pilkim. J’ai une idée en tête, commençons par Calice, si cela fonctionne je serais capable de donner à Ciramor suffisamment de protections et d’enchantements pour soumettre Néhant.

- Je te trouve bien prétentieux petit mage, mais soit si tu arrives à soumettre Calice, ce dont je doute, je suis prêt à te nommer Maître-Mage ! Ironisa Kounok.

Il n’en fallait pas plus pour motiver Pilkim.

- Vous êtes certain de votre coup Ciramor ? Si vous échouez cela signifierait que vos connaissances en rapport avec Eredan et Calice lui appartiendront, sans parler du fait qu’à partir de ce moment là il sera en mesure de se libérer.

- Comme Pilkim l’a dit, voyons les résultats avec Calice, si c’est concluant cela validera notre plan.

- Très bien, allez-y. En attendant nous allons ordonner aux Seigneurs-Dragon de lever leurs troupes.


Le lendemain dans la demeure familiale de Marzhin et de Pilkim. Ce dernier avait passé la nuit à se préparer avec son père. Le Maître-Mage fut sidéré devant tant d’ingéniosité, son fils avait un don incroyable, la magie était à la fois instinctive et à l’écoute du jeune homme. D’ailleurs depuis le début du conflit Marzhin trouvait que son fils avait grandi. Pilkim finit par s’endormir au milieu de ses livres ouverts et annotés, mais il avait fini par créer de nouveaux sorts très puissants.

Le moment était venu de tester ces nouvelles trouvailles. Ciramor, Marzhin et Pilkim se rendirent dans une pièce circulaire de leur grande maison. Là, ils ne risqueraient pas de casser un quelconque meuble car l’endroit était prévu pour les tests des magiciens. Marzhin resta à l’écart en simple observateur, prêt à agir en cas de problème.

- Comment procédons nous ? Demanda Ciramor.

- Je vous explique le cheminement. J’ai étudié les liens de la magie de l’ombre. Attention cela ressemble beaucoup au Néhantisme mais cela n’en est pas. Si le Néhantisme plie à sa volonté, la solution que je vais employer, elle, modifie profondément la nature même de la magie. Pour cela il m’a fallu aller aux origines de la magie, à savoir Guem.

A ce moment là Pilkim sortit d’une bourse de velours la pierre-cœur du Mangepierre des Confins puis la posa par terre devant lui.

- La magie la plus pure, celle qui domine les autres est la source même de presque toutes les formes de vie sur terre.

La pierre-cœur se mit à léviter lentement non loin de la tête de Pilkim. Puis d’une poche il lança d’autres cristaux qui restèrent en l’air.

- Le tout est d’arriver à puiser dans cette magie la plus pure sans perdre la maîtrise. Ces cristaux bleus sont des morceaux de la gemme de Dragon. Lui-même étant un guémélite de Guem, tout comme le fut Eredan ou le Mangepierre. Si ma partie du rituel est dangereuse, la votre n’en sera pas moins risquée. Il va vous falloir tenir Calice le temps que je coupe le lien vers Néhant et que je le modifie légèrement pour la lier à vous. Si cela fonctionne dans un deuxième temps je vous apprendrai à faire des pactes magiques puis à modifier la magie de Néhant. Sur ce, commençons !

La boite de métal enfermant Calice était posée dans un coin à côté de Marzhin. Ciramor la détacha et l’empoigna fermement.

“Enfin un nouveau porteur digne de ce nom !” Se félicita la lame, parlant mentalement au jeune gardien. Il sentit la volonté de la lame l’agresser avec violence, mais il devait résister à cette magie à tout prix. Alors qu’un bras-de-fer entre Calice et Ciramor avait commencé, Pilkim lui déploya le sortilège conçu durant la nuit. Son père avait le regard à la fois empli de fierté et d'appréhension.

Les cristaux de la pierre de Dragon s’illuminèrent et s’harmonisèrent les unes envers les autres. De fins filaments de magie Draconique les reliaient entre elles. Puis de la pierre-cœur du Mangepierre, partirent d’autres filaments, frappant chacune des pierres de Dragon. Pilkim se concentrait sur son objectif, il sentait la magie de Guem affluer dans les cristaux.

Ciramor tenait la lame comme si elle était une extension de lui, il ne pouvait la lâcher, mais en même temps la lame lui brûlait les mains aussi sûrement qu’un morceau de braise. “Je ne te laisserai pas le contrôle !” Hurlait intérieurement le jeune homme. Mais inexorablement Calice prenait le pas sur Ciramor, comment pouvait-il en être autrement son existence était basée sur cet aspect corrupteur.

- Vite ! Vite ! Hurla Ciramor, elle me dévore !

Pilkim absorba toute la magie des cristaux, le temps sembla ralentir autour de lui. Sa main s’enflamma de volutes bleutées et il se saisit alors de la lame de Néhant. Il perçut alors la moindre parcelle de magie, la moindre parcelle de métal la composant. Comme si l’épée avait éclaté et qu’il pouvait regarder à l’intérieur de façon très précise. Il la sentit enrager à son contact, mais la volonté maléfique ne le toucha pas, sa propre volonté était insaisissable. Enfin il parvint au cœur de l’objet, là il trouva le lien entre Calice et Ciramor, le jeune gardien était en difficulté. Pilkim inversa alors le processus afin que cela soit la personne tenant la lame qui prendrait le dessus.

D’un coup Pilkim lâcha Calice et en un rien de temps Ciramor fut capable de la maîtriser.

- Incroyable ! Sourcilla Marzhin.

Puis le rituel cessa. Les pierres de Dragon tombèrent au sol et Pilkim eut à peine le temps de récupérer la pierre-cœur du Mangepierre qui suivait le même trajet.

- Parfois je me demande si tu n’es pas du même niveau qu’Eredan, fiston.

- Je ne suis pas Eredan, je ne suis que le Maître-Mage Pilkim.


Bientôt : La Fin d’une époque.

Arbre-Monde

Chapitre 1 - Péril en notre demeure.

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Eikytan et le Sachem n’avaient pas participé à la bataille qui vit l’arrivée de Sol’ra. Alors que le sorcier Elfine rassemblait les troupes en retard, le Daïs lui s’aventurait là où peu d’Eltarites osaient s’aventurer. Là, la végétation était plus sombre et plus torturée. Les Elfines et les Hom’chaïs n’aimaient pas cet endroit trop morne et inhospitalier pour eux. Pourtant derrière cette apparente laideur se cachait le merveilleux et l'étonnant. Eikytan vécut ici autrefois. Lui connaissait la valeur des êtres qui habitaient là au fil des saisons. Ceux-ci refusaient pour le moment de se montrer, longtemps ignorés par le reste des habitants de la forêt. Le Daïs stoppa sa marche au milieu d’une clairière peu accueillante.

- Je suis Eikytan, gardien de l’hiver, fruit de l’Arbre-Monde. Je viens ici demander votre aide.

Un chuchotement se fit entendre.

- Pourquoi ? Pourquoi ?

- Pourquoi nous aider ? Je me suis éveillé alors que je ne le devais pas, la terre se meure et déjà la forêt recule. Si nous ne faisons rien nos villages disparaîtront.

- Ils ne viennent pas ! Jamais ils ne nous honorent !

- Doit-on leur donner tort ? Vous avez disparu et êtes devenus légendes. Si vous ne faites rien la forêt disparaîtra et cela implique que vous aussi vous disparaîtrez.

De petits craquements se firent entendre suivis de bruissements de feuilles et de bruits de pas. Un à un les esprits de l’hiver se révélèrent. Leur forme était celle d’humains, mais leur peau et leur aspect les faisaient ressembler à de vieux arbres rabougris. Leurs pas étaient saccadés, leurs visages impressionnants de laideur rappelaient les vieilles légendes des cruelles créatures de l’hiver.

- Merci d’accepter de nous aider.

- Nous n’avons pas le choix, tu es le gardien de l’hiver. Qu’est-ce que tu veux que l’on fasse pour toi ?

- Plusieurs choses. Vous joindre aux forces Eltarites et me dire ce qu’il est advenu de Quercus.

L’un d’eux s’avança vers Eikytan.

- Je peux te mener à lui, je sais où est sa dépouille.

- Quand à nous autres, nous rejoindrons le village le plus proche...

Alors que les esprits de l’hiver quittaient pour la première fois depuis bien longtemps le territoire qui était le leur, Eikytan suivit son guide à travers la forêt. Quelques heures passèrent et le chemin qu’ils suivirent les mena loin vers le nord. En temps normal les Eltarites ne montaient pas aussi loin, il n’y avait plus de village dans cette région et seuls les Eltarites perdus ou les plus solitaires s’aventuraient ici. Désormais la forêt bordait la chaîne de montagnes nommée monts Perce-ciel, la végétation se composait de gigantesques chênes ainsi que de châtaigniers. Eikytan sentait que ces arbres étaient bien plus vieux que le reste de la forêt.

- Je ne peux aller plus loin. Tu trouveras Quercus en continuant ta route.

- Reçois toute ma gratitude, esprit de l’hiver, rejoins vite les tiens nous nous retrouverons plus tard.

Le gardien de l’hiver, émerveillé par la splendeur des lieux se sentait bien. Ici la pierre tombée du ciel n’avait aucune influence, ici les couleurs étaient nombreuses, chatoyantes. Les chênes recouverts de lichen contrastaient avec le roux des feuilles de châtaignier qui chutaient avec douceur sur le sol humide. Un doux parfum de bois flottait, c’était très agréable. Il progressa lentement, cherchant un édifice construit en l’honneur de Quercus. Tout ce qu’il réussit à trouver c’est une flèche qui vint se planter entre ses pieds.

- Halte là ! Cria une voix féminine. N’approche pas plus !

Le Daïs repéra la forme dans un grand chêne, une Elfine s’y tenait bandant un arc aux reflets blanc.

- Qu’est-ce que tu veux Daïs ?? Demanda une autre voix, masculine cette fois-ci.

Un Hom’chaï de petite taille mais à la forte carrure fit son apparition au détour d’un arbre et bloqua le passage à une distance respectable de cet inconnu.

- Mon nom est Eikytan, je suis le gardien de l’hiver. On m’a dit que Quercus se trouvait ici, je viens honorer sa mémoire.

L’Elfine sauta de son perchoir et se réceptionna avec grâce le tout en gardant son arc prêt à tirer.

- Je ne suis pas un ennemi, je suis un Daïs.

L’Hom’chaï et l’Elfine se regardèrent l’un l’autre, puis poussée par la curiosité l’archère fit le tour d’Eikytan en le touchant du bout des doigts.

- Aucun Daïs n’est venu ici depuis plusieurs générations, dit l’Hom’chaï sur un ton accusateur.

- C’est un tort, le Kei’zan ne devrait pas ignorer cette partie de la forêt, elle est aussi sur le territoire Eltarite. Pouvez-vous répondre à ma question : où est Quercus ?

Les deux gardes se consultèrent à part.

- On le laisse passer ou on le renvoie d’où il vient ? Demanda l’Elfine un poil sur l’offensive.

- Non, pour une fois que nous avons un Daïs qui nous rend visite, il faut le laisser aller où il veut.

- Mouai... mais on le garde à l’œil, puis s’il fait le moindre geste je lui fiche une flèche entre les deux yeux.

Puis revenant vers le Daïs, qui de toute façon avait tout entendu,

- Quels sont vos noms ? Demanda Eikytan.

- Moarg, et elle c’est Châtaigne.

- Châtaigne... Je crois comprendre pourquoi on vous appelle comme ça dit-il avec ironie.

L’Elfine laissa passer la pique sur la relation entre son caractère et son nom, se contentant de prendre de l’avance sur le chemin. Moarg, Châtaigne et Eikytan longèrent plusieurs sentiers qui serpentaient entre les arbres jusqu’à un village construit au centre d’un immense cercle de rocher. Au milieu de ce cercle se trouvait un chêne encore plus grand et imposant que tous les autres. Eikytan fut frappé par la ressemblance entre celui-ci et l’Arbre-Monde. Il comprit de suite que son origine ne provenait pas d’un gland.

Les villageois présents regardèrent Eikytan avec une curiosité mêlée de crainte, si bien qu’il devint une attraction. Châtaigne et Moarg se félicitèrent et se vantèrent auprès des autres de leur “trouvaille”. Mais ce dernier les laissa dire ce que bon voulait car il était là dans un but précis. Aussi s’avança-t-il jusqu’à l’arbre sans faire attention aux Hom’chaïs et Elfines qui le regardaient en chuchotant. Après en avoir fait le tour, il s’assit au pied du tronc de l’arbre, ferma les yeux et laissa vagabonder son esprit. La magie était omniprésente ici, que cela soit autour ou dans cet étrange arbre, une magie familière qui ressemblait à la sienne. “Quercus, tu es là” pensa-t-il. Pour réponse à son hypothèse les racines de l’arbre qui sortaient de terre se mirent à bouger lentement. “Je suis là frère Daïs” lui dit une voix caverneuse. Les racines entourèrent Eikytan avec délicatesse, puis le tirèrent dans la terre. Le Daïs se laissa faire, ne ressentant aucune agression. La terre s’éventra et le laissa passer comme si un passage avait été fait et menait sous l’arbre. Les racines le laissèrent dans une cavité où brillaient plusieurs éclats d’Ambre. Eikytan sentait plus que jamais la présence de Quercus, mais il n’y avait là que des racines tombantes et traversantes.

- Quercus !

Les racines qui tombaient telles des lianes s'entrelacèrent pour devenir un corps ressemblant à celui d’un Daïs. La chose se posa au sol face à Eikytan.

- Gardien de l’hiver...

La diction n’était pas parfaite, la voix caverneuse était hésitante.

- Quercus... n’est plus... je... ne suis plus.

- Comment est-ce possible, pourtant tu es là face à moi, tu me parles. Le Kei’zan m’a dit que tu étais mort.

- Je suis... au-delà... de la mort... Kei’zan... me croit...mort...Non ! Pas mort ! Changé !

- Comment as-tu fait pour devenir Arbre ? Aucun Daïs n’a jamais attend cet état là ! Ça voudrait dire que nous pouvons nous aussi devenir arbre ?

- Non... j’ai reçu ce don...car je suis né... du premier fruit...

Eikytan fut déçu de cette révélation, mais soulagé de savoir qu’au final Quercus n’était pas réellement mort.

- Es-tu devenu un Arbre-Monde ?

- Non... je n’ai pas... le pouvoir de mère... je ne peux... donner la vie...

- Je révélerai cette bonne nouvelle aux autres Eltarites !

- Non... cet endroit... ne doit pas être connu.

A ce moment-là la terre trembla, manquant de faire écrouler la petite caverne sur le Daïs. Eikytan sut que c’était là l’énergie qui l’avait éveillé, celle qui ronge la terre.

- C’est le...début...Eikytan... prends ceci...mène la grande chasse...

D’autres racines poussèrent d’une des parois comme de longs doigts, enserrant un objet de bois. Le gardien de l’hiver saisit l’objet qui était le masque de que portait Quercus à l’époque où il foulait les terres de Guem.


Le Kei'zan se réveilla à son tour, après le sacrifice du Mangepierre, il sut que désormais tout allait être différent. Au loin la colonne de fumée, immense et blanche, ajoutée à l'appel de détresse des siens laissait présager du pire. Et il était loin de la vérité...

Tout son être vibrait, emporté par un chagrin qu’il ne comprenait pas. Assez rapidement les autres membres de la Cœur de sève se regroupèrent autour de leur chef, ce dernier ordonnant une mise en marche rapide vers chez eux. L’inquiétude gagna les esprits à chaque pas fait vers la forêt, la fumée s’en échappait avec abondance. Les flammes gigantesques dansaient dans un rythme chaotique, ravageant les arbres les uns après les autres.

Le Sachem avait ressenti l’énergie de Sol’ra se répandre comme une maladie, il s’affola lorsque l’odeur caractéristique du bois en train de brûler arriva jusqu’à son village. Les Elfines et Hom’chaïs de sa tribu abandonnèrent immédiatement leurs activités, inquiets de cette forte odeur, ils attendirent les ordres de leur chef. Ce dernier hésita jusqu’à ce qu’une horde d’animaux fuyant passa tel un raz de marée.

- Il faut aller voir ! Que les guerriers viennent avec moi, les autres rassemblez tout ce que vous pouvez au cas où !

Au fur et à mesure de leur progression dans la forêt l’odeur devenait de plus en plus forte, puis la fumée au départ légère fit son apparition entre les arbres. La troupe courrait vers la lisière de la forêt où les flammes dévoraient herbes et arbres. La chaleur était insoutenable. La propagation de l’incendie était impressionnante, les flammes avaient réellement l’air vivantes, sautant d’une branche à l’autre. L’énergie dégagée par l’incendie n’avait rien de normal. Non loin de là un autre village était menacé, aussi, envoya-t-il ses guerriers aider au maximum pendant que lui tentait d’arrêter les flammes grâce à sa magie. Il se mit alors à danser en criant des invocations à la faveur du ciel. Son cirque durant une bonne dizaine de minute avant que les premières gouttes ne tombent sur la région. Le Kei’zan et les rescapées de la Coeur de sève arrivèrent au moment où la pluie était forte. Hélas l’eau ne sembla pas avoir le moindre effet sur les flammes.

Chapitre 2 - Aide impromptue

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La tempête soufflait avec violence. Elle aurait tué n’importe quelle créature assez folle pour s’aventurer si loin dans un environnement aussi hostile. Mais les Elfes de Glace avaient l’habitude de ces phénomènes, ils n’y faisaient plus attention, et surtout ils ne craignaient pas le froid. Yilith la prophétesse avait parcouru le monde à la recherche d’une solution à apporter à son peuple à l’agonie. Sans succès hélas. Pire la situation s’était dégradée et ce qu’elle allait découvrir finirait d’achever un périple sur une note de fin du monde, son monde. Elle n’avait jamais vu une tempête aussi forte, elle y vit là la colère des dieux, mais ceux-ci s’étaient tus, plus aucune voix ne venait lui chuchoter de divines vérités. Était-ce le Crépuscule tant redouté ? En un an seulement la Faille était devenue lac d’eau glacée d’un bleu très clair, presque turquoise. Yilith eut du mal à se frayer un chemin jusqu’à la caverne où elle espérait retrouver Nibelle. Les marques de griffes dans la glace ne laissaient rien présager de bon. L’eau avait envahi les couloirs là où autrefois passaient les plus grands prophètes. Son cœur se serra très fort lorsqu’elle découvrit le corps de celle qu’elle considérait comme une mère. Nibelle gisait là sans vie, en partie prise dans les glaces. Des larmes gelées coulèrent sur ses joues bleues au fur et à mesure qu’elle libéra la vieille elfe de ses entraves.

- Pourquoi ? Pourquoi ? Laissa-t-elle échapper alors que ses larmes se diluaient dans l’eau. Pourquoi dieux l’avez-vous laissée mourir ??

La douleur de la perte d’un être aussi cher fit vaciller la foi d'Yilith aussi sûrement que de l’eau sur le feu. Une fois passés les premiers instants de tristes douleurs elle examina les environs pour comprendre ce qu’il était advenu ici. La porte que gardait Nibelle était grande ouverte et les marques de brûlures sur le corps de l’elfe nommaient clairement l’assassin, un démon.

- Restez silencieux, dieux. Peut-être avons nous failli puisque le prisonnier s’est libéré de ses gardiens, dit-elle en portant Nibelle dans ses bras. Comment voulez-vous que votre peuple croie encore en vous ??

Sans s’attendre à une réponse elle quitta ces lieux qu’elle considérait désormais comme maudits. Le village le plus proche de la Faille se trouvait sur la côte à une demi-journée de marche de là. Elle décida de s’y rendre pour pratiquer les rites funéraires adéquats.

Un malheur en appelant un autre Yilith ne fut pas au bout de ses surprises. En lieu et place du fameux village côtier il y avait désormais une multitude d’icebergs dérivants lentement au gré des vagues. Les habitants avaient sauvé le maximum de choses et à présent ils vivaient dans des abris de fortune. La prophétesse se retrouva bien vite encerclée par des femmes en pleurs, la priant d’intervenir auprès des dieux pour que la fonte du glacier cesse immédiatement. Yilith posa Nibelle au centre du village et prit son courage à deux mains, pour leur annoncer de biens tristes nouvelles.

- J’ai parcouru le monde et j’y ai vu la peur, la violence et le rejet des autres. Je suis revenue ici et j’y ai trouvé la mort et la fin de notre peuple. Les dieux ne me parlent plus, ils ont détourné le regard de cette partie du monde. Nibelle n’est plus et celui que nous retenions parcourt à nouveau ce monde, libre.

Un elfe s’avança jusqu’à elle, à sa tenue il s’agissait certainement d’un chef de tribu.

- Ce que tu nous annonces là est terrible, prophétesse. Cela confirme ce que je pensais. Moi Ursyd, j’ai convoqué en ton absence les chefs de tribu et des décisions ont été prises.

Yilith n’écoutait qu’à moitié, occupée à récupérer par-ci par-là les objets nécessaires au rite qu’elle voulait pratiquer.

- Nous en discuterons après si tu veux bien Ursyd, nous devons dire au revoir à Nibelle. Dit-elle les larmes aux yeux.

Compréhensif le chef ordonna qu’on aide Yilith et qu’on respecte les traditions. Une heure plus tard tout était prêt. Nibelle fut installée sur un bûcher construit à partir de bois blanc des anciennes maisons du village. Tous les habitants, soit une quarantaine d’individus formaient plusieurs cercles autour de Nibelle et d’Yilith. Cette dernière entonna un chant sacré repris par tous, afin que les dieux puissent accueillir leur servante auprès d’eux pour l’éternité. Le chant emplit les cœurs déjà lourds de tristesse de la peine de la perte de l’un des leurs. Puis lorsqu’il fut fini le feu fut mis au bûcher afin de libérer l’âme de la défunte. Yilith resta plantée là jusqu’à ce que les cendres s’éteignent. Fixant le foyer à peine rougeoyant, elle s’adressa à Ursyd.

- Je t’écoute.

- La plupart des villages a disparu, dont le notre, emportée par la fonte des glaces. Les chefs des tribus ont décidé de mener les leurs vers le nord, par-delà la forêt blanche de Norr, là où les glaces ne fondent jamais.

- C’est une bonne décision, mais c’est dangereux. Tous ceux qui ont tenté de passer de l’autre côté ne sont jamais revenus.

- Oui c’est une bonne décision, mais mon avis est autre ! Ragea-t-il.

Yilith tourna la tête vers le chef qui était entouré de plusieurs autres elfes, un guerrier portant une hache de glace et une jeune femme au regard rempli de colère.

- Explique-toi.

- Ma tribu va rejoindre celle d’Asmardine, elle la conduira vers Norr sans nous.

- Et toi ?

- Je pars avec eux, dit-il en montrant ses comparses. Nous allons voyager vers le sud et trouver les responsables de ce désastre. Car nous suivons les préceptes d’Agmundar : si tu es frappé, frappe à ton tour avec toute ta force.

- Mais tu ne sais même pas contre qui te battre.

- Nous trouverons bien. Notre destin est de partir du glacier, de vivre ailleurs.

Elle qui avait perdu l'espoir se trouvait face à de valeureux elfes prêts à quitter les leurs pour affronter un ennemi dont ils ignoraient tout. Était-ce une mise à l’épreuve imposée par les dieux ?

- Et toi prophétesse que vas-tu faire ?

La question était bonne qu’allait-elle pouvoir faire maintenant ? La réponse était pourtant simple.

- Je vais vous accompagner... Je vais chercher le meurtrier de Nibelle et remettre celui dont nous sommes les gardiens à sa place.

Ainsi partirent ces exilés. Ayir, Kokrëm, Ursyd et Yilith quittèrent le glacier d’Améthyste pour ne jamais y revenir. Ce qui leur arriva par la suite restera gravé à jamais dans l’histoire des terres de Guem. Dame Yilith avait décidé de les mener à l’endroit où elle croisa plusieurs peuples différents, là où cette pierre était tombée du ciel. Après plusieurs jours de voyage à travers les landes, le groupe longea les monts Perce-ciel par leurs flancs est, le long de la frontière de l’Empire de Xzia sur des centaines de kilomètres. Au beau milieu de leur voyage Yilith arrêta le groupe juste un peu avant que la terre ne tremble légèrement, suivi d’une onde jaune qui faillit les renverser.

- Qu’est-ce que c’était !? Demanda Ursyd inquiet.

- Je n’avais pas ressenti ça depuis la visite des dieux frères Athorg et Berylnir. Et là cette présence est d’autant plus puissante, répondit Yilith.

- Un dieu ? Plusieurs dieux ? Ça veut dire qu’ils n’ont pas disparu finalement ? Demanda Ayir.

- Je pense que ce ne sont pas nos dieux. Lors de mon voyage j’ai vu d’autres religions, d’autres cultes. Allons voir !

Le groupe progressa plus rapidement si bien qu’il parvint au bout des montagnes. De leur hauteur ils dominaient toute la région. Face à eux et sur leur droite s’étendait la forêt Eltarite à perte de vue, majestueuse et imposante. Néanmoins en flammes ! Les Elfes de Glace ne pouvaient que constater cet incendie d’envergure qui ravageait cette forêt, libérant une fumée noire obscurcissant le ciel. Sur leur gauche le tombeau des ancêtres n’était plus qu’un vaste cratère en partie rempli d’une brume jaunâtre. Yilith était convaincue qu’une divinité s’y trouvait, elle en ressentait le pouvoir, mais aussi la volonté, une terrible envie de destruction.

- Que fait-on ?, demanda Ursyd.

- Allons voir la forêt qui brûle.

Le lendemain ils avaient rejoint les lieux et tombèrent au beau milieu d’une bataille opposant le peuple de la forêt et les gens venus du désert. Ils ne comprenaient pas vraiment la situation mais Yilith prit la décision d’aider un Hom’chaï blessé qui était adossé à un arbre. Elle s’avança doucement vers lui pendant que Kokrëm, Ursyd et Ayir la protégeaient en formant un demi-cercle autour de la prêtresse. L’Hom’chaï hésita, ces personnes ressemblaient à des Elfines, mais avec la peau bleue. De toute façon il était incapable d’aller plus loin. L’elfe entama alors la discussion.

- Je suis Yilith, mes amis et moi venons de très loin vers le nord. Je ne vous veux aucun mal, je suis là pour vous aider.

A bout de force, les genoux de l’Hom’chaï ne purent le supporter plus longtemps, aussi s’assit-il, laissant venir à lui cette étrangère.

- Pouvez-vous me dire votre nom ? Et ce qu’il se passe ici ?

- Je... je suis Marque-Rouge, guerrier de la Cœur de Sève... Ce qu’il se passe ici est une longue histoire, mais pour faire court nous sommes envahis par les hommes du désert. Ils ont fait venir leur dieu sur notre monde, ravageant tout autour de lui. Nous tentons de résister et d’arrêter ce feu, mais impossible d’y arriver... Pendant que Marque-Rouge racontait son histoire, Yilith fit appel à Berylnir, dieu bienfaiteur. Elle fut agréablement surprise de voir qu’on lui accordait le don de guérison. Les blessures de l’Hom’chaï se refermèrent.

- Incroyable ! Dit le guerrier en tâtant là où il était blessé. J’ai plus rien ! Merci étrangère, je ne sais pas qui vous êtes exactement, mais merci !

Sur ce il se releva, attrapa sa lance et marcha d’un pas décidé vers la proche mêlée. Ursyd serrait puis desserrait ses poings avec frénésie, Kokrëm, lui, s’échauffait en faisant des moulinets de son bras droit.

- Je suis d’accord, dit Yilith comprenant que ses compagnons voulaient combattre. Aidez ces gens à lutter contre l’envahisseur. Sauf toi Ayir, j’ai besoin de toi.

La jeune Elfe de Glace parut déçue lorsque les deux hommes se jetèrent dans la bataille avec rage.

- Ces flammes ne sont pas l’œuvre de la nature... C’est là l’œuvre d’un dieu, sûrement celui qu’on a vu au loin.

- Tu crois que nous pouvons faire quelque chose ? Demanda Ayir, perplexe.

- Nous sommes les enfants des dieux, je pense que oui, mais il va falloir que tu pries avec moi afin que nous soyons entendues !

- D’accord !


Alors qu’Ayir et Yilith s’éloignaient du combat. Ursyd et Kokrëm avaient rejoint les rangs de la Cœur de Sève à la grande joie des Eltarites qui virent de farouches guerriers tenir tête à des nomades inspirés par Sol’ra. Les Hom’chaï étaient particulièrement connus pour leur agressivité en combat, pourtant ceux-ci furent impressionnés par la rage de ces Elfes de Glace. Les nomades s’organisèrent afin de contrer les nouveaux arrivants. Le Sphinx bien décidé d’en finir vite avec le “souci” Cœur de Sève tenta la charge sur le groupe où se trouvaient Ursyd et Kokrëm. Le chef de tribu vit la chose arriver et laissa exploser sa Rage ! En un clin d’œil son apparence changea, sa tête devint celle d’un ours au pelage blanc et ses mains grossirent, se terminant par des griffes de glace. Hurlant, il chargea à son tour, n’ayant plus conscience du danger, ne pensant qu’à une chose : détruire son ennemi. Le choc fut terrible. Ursyd plongea pour éviter la lance du Sphinx et le frappa au niveau du torse. Le nomade ne put éviter l’énorme masse et encaissa comme il put. On aurait dit deux animaux sauvages se battant pour un territoire, Ursyd griffait et mordait alors que le Sphinx frappait de ses larges poings. Devant ce spectacle Kokrëm en appela aussi à Agmundar le dieu de la guerre afin que lui aussi puisse devenir un berserker, semeur de mort. A son tour il changea d’apparence devenant un guerrier à tête de bélier et se jeta dans la bataille. Les nomades entreprirent d’aider le Sphinx, Ursyd se retrouva alors submergé sous les combattants adverses. Que cela ne tienne ! Rargnor, Marque-Rouge et Kokrëm ne comptaient pas laisser faire. Peu à peu la coalition de la Cœur de Sève et des Elfes de Glace repoussa les Nomades jusqu’à la lisière du territoire Eltarite...


Plus loin, pendant ce temps-là, les mages de la Cœur de Sève tentaient désespérément d’arrêter les flammes qui grignotaient les arbres un par un. Une petite partie, mais néanmoins trop importante, de la forêt s’était déjà consumée sous les regards médusés de Kei’zan et de ses semblables. Leur magie s’avérait inefficace contre le pouvoir divin. Chaque arbre qui brûlait était un coup de couteau dans le cœur des Daïs, eux liés à la nature plus que toute autre créature. Kei’zan avait gaspillé toute sa magie, en vain... Les autres tentaient de trouver des solutions mais aucune ne fut efficace. Yilith et Ayir approchèrent d’eux avec prudence. Kei’zan se releva et alla à leur rencontre, intrigué.

- Désolée de venir vous perturber, dit Yilith à l’attention du chef de la Cœur de Sève.

- Vous ne nous dérangez pas, j’ai bien l’impression que c’est peine perdue, répondit-il avec défaitisme.

Les autres mages arrêtèrent aussitôt en entendant ces paroles.

- Pouvons-nous essayer... à notre manière ?

- Bien sûr, mais je dois vous prévenir la magie est inutile contre ce phénomène.

- Nous ne pratiquons pas la magie. Écartez-vous, placez-vous derrières ces arbres et ne regardez pas, je vous prie.

Parleroche et le Sachem émirent des protestations, mais Kei’zan usa de son autorité. Ils n’arrivaient pas à éteindre ces flammes, du coup toute aide était la bienvenue. Une fois qu’Yilith eut jugé la situation sûre pour les êtres de la forêt elle s’attela à la tâche. Elle se plaça au centre de la petite clairière et planta sa lance droit devant elle, pointe vers le haut.

- Prête ? Demanda-t-elle à Ayir.

- Pas vraiment, je ne sais pas quoi faire...

- Pose tes mains sur la lance, ferme les yeux et dirige tes pensées vers Edda la créatrice. Trouve les mots justes, supplie-la du mieux que tu peux.

- C’est tout ?

- C’est déjà beaucoup, je m’occupe du reste...

Ayir obéit à la prophétesse. Malgré la chaleur elle se concentra du mieux qu’elle put. Edda était la déesse principale du panthéon vénéré par les Elfes de Glace. Selon leurs croyances le souffle d’Edda créa le glacier d’Améthyste et ses larmes devinrent les Varelses, les Elfes de Glace.

Elles restèrent ainsi, les yeux clos pendant une demi-heure, priant Edda de stopper les flammes rongeant cette forêt. Non loin de là Kei’zan et les autres ressentirent la chaleur baisser progressivement, puis vint le froid de plus en plus glacial.

- Qu’est-ce qu’il se passe, demanda Parleroche voyant les arbres se couvrir de gel.

- Regardez ! Hurla le Sachem en montrant le haut des arbres. Les flammes... disparaissent.

Effectivement, alors que les arbres se couvraient de gel il n’y avait plus aucune flamme. Prenant le risque Kei’zan alla voir. Il retrouva les deux elfes de glace au milieu de la clairière. Le paysage était hivernal recouvert de glace.

- Comment avez-vous accompli un tel miracle ? Questionna le Daïs stupéfait par le prodige.

Ayir lâcha la lance d’Yilith en regardant à droite et à gauche.

- On dirait la forêt blanche, dit-elle avec une certaine joie.

- Un peu oui, répondit Yilith. Puis se tournant vers le Daïs. Ce qui est fait par un dieu peut être défait par un autre. Nous pouvons éteindre cet incendie, cela nous prendra du temps.

- Prenez tout le temps que vous voulez, vous êtes ici... chez vous.

Chapitre 3 - Esprits de l'hiver

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A ce moment-là de l’aventure la forêt des Eltarite n’avait pas encore été enflammée par la présence divine de l’avatar de Sol’ra. Eikytan le Daïs en charge de garder l’hiver s’était réveillé plus tôt que prévu. La situation particulière du monde de Guem l’inquiétait, lui l’un des premiers fruits de l’Arbre-Monde, n’avait jamais été aussi préoccupé. Le danger omniprésent l’oppressait aussi surement que cette neige qui commençait à tomber lentement. Eikytan laissa Kei’zan et les gens de la Draconie avec l’oeuf du Mangepierre, jugeant temps de partir réveiller les esprits de l’hiver. Le Sachem vit partir le Daïs, intrigué il alla le rejoindre.

- Je peux vous accompagner, Ancien ? Demanda-t-il avec beaucoup de respect.

- Si tu ne crains pas le froid, oui. J’aimerais parler avec toi. Nous avons beaucoup de marche jusqu’aux territoires du nord.

Tous deux longèrent l’Ondoyante le fleuve qui coupait la forêt dans un axe nord-sud. Eikytan s’étonna de voir la neige fondre en touchant le sol.

- De quoi voulez-vous parler, Ancien ?

- Je vis depuis très longtemps et à chacun de mes réveils je ne peux qu'assister à la lente disparition de nos coutumes. Beaucoup d’esprits et de créatures ne semblent plus parcourir la forêt. Que s’est-il passé ??

- C’est une question à laquelle je vais avoir du mal à répondre. Ma tribu et moi avons passé plusieurs dizaines d’années à l’autre bout du monde ignorant nos frères et sœurs, enfermés dans des croyances en parties fausses. Si je n’ai pas de point de comparaison je peux néanmoins vous dire ce que moi je vois.

Les mâles Elfine se montraient souvent très sensibles à leur environnement, en cela ils faisaient de bons chamans et des chefs respectés.

- Livre-moi tes impressions, Akem.

- Akem, répéta l’Elfine. Ce nom est l’illustration de l’idée que je veux vous faire passer. Lorsque la forêt est en danger les forces convergent afin de faire face. Je ne pense pas que cela soit par hasard que ma tribu soit de retour, que le Mangepierre attire l’attention, qu’Akem et moi ayons passé un pacte. Vous vous êtes réveillé et à votre tour vous comptez agir en appelant les esprits de l’hiver. Je crois que vous êtes blessé par la disparition de l’Arbre-Monde et que depuis vous avez l’impression que plus rien ne va. Pour ma part je pense que cela a évolué autour de vous, mais pas avec vous.

Eikytan marcha une longue heure sans dire un mot méditant les paroles du Sachem. Ce dernier tenta à plusieurs reprises de renouer le dialogue pensant avoir froissé le Daïs, mais rien n’y fit jusqu’à leur arrivée dans une région froide de la forêt. La neige tombait plus intensément, les arbres avaient perdu leurs feuilles. Là, Eikytan tourna en rond, visiblement désorienté.

- Ça ne va pas, Ancien ? Nous sommes déjà passés par là à plusieurs reprises.

- La présence des esprits de l’hiver est très diffuse c’est étrange. Tu as raison Akem, je n’aime pas l’évolution du peuple Eltarite, je n’aime pas le changement. Ne pas ressentir les esprits de l’hiver n’est pas dans la normalité, ce qui me fait dire qu’il y a eu du... changement, dit Eikytan dont le ton était monté. Allons au totem de l’hiver, à partir de là je pourrais les faire venir.

- D’accord, je ne connais pas cette partie de la forêt, je vous suis.

Le Sachem observa bien le Daïs, il avait considéré ces créatures comme mauvaises toute sa vie. Les côtoyer en disait long sur leur façon de penser et sur leur nature. D’ailleurs le phénomène auquel il assista avec le gardien de l’hiver l’intéressa vivement. Lorsqu’ils quittèrent le village du Sachem, le Daïs était vouté et marchait lentement. Mais depuis que la neige était abondante et qu’il faisait plus froid il était plus alerte et redressé, littéralement changé. Il ne résista pas à lui demander les raisons de ce brusque changement.

- Je suis le gardien de l’hiver, lorsqu’il fait froid, que la terre est gelée et que les animaux dorment en attendant des jours meilleurs, je suis au plus haut de mes capacités. Lorsque le printemps s’approchera je déclinerai jusqu’au moment où le sommeil me gagnera à nouveau. Ça sera alors le tour d’un autre gardien de prendre le relais.

- Je comprends, merci pour votre réponse Ancien.

- Nous y sommes, regarde. S’exclama Eikytan en montrant un pilier au milieu d’une clairière.

Le totem était un immense bloc d’ambre sculpté. La neige s’était agglutinée dessus le couvrant en partie. Le Daïs alla jusqu’à lui et en fit le tour.

- Les pierres ne sont pas là !!

- De quoi parlez-vous ?

- Il y avait là quatre pierres magiques. C’est grâce à elle que le totem peut être activé. Là je ne peux pas réveiller les esprits de l’hiver !

Le Sachem frotta la neige sur le totem, confirmant les animaux qu’il représentait - un élan, un loup, un lapin et un hibou. Il y avait effectivement un emplacement pour quatre objets aussi gros qu’un œuf de poule.

- Me permettez-vous de voir l’histoire des lieux ? Comme ça je pourrais expliquer ce qu’il s’est passé.

Eikytan acquiesça. Le Sachem s’assit en tailleur à quelques mètres du totem et se concentra. Il avait déjà utilisé ce sortilège dans les Confins.

- Voyez-vous Eikytan lorsque l’on utilise la magie du temps il y a toujours un risque de se faire happer. Je compte sur vous pour me ramener ici si vous me voyez disparaître.

Le Sachem forma un “V” avec ses bras de façon parallèle au sol.

- Esprits du temps passé, entendez-moi, libérez-moi des chaînes du présent. Je parcours le chemin de la grande trame...

Des images défilèrent dans sa tête, plusieurs jours et plusieurs nuits se succédèrent, le temps fila vers le passé. La neige disparut, les feuilles au sol remontaient sur les arbres environnant, puis enfin une créature apparut. Le Sachem usa de sa magie pour ralentir ce passage jusqu’à l’arrivée de celle-ci. Son apparence était celle d’une pie, un oiseau au plumage noir taché de blanc. Ses ailes étaient aussi des bras et son allure générale ne laissait planer aucun doute sur son origine elle fait partie du peuple Eltarite. Elle descella avec agilité les quatre pierres et les mit dans une bourse de cuir.

Eikytan fixa le Sachem qui était parfaitement immobile. Il resta ainsi une bonne demi-heure car au bout de ce laps de temps le corps du Sachem commença à devenir légèrement translucide. Aussi décida-t-il d’interrompre ce petit rituel en secouant son compagnon Elfine. La magie cessa et le Sachem revint de son voyage dans l’histoire de ce lieu. Prenant une grande respiration il se releva tant bien que mal, il ne sentait plus ni ses jambes ni son fessier. Il serra la fourrure d’Akem sur son torse pour se réchauffer.

- Alors qu’as-tu vu ?

- Brrrr... J’ai vu une femme-oiseau, elle a volé les pierres et est repartie comme si de rien n’était.

- Une femme-oiseau dis-tu... est-ce qu’elle avait des tâches blanche sur ses ailes ?

- Oui, c’est ça, elle avait aussi quelque chose au niveau du bec.

- Une Laken. Ils ne sont plus qu’une poignée. Si je ne me trompe pas ils vivent non loin de là. Une petite visite s’impose.

Et les voilà repartis, bravant la neige et le froid. Le Sachem à bout de résistance n’eut pas le choix, il fit appel à la puissance d’Akem et se transforma en homme-félin. Le pelage le réchauffa vite et le temps ne l’importunait plus, rendant leur progression vers le territoire Laken plus facile. Le paysage ne changeait guère mais l'apparition de longues plumes noires et blanches attachées aux branches indiquait que la frontière était franchie. Akem repéra vite la forme noire volant vers eux et il reconnut la voleuse des pierres. Il fit signe à Eikytan qui imagina immédiatement un plan d’attaque. La Laken n’eut pas le temps de faire quoi que ce soit que des racines poussèrent de manière fulgurante jusqu’à elle, lui agrippant les pattes. Eikytan tira les racines vers le sol mais la Laken résistait farouchement à grands battement d’ailes. Lorsqu’elle fut suffisamment à portée, Akem après avoir pris un peu d’élan lui bondit dessus. Désormais incapable de maintenir le vol elle s’écrasa dans une chute amortie par l’épais manteau neigeux. Akem et Eikytan l’immobilisèrent rapidement à grand renfort de racines.

- Qu’as-tu fait des pierres ? Interrogea Akem en tenant lui tenant la gorge.

Apeurée et choquée par l’agression dont elle venait d’être la victime la femme-oiseau secouait la tête dans tous les sens, tentant de se dépêtrer de ses liens en émettant des gémissements aigus.

- Attend Akem, regarde son bec, dit Eikytan en montrant l’étrange bijou empêchant la Laken d’ouvrir le bec.

- Arrête de bouger on te fera rien !

Eikytan se pencha vers elle.

- Je vais enlever une partie des racines, ensuite tu as intérêt à trouver un moyen pour nous expliquer ton geste. Je suis très peu enclin à la patience, ton geste m’empêche de réveiller les esprits de l’hiver et de protéger cette forêt ! Hoche la tête si tu as compris.

La Laken indiqua quelle avait parfaitement compris et Eikytan renvoya les racines à par celles qui lui retenaient les pattes.

- Où sont les pierres insista Akem.

La Laken montra du doigt Eikytan et Akem puis montra le bijou sur son bec, elle répéta ce geste pour bien se faire comprendre. Devant la mine ignare d’Akem et celle impassible du Daïs, elle dégagea la neige et ramassa quelques cailloux. Puis lentement elle répéta le geste, montrant le bijou et donnant les cailloux à Akem qui comprit le message.

- Tu veux qu’on t’enlève le bijou en échange des pierres ??

Elle répondit oui de la tête.

- Si tu voulais qu’on te libère de ce bijou pourquoi n’as-tu pas demandé à un chaman ?? S’étonna Akem.

La Laken leva les yeux au ciel et haussa les épaules.

- C’est dans sa nature, expliqua Eikytan. Les Laken sont des créatures rusées. Je pense qu’elle a agi ainsi pour me contraindre de l’aider et ce malgré les fautes qui l’ont amené à être punie. Ce petit chantage ne m’étonne pas le moins du monde.

- On ne va pas jouer le jeu j’espère ? Critiqua Akem.

La Laken récupéra les cailloux et les cacha sous la neige, puis par de nouveaux gestes elle fit comprendre que si ils ne l’aidaient pas, jamais ils ne trouveraient les pierres.

- Nous acceptons dit Eikytan mettant un terme au conflit. Rends nous les pierres et je te promets de te rendre la parole.

Akem continua à râler, mais le Daïs ne l’écoutait plus, se focalisant sur sa tâche. La Laken les emmena à peine quelques centaines de mètres plus loin, au bord d’une étendue d’eau glacée où elle indiqua avoir caché les pierres.

- Je ne sens aucune magie ici. Je ne les aurais jamais trouvés dans un tel endroit, dit Eikytan en avançant prudemment sur la glace.

Puis la Laken s’arrêta indiquant par-là que les pierres étaient là sous l’épaisse glace. Le gardien de l’hiver brisa la glace du bout de son bâton à plusieurs reprises, laissant un espace suffisant pour que quelqu’un puisse plonger. Derrière lui la Laken et Akem priaient pour qu’on ne le leur demande pas de plonger dans l’eau glaciale. Ce ne fut pas le cas, ne craignant pas les froid Eikytan plongea sans hésiter. Il n’y avait pas beaucoup de profondeur mais la lumière était très faible, se diffusant avec difficulté au travers de l’épaisse glace. Eikytan n’avait pas le même métabolisme que les Elfine ou que les humains, les Daïs pouvait rester sous l’eau bien plus longtemps. Désormais au fond du lac et au prix de beaucoup d’efforts il trouva enfin la bourse de cuir dont il vérifia rapidement le contenu. En ouvrant la pochette la magie des pierres lui sauta presque à la figure. Akem loin d’être rassuré par les fissures sur la glace aida malgré tout Eikytan à sortir de l’eau, il traîna ensuite le Daïs loin de l’étendue afin de ne pas être mouillé, lorsqu’il devenait Akem le Sachem ressentait une certaine répulsion pour tout ce qui était lac, rivière et autre. Bref, Akem était un chat.

Eikytan examina mieux la bourse. Lorsque celle-ci était fermée il ne ressentait pas la magie des pierres.

- Du cuir de Zanil n’est-ce pas ? demanda le Daïs.

- Zanil ? Demanda Akem.

- Le Zanil est un animal insensible à la magie, aujourd'hui cette espèce est éteinte, éradiquée par les hommes pour la faculté de cette peau. Dit-il en rendant la bourse.

La Laken hocha la tête positivement, puis elle s’approcha de lui si bien qu’ils finirent face contre face. Elle lui montra le bijou sur son bec.

- Je vais respecter ma parole et te délivrer de ça. Mais attention à tes paroles, il me serrait facile de te le remettre.

Eikytan caressa le long bec de la Laken et s’attarda sur le bijou, une fine tige de métal ouvragé. D’un coup le métal bougea comme s’il était vivant puis lentement comme s’il s’agissait d’une corde Eikytan tira dessus. La Laken ouvrit grand le bec, heureuse d’être enfin débarrassé de cette chose. Elle se jeta dans les bras du Daïs qui resta insensible à cette étreinte.

- Merci merci merci merci, dit-elle d’une voix à la fois stridente et croassante.

- Ne me remercie pas j’étais obligé et pressé, mais j’en ai pas fini avec toi. Quel est ton nom femme Laken ?

- Les autres m'appellent Chapardeuse, j’ai jamais vraiment compris pourquoi.

- Parce que tu es une voleuse ! Ironisa Akem.

- Akem ! Je t’ai déjà dit que pour les Lakens le vol est quelque chose de normal. Ne tardons pas plus, retournons au totem.

Eikytan aidé de Chapardeuse remirent en place chaque pierre dans chaque emplacement prévu à cet effet. Le totem d’ambre vibra lorsque la dernière pierre fut remise, alors toute la neige collée dessus s’en alla.

- Contemplez la magie de l’Arbre-Monde. C’est Quercus lui-même qui le sculpta autrefois et qui me lia à lui. Je sens les esprits de l’hiver proches, ils sont bien là.

Eikytan planta son bâton devant lui, la neige tournoya lentement autour du Daïs et du totem.

- Alors que le froid mord la terre et que la glace griffe l’écorce, maintenant que tous dorment en attendant les beaux jours, parcourrez de nouveau notre territoire. Esprits de l’hiver éveillez-vous où que vous soyez !

Eikytan répéta une dizaine de fois cette invocation et à chaque fois les pierres du totem brillaient de plus en en plus. Finalement toute cette structure d’ambre s’illumina, emplie de magie. Le Daïs était en transe, il était en harmonie avec la forêt des Eltarites. Il ressentait l’éveil de chacun des esprits de l’hiver. Lorsque le rituel cessa, le totem redevint inerte, tout comme les pierres.

- C’est fait ? Interrogea Akem.

- Les esprits de l’hiver se réveillent, ils nous aideront sûrement. Chapardeuse, j’aimerais à présent que tu me rendes un service, tu veux bien ? Parmi les esprits de l’hiver il y a quelques Laken, comme toi, ils sont vers le nord. J’aimerais que tu les rencontres pour les convaincre de nous rejoindre. Je les sais peu enclins à se mêler aux autres. Sur ta route si tu croises d’autres personnes dis-leur qu’il est important de se regrouper, nous serons au sud-est de la forêt.

Chapardeuse posa sa main plumeuse sur la joue du Daïs.

- Je veux bien.

Puis d’un bond elle s’envola, la neige glissant sur son plumage.

- Akem, je dois m’entretenir avec des esprits de l’hiver non loin de ton village, je dois savoir ce qu’est devenu Quercus. A présent rentrons.


Chapitre 4 - Le choix de Kei’zan

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Le vent froid soufflait entre les branches nues des arbres de la forêt Eltarite. L’arrivée providentielle des Elfes de Glace venus du lointain renversa le cours de la bataille opposant les fidèles de Solar et la Cœur de Sève. Cette dernière, dépassée par son incompréhension vis à vis des pouvoirs de leurs adversaires n’aurait pas fait long feu.

A présent le calme régnait. Les Nomades, repoussés loin de là, ne montraient plus de signe d’activité depuis une demi-journée, laissant aux valeureux guerriers de la forêt un moment de répit salvateur. Il y avait de nombreux blessés parmi eux - Ydiane, Parlesprit et même Ursyd dont la folie meurtrière l'avait exposé aux lames adverses et qui saignait d’une profonde entaille. Maïlandar le vénérable chasseur ramassa sa lance brisée en plusieurs morceaux.

- Raah, quel dommage... une si belle arme. Dit-il avec une pointe de tristesse.

- Je t’en ferais une autre, je ne peux pas te laisser ainsi, rigola Gaya en lui soutirant les morceaux de lance.

- Mouais, te moque pas, je l’avais depuis bien avant ta naissance. Répliqua-t-il en s’éloignant.

Kei’zan se désolait de voir un tel gâchis. La nature brisée mettrait bien des années à se régénérer et certains arbres porteraient les stigmates de cette bataille pour des siècles. Mais ce ne fut pas la seule chose que Kei’zan déplora car la venue d’une nouvelle personne annonça que le malheur s’était abattu sur eux. Alors que les Elfes de Glace et les Eltarites pansaient leurs blessures Parleroche leva subitement la tête son attention attirée par une drôle de sensation.

- Quelqu’un approche ! Dit-il en examinant les environs.

Les uns et les autres cherchèrent aussi, craignant que l’ennemi ne frappe à nouveau. Ce ne fut pas un Nomade qui au détour d’un arbre se montra, mais un Hom’Chaï. Pas n’importe lequel, celui-ci arborait des écritures peintes sur son visage rappelant deux autres séries d’écritures sur ses larges bras. Ses vêtements simples et ses cheveux en bataille lui donnaient un aspect assez sauvage. Parleroche le reconnut aussitôt.

- Garde-les-totems... sa voix s’essouffla alors...

Garde-les-totems ? Kei’zan l’avait déjà entendu lors de ses voyages dans les différents villages de la forêt.

- Que viens-tu faire ici ? Interrogea Maïlandar, se refusant à admettre la vérité, lui aussi connaissait les écritures sur le visage de cet inconnu.

Vite entouré des Hom’Chaï et Elfines présents, le nouvel arrivant toisa d’un air grave cette assemblée de braves. Une sorte de rite débuta alors, Rargnor se plaça au centre du cercle, face à Garde-les-totems.

- N’approche pas, nous sommes les gardiens de l’Arbre-Monde. Dit Rargnor de manière forte, presque agressive.

Garde-les-totems fit alors apparaître un totem d’ambre d’une moitié d’Hom’Chaï de hauteur.

- Les esprits m’ont parlé, ils m’ont annoncé la bataille, ils m’ont hurlé votre victoire, ils m’ont pleuré le nom de celui qui se meurt... répondit Garde-les-totems.

Apparemment la réponse du nouvel arrivant perturba les Hom’Chaï et les Elfines. Les Elfes de Glace ne comprenaient pas ce qui se déroulait sous leurs yeux. Ayir questionna Kei’zan. - C’est un gardien des morts. Il vient chercher quelqu’un sur le point de mourir.

Les Elfes de Glace portèrent leur attention sur la suite du rite.

- N’approche pas car nous ne savons pas qui tu viens chercher, répliqua Rargnor en écartant les bras.

- J’ai gravé ce totem dans l’ambre de l’Arbre-Monde... Ne tardez plus que le souffle ne soit pas perdu... N’attendez plus car Marque-Rouge le guerrier, braves parmi les braves se meurt.

A cet instant le nom de l’Hom’Chaï fut tel un poignard perçant le cœur de ses compagnons. Et le cœur d’Ydiane ne fut pas que transpercé, il lui fut littéralement arraché.

- Marque... Rouge... balbutia-t-elle, les larmes noyant ses yeux couleur d’or. Où ??

L’archère brisa le cercle du rite, s’élançant alors par-dessus les broussailles à la recherche de son ami et compagnon.

- TROUVEZ-LE !! Hurla-t-elle en tournant la tête dans tous les sens. Trouvez-le !

Tous se mirent à sa recherche, mais cela ne servait à rien car Garde-les-totems lui savait précisément où trouver le guerrier tombé. Marque-Rouge appuyé contre une paroi rocheuse se tenait la poitrine. Sa main droite était couverte de sang et le fluide vital se répandait lentement mais avec régularité. Son cœur battait encore, mais pour combien de temps encore ? Ydiane vit Garde-les-totems partir dans une autre direction et le suivit jusqu’à Marque-Rouge.

- NON ! Non, non, non, non ! Tu ne dois pas mourir ! Cria-t-elle avec rage à son ami agonisant.

Ydiane se jeta presque sur lui, la main tremblante. Marque-Rouge les yeux mi-clos avait l’impression de flotter hors de son corps. L’Elfine vit Dame Yilith et la supplia de faire quelque chose, elle l’avait vu guérir tant de blessures que celle-ci ne devrait pas poser le moindre problème. Avec délicatesse la prophétesse souleva l’imposante main de l’Hom’Chaï et examina la blessure. Mais il n’y avait plus rien à faire.

- La blessure est trop profonde... Son sort est déjà entre les mains des dieux... Je... Je suis désolée.

Ydiane laissa sa tristesse parler, les larmes coulaient abondamment sur ses joues devenues pâles. Marque-Rouge alors que la vie le quittait aperçut Ydiane derrière ce voile qui lui brouillait les yeux. Il eut juste assez de force pour poser sa main sur la joue de celle qui partagea sa vie.

- T’en fais pas... C’était... bien... nous deux.... chuchota-t-il.

- Marque-Rouge, mon nom est Garde-les-totems, je viens capturer ton dernier souffle pour qu’à jamais ce qui fut toi perdure.

L’Hom’Chaï inclina la tête, comprenant que son heure était venue.

- Je suis... prêt. Puis regardant Ydiane. Je serais... toujours... dans ton cœur...

Sentant la fin de Marque-Rouge proche, Garde-les-totems se mit à l’œuvre. Il planta le totem d’ambre devant le mourant. Celui-ci s’illumina doucement. L’Hom’Chaï fut alors comme hypnotisé, la douleur le quitta, il eut de moins en moins conscience de ce qui l’entourait. Puis son cœur cessa de battre...

Le totem s’illumina plus fortement et Garde-les-totems cria dans la vieille langue des esprits, ordonnant à Marque-Rouge de se lever et de rejoindre sa dernière demeure. Une sorte de fantôme, réplique spectrale du défunt sortit du corps de Marque-Rouge. Toute l’assemblée fut bouleversée, Ydiane, soutenue par Melissandre, dit au revoir à celui qu’elle aimait. Le fantôme adressa un sourire à ses anciens compagnons d’aventure et les salua d’un geste de la main. Puis Garde-les-totems le convia à rejoindre le totem d’ambre, ce qu’il fit immédiatement.

- C’est fini. Vous pouvez m’accompagner si vous le souhaitez, dit le chaman.

Kei’zan perdu dans ses pensées n’entendit pas l’invitation. Il se remémorait les mois passés et les différentes discussions qu’il avait eues avec les plus grands chamans de la forêt. A cet instant précis il pensait à Marque-Rouge bien sûr, mais aussi à la Griffe, cette orpheline qu’il avait recueillie et aimée comme sa propre fille. Sa peine était encore bien présente lorsqu’il incanta le sortilège de retour à la terre sur l’Hom’Chaï. Les racines agrippèrent le corps inerte avant de doucement s’enfoncer dans le sol de la forêt endormie par l’hiver. Le Grêlé qui connaissait bien son frère remarqua les troubles qui envahissaient l’esprit de Kei’zan.

- Qu’as-tu ?

Kei’zan fit signe à son frère pour discuter loin des autres.

- Je suis fatigué. Chaque jour qui passe apporte son lot de malheur sur notre peuple, dit-il d’une voix étonnement calme.

- Ce n’est pas la première fois que nous traversons une tempête.

- Mais celle-ci peut être la dernière.

- Pourquoi le serait-elle ?

- Mon frère, m’accompagnerais-tu jusqu’au mont Ulmus ?

- Qu’est-ce que tu veux faire là-bas ?

- Tu verras.

- D’accord allons-y.


Les deux Daïs prévinrent le reste de la Cœur de Sève, mais Parlesprit, qui avait intercepté la discussion, se proposa pour ce petit voyage. Les Daïs s’en allèrent donc, confiant la sécurité de l’orée de la forêt aux Elfes de Glace, laissant aussi les Elfines et les Hom’Chaï faire leurs adieux à Marque-Rouge.

Le mont Ulmus était le point central de la forêt Eltarite. En réalité c’était plus une grosse colline qu’une montagne. Ce monticule était entouré d’Ormes magnifiques. Et au sommet rien ne poussait. Autrefois Kei’zan tenta de faire pousser une graine de l’Arbre-Monde. Mais cela s’avéra un échec car la jeune pousse ne trouva pas assez de force pour lui assurer la survie. Beaucoup de Daïs avaient vécu ici et la plupart d’entre eux avaient disparu depuis bien longtemps. Le groupe retrouva sur place Eikytan qui ne put expliquer pourquoi il était là, une simple intuition l’avait attiré. Il ne fut d’ailleurs pas le seul à venir, d’autres Daïs, plus d’une vingtaine, arrivèrent les uns après les autres.

- Qu’est ce qu’il se passe ? Demanda le Grêlé.

- Ils viennent pour moi, répondit Kei’zan.

- Que vas-tu faire ? Je ne comprends pas.

- Quoi qu’il se passe, n’interviens pas !

Kei’zan monta à mi-colline pour faire face à cet incroyable rassemblement.

- Nous sommes tous là ! Voilà tout ce qu’il reste des fruits de l’Arbre-Monde. Nous étions si nombreux en ce temps-là, avant que l’Arbre-Monde n’explose, nous laissant orphelins et sans avenir. A ce moment là Kei’zan fit appel à sa magie et se transforma comme il l’avait fait lors de leur toute première confrontation avec les Nomades. Son aspect s’approcha alors de celle d’un arbre, son visage devint une sorte de flamme verte. Tous les Daïs aux alentours ressentirent le pouvoir immense du Kei’zan.

- Que fais-tu ? demanda Eikytan. Tu veux faire comme Quercus et nous laisser à notre sort, regretta-t-il.

- Quercus n’est plus, il est devenu un arbre mais aucun de se fruits ne donne la vie. J’ai bien réfléchi et je pense avoir la solution. Mes frères il est temps de faire renaître l’Arbre-Monde !

Kei’zan sortit d’un sac de toile la dernière des graines de l’Arbre-Monde en possession des Eltarites. Il se concentra et diffusa sa magie gardant en tête son objectif - fournir suffisamment d’énergie à la graine pour pousser puis fusionner avec elle. La magie se ressentit à des lieues à la ronde.

- Vous me protégerez, c’est désormais votre priorité, dit le Kei’zan alors que la graine qu’il tenait fermement avait éclos.

Le Grêlé resta surpris par le choix et l’audace de son frère, personne n’avait tenté cela avant lui et si cela échouait il le perdrait. Mais il n’eut pas le temps de réagir. Kei’zan marcha jusqu’au sommet du mont Ulmus et fit face aux autres Daïs. Là, il mêla par magie cette graine avec son corps. Cette fusion le transforma, ses pieds s’enfoncèrent dans la terre de la colline, ses jambes et son torse devinrent un tronc d’arbre et ses bras de multiples branches. Kei’zan était désormais un magnifique orme, jeune et à en juger par les feuilles et les bourgeons, vigoureux. Dans son tronc, bien visibles, des dizaines de petits cristaux verts pulsaient de magie.

Les Daïs n’en revinrent pas et Eikytan le plus ancien existant à l’heure actuelle ressentit en cet arbre la puissance d’un Arbre-Monde.

- Le printemps approche.

Artrezil

Chapitre 1 - Affranchi

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Le Manoir de Zejabel brûlait. Farouche et les Combattants de Zil venaient de remporter une grande victoire face aux Néhantistes. Durant les combats, Télendar était réapparu, venant exécuter la sentence des Envoyés de Noz'Dingard...

L’ancien chef Zil fut vite entouré par ses camarades et assailli de questions sur ce qu’il s’était passé depuis plus d’un an, comment il avait entendu parler de l’attaque de la guilde, du manoir de Zejabel et à peu près un million d’autres questions. Le jeune homme ne sut plus où donner de la tête, ni ne sut à quoi répondre en premier.

- Laisser-le ! Mais laissez-le ! Cria Sangrépée. De toute façon il nous doit des explications ! Dit-elle d'un ton teinté de reproches.

Farouche écarta tout le monde pour se frayer un chemin jusqu’à Télendar. Elle le fixa en plissant les yeux.

- Dis donc toi ! Tu crois que tu peux revenir comme ça au milieu d’une bataille, buter notre cible et faire comme si de rien n’était ?, râla-t-elle. Encore heureux que notre plan était imparable.

Le plan n’était pas si imparable que ça, sans son intervention Dimizar s’en serait tiré. Puis une partie de la clique Néhantiste avait réussi à fuir, on lui devait une partie de cette demi-victoire. Mais Télendar ne pipa mot, comprenant qu’il avait quelques comptes à rendre et l’histoire de ses aventures à raconter à ses anciens camarades de jeu.

- Je ne crois rien Farouche, je vais vous raconter tout ça.

Puis voulant changer de conversation.

- La vache ! Tu as grandi depuis la dernière fois que je t’ai vue, t’es une femme maintenant !

Farouche se mit à rougir d’un coup, déclenchant l’hilarité de la troupe.

- Ouais ouais, allez tout le monde, on retourne au chapiteau, mission accomplie ! Cria-t-elle embarrassée.

Une bonne heure plus tard, à la nuit tombante, la guilde retrouva son chapiteau. Télendar se sentit mieux rien qu’à la vision de ce dernier, lui rappelant bien des souvenirs. Alors que la colonne de fumée du manoir de Zejabel incendié s’éparpillait sous la faible lueur du crépuscule, les Zils organisèrent rapidement une fête à l’occasion de leur victoire. Les éclats de rires emplirent le chapiteau, chacun y alla de sa petite anecdote, certains mimèrent même des combats contre les Néhantistes à grands renforts de gestes et d’exagérations. Ergue, Soriek et Granderage, redevenus eux-mêmes expliquèrent comment ils avaient détruit “l’être de cristal rouge et noir” d’un seul coup et à la force de leurs poings. Malgré l’apparente bonne humeur de tout le monde Farouche ne quitta pas des yeux Télendar qui, lui, était dans un coin et souriait à l’humour parfois particulier de ses congénères. Farouche se leva de son énorme coussin et se racla la gorge.

- Combattants de Zil, nous avons remporté la bataille, mais pas la guerre. Ce soir fêtons jusqu’au bout de la nuit. Mais lorsque le jour se lèvera demain nous nous remettrons en route, la chasse n’est pas finie. Notre première mission est accomplie, Abyssien sera averti de ce qu’il s’est passé au Manoir de Jezabel et nul doute que nous continuerons la traque des Néhantistes.

Farouche se gratta le nez et regarda Telendar.

- Bon à toi la parole, annonça-t-elle avec monotonie.

La phrase de Farouche fut accueillie par des “Ouais Télendar !” “Explique-toi !”. Le jeune homme se leva à son tour pour se placer au milieu de la piste. Il n’avait jamais aimé prendre la parole en public, même du temps, pas si lointain, où il était le dirigeant de cette guilde. Mais il fallait faire un effort pour montrer qu’il avait changé.

- J’ai toujours aimé me battre. J’ai toujours aimé la violence, je suis né avec le don de donner la mort. Dimizar l’avait bien compris et grâce à Masque de fer il réussit à mettre sous son influence toute la guilde. Il nous a gardés, Silène, Sélène et moi-même sous son contrôle pour se servir de nous. Je ne réalisais pas ce que je faisais, je me souviens encore du visage de chaque homme, chaque femme et de chaque enfant que j’ai tué durant cette période et cela me hante. Sans pouvoir m’y opposer. Dimizar m’a fait assassiner Prophète, attirant sur les Combattants de Zil les foudres des Envoyés de Noz’Dingard.

Télendar se remémorait son malheureux parcours avec douleur, car à présent il évoquait une période encore plus sombre.

- Dimizar ne s’arrêta pas à quelques assassinats, je suis devenu un cobaye, faisant des expérimentations que je ne souhaiterais à personne de vivre. A cette époque j’aurais aimé mourir, j’ai supporté l’insupportable. Quand enfin il en eut fini avec moi, je n’étais plus que l’ombre de moi-même. Comprenant que je ne lui étais plus utile il m’a alors livré à vous sous le déguisement de ce traître de Masque de fer. A partir de là vous connaissez la suite. Après avoir été soigné par Kriss, que je ne remercierai jamais assez, Abyssien a décidé, à raison, de me livrer au Conseil des Guildes. Puis on me confia aux Envoyés de Noz’Dingard pour être jugé. Je m’attendais à la mort, une mort rapide qui me délivrerait enfin de mes maux. Mais tel ne fut pas le cas. Les Draconiens ont jugé que le seul responsable était Dimizar et que celui-ci devait payer pour son crime. La sentence à mon encontre fut de tout mettre en œuvre pour retrouver le Néhantiste et le tuer. La magie de Dragon devait me contraindre à exécuter cette sentence. J’ai suivi les pistes pendant plusieurs semaines et j’ai profité de votre attaque pour m’infiltrer dans le manoir et trouver ma cible. Voilà, mon histoire Combattants de Zil.

Le silence tomba sur le chapiteau. Tout le monde avait écouté avec beaucoup d’attention. Sombre se leva, ses cheveux étaient ébouriffés de la bataille passée.

- Alors Dimizar est mort ?

- A priori, non. Je sens encore la magie de Dragon sur moi, ça veut dire qu’il a survécu, et que je vais continuer à le chercher. Dit Télendar un peu désappointé. Je profite aussi d’avoir la parole pour demander à Abyssien si je pouvais revenir parmi vous.

Farouche s’avança prêt du jeune homme et lui attrapa l’épaule.

- Tu ne dois pas le savoir, mais Abyssien ne dirige plus la guilde, il est désormais au Conseil des Guildes. C’est moi la chef maintenant ! Bon, moi je veux bien que tu reviennes, mais...

Elle tourna la tête vers les autres combattants de Zil.

- Est-ce que vous pensez que Télendar mérite de revenir parmi nous ?

Les regards s’échangèrent, d’ordinaire c’est le chef qui prenait ce genre de décision. Farouche jouait là un petit jeu, elle connaissait déjà la réponse, mais il fallait qu’elle se démarque par rapport à ses prédécesseurs. Ergue, Granderage et Soriek furent les premiers à crier “Oui ! Oui ! OUI !”, suivi par les autres, même ceux qui ne connaissaient pas Télendar finirent par répondre par la positive.

- Te revoilà Combattant de Zil ! Libère-toi du poids de la culpabilité envers nous. Puis lui chuchotant à l’oreille. C’est grâce à toi que j’ai voulu intégrer cette guilde, dit-elle en rougissant, ça me fait plaisir que tu reviennes.


La réintégration de Télendar fut une raison supplémentaire pour continuer la fête jusqu’au bout de la nuit. Mais tous ne furent pas de la fête. Salem de part sa nature préférait rester à l’écart. Mais ce n’était pas la seule raison. Depuis quelques jours il se sentait... mal, ce qui pour lui était inhabituel. Il claudiqua dans une démarche plus confuse qu’à la normale et d’un coup il s’effondra comme une poupée jetée à terre.

-QuE.. QuOI ??

La matière ombreuse jusqu’à présent bien cachée dans l'épouvantail commença à couler de son visage. Salem plaqua une main sur sa figure comme pour retenir l’ombre.

- NoooOOoOn., cria-t-il.

Kriss aussi rodait dehors, le musicien aimait ces soirées de liesse mais il préférait boire à la faveur de la lune qui en cette nuit d’automne était très haute dans le ciel. Les bruits émis par Salem l’alertèrent et il alla voir quels étaient ces étranges bruits. Il vit le pauvre Salem au sol dans une flaque noire.

- Salem ! Qu’est ce que tu as ??

Le musicien n’osa pas trop marcher dans la substance noire. Il n’avait jamais vu ça.

- Ne.. BOuGe pAS... KrISs...

La voix ne provenait pas du pantin de paille, mais de la flaque elle-même. Celle-ci se mit à bouger, prouvant qu’elle était vivante, puis d’un coup un millier de petits tentacules d’ombre en sortirent pour attraper l’épouvantail. La matière noire s’infiltra partout, si bien qu’elle disparut du sol en un clin d’œil. Salem tenta de se relever mais ses forces étaient très faibles. Kriss l’aida et l’installa un peu à l’écart du chapiteau. Il ne voulait pas que les autres Combattants de Zil soient au courant de cet incident.

- Tu m’expliques ? Qu’est ce que c’était ? Demanda Kriss terriblement inquiet.

- jE sAIs paS. Je N’aI plUS Eté CApaBlE de Me maiNTEnir dAns cE CorPS.

- Comme ça ? D’un coup ? Tu veux que je regarde ?

- D’Un cOUp... JE mE sENs FaiBle.

Kriss posa sa main sur la froide surface du bras de Salem et se concentra. Au bout de quelques minutes il dû se rendre à l’évidence qu’il ne trouvait rien qui puisse justifier cet état. Cela l’étonna beaucoup car Kriss se targuait de pouvoir déceler n’importe quelle maladie, qu’elle soit magique ou naturelle.

- Tu n’as rien, rassure-toi.

- NoN, J’Ai quELQue ChOSe jE leSEns. Je RISque dE dISParaItrE KrIss...

- Mais pourtant être dans l’épouvantail te permet de pouvoir perdurer. Bien sur tu n’es plus aussi puissant qu’à l’époque de ta création, mais tout de même. Tu crois qu’Artrezil n’avait pas la magie suffisante pour t’offrir l’immortalité ?

- Il L’AvaIT... C’eST AutrE chOSE.

- Mais quoi ? Si jamais on ne trouve pas, si tu venais à disparaître la guilde perdrait le but de son existence première et nous ne serions plus les Combattants de Zil.

Chapitre 2 - Alyce

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La fête avait duré toute la nuit. Le chapiteau dormait paisiblement au rythme des ronflements de ses occupants, une douce odeur d’alcool embaumait l’intérieur. Télendar et Kriss étaient restés plus sages que les autres. L’assassin et le musicien profitaient de la fraîcheur matinale et devisaient sur leur guilde se remémorant leurs aventures souvent incroyables mais très risquées. Ils évoquaient la course poursuite au sein d’une bourgade de Baranthe qui s’était finie dans un tas de fumier lorsqu’un homme à cheval s’arrêta devant eux. L’homme habillé de la livrée du Conseil des guildes regarda les deux Zil avec une certaine appréhension.

- Je vous salue Combattants de Zil. J’ai fait un long chemin jusqu’à vous pour vous porter un message du Conseiller Abyssien, puis-je m’entretenir avec votre chef de guilde ?

- Conseiller Abyssien ? Je m’y ferai pas, dit Télendar en lâchant un petit rire moqueur. Je vais chercher la cheftaine.

Kriss aida l’homme à descendre de sa monture, il le remercia vivement expliquant qu’il avait parcouru la distance depuis le château de Kaes, berceau du Conseil des guildes jusqu’ici en un temps record.

- Ce que vous avez à dire semble urgent, entrez vous reposer et manger un bout, dit Kriss en lui montrant l’entrée du chapiteau.

Le messager ne refusa pas l’hospitalité tellement il était éreinté. Cela faisait peu de temps qu’il travaillait pour le Conseil des guildes et la passion ainsi que le désir de bien faire l’avaient poussé au bout de ses forces. Il s’affala sur un des énormes coussins et tenta de rester éveillé tant bien que mal pour finir sa mission. Télendar revint accompagné d’une Farouche à moitié endormie et le visage plein d'ecchymoses.

- Je suis le chef de cette bande de vauriens, dit-elle en adressant une tape sympathique sur l’épaule de Télendar. Qu’est-ce qu’on peut faire pour le Conseil.

L’homme se remit debout, rajusta sa tenue flambant neuve et se racla la gorge, enfin il se saisit d’un rouleau du sac de toile qui pendait sur son côté. Il en lu le contenu devant tout le monde.


“Chère Farouche,

J’espère que tu t’en sors à la tête des Combattants de Zil et que tu arrives à te faire respecter autant que tu les respectes. Mon intégration au sein du Conseil est finalement moins ennuyeuse que je ne le prévoyais, bien au contraire il s’avère que mes quelques talents trouvent ici une utilité.

Les nouvelles que je te fais porter ne sont pas bonnes et il est très important que tu écoutes attentivement les ordres que je vais te donner. De très nombreux rapports et observations font état d’une activité importante dans les brumes des Confins. Des allées et venues de personnes suspectes ont amené le Conseiller Marlok à enquêter et ses découvertes sont catastrophiques.

Néhant regroupe ses troupes de fidèles et les Néhantistes à sa solde capturent de nombreux esclaves pour accomplir leurs basses besognes. Nous pensons qu’ils ont pour but de libérer Néhant de sa prison.

Cela ne doit pas arriver !

Aussi le Conseil ordonne aux Combattants de Zil de joindre leurs forces aux Envoyés de Noz’Dingard afin de mener un assaut sur les Néhantistes et éradiquer la menace. Le Conseiller Marlok vous attend à la cité frontalière d’Arbenn. Mettez-vous en route dès la réception de ce message. La situation est extrêmement complexe et tendue. Le Conseil va essayer de gérer ce problème ainsi que celui des Nomades. Je te tiens informé.

Abyssien.”


L’homme enroula le parchemin pour le donner à Farouche.

- T’étais obligé de le lire à haute voix ? Protesta-t-elle.

Outré l’homme ouvrit de grand yeux.

- Mais damoiselle c’est ainsi que cela doit être.

- Mouais, bon merci pour tout, restaure-toi et prends du repos. Quant à vous autres Combattants de Zil vous avez entendu les ordres du Conseil des Guildes, on démonte et on se met en route. Arbenn est à une semaine de marche d’ici, ne traînons pas.

Le chapiteau était à terre, les combattants rangeaient tout dans différentes roulottes et certains s’occupaient des quelques animaux. Dans une des carrioles Kriss avait réuni différents membres de la guilde dont Salem, Farouche et le Psychurgiste, ce dernier étant désormais au courant du petit problème rencontré par Salem. Le mentaliste avait examiné l'épouvantail sous toutes les coutures cherchant un quelconque indice sur ce qui provoquait ses crises. Sa conclusion n’était pas réjouissante et confirmait les craintes déjà émises : Salem allait disparaitre. La magie de ce monde était bouleversée et celle qui avait permis la création de Zil, donc de Salem, disparaissait avec le temps. Kriss se devait d’informer son chef.

- Farouche nous avons quelque chose à te dire.

Vu les visages tristes Farouche s’attendait à une terrible nouvelle.

- Je t’écoute, qu’est-ce qu’il y a ?

- Il y a eu un incident hier soir durant la fête. Quelque chose que nous avons du mal à expliquer même si nous avons des théories. J’ai retrouvé Salem par terre dans une mare d’ombre. C’était lui-même qui se liquéfiait. Après un petit moment il a retrouvé sa structure normale mais il pense que ça va aller en empirant. Farouche était surprise de l’histoire, les choses magiques n’étaient pas son truc, pas comme Abyssien en tout cas. Aussi se contenta-t-elle d’écouter la suite. Le Psychurgiste intervint à son tour.

- Je sens beaucoup de désarroi chez notre ami Salem, troublé par ce qui lui arrive. Comme je le disais à Kriss la magie semble perturbée chez lui. Je ne connais pas beaucoup les détails sur la création de Salem, enfin de Zil aussi ne puis-je faire que de simples suppositions basées sur mes observations...

- Oui oui, abrège, s’impatienta Farouche.

- D’accord, pour faire la version courte l’épouvantail ne pourra pas contenir plus longtemps Zil.

- Dans ce cas qu’il retourne dans le chat, non ?

- C’est l’une des solutions que nous avons établies. Mais d’après Salem cela ne servira à rien, il se passerait la même chose dans le corps du félin. Zil est en train de se...décomposer magiquement.

- Cela veut dire que nous perdrions Zil, ajouta Kriss pour donner encore plus de gravité à la situation. Je sais que l’ordre a été donné de joindre nos forces aux Noz, mais nous, et quand je dis nous je parle de Salem et moi, pensons que nous devons vite trouver une solution à son état.

- Et donc vous ne resterez pas avec nous ? Regretta Farouche qui réfléchissait à tout ça.

- Salem a une idée, une piste qu’il nous faut suivre. Pour ne pas pénaliser la guilde, seuls lui et moi partirons.

- Et c’est quoi cette idée ?

- Bien que l’ancienne demeure d’Artrezil soit notre quartier général nous n’avons pas encore tout découvert de lui. Il se peut qu’il y ait d’autres journaux de travaux ou du matériel lui appartenant dans d’autres lieux. Salem a le vague souvenir d’un manoir perdu loin de tout. J’aimerais aller le fouiller avec lui et qui sait peut-être qu’on trouvera de quoi le guérir.

- C’est maigre comme piste mais c’est la seule que nous ayons, ajouta le Psychurgiste.

- Je comprends le problème, ça marche, vous partez tous les deux. Prévenez Abyssien, la magie de l’ombre c’est sa grande passion.

- Nous comptions le faire oui, mais Salem a formé Abyssien à la magie de l’ombre il ne pense pas qu’il soit en mesure de remédier à son problème, répliqua Kriss.

- Et les Draconiens ? Ils ont une super école de magie, peut-être qu’ils peuvent faire quelque chose.

- Oui... mais non. Si tu te rappelles bien l’histoire de Zil, les draconiens le recherchent, ce n’est donc pas une bonne idée.

- Bon, je fais confiance à vos avis, j’espère que vous trouverez de quoi remettre Salem sur pied.

- Et moi donc, chuchota Kriss.

Kriss et Salem voyageaient depuis plusieurs jours et désormais leurs amis Combattants étaient très loin, partis vers la Draconie. Salem eut une autre “crise” cette fois plus impressionnante. Kriss en avait le cœur meurtri, il aimait Zil par dessus tout, ils étaient amis depuis qu’il avait quitté sa famille pour parcourir le monde. Il se souvient du jour où on le mit dans la confidence, qu’on lui révéla qui était Zil et qu’on allait l’enfermer dans le petit chat noir que Kriss affectionnait tant. Mais Salem s’était remis de cette épreuve au prix d’un effort magique considérablement affaiblissant pour lui. Désormais le pantin de paille ne parlait que rarement préférant garder son énergie pour continuer à marcher à bon rythme. Salem se souvenait d’une vieille bâtisse dans un endroit reculé. Grâce aux pouvoirs de Kriss et une bonne dose de chance les deux amis finirent par se retrouver face à ce qu’ils pensaient être l’endroit recherché. C’était un manoir de taille respectable sur trois étages. Construite de pierres taillées, son architecture ressemblait étrangement à la demeure d’Artrezil bien que cette dernière soit bien plus grande que celle-là.

- OuI ! C’esT biEN Ca.

- En tout cas elle ressemble à notre QG. Quelqu’un doit habiter là, il y a de la lumière !

Les deux Combattants de Zil avancèrent sans avoir conscience de ce qui allait les attendre de l’autre côté de l’épaisse porte de chêne. Kriss toqua une fois, puis au bout d’un moment ne voyant rien venir toqua une deuxième fois.

- Y a quelqu’un ? Excusez-nous de vous déranger. Nous sommes des voyageurs à la recherche d’un toit pour passer la nuit.

Salem tenta de regarder au travers les volets clos, mais à part la lumière il n’y vit rien d’autre.

- Je VAis jeTEr un OeIL.

- Ca ne va pas t’affaiblir ?

- Non, je PEUx.

Salem fit le tour de la bâtisse et trouva une brèche dans une pierre. A partir de là il utilisa la magie de l’ombre pour se fondre dans les ombre et tenter de faire un tour à l’intérieur. Mais hélas il se heurta vite à la lumière et la disparition des ombres. Il revint auprès de Kriss, ce dernier avait l’oreille collée à la porte.

- AloRS ?

- Chut ! Je crois avoir entendu du bruit, comme des pas.

Kriss saisit alors l’anneau de fer de la porte et poussa lentement. Les gonds émirent un long grincement au grand dam du musicien. Personne dans l’entrée. Ils furent frappés par sa ressemblance des lieux avec l’antique demeure d’Artrezil.

- Au moins nous ne sommes pas dépaysés. Puis en criant : Y A QUELQU’UN ???

Toujours aucune réponse.

- Vraiment étrange, tu penses qu’on nous a vu arriver et que les habitants se sont cachés par peur ?

- NoN, Je SEns beAUcOuP de mAgIe ICI.

- Et bien dans ce cas ne nous gênons pas pour fouiller les lieux, on a un objectif tenons nous en là.

Le rez-de-chaussée était composé d’un grand salon sur la partie droite, d’une cuisine et d’un grand garde-manger sur la gauche. Bien que tout soit vieux et en partie décrépi il n’y avait pas de poussière, signe d’une présence. Entre la cuisine et le garde-manger un escalier montait et un autre descendait.

- Alors, cave ou étages ?

La réponse fut un craquement, long et terriblement angoissant de toute la maison. De la poussière s’échappa des murs et du plafond en leur tombant dessus.

- Kof kof, qu’est-ce qu’il se passe ?

Puis aussi brusquement qu’il était apparu le phénomène s’arrêta, net.

  • DONG DONG DONG DONG DONG*

Quelque chose se mit à sonner, comme une petite cloche, le son emplissait toute la maison si bien qu’il était impossible de localiser la source de ces “dongs”.

- CAvE ! Dit Salem en poussant Kriss dans l’escalier.

Des lampes à huile brûlaient lentement leur offrant la visibilité nécessaire. En bas une porte de fer leur barra le passage au grand étonnement des deux compères.

- La même porte qu’à notre quartier général, Artrezil était soit un plaisantin soit aimait tellement sa baraque qu’il la reproduit le plus fidèlement possible.

- OptIOn dEUX !

- Bien d’accord, si mes souvenirs sont bons il y avait dans notre QG le laboratoire d’Artrezil, donc on peut supposer trouver quelque chose d’intéressant ici, dit Kriss en ouvrant la porte.

Là une vision d’horreur assaillit nos héros. Par terre au milieu d’un fatras de bouquins, d’alambic, de pots et d’appareils étranges se trouvait le corps d’un homme baignant dans une mare de sang, face contre terre. Son dos présentait de profondes entailles. Kriss prit le pouls de cet homme.

- Mort.

Mais Salem n’en avait rien à faire, il était déjà en train de faire le tour du laboratoire, poussant les objets inutiles et examinant ce qui lui semblait magique. Kriss retourna le cadavre pour mieux voir le visage de cet inconnu.

- Artrezil ??

Salem tourna la tête vers eux.

- QuOI ? Dit-il en revenant vers Kriss.

- Dis-moi si je rêve ou non, mais la ressemblance entre son portrait dans notre quartier général et lui est plus que frappante.

- Tu AS raIsoN !

- Mais comment est-ce possible ?!

C’est alors que des bruits de pas se firent entendre. Comme si quelqu’un courrait au-dessus d’eux. Kriss abasourdi par leur découverte leva la tête et regarda le plafond.

- C’est quoi cette histoire.

- Va VOiR, je ResTe lA.

Il n’en fallut pas plus pour que Kriss s’élance dans l’escalier et monte rapidement au rez-de-chaussée. Rien dans le salon, rien dans le garde-manger et rien non plus dans la cuisine.

- C’est pas vrai, j’ai pas rêvé pourtant !

Les bruits de pas se répétèrent, cette fois c’était à l’étage. Kriss, un peu énervé fonça à nouveau vers l’escalier, montant les marches deux à deux. Une fois en haut il se retrouva nez-à-nez avec une petite créature qui flottait dans les airs. Cette chose ressemblait vaguement à une poupée avec une robe rose et une perruque, mais elle était faite d’ombre.

- PARTEZ !! Cria-t-elle, vous n’avez rien à faire ici !!

Kriss ne sut trop quoi dire, cette chose était vivante, mais étrangement il n’y avait pas la moindre étincelle de vie là-dedans.

- Nos intentions ne sont pas mauvaises, nous venons chercher de l’aide pour guérir quelqu’un.

La créature fixa Kriss qui tentait de se rapprocher. Aussitôt l’homme fut submergé par des émotions. Un flot immense de sentiments parfois contradictoires, tristesse, colère, désir et bien d’autres. Kriss dû se retenir à la rambarde pour ne pas tomber dans les escaliers son esprit ne pouvait supporter autant, il tomba à genoux et se tint la tête, hurlant.

- STOP, CA SUFFIT, criait-il en se tordant, sa tête allait exploser.

Puis le flot s’interrompit. Kriss qui haletait se redressa, soulagé. Salem était là, des tentacules d’ombre sortaient de sa main, retenant prisonnier la petite poupée d’ombre.

- C’est quoi ?

- UNe CReaTIoN d’UN esPrIt dEraNgé ! ToUT esT fAux IcI...

- Hummmm, nous avons manqué de prudence mon ami, faisons la lumière sur toute cette histoire !

Kriss fit apparaitre son orgue portatif et tourna la manivelle dans le sens inverse à son habitude. Une musique déstructurée s’en échappa. Le morceau dura cinq bonnes minutes au bout desquelles tout autour d’eux changea. Les murs semblaient fondre comme si c’était du chocolat, la créature disparut à son tour. Finalement ils étaient au milieu d’une ruine, là par terre à deux mètres d’eux une jeune femme recroquevillée sur elle-même balançait sa tête d’avant en arrière en sanglotant.

- PoUVoir de l’OmbRE, jE seNS la PResenCe d’ArtreZIL Ici.

- Cette maison a dû lui appartenir, dit Kriss en s’accroupissant devant la jeune fille aux cheveux blonds.

Elle portait des vêtements étrangement proches du style des Combattants de Zil et elle serrait un miroir contre son cœur. Kriss remarqua qu’une partie de son visage était brûlée.

- N’ai crainte, mon nom est Kriss.

- Je.. je sais... je te connais... et... et toi tu es... Zil, dit-elle à l’attention de Salem.

La petite poupée d’ombre fit son apparition sur l’épaule de la fille, elle lui chuchota quelque chose à l’oreille.

- Tu nous connais ? Mais nous ne te connaissons pas, qui es-tu ? Que fais-tu là ?

- Je m’appelle Alicia. J’ai... non, je... peux vous aider ? Ne me laissez pas ici, j’ai peur.

- La nuit est déjà avancée, on va rester là et tu nous dois des explications. C’est toi qui as provoqué tout ça ?

- Oui c’est moi, je n’y peux rien je... je ne contrôle pas ce que je suis.

- Qu’es Tu ? Demanda Salem qui avait déjà sa petite idée.

- Une création, une chose, on m’a transformé ! Dit-elle en montrant l’escalier qui descend vers la cave.

Salem et Kriss allèrent voir, ils trouvèrent un homme mort, d’après Kriss son cœur l’avait lâché. Dans cet endroit il y avait un lit, une cage et tout un tas de matériel magique. Parmi cela ils retrouvèrent différents journaux de recherches ainsi que des travaux d’Artrezil sur la transformation par l’ombre. Salem expliqua que cela faisait partie des recherches qui ont permis à l’archimage de le créer.

Le chercheur expliquait avoir kidnappé Alicia lorsqu’elle était petite fille car disposant d’un pouvoir incroyable. Il aurait fait d’elle sa créature.

- Un mystère de plus à résoudre, mais je pense qu’elle peut nous aider pour l’affaire qui te concerne Salem.

- OuI, je PEnsE aussI.

Chapitre 3 - L'héritage d'Artrezil

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Cette histoire là ne pouvait être racontée que par moi. Je suis un Combattant de Zil depuis presque dix ans maintenant. Des aventures, j’en ai vécues d’innombrables et d’incroyables. Mais celle-là est au-delà de ce que j’ai déjà vu et elle mérite d’être racontée à ceux qui vont rejoindre notre guilde dans le futur. 

Tout cela démarra il y a quelques semaines. Lors de la fête donnée en l’honneur du retour de Télendar parmi nous, j’ai retrouvé Salem en piteux état, presque liquéfié. Devant ce constat et l’éventualité de la disparition de Zil, j’ai entrepris le voyage en sa compagnie afin de trouver une solution. Je m’aperçois aujourd’hui que nous aurions peut-être dû mettre au courant la guilde dans son ensemble. Après tout ne sommes nous pas les Combattants de Zil ? Peut-être devais-je entreprendre cette quête seul ? Mais ce qui est fait est fait.

Nous sommes partis tous les deux aux travers de contrées où personne ne va, des lieux désolés et sombres. Nous avons cherché des informations sur l’Archimage Artrezil qui créa autrefois Zil dans l’espoir de trouver une quelconque indication pour contrer le mal qui rongeait mon compagnon. Sur notre route, nous avons trouvé Alyce, un personnage étrange pour qui j’avais de sérieux doutes quand à sa motivation. Et pour cause, j’avais de très bonnes raisons. Notre première rencontre a failli très mal terminer. Enfermés dans une illusion presque parfaite. Mais notre expérience de ce genre de manifestation a fait la différence et nous nous en sommes sortis, héritant au passage d’une nouvelle désaxée, comme si nous n’en avions pas suffisamment dans la guilde. Je suis sur que tu me comprendras Alyce lorsque tu liras ces lignes, je ne dis pas que cela est forcement négatif, mais il faut bien reconnaître ce qui est : les Combattants de Zil sont une guilde d’excentriques et de sociopathes. Cela n’est pas un mal c’est ce qui fait sa force. Mais ce n’est pas le sujet. Hors, nous avons quitté l’une des anciennes demeures d’Artrezil, aujourd’hui en ruine, avec notre nouvelle compagne. Nous nous sommes alors posés la question : quoi faire ? Nos indices étaient plus que maigres. Les crises de Salem continuaient et à chaque fois les rémissions lui demandaient des efforts plus importants.

J’ai assisté à une scène des plus... bizarre. C’était au beau milieu de la nuit. Nous étions en marche vers notre repère principal, le seul pied-à-terre officiel que les Combattants de Zil ont : le manoir d’Artrezil. Je dormais du sommeil du juste, bien à l'abri sous la toile de ma tente, lorsqu'un bruit m’extirpa de mes songes. Le raffut était terrible, cela provenait de l’extérieur. Les sons gutturaux me rappelaient quelque chose, j’avais déjà entendu ça à plusieurs reprises. Là sur le bord de la route à peine éclairée par la lune je retrouvais Alyce et Salem. L’épouvantail totalement désarticulé ne bougeait pas, comme un vulgaire objet. La jeune femme penchée au-dessus chuchotait dans un langage connu de nous seuls Combattants de Zil. J’ai alors reconnu ses paroles, l’ombrelangue, que faisait-elle ? J’ai songé à une hallucination ou, comme lors de la rencontre avec Alyce, à une illusion. Mais non, elle que nous ne connaissions pas parlait comme l’une des nôtres. Je n’eus même pas le temps de demander des comptes sur cette histoire que la voilà partie. “Où vas-tu ?” lui dis-je. La réponse que j'obtins me rassura et m’inquiéta à la fois. “Je vais sauver Zil”. Sauver Zil !? Prétentieuse !

Mais je n’avais pas le choix, l’épouvantail était vide, plus de Zil et donc plus de Salem. Je récupérais donc en vitesse quelques affaires, bien déterminé à comprendre et courus après Alyce. C’est en la voyant de près que je compris. Sa peau noire, son regard, ses attitudes. Tout en elle me rappelait Salem. Alyce m’expliqua alors avoir agi d’instinct et que désormais elle abritait Zil à l’intérieur d’elle. Pourquoi elle ? Pourquoi pas moi ? Après tout je le connaissais depuis longtemps et elle non. Comment avait-elle réussi ce prodige ? J’étais dans l'incompréhension la plus complète. Nous avons suivi la route pendant des lieues sans que le moindre mot ne soit prononcé. Notre course s’est arrêtée chez nous au manoir d’Artrezil. C’est d’ailleurs là où je me trouve en ce moment pour écrire cette histoire. Enfin bref, le hasard nous avait amené ici, enfin hasard, pas vraiment. Que venait-on faire ici ? Zil et moi connaissons bien ce manoir, nous y vivons durant les mois hivernaux. Les possessions d’Artrezil étaient toujours là, comme d’habitude, et il n’y avait rien dans tout ça capable de résoudre le problème. Alors quoi ? Était-ce de la nostalgie de la part de notre compagnon d’ombre ? La fin étant proche voulait-il disparaître dans un endroit familier. Alyce ne m’écoutait pas de toute façon, nous perdions du temps à faire je ne sais quoi. 

Puis elle s’est retrouvée dans le bureau d’Artrezil où là aussi je connais bien les lieux : j’y ai composé mes plus belles chansons. Je la vois tourner en rond cherchant quelque chose, puis elle regarde les livres et se saisit d’un, l’ouvre à une page et le pose par terre. Bon, d’accord, mais après ? Elle fait de même avec d’autres, les posant par terre avec délicatesse. Devant moi un schéma apparut, sur chaque page un dessin, un symbole, en les plaçant au sol Alyce faisait un rituel ! Vous comprenez !? Nous pensions tout savoir sur Artrezil et ses créations incroyables et voilà que bien longtemps après sa mort il nous étonne encore. Une fois le dernier livre ouvert et posé une petite créature d’Ombre semblable à celle qui se baladait tout le temps avec Alyce apparut. Elle s’inclina devant nous et partit de là. Nous la suivîmes jusqu’au sous-sol où elle traversa un mur. Alyce lui emboîta le pas traversant à son tour le mur. J’avoue avoir eu un pincement au cœur lorsque à mon tour je plongeais dans le mur.  Une pièce inconnue ? Je suis certain que si on détruisait le manoir nous serions incapables de la retrouver, car cette pièce n’est pas vraiment là, mais ailleurs, il nous faudra découvrir son vrai emplacement un jour ou l’autre. L’endroit n’était pas bien grand mais il émanait des murs une lueur violette. Tout ici n’était que magie de l’ombre et même moi, qui ne suis pas versé dans les arts magiques, j’en ressentais la présence tellement c’était fort. Là, Alyce se mit carrément à vomir de l’Ombre, en fait à vomir Zil. Une autre personne apparut à son tour, ou en tout cas s’avança, peut être était-elle là depuis notre arrivée. Je restais bouche bée devant elle : c’était Artrezil. Ce qui se passa ensuite tient vraiment de l’incroyable. Je me souviendrais toujours de ses paroles réconfortantes à l’attention de sa créature. Cette pièce lui était consacrée, l’archimage n’avait pas eu le temps avant sa mort d’en révéler l’existence. Comment Alyce a-t-elle sut alors ? C’est l’une des questions à laquelle je suis prêt à me dévouer corps et âme afin d’en trouver la réponse. Artrezil s’escrimait à enchanter le pauvre Zil à la limite de la disparition. Peu à peu Artrezil renforçait celui qui était à la fois lui et son héritier. Des tentacules d’ombre bougeaient dans tous les sens, rendant le spectacle fascinant, et aussi dangereux. Alyce dans son coin ne bougeait plus. Ce petit manège dura une bonne heure avant que Zil ne soit totalement “fini”. Artrezil disparut comme il était apparu.

Quant à Zil le voilà tout neuf et pimpant comme lors de notre première rencontre...

J’ai vraiment l’impression d’avoir vécu un rêve éveillé. Dois-je chercher à comprendre ? Je crois que non et qu’au final je pense que seul le résultat compte. Zil est de retour parmi nous, il est l’héritage d’Artrezil et nous avons beaucoup de chance de l’avoir. Les mystères qui nous entourent sont nombreux et nous avons encore de longs jours devant nous avant de les découvrir.

Empire de Xzia

Chapitre 1 - Mécontentement

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Le hurlement des esprits était insoutenable. Daijin en méditation recevait de plein fouet leurs lamentations alors qu'ils disparaissaient les uns après les autres sous les flammes divines. Le lien tissé avec chaque membre de son clan lui permit d’être informé à tout moment de l’avancée de la situation au demeurant extrêmement critique. L’armée impériale, menée par la Kotoba était éparpillée, en déroute. Sans l’intervention du Mangepierre il ne resterait rien des hommes courageux envoyés lutter contre l’ennemi. Mais Daijin se souciait plus des esprits que des vivants et à ce moment même il savait que l’avenir allait être sombre... Cela se vérifia quelques jours plus tard, lorsque la Kotoba revint à Meragi, la capitale impériale. Les rumeurs de la destruction du Tombeau des Ancêtres et de la défaite impériale furent confirmées, minant le moral de la population. Gakyusha, blessé dans son orgueil fut rapidement convoqué avec son fils devant l’Empereur et ses ministres. L’Augure du Ciel lui-même était là attendant avec impatience le récit de son bras droit et le retour de son champion. Gakyusha et Iro ne se parlaient pas beaucoup et ce depuis de nombreuses années. Mais depuis quelques temps les deux hommes s’ouvraient l’un à l’autre et en cette journée ils étaient solidaires l’un de l’autre. Attendant tous deux devant la porte de la salle du conseil impérial, ils discutaient évidemment des derniers évènements.

- Ne t’en fais pas, fils, nous n’avons pas de raisons d’avoir honte de nous, dit le Seigneur Impérial les yeux plongés dans ceux d’Iro.

- Ah ? Moi je vois que nous avons perdu, dans la honte absolue, surtout pour moi porteur de Kusanagi. Je ne mérite pas cette lame et encore moins le titre de champion.

- Tu me dis ça depuis que nous avons quitté le champ de bataille. Je retiens pour ma part que tu as décapité une créature aux pouvoirs immenses et que sans l'intervention de cette chose divine nous battions ces scarabées et les nomades.

Sur ce le garde invita les deux hommes à entrer. Gakyusha rajusta sa tenue et passa devant Iro. A la vue des mines déconfites des ministres et de l’Empereur la discussion s’annonçait houleuse. Après un protocole parfaitement exécuté, tous deux se retrouvèrent à genoux au milieu de la salle, face à l’Empereur. A droite de celui-ci le premier ministre Akizuki éventail à la main examinait quelques notes sur un papier de riz. A gauche Daijin dévisageait Iro et Gakyusha avec une singulière désinvolture. L’Empereur lui restait impassible il réfléchissait aux derniers évènements et sur ce qui allait arriver pour son empire. Plus en retrait car n’étant pas ministre, Toran, anciennement régent impérial assistait à l’échange.

Iro s’inclina, front contre le parquet.

- Nous t’écoutons, champion de l’empereur, dit Akizuki en repliant son éventail.

- Vénéré Empereur, mon honneur est entaché d’une honteuse défaite. Dit-il en se relevant. Bien que la bataille fût au départ à notre avantage nous avons failli à notre devoir et par notre faute le Tombeau des Ancêtres a été détruit.

Akizuki allait répondre, mais Daijin s’interposa.

- Effectivement, c’est un échec. Pourtant cette mission d’envergure était simple, protéger le Tombeau des Ancêtres, éviter sa destruction ! Dit-il en colère.

A ce moment une très légère brume se leva dans la pièce et plusieurs formes fantomatiques apparurent ci et là. Puis des chuchotements, comme des plaintes à l’encontre des vivants se firent entendre.

- Entends, Champion de l’Empereur ! Cria Daijin, ils pleurent les ancêtres disparus à jamais !

Iro baissa la tête, il était évident pour lui qu’il méritait cette réprimande. Il dégaina lentement Kusanagi pour la poser au sol.

- Vous avez raison Daijin. Je ne mérite pas de porter plus longtemps Kusanagi, ni le titre de Champion de l’Empereur.

A côté, Gakyusha bouillait intérieurement de rage, on s’attaquait à son fils et cela de façon injuste. Aussi décida-t-il de rentrer dans la conversation, de façon peu cordiale.

- Nous pensez-vous plus fort qu’un dieu, seigneur Daijin ? Dit-il en se levant, à la surprise de l’assistance. Pensez-vous que votre titre de Conseiller Mystique vous accorde le droit de parler ainsi au Champion de l’Empereur ? Nous avons lutté du mieux que nous pouvions, j’ai vu Iro couper la tête d’une créature qui aurait pu vous battre Corbeau ! Seuls l’Empereur et le premier ministre peuvent lever leur voix à l’encontre du Champion ou de moi-même. Suis-je assez clair, ministre des « mystères » ?

La tension monta vite. Bien que de nature surnaturelle le visage de Daijin s’empourpra, il éclata de colère.

- Écoutez ceci, Seigneur Impérial car je suis...

Mais il fut coupé dans son élan. Kusanagi posée devant Iro vibra puis s’éleva dans les airs devant un Empereur surpris. Une nouvelle forme se dessina, une présence qu’Iro avait déjà ressentie. Tous restèrent ébahis devant celui qui fut le premier empereur. Ils se prosternèrent devant cet illustre ancêtre.

- La colère ne mène à rien, esprit Corbeau. Il est trop tard pour revenir en arrière, le Tombeau des Ancêtres n’est plus et sa destruction a créé une ouverture entre ce monde et celui des morts. Écoute-moi Empereur de cet âge car je suis là pour t’avertir. Ton monde est une proie de choix pour des puissances supérieures. Nous, ancêtres, étions leurs gardiens, mais à présent nous ne pouvons les retenir plus longtemps. Elles vont se réveiller et marcher sur l’Empire. Celui-ci doit rester uni comme il l’a été depuis que je l’ai créé.

Le premier Empereur fit le tour de la pièce, cherchant quelqu’un.

- Nashi !

Un des fantômes restés en arrière plan s’avança jusqu’à Xzia. Un homme portant un habit rouge en partie déchiré.

- Tu resteras auprès de la Kotoba tant que tu pourras, conseille-les sur ce que tu sais à propos de cette affaire.

- A vos ordres Premier Empereur, dit-il en s’inclinant.

Se tournant vers Daijin.

- Vous avez créé des jalousies en restant dans ce monde Corbeau. Certains de vos semblables sont offusqués, j’espère pour vous que vous ferez tout pour qu’ils restent où ils sont.

Il s’arrêta ensuite au niveau d’Iro et de Gakyusha.

- Vous avez fait de votre mieux et vous avez suivi le code de l’honneur à la lettre. Ne vous reprochez rien, gardez le cœur vaillant et la lame prête à s’abattre sur l’ennemi. Iro, tu manies Kusanagi aussi bien que moi, mon descendant a bien fait de te la confier.

Enfin il fit face à l’empereur actuel.

- Ta voie est différente de celle que j’ai choisie, je vois que tu diriges avec sagesse et non avec l'épée. Tu sais t’entourer des meilleurs éléments, garde confiance en eux.

- J’ai toute confiance en mon champion et en le Seigneur Impérial, illustre Aïeul. J’allais intervenir au moment de votre providentielle apparition. J’ai entendu votre avertissement et l’Empire tout entier fera en sorte d’éviter que les malheurs ne s’abattent sur lui. Hélas il nous faut aussi surveiller le destructeur du Tombeau des ancêtres, nul doute qu’il ne restera pas sur place.

- C’est là l’affaire des vivants...

Xzia disparut, tout comme les autres fantômes à l’exception de Nashi. Le calme revint. Daijin alla se rassoir à sa place, songeant aux paroles du premier Empereur à son égard.

- Remettez cette lame sur votre côté Champion de l’Empereur, je n’accepte pas votre remise en question. Vos actes sont valeureux et vous êtes pour le peuple de Xzia un exemple. Quand à vous Seigneur Impérial, bien que je sois du même avis que mon ancêtre je ne peux que vous recommander de ne plus agir sous le coup de la colère surtout en ma présence. Ceci dit, il est vrai que mon premier ministre et moi-même sommes les seuls à pouvoir nous permettre de lever la voix sur mon Champion et sur le Seigneur Impérial. Que cela soit su de tous ! A présent rejoignez les rangs, voyons donc notre nouvel invité.

Iro et Gakyusha s’assirent derrière l’Empereur le cœur plus léger.

- Nashi... L’un des frères chasseur de démons d’Onabunda ? Demanda l’Empereur avec beaucoup de curiosité.

- Lui-même, répondit le fantôme en s’inclinant.

Toran se leva et se faufila jusqu’aux côtés de Nashi dans le but de prendre la parole.

- Oui maître Toran ?

- Excusez mon interruption dans cette discussion. La présence de Nashi m’impose de vous révéler certains faits.

L’Empereur fronça les sourcils, on lui cachait quelque chose et ça ne lui plaisait pas.

- Nous vous écoutons Maître Tsoutaï.

- Il y a bien des années, alors que Xzia affrontait les légions draconiques venues du sud, une autre guerre se déroulait. Une guerre du silence, une guerre mystique que peu de personnes peuvent décrire aujourd’hui. Si Xzia a dirigé sa guerre, de son côté c’est la coalition des chasseurs d’Onabunda et des Tsoutaï sous l’égide du maître Akiyoshi qui ont mené les affrontements. Nous avons œuvré activement pour que ce qu’il s’est passé durant deux années ne soit pas connu. Je vous raconterai en détail le déroulement de cette guerre mais pour résumer nous avons confiné plusieurs Karukaï, des esprits malfaisants, dans le monde des esprits et des morts. Je pense que ce sont eux dont il s’agit, n’est ce pas Nashi ?

- Oui Maître Tsoutaï, vous avez raison. Et s’ils reviennent je me serais sacrifié pour rien.

- Je ne comprend pas tout, intervint Akizuki, mais pourquoi nous a-t-on caché ceci ?

- Parce qu’il le fallait. L’Empereur devait faire face à la Draconie, il nous appartenait de régler les problèmes internes à l’Empire, répondit Nashi avec calme.

- Oui, mais après la guerre contre le Draconie ? Interrogea l’Empereur.

- Les ancêtres ont leurs raisons, ils nous ont fait jurer de ne jamais en parler aux vivants. Et nous avons tenu nos engagements.

Cette réponse ne satisfaisait pas l’Empereur, mais il s’en contenta, du moins pour le moment.

- Merci pour vos réponses. Seigneur Daijin, je vous confie cette affaire, travaillez de concert avec la Kotoba et Nashi. Pour le moment inutile de révéler ces informations à la population. Disposez.


Le soir-même, dans un lieu tenu secret se tint une réunion des chasseurs de démons. Zatochi Kage, Nashi, Kyoshiro, Okooni et Ryouken formaient un cercle autour de Yu Ling. Autour d’eux des dizaines de bâtonnets d’encens diffusaient leurs fortes odeurs. De même plusieurs lampions de couleur rouge contribuant aussi à cette atmosphère au combien particulière. La vieille femme debout au milieu des autres fermait les yeux, écoutant les paroles de Nashi.

- Notre confrérie a traversé les âges sous le couvert du secret. Nous protégeons l’Empire des menaces mystiques dont il pourrait être la victime. Yu Ling, mets-toi à genoux devant tes pairs.

La vieille dame exécuta l’ordre avec beaucoup de difficulté.

- Par tes actes tu as mené à la mort un des nôtres lorsque She Zuan a tenté de se libérer. Pour cela tu as été punie.

Yu Ling se souvenait parfaitement de cet épisode malheureux d’il y a quelques années. Depuis elle portait sur son visage la marque de sa malédiction.

- Tu as assez payé pour ta faute. Moi Nashi, chasseur de démons d’Onabunda, efface ta marque et te libère de ton fardeau. Il arrive parfois que nous affrontions des forces incroyables, cela fut le cas autrefois et cela va être de nouveau le cas. Retrouve âge et beauté en ces temps tourmentés et dresse-toi devant nos ennemis.

Nashi posa sa main sur le front de Yu Ling et de son pouce translucide effaça la marque comme si l’encre était encore fraîche. De la fumée bleu nuit s’en dégagea et enveloppa rapidement la vieille femme qui tomba par terre. Elle se tordit de douleur, son corps se modifia et lorsque la fumée disparut, elle n’avait plus la même apparence. La vieille dame avait laissé place à une jeune femme dans la fleur de l’âge et belle comme le jour. Elle se sentait mieux et en pleine possession de ses moyens.

- Chasseurs de démons, c’est à nous d’agir à présent.

- Que devons-nous faire, demanda Kyoshiro.

- Allez aux quatre coins de l’Empire et rassemblez notre armée.

- Ça on peut faire ! Lança Okooni de sa grosse voix.

- Quant à moi je vais chercher quelques ancêtres égarés, je pense qu’il y en a encore, dit Zatochi. Puis regardant Ryouken. Tu viens avec moi ?

En réponse le loup de guerre plaça son museau sous la main de l’ancien général.

- L’Empereur veut que nous nous associons à Daijin et à la Kotoba, dit Yu Ling en se relevant.

- Et il a raison, nous allons avoir besoin d’eux. Il faut vérifier que les portes soient toujours scellées, répondit Nashi. Et ça ne va pas être chose aisée...

Chapitre 2 - Capturer un Karukaï

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Iro assis en tailleur sur un tatami regardait sévèrement un pauvre homme presque aplati sur le sol comme un misérable ver de terre. L’homme, visiblement paysan, s’excusait en boucle de la médiocrité de ses cultures qui avaient fourni peu de grains à l’Empire en cette année de disette. Mais Iro ne voulait rien entendre. Ses cheveux blancs noués et ses rides le vieillissaient énormément, pourtant il n’avait pas encore atteint l’âge vénérable mais les épreuves traversées l’avaient marqué au plus profond de lui. Il réajusta sa tenue de premier ministre, puis d’un geste agile posa la main sur Kusanagi. Il se leva lentement et laissa reposer le fil de la lame sur la nuque du pauvre homme.

- Si tu ne peux nourrir l’Empire, tu ne lui sers à rien !

Il arma son bras et abattit la lame, détachant la tête du reste du corps. D’autres personnes assistèrent au spectacle et furent horrifiées du geste. Mais Iro n’en avait rien à faire, il avait pour tache de mener l’Empire vers la gloire et la puissance, le reste n’avait pas la moindre importance.


Iro se réveilla en sueur. Voilà une semaine qu’il faisait le même rêve, toutes les nuits il se voyait âgé, décapitant un paysan qui demandait la rédemption. Ses nuits plus courtes commençaient à le fatiguer. Il passa un kimono rouge à l’insigne de la Kotoba et sortit un moment dans le jardin. Il faisait froid mais cela ne le gênait pas, il admira la lune pour moitié visible. “Je perds la tête” se dit-il. “C’est le milieu de la nuit et je sais que je ne vais pas pouvoir dormir plus longtemps”. Iro retourna dans son lit et attrapa Kusanagi.

- Xzia, ancêtre bienveillant, j’aurais bien besoin de tes conseils avisés. Je n’ai pas envie de parler aux autres de ce que je rêve, ça serait un aveu de faiblesse.

Il posa la lame du premier empereur à son côté puis fixa le plafond jusqu’à ce que le soleil se lève. Il s’habilla lentement, fatigué de cette nouvelle nuit sans sommeil. Il salua à peine son père et son grand-père qui discutaient des dernières nouvelles. Gakyusha n’aimait pas voir son fils dans cet état, il savait que quelque chose n’allait pas.

- Période difficile pour notre champion ? Questionna le grand-père à qui Iro ressemblait tant.

- Il est comme ça depuis quelques temps. Lorsqu’un homme commence à ne plus dormir convenablement c’est que son esprit est occupé par de mauvaises pensées. Je vais voir ce que je peux faire.

Plus tard dans le bureau de Gakyusha, Tsuro le maître des traqueurs écoutait attentivement son vieil ami inquiet pour son fils.

- Si tu veux je vais le surveiller quelques temps pour voir, si jamais quelque chose ne tourne pas rond je te préviens.

- Je te remercie de prendre du temps pour ça.

- Non c’est normal il est membre de la Kotoba, Champion de l’Empereur et aussi un ami. Tu sais ce qu’il doit faire aujourd’hui ?

- Il doit assister à un cours d’escrime à l’école impériale.

- Très bien, j’y vais.

Iro avait passé la matinée de service au palais impérial. Il avait assisté à d’ennuyeuses réunions politiques ainsi qu’à l’accueil d’un lointain chef de clan venu saluer l’Empereur. Tout cela fut d’une banalité affligeante pour notre héros épris d’aventures. Aussi fut-il content d’enfin arriver à l’école impériale, un lieu qu’il aimait pour y avoir passé quelques années. Mise en place par le père de l’actuel Empereur, cette école avait pour but de former les futurs magistrats impériaux, mais aussi les officiers et les futurs soldats. Petit génie des armes, fils du Seigneur Impérial, Iro avait très tôt incorporé le prestigieux établissement et en était ressorti trois ans plus tard avec le surnom du “Duelliste”. Maître Fu-Fa fut content de voir le champion, ce vieil homme à la barbe tombante sur ses pieds était le plus vieux maître d’arme de l’Empire et malgré son âge très avancé même lui aurait du mal à le vaincre.

- Iro, c’est toujours un honneur de te recevoir ici, mes jeunes apprentis sont véritablement impatients de recevoir les enseignements du champion de notre Empereur bien aimé.

- Allons, je vais leur enseigner ce que moi-même j’ai eu le privilège d’apprendre du meilleur bretteur vivant sur cette terre !

- Tu me flattes, à l’occasion il faudra vérifier si l’élève a dépassé le maître, surtout que cet élève porte désormais Kusanagi.

- Ce n'est pas impossible. J’accepte le défi, comme toujours. Il est temps de laisser la place à un plus jeune, dit-il sans vraiment faire attention à ses paroles.

Maître Fu-Fa resta choqué quelques instants face à cette dernière remarque fort peu respectueuse d’un aîné. Mais il ne lui en tint pas rigueur. Les élèves en tenue de combat légère étaient bien alignés, à genoux tout autour de la surface de sable réservée aux affrontements à l’épée. Iro s’installa du côté où il n’y avait personne suivi de près de maître Fu-Fa. Les élèves s’inclinèrent respectueusement.

- Comme vous le voyez jeunes gens, nous avons aujourd’hui l’immense honneur de recevoir le Champion Impérial qui a bien voulu accepter d’assister à notre séance d’enseignement.

Iro ne se sentait pas bien, il avait terriblement sommeil et comme une étrange impression de déjà vu. Maître Fu-Fa remémorait à ses élèves les règles que tout bon bretteur se devait de connaître. Puis afin que chacun puisse faire preuve de dépassement de soit, il motiva ses élèves en organisant un rapide tournoi, le gagnant serait alors confronté à Iro, bénéficiant ainsi de toute son expérience. Devant le challenge les élèves se surpassèrent. Iro ,ses pensées ailleurs, ne fut pas très respectueux des élèves, ses bâillements provoquèrent d’ailleurs quelques chuchotements d’indignation. “Qu’est ce qui lui prend ??” Se demanda Tsuro à quelques pas de là. “Cette histoire va remonter jusqu’aux oreilles de l’Empereur, ça peut lui nuire.”

Enfin après une bonne heure de joutes amicales le plus fort des élèves, un certain Yang Guo, arriva en tête. Il fut salué par maître Fu-Fa qui fut ravi de cette victoire, car il était à présent son meilleur élève. Le jeune homme s’avança vers Fu-Fa et Iro et comme le devait la tradition mit les genoux au sol et front contre terre. Dans la tête du champion il y eut un déclic. Il revit la scène de son rêve sauf que cette fois il était éveillé. Il se leva, se saisit d’une de ses épées et alla jusqu’à Yang Guo. Fu-Fa eut un mouvement de recul, ne comprenant pas ce qui se passait, les autres élèves se demandaient bien à quoi pouvait jouer le Champion Impérial. Tsuro, non loin de là, n’hésita pas une seconde et s’élança. Mais Iro était rapide et abaissa la lame. Cependant Yang Guo n’allait pas se laisser faire, il roula sur le côté et para de son arme le second coup que lui portait Iro. Tsuro arriva de justesse sur Iro avant que la moindre goutte de sang ne soit versée. Le maître traqueur, aidé de Yang Guo désarmèrent puis immobilisèrent le champion impérial qui tomba évanoui. Maître Fu-Fa réagit assez vite, comprenant que la situation n’était pas normale, il renvoya immédiatement tous ses élèves et ordonna à Tsuro et Yang Guo d’amener le Champion jusqu’à chez lui, en face de l’école. Là le champion fut confortablement allongé.

- Il faut prévenir le Seigneur Impérial, vite ! Il est chez lui en ce moment, vous voulez vous en charger jeune homme, dit-il à l’attention de Yang Guo.

Le jeune homme partit en courant, il n’en revenait pas de ce qu’il venait de vivre. Bien plus tard, chez Fu-Fa, Iro s’était réveillé et remit de ses émotions. Gakyusha avait suivi le jeune élève, demandant à Yu Lin de venir également pour examiner son fils.

- Alors Exorciste, qu’est-ce qu’il a ?

Yu Lin analysa les flux magiques autour d’Iro et son diagnostic était clair.

- Il est sous une influence magique, je reconnais là la marque d’un Karukaï !

- Alors la menace est bien réelle ? S’inquiéta Gakyusha. Exorciste, je m’en remets à vous.

Yu Lin passa la main sur le front de Iro, révélant un symbole en forme de vague.

- Le seigneur des serpents ! Il est ici !

- Ici... où ?? Demanda Tsuro.

- Je vais vous expliquer, c’est en rapport avec la création de Meragi. Avant que cette cité ne soit fondée, vivait ici un homme cruel, le seigneur Onoba. Il possédait toutes les terres de cette contrée et considérait les habitants comme des esclaves et sa perfidie était sans égal, conspirant pour gagner un maximum de pouvoir. Lorsque Xzia arriva dans la région dans le but d’unifier les clans il se retrouva confronté à Onoba. Cet homme à la langue de serpent fut l’un des plus grands défis du futur Empereur.

- L’histoire de l’Empereur et du Serpent ? Coupa Tsuro.

- Oui, et lorsque Onoba se retrouva avec son âme pourrissante entre les mains de son alter-ego serpent, ils s’unirent en fin de compte pour devenir un Karukaï. Il est probable qu’Onoba soit resté au même endroit que Meragi mais dans le monde des esprits. Il est dit que ce Karukaï aime les villes, ça ne serait pas étonnant qu’il soit ici à Meragi. Ajouta Yu Lin qui observait Gakyusha. Quelque chose ne va pas Seigneur Impérial ?

- Oui ça ne va pas. Je n’ai jamais beaucoup prêté attention à ces histoires, je ne crois qu’en ma lame. Notre famille est l’une des plus anciennes, nous descendons d’Onoba, dit Gakyusha qui commençait à comprendre.

Yu Lin inclina la tête, cette nouvelle n’était pas bonne.

- Il tente d’influencer Iro, dit-elle avec de grands gestes.

- Alors ? On peut faire quoi ? S’inquiéta Tsuro.

- On va devoir régler le souci. Il va falloir aller dans le monde des esprits et régler son compte à ce Karukaï de malheur...


Demeure du Corbeau, une maison lugubre dans un quartier lugubre de la capitale impériale. Tsuro et Iro assis l’un face à l’autre étaient entourés par Daijin, Malyss, Yu Lin, Kyoshiro et d’autres mages du clan du Corbeau. Tous dans la même position incantaient afin d’ouvrir un passage vers le monde des esprits.

- Pourquoi sommes nous que deux ? Demanda Iro à son illustre ainé.

- Pourquoi pas ? Aurais-tu peur d’un échec ? Dit Tsuro piquant au vif le champion.

- Non, je n’ai peur de rien.

- Alors concentre-toi.

Des dizaines de corbeaux apparurent les uns après les autres, tournoyant au dessus d’eux avec frénésie. Ils se mirent ensuite à voler de plus en plus bas, frôlant puis cognant Iro et Tsuro. Mais ni l’un ni l’autre ne pouvaient désormais bouger. Au bout d’un moment ils ne voyaient plus rien cachés par les plumes tombantes et les très nombreux oiseaux. D’un coup, plus rien, plus aucun oiseau mais une lumière vive et rouge. Et alors que leurs yeux s'adaptaient un sifflement se fit entendre, long et transperçant. Iro se leva d’un bond, plaçant instinctivement la main sur Kusanagi. Tsuro se leva à son tour le masque des traqueurs sur son visage.

- Je me sens bizarre dit le vieil homme.

- Moi aussi, quelque chose ne va pas...

Iro entendait toujours ce sifflement aigu et ne comprenait pas d’où il venait.

- Tu entends ça ? On dirait le sifflement d’un serpent, on doit être dans l’antre du Karukaï.

Tsuro tendit l’oreille mais ne comprenait pas car il n’entendait rien du tout. Seul Iro pouvait l’entendre.

“Mersssssi d’être venu” lui dit une voix dans sa tête, “à préssseent tu es à MOI !”

Iro eut une immense douleur dans le ventre qui le plia en deux. Le mal remonta rapidement jusqu’à sa tête, il crut mourir. Tsuro sauta alors sur Iro et lui mit un coup de poing au niveau du torse. Des symboles Xziarites apparurent sur le jeune champion.

- Hors de question !! Cria Tsuro en frappant une deuxième fois.

Là une forme translucide sortit d’Iro, une forme qui se mit à grandir et à grandir pour devenir enfin une sorte d’homme serpent. Son apparence était repoussante, cette chose à la peau écailleuse et rouge ne possédait pas d’œil et sur sa tête bougeaient plusieurs tentacules. Iro se tint à Kusanagi pour ne pas sombrer, la douleur passant.

- Tssssss, voilà qui est fâcheux, tu me prives de mon nouveau corps...

- Onoba ! Tu ne sortiras pas d’ici ! Hurla Tsuro qui s’assit en tailleur. Iro reprends-toi et frappe !!

Le champion à présent libéré de la présence d’Onoba avait la ferme intention de régler ses comptes. Il quitta le haut de sa tenue pour être libre de ses mouvements et attrapa Kusanagi dans une main et une autre épée dans l’autre.

- Vous croyez pouvoir battre le sssssserpent ?? Vous êtes chez moi issssssssi ! Mes règles !

- Tu vas voir tes règles ! Lâcha Tsuro souhaitant faire un trait d’humour.

Un cercle de protection se forma sous le maître traqueur, puis un autre, assez différent sur le Karukaï. Iro fonça et assena de violent coup d’épée sur la créature. Celle-ci surprise de ne pouvoir utiliser plus ses pouvoirs tenta d’esquiver et de répliquer. Malgré le glyphe de Tsuro, Onoba était une créature redoutable, Iro eut bien du mal à contrer les assauts. Le Karukaï, emprisonné se débattait tant qu'il pouvait.

« Prend la lame à deux mains et frappe, Iro, tu n'es pas le descendant d'Onoba, mais le mien !! »

Cette voix était celle de Xzia qui semblait se manifester dans les moments les plus délicats. Iro lacha sa deuxième lame, il prit de l'élan et sauta. Il fut surpris de se voir décoller à la hauteur de la tête du Karukaï. Il agrippa fermement Kusanagi à deux mains et frappa de haut en bas, découpant sur toute la longueur la peau de la créature qui hurla. Une matière gélatineuse, presque ectoplasmique dégoulina par la blessure. Tsuro qui avait fini sa concentration relâcha toute l'énergie du glyphe, un filet magique captura Onoba qui gigotait de douleur.

- Il est à nous ! Ce ne fut pas très difficile, dit Iro avec orgueil.

Le combat avait été bref, mais intense. Iro était à présent libéré de l'influence de son ancêtre. Mais il ne savait pas que tout cela était prévu et que le plan des Karukaï fonctionnait parfaitement...

Chapitre 3 - Le secret du Corbeau

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Il y a longtemps...


Daijin volait au-dessus des futures terres impériales, battant des ailes avec vigueur, porté par un vent vif. Lui qui avait vécu les premiers moments de son existence dans le monde des esprits. Il aimait tant cette liberté durement acquise auprès de Yachoukou, le Karukaï, maître des esprits oiseaux. Il avait imaginé ce moment avec fébrilité et lorsque, enfin, il trouva le chemin de la sortie du monde des esprits, il sut qu’il était désormais chez lui. Il visita les différentes régions des terres de Guem mais rien ne l’attirait plus que les grandes forêts de bambou des terres de l’est, là où les hommes semblaient révérer l’honneur comme un Kami. Il s'émerveilla devant tant d’ingéniosité, de courage et de bravoure, dont faisaient preuve ces hommes. Il fut encore plus impressionné par la facilité qu’ils avaient à s’entre-déchirer pour des questions territoriales ou parfois pour de simples banalités.

Puis vint l’ascension de Xzia. Cet humain qui par la force, la diplomatie et la perspective d’un monde meilleur rallia tous les clans sous sa bannière. Daijin était là lorsque cela arriva. Ce jour-là, il décida de prendre forme humaine et de vivre parmi eux. Peut-être pourrait-il en apprendre plus sur leurs coutumes et sur leur nature ? Et puis ainsi il échapperait aux recherches d’éventuels envoyés de Yachoukou. C’est ainsi que Daijin devint un vieil homme, du moins d’apparence, parmi les hommes.

Bien des années plus tard Daijin se retrouva dans une histoire dont il se serait bien passée. Était venu le temps de la guerre. L’Empereur Xzia allait bientôt mener ses armées contre la Draconie et le monde allait s’embraser. Daijin ne souhaitait pas y participer car il vivait en observateur et en ami des hommes. Depuis qu’il vivait dans l’Empire de nombreuses légendes à propos du Corbeau se racontaient au coin du feu et désormais le Corbeau tenait une place de choix dans la mythologie de cette région, on lui attribuait même des pouvoirs bien supérieurs à ceux qu’il détenait en réalité. Cela lui convint jusqu’au moment où l’Empereur pensant la victoire sur le point de lui échapper ordonna à ce qu’on lui trouve et lui amène ce “Corbeau”. Qu'à cela ne tienne, ce qu'Empereur désire, Empereur obtint. Daijin ne se cachait pas vraiment et il fut facile pour les conseillers de Xzia de le retrouver et de le conduire devant celui qui le réclamait. On l’amena à Meragi, la capitale qui chaque jour accueillait de nouveaux habitants, une ville bouillonnante d’activité. Daijin fut accueilli dans la salle du trône où l’Empereur et ses conseillers l’attendaient. Parmi ses gens le Corbeau reconnut une personne de l’ordre des Tsoutaï, il n’aimait pas ces gens car ils étaient à la fois dans ce monde et dans celui des esprits. Xzia parla.

- Corbeau, on m’a rapporté l’étendue de tes pouvoirs et ils nous seront utiles pour mettre en échec nos ennemis. Place-toi sous le commandement Tsoutaï et voit comment organiser notre défense magique.

Mais Daijin ne souhaitait pas intervenir dans cette guerre qui n’était pas la sienne. Aussi répondit-il le plus naturellement.

- S’il est honorable de vouloir le meilleur pour votre empire, sachez que je ne suis pas de ce monde et que je n’interviens pas dans le monde des hommes.

Ce refus public blessa profondément l’Empereur, provoquant un raz de marée politique. Xzia leva la main et fit taire l’assistance. Il n’était pas du genre à se laisser impressionner par qui que ce soit, humain ou non.

- Tu foules mes terres, tu es donc mon serviteur, car je suis l’Empereur, désigné par les Kamis pour dominer le monde des hommes mais aussi celui des esprits. Tu feras ce que bon me semble.

Daijin aurait bien agit à ce moment-là, mais il fut incapable de disposer de ses pouvoirs.

- Empereur, si les Kamis t’ont confié ce monde tu ne peux en revanche pas te targuer d’être le maître des esprits. Le monde dont tu parles est régi par d’autres lois. Je dispose de mon bon vouloir, je n’ai d’ordres à recevoir de personne.

La colère de Xzia éclata devant cet affront !

- Si tu n’es pas prêt à aider l’Empire tu disparaîtras !

Alors que les gardes aidés du Toustaï se saisissaient de Daijin incapable de résister. Alors qu’ils allaient sortir de la salle du trône Daijin lança une dernière phrase.

- J’ai tissé sur ton Empire un voile de malheur. Un jour l’Empereur ploiera devant moi comme un serviteur devant son maître. Je te condamne toi Xzia et tes successeurs à devoir pactiser avec ma descendance !!

Le Corbeau fut jeté au fond d’une mine désaffectée de grisfer, métal capable de contenir les pouvoirs de cet esprit et l’on entendit plus parler de lui.


Un passé très proche...


Bien des années ont passées. D’ici une quinzaine d’années la pierre allait tomber du ciel, provoquant un conflit majeur. Mais pour l’heure, l’Empereur avait fait rouvrir les portes de la mine de grisfer, envoyant une cohorte de petites mains extraire les derniers morceaux du précieux métal. Le jeune Oykun parcourait les boyaux de la mine, bravant le danger, fuyant les coups des contremaîtres. Au plus profond de la montagne il trouva un vieil homme à moitié conscient. Oykun s’empressa de lui venir en aide, lui donnant un peu de son eau alors qu’il n’en avait presque plus. Le vieillard au regard jaune s’essuya la barbe.

- Merci... merci jeune homme. Je ne sais combien de temps j’ai passé ici.

- Que faites-vous là vieil homme ? Demanda Oykun en éclairant les chaînes de grisfer retenant Daijin.

- J’ai été enfermé ici pour avoir soi-disant eu des paroles menaçante envers l’Empereur. Depuis je suis ici au fond de cette mine. Aide-moi, délivre-moi de ces chaînes et je sauverai ta famille de la servitude et de l’enfer de cette mine.

Oykun était très sceptique, mais il vouait envers les autorités une haine des plus féroces. Aussi alla-t-il chercher le moyen de délivrer le vieil homme, puis, une fois fait, il l’emmena à l’extérieur où depuis le temps la nuit était tombée. Daijin sentit à nouveau le vent frais sur son visage, humant les parfums de la forêt non loin de là.

- Mes pouvoirs vont mettre du temps à revenir jeune Oykun, amène-moi à ta famille, cache-moi. Dis-moi Oykun, quel est ton nom de famille ?

- Je suis Oykun Kage. Ne traînons pas, les contremaîtres surveillent les lieux.

La famille d’Oykun vivait dans les baraquements délabrés affectés aux ouvriers de la mine. Tout était sale et dans un piteux état. Daijin avait déjà observé par le passé l’asservissement de l’homme par l’homme, visiblement rien n’avait changé depuis son enfermement. L’arrivée du vieil homme et la façon dont Oykun le libéra sema la discorde parmi les membres de la famille Kage. Certains furent pour confier le vieillard aux autorités, d’autres voyaient là l’occasion de faire payer les souffrances qui leurs avaient été infligées. Finalement Daijin parvint à faire accepter sa présence parmi eux. Le lendemain soir Daijin allait mieux, il discuta alors avec Oykun de l’avenir qu’il allait offrir à sa famille.

- Je tiens toujours mes paroles Oykun. Dis-moi qui sont ces enfants qui dorment d’un sommeil agité ? Demanda Daijin en regardant deux jeunes garçons pelotonnés sous leur couverture.

- Lui c’est Oogoe et lui Karasu, quand à ce petit bout d’homme, dit-il en désignant un nourrisson, c’est Kotori.

Daijin voyait l’énorme potentiel des garçons et sut que cette rencontre allait lui permettre de prendre sa revanche.

- Je prendrai tes fils, tes cousins, tes oncles et tout ceux qui voudront se placer sous ma protection. Je déferai les chaînes qui t’entravent comme tu l’as fait pour moi. Ensuite nous irons à Meragi et nous prendrons le contrôle. Cela sera peut-être long, mais nous y parviendrons.


A présent...


Daijin était revenu à Meragi depuis longtemps. Le clan du Corbeau avait rapidement prospéré tout comme Daijin eut sa vengeance en empoisonnant les rêves de l’Empereur. Puis la situation avait évolué et à présent Daijin était un conseiller de l’Empereur, enfin reconnu et surtout respecté. Une nouvelle menace frappait l’empire, les Karukaï allaient bientôt fouler cette terre ce qui horrifiait Daijin. Il avait longtemps échappé à Yachoukou, mais la barrière entre le monde des esprits et ce monde était brisée.

Kotori Kage, le plus jeune de la famille se révéla vite comme un petit garçon doué dans les arts martiaux. Grâce à la puissance du clan et à ses incroyables facultés il parvint à intégrer l’ordre des traqueurs. Shui Khan, qui reçut les enseignements de Tsuro transmettait à présent son savoir au jeune Kotori. Leur entraînement les avaient mené dans la forêt des arbres millénaires de Kobimori non loin de Meragi. Kotori courrait, en zigzagant entre les arbres, il savait qu’à tout moment son maître pouvait surgir, le but étant de lui échapper le plus longtemps possible. Jusque-là tout allait bien. Puis une lame frôla son visage. Il plongea derrière un gros rocher pour se cacher.

- Je croyais qu’on utilisait pas les kunaïs maître ! Hurla Kotori.

Puis il s'aperçut que l’objet qui failli le blesser n’était pas un kunaï, mais une lame de métal noir en forme de plume. Ce n’était pas là une arme de traqueur ! On l’attaquait pour de vrai, malgré cela il garda son calme, analysant la situation, tentant de découvrir où se trouvait son ennemi. D’après l’angle de la lame et sa vitesse, son ennemi était dans un des arbres à quelques mètres à peine de sa position. Rapidement il s’équipa, armant son lance-aiguille, dégainant plusieurs kunaïs. Puis d’un bond il sauta sur le rocher qui l’abritait, lançant les kunaïs dans l’arbre. Puis une nouvelle lame noire fila à toute allure en direction de la tête de Kotori, mais un kunaï venu d’ailleurs le percuta avant qu’il n’eut touché le jeune traqueur. Shui Khan apparut aussitôt au pied de l’arbre, il tenait une petite dizaine de shurikens serrés entre ses doigts. D’un geste agile et puissant il les lança en l’air, coupant feuilles et branches. Profitant de la diversion Kotori fonça sur les premières branches de l’arbre. Mais il ne trouva rien de plus que quelques plumes noires voletant doucement vers le bas. Shui Khan surveilla les environs mais l’agresseur n’était plus là.

- Ca va Kotori ?

- A part que j’ai failli me recevoir une lame en plein visage, ça va. Qu’est-ce que c’était ?

- Aucune idée, mais j’ai senti une présence malsaine dans les environs, je ne me doutais pas un seul moment que tu risquais quelque chose.

- J’étais pris pour cible ? Demanda Kotori en ramassant les plumes tombées.

- Oui, à n’en pas douter. Tu m’as l’air le mieux placé pour comprendre cette histoire, dit Shui Khan en montrant les plumes. Rentrons à Meragi, je vais informer le Seigneur Impérial de cette histoire.

- Et moi je vais demander à celui qui pourra me répondre.

Daijin discutait avec Oykun dans la grande salle de la demeure du clan. L’ancien mineur avant quelques années de plus et ses tempes grisonnantes lui rappelaient que le temps avançait inexorablement. Le jeune mineur qui sauva autrefois le Corbeau était devenu une personne importante, gérant le clan avec Daijin. Leur discussion fut coupée par l’arrivée de Kotori qui avait couru jusqu’ici pour éviter toute rencontre fortuite. Il s’inclina devant le Corbeau et devant son père.

- Désolé de vous déranger tous deux...

- Qu’est-ce qu’il y a ? Demanda Oykun en fronçant les sourcils.

- On... on vient de tenter de m’assassiner, dit-il en tendant les plumes récupérées sur place.

Le visage d’Oykun devint blanc, quelqu’un avait tenté de tuer son fils ! Quant à Daijin, il prit les plumes, il en avait déjà vu de semblables.

- Qui a osé faire ça ?? Cria Oykun.

Kotori ne sut quoi répondre.

- Calmez-toi seigneur Oykun, je sais qui a fait ça, et je pense que ce n’était pas vraiment une tentative d’assassinat, mais un avertissement, voire une invitation. Mais cela me regarde, moi, esprit Corbeau.

- Je n’aime pas que l’on se serve des miens pour des histoires d’esprits !

- Je comprends ta colère, je vais.. régler ça, et je tiens toujours parole.

Oykun grinça des dents mais ne répondit pas, préférant examiner son fils pour voir s’il n’était pas blessé. Daijin lui alla jusqu’à ses appartements, tout en haut de sa demeure, puis ouvrant la fenêtre il se transforma en un énorme corbeau. Il vola en direction de la forêt de Kobimori. Lui qui percevait la présence des esprits en trouva d’innombrables ici.

- Si proche de Meragi, cela ne va pas du tout.

Puis il repéra celui qu’il venait voir et à ce moment précis il avait peur. Il retrouva forme humaine et s’approcha de quelqu’un ou de quelque chose.

- Je vois que tu as le courage de venir me voir mon petit Corbeau... Mais... que tu es laid ! Dit cette étrange personne à moitié humaine et à moitié oiseau. Change-moi ça !

Daijin changea d’apparence, rajeunissant alors.

- C’est mieux.

- Seigneur Yashoukou...

- Ma présence ici te fait peur n’est-ce pas mon petit Corbeau. Tu m’as échappé longtemps, mais maintenant que je t’ai retrouvé nous allons pouvoir régler nos.. différents. Beaucoup de Karukaï parlent de toi, ils ont peur que tu les trahisses comme tu m’as dupé, moi, mon petit Corbeau.

- Vous n’êtes pas encore totalement dans le monde des hommes, vous ne pouvez rien contre moi.

- C’est vrai, c’est vrai, je ne suis pas encore capable de t’égaler dans ce monde. Aussi j’ai prévu d’autres plans... Tu sembles attaché à cette famille humaine... les Kage. Nous allons commencer par eux mon petit Corbeau.

A ce moment là jaillirent des arbres des arbres des dizaines et des dizaines d’oiseaux, des corneilles, des corbeaux et autres volatiles de même acabit.

Tous s’envolèrent vers Meragi sous l’œil amusé de Yashoukou.

Sol’ra

Chapitre 1 - Mise à l'épreuve

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Le soleil était levé depuis bien longtemps sur le désert d’émeraude. Comme à son habitude le premier conseiller du roi, le Vizir Mahamoud consultait les missives arrivées durant la nuit. Le thé à la menthe des rives de l’Ekta diffusait une délicieuse odeur, le vizir aimait la relative fraîcheur des lieux à cette heure-ci. La journée s’annonçait bien, les nouvelles jusque-là excellentes le mettaient de bonne humeur. Il se risqua même à se servir à nouveau du thé. Alors qu’il portait la tasse à ses lèvres il remarqua un parchemin plié portant un sceau de cire. Ce pli ne venait assurément pas du royaume du désert, mais d’ailleurs, ce qui était chose rare car peu de personnes parmi les autres nations s’intéressaient au désert. Il posa sa tasse fumante et examina le sceau.

- Le Conseil des Guildes...

Il décacheta le pli et commença à parcourir les écritures. La lettre était rédigée de main de femme.


“Très estimé Vizir Mahamoud,

Voilà un moment que je ne vous ai fait parvenir de nouvelles et celle que je m’apprête à vous donner est hélas très mauvaise. Une réunion exceptionnelle du Conseil a eu lieu en début de ce mois. Il a été voté à la majorité la dissolution temporaire des Nomades du Désert. Cette décision a été validée par le Conseiller-Doyen Vérace et a pris effet dans le même temps.

Vizir, je ne peux que vous alerter de l’opinion extrêmement défavorable à l’encontre des Nomades du Désert et par extension envers le royaume du désert. La décision a été motivée par les récentes attaques sur le Tombeau des ancêtres menées par Ïolmarek. Sachant qu’une petite partie de ces terres, à savoir l’endroit où s’est écrasée la pierre tombée du ciel et ses proches environs sont désormais la propriété des Combattants de Zil. Par conséquent les actes des Nomades ont été jugés comme une agression vis à vis des Combattants de Zil.

Vizir, jusque-là nous avons réussi à épargner le désert d’émeraude de la venue des étrangers et ceci grâce au fait de notre présence au Conseil. A présent que la guilde est dissoute, il est probable qu’il y ait de graves conséquences. Aussi je vous implore de ramener Ïolmarek à la raison.

Ayant de bonnes relations avec les Combattants de Zil je vais tenter de calmer les tensions en attendant des ordres de votre part. Le Conseil m’autorise à garder mes fonctions auprès d'eux, mais je ne sais pas pour combien de temps encore.

Votre dévouée,

Hasna”


Mahamoud relut la lettre à plusieurs reprises pour bien assimiler chaque information. Familier des complots et un peu paranoïaque il y vit de prime abord une machination à l’encontre des Nomades, mais n’étant pas homme à agir sous le coup de la colère il lui fallait plus d’informations. Il replia soigneusement la lettre et la glissa à l’intérieur de sa veste puis d’un trait avala le reste de thé.

- Atcha !

Une servante d’un certain âge entra dans la salle et regarda le vizir avec respect.

- Je m’absente pour la journée, va voir Arzeb, dis-lui qu’il prévienne les Nomades du Désert encore présents dans le royaume, ils sont convoqués sans délai.

- Bien vizir, ça sera fait.

- Merci.

Mahamoud avait décidé en tout premier lieu de prévenir le roi du désert de cette mauvaise nouvelle. A cette heure-ci il trouva le roi et la majorité de la cour en route vers le temple de Sol’ra à Mineptra. Devant le visage inquiet de son premier conseiller, le roi accepta une entrevue à l’écart, au risque d’être en retard pour la Vénération. Une fois la situation expliquée et un bref échange d’opinions Mahamoud reprit sa route avec la ferme intention de résoudre cette fâcheuse histoire.


A l’oasis d’Istaryam, le prince Metchaf, Urakia et Kébèk s’adaptaient à une nouvelle vie, une vie sans Sol’ra mais sous l’égide du panthéon originel ou du moins ce qu’il en restait. Depuis qu’Istaryam avait été en partie détruite et que les anciens dieux étaient libres, des groupes de personnes arrivaient pour se mettre sous la protection du prince. La nouvelle se répandait vite au grand damne de Metchaf car cela arriverait tôt ou tard aux oreilles de son père. Il le redoutait car cela lui imposerait une confrontation qu’il ne désirait pas vraiment. Le destin eut tôt fait de s’occuper de lui imposer cette confrontation...

La femme qui s'avérait être l’incarnation de Naptys alla trouver le fils du roi.

- Il y a une personne que j’aimerais vous présenter. Elle a quelque chose à vous révéler, prêtez-lui une oreille attentive. Elle vous attend de l’autre côté du lac.

- Vous êtes bien mystérieuse, Déesse.

Cette remarque la fit rire aux éclats.

- C’est là l’avantage d’être un dieu ! Et puis c’est juste que je tiens à ce que vous fassiez connaissance de cette personne, quelque chose me dit qu’elle restera à vos côtés de longues années.

- On verra bien.

Sakina était l’une des rares prêtresses de Naptys. Elle bravait depuis plusieurs années les interdictions de Sol’ra vis-à-vis des autres cultes. Son peuple vivait par et pour le voyage, préférant éviter les cités et les contacts avec les autres communautés. Naptys avait décidé de guider ce peuple vers Istaryam afin que dieux et mortels cohabitent dans une harmonie nouvelle. La jeune femme aux cheveux bruns trempait ses pieds dans l’eau tiède du lac se délectant du contact du liquide de vie. Sakina aimait la vie et c'est pourquoi elle avait une grande affinité avec la déesse qu'elle représentait : Naptys. Elle plongea les mains dans l’eau et s’aspergea le visage. Metchaf avait fait le tour de l’étendue d’eau et avait vu cette jeune femme belle comme un rayon de soleil. Il se demanda si Naptys lui avait dit qu’eux deux s’entendraient bien parce qu’il aimait séduire les femmes ? Hors cette jeune femme n’avait pas à rougir à côté d’Urakia et de la fille de l’Aïf d’Aksenoun. Metchaf se para de son plus beau sourire de séducteur en arrivant face à Sakina. La prêtresse le dévisagea quelques instants de ses grands yeux.

- Les légendes sur ta beauté sont loin de la vérité Prince, Naptys a bon goût.

Cela toucha le prince en plein cœur. Il ne montra pas sa gêne pour rester digne face à une personne de classe sociale bien inférieure à la sienne.

- Merci merci. Ravi de vous connaître...

- Sakina...

- Un joli prénom, dit-il pour reprendre l’avantage.

Mais son effet tomba à l’eau car elle détourna le regard vers l’étendue d’eau.

- J’ai quelque chose à te montrer Prince Metchaf, regarde le présent...

Interloqué il jeta un œil à la surface de l’eau. Il y vit des images mouvantes...

Les Nomades du désert partis vers la lointaine pierre tombée du ciel se battant contre des guerriers vêtus de rouge...

Puis Ïolmarek et les autres prêtres de Sol’ra priaient au pied de la pierre...

Le cristal jaune se fendit et une créature d’énergie prit possession du corps d’une personne que Metchaf ne connaissait pas...

Enfin une créature à la puissance divine apparut...

Enfin la vision cessa. Metchaf réfléchissait à la signification de ce qu’il venait de voir.

- Qu’est-ce ?

- Si tu fais référence à la créature au bec de faucon, il s’agit de Sol’ra venu sur Guem pour la détruire.

- La détruire ??

- Oui Prince, Sol’ra n’a que faire de ceux qui le prient et encore moins de ce monde, il n’a qu’un but l’anéantir.

- Que faire face à ça ?

- Tu as ouvert la voie en te détournant de lui. Maintenant les choses changent rapidement, un oiseau venu de la capitale va arriver, t’apportant un message.

- Vois-tu l’avenir ?

Sakina sourit alors et montra le ciel.

- Non, dit-elle alors qu’un faucon se posa sur son avant-bras.

Metchaf comprit alors qu’elle l’avait vu arriver, il était de notoriété que le faucon servait de messager royal. Cela se vérifia immédiatement lorsque Metchaf détacha le message du collier de l’animal et le parcourut très vite.

- Le Vizir Mahamoud convoque tous les Nomades du Désert. Ça aussi tu le savais ?

- Non, mais je pense que ça a un rapport avec la vision de tout à l’heure. Je suis persuadé qu’il n’y a une coïncidence entre le retour des dieux et la venue de Sol’ra sur cette terre, mais que ce n’est que le début.

- Dans ce cas, nous allons à Mineptra, nous accompagnes-tu ?

- Oui.

Quelques jours plus tard Metchaf, Sakina, Kébèk et Urakia étaient arrivés à Mineptra. Sans tarder la troupe demanda audience au Vizir Mahamoud, ce dernier les reçut dans ses appartements. Il fut heureux de revoir sa fille dont il n’avait plus de nouvelle depuis son départ avec le prince. Le vieil homme serra fort sa fille contre son cœur les yeux pétillants, puis il salua le prince en s’excusant de ne pas l’avoir fait avant.

- Qui sont ces personnes ? Demanda Mahamoud en direction de Kébèk et Sakina.

Le prince jeta un œil à l’entrée de la pièce pour vérifier qu’ils étaient seuls.

- Voici Kébèk guerrier de Kapokék et Sakina prêtresse de Naptys.

A l’évocation de ces noms le vizir se raidit, fronçant les sourcils.

- Installons-nous Vizir, je vais vous raconter notre histoire. Kébèk ! Peux-tu garder l’entrée, personne ne passe, pas même mon père !

Metchaf conta alors son aventure, comment il avait rencontré Shrikan et déjoué les complots rebelles à Aksenoun, puis l’histoire d’Istaryam et des dieux emprisonnés, sa rencontre avec Kébèk et la libération de Ptol’a, Naptys et Kapokék et surtout l’arrivée sur Guem de Sol’ra au travers de la vision de Sakina.

- Tout cela doit rester entre vous et nous, Vizir.

- Je... je comprends bien. De mon côté les nouvelles sont mauvaises. Le Conseil des guildes a dissout temporairement les Nomades du Désert, Ïolmarek et consorts ont perdu la raison. Lisez ceci, dit-il en tendant la lettre envoyée par Hasna.

Sakina et Urakia lisaient en même temps par dessus l’épaule du prince, ce dernier se pinça les lèvres.

- Que pense mon père de ça ?

- Votre père est un croyant fidèle, mais il a les yeux ouverts. Il vous faudra aller le voir avant votre départ.

- Départ ? Où allons-nous ?

- Les Nomades du désert ont été créés sur un principe politique et non religieux. Cela nous permet de récolter des informations, assurer le commerce avec l’extérieur et maîtriser nos frontières. Il nous faut une guilde officielle, nous ne sommes pas en mesure de nous passer des Nomades. Aussi je vous envoie plaider notre cause auprès du Conseil et s’il faut se dresser contre Ïolmarek nous le ferons. Nous sommes à l’aube de changements majeurs, votre père le sait et je pense qu’il compte sur vous pour assurer sa relève et éviter que le royaume du désert ne sombre dans le chaos. L’action de Ïolmarek nous porte préjudice et le monde nous met désormais à l’épreuve.

- Dans ce cas, dit le prince en regardant ses compagnons, préparons-nous au voyage !

Chapitre 2 - Guerre divine

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Le prince Metchaf, le Vizir Mahamoud ainsi que leurs compagnons avaient fait un long voyage depuis Mineptra. Devant eux les hautes tours du château de Kaes se dressaient, éternelles, elles rappelaient à qui les apercevrait que le Conseil des guildes siégeait ici. Et c’est justement ce Conseil que les Nomades du désert venaient visiter. Les nouvelles n’avaient pas été bonnes pour eux et ils comptaient plaider leur cause. Prévenue de leur arrivée imminente Hasna se tenait devant la grande porte du domaine, entourée de soldats du Conseil à la livrée pourpre. Son cœur battait la chamade, elle allait revoir ses compatriotes et cela la rendait joyeuse. Lorsqu’elle vit la caravane avec ses chameaux et ses palanquins elle sentit le parfum du sable lui apportant un petit bout de chez elle. Urakia, Kébèk et Sakina furent les premiers à poser le pied sur le sol froid, vérifiant ainsi la sureté des lieux. Puis le prince Metchaf et le vizir Mahamoud sortirent des palanquins. Hasna s’inclina, écartant les bras comme le voulait les traditions du royaume du désert.

- Prince Metchaf, Vizir Mahamoud, c’est un véritable honneur pour le Conseil des guildes ainsi que pour moi de vous accueillir ici. Soyez les bienvenus au château de Kaes. Votre route a été longue aussi je vous invite à me suivre. Je vais vous mener jusqu’aux appartements préparés pour vous.

Mahamoud avança jusqu’à elle afin de compléter le protocole.

- Merci au Conseil des guildes de nous recevoir. Nous souhaitons nous entretenir avec le Conseil au plus vite.

- Le Conseiller-Doyen Verace vous recevra dès que vous serez installés.

- Merci ambassadrice, je ne manquerais pas d’informer sa majesté de vos efforts pour le satisfaire. Dit-il pour clore les civilités.

Hasna se redressa et fit signe aux gardes d’aider le convoi afin de mener leurs illustres invités aux appartements.

- J’en peux plus de ce voyage, j’ai cru que ça ne se terminerait jamais, lâcha Kébèk.

- M’en parle pas, les dieux ont créé les chameaux pour marcher sur le sable par sur la terre étrange de cette région du monde, ajouta Urakia en se jetant dans un confortable fauteuil.

- Il fait froid, c’est étrange comme sensation, répliqua Kébèk en regardant dehors.

- Un grand guerrier comme toi, avoir froid ? Ironisa Urakia. Où sont le prince et mon père ?

- Ils sont partis voir le Conseil. On fait quoi ? S’inquiéta Sakina.

- Je peux vous faire visiter, déclara Hasna impatiente de faire découvrir les environs aux nomades.

Alors que certains passaient du bon temps, pour le prince Metchaf et le Vizir Mahamoud la partie d’échec avec le Conseil avait démarrée. Ils furent reçus dans le salon des appartements de Vérace. Les serviteurs s’affairaient à proposer boissons et nourritures aux invités qui pour l’occasion avaient laissé armes et armures de côté, arborant de somptueuses tenues exotiques. Vérace, tenant le bâton de cérémonie du Conseil s’installa face à eux et sans détour ni ménagement il posa la question qu'il lui semblait nécessaire de poser.

- Prince, Vizir, notre temps, à vous comme à moi est très important. Aussi sans attendre je me dois, au nom du Conseil des guildes que je représente, de vous demander pourquoi nous devrions reconsidérer notre décision de dissoudre la guilde des Nomades du désert ?

Cette question était l’essence même de leur rencontre, le prince et le vizir avaient eu le temps du voyage pour monter un argumentaire qui pourrait selon eux aller en leur faveur. Le Vizir prit la parole.

- Conseiller-Doyen, merci d’avoir accepté de nous recevoir et de nous donner l’occasion de défendre au mieux notre vision des choses. Le désert est un lieu de secrets et de mystères, ce qu’il s’y passe n’est pas connu des personnes qui n’y résident pas. Voilà plusieurs mois que de grands changements secouent notre civilisation, nous sommes, si nous pouvons dire ainsi à nouveau dans une guerre divine.

Vérace ouvrit de grands yeux, indiquant par là qu’il n’avait pas connaissance des faits. Le Vizir continua.

- Une partie des Nomades du désert a agi contre les intérêts du roi du désert et par cela a trahi notre confiance. Ïolmarek, grand prêtre de Sol’ra, aveuglé par sa foi inconditionnelle dans celui que nous considérons aujourd’hui comme notre ennemi, a provoqué un désastre sans nom. J’ai été nommé par sa majesté Fils du Sable et des Dieux comme nouveau dirigeant des Nomades du désert et c’est en cette qualité que je vous demande de bien vouloir nous accorder votre confiance.

- Comment être sûr que vous ne trahirez pas à nouveau cette... confiance. La venue de cette créature a provoqué une guerre entre guildes et beaucoup de guerriers du désert sont en ce moment en passe d’attaquer la Cœur de Sève.

- Nous ne reconnaissons plus ces guerriers comme étant des Nomades du désert. Nous sommes venus ici pour montrer notre bonne foi, si j’ose dire ainsi. Nous combattrons cette menace qui pèse sur les terres de Guem car il est dans nos intérêts de rétablir la situation. La dernière fois qu’un tel évènement s’est produit cela a été la fin de florissantes civilisations du désert, nous ne souhaitons pas que cela advienne à nouveau. Nous connaissons bien notre ennemi et vous ne trouverez pas de meilleurs appuis dans cette guerre qui vous oppose à Sol’ra, nous sommes nous même des envoyés d'anciens dieux du désert désireux de rétablir l’ordre au sein de leur panthéon.

A son tour le prince Metchaf s’adressa au Conseiller-Doyen.

- J’ai combattu les Solarians dans le désert, je sais à présent qu’ils n’ont rien de bienveillants et que leur désir le plus profond est de détruire ce monde. Et nous ne pouvons... vous ne pouvez pas laisser passer cette occasion. Nous partirons dès demain pour affronter Sol’ra !

Vérace ne laissa rien exprimer de ses impressions sur tout cela.

- Je vais porter vos arguments durant la séance de cet après-midi. Hasna vous informera de ce qui sera décidé. Joignez-vous à nous durant le repas, j’ai cru comprendre que vous avez ramené du Laardish ? Dit Vérace pour détendre l’atmosphère.


Fin d’après-midi. Le soleil se cachait derrière les arbres nus lorsque Hasna entra dans la grande salle de réception où attendaient les Nomades du désert.

- Alors ? S’inquiéta Metchaf.

- Voici la décision du Conseil, dit-elle en déroulant un parchemin. Le Conseil, représenté par le Conseiller-Doyen Vérace en ce jour a statué sur la demande formulée par le Roi du désert par le biais du Prince Metchaf et du Vizir Mahamoud. La guilde des Nomades du désert est temporairement acceptée et reconnue comme telle par le Conseil des guildes. Le Vizir Mahamoud est reconnu comme actuel chef de guilde des Nomades et remplace le grand prêtre Ïolmarek déchu de la direction des Nomades du désert. Est convenu que cette décision est soumise à une période au terme de laquelle, si la guilde des Nomades du désert n’a pas suivi les règles du Conseil des guildes, celle-ci sera remise en cause. Pour le Conseil des Guildes, Conseiller-Doyen Vérace.

Kébèk fronça les sourcils.

- J’ai rien compris.

Tous éclatèrent de rire, le prince se leva de son siège pour récupérer le parchemin tendu par Hasna. Le Vizir se leva à son tour.

- Ça veut dire que les Nomades du désert ne sont plus des parias. Mais aussi que nous devons faire nos preuves. Aussi, Nomades du désert, préparez-vous, nous partons affronter la mort.

- La mort ?? Je suis déjà mort plusieurs fois, c’est pas une fois de plus qui va m’arrêter !! Répondit Kébèk en montrant ses biceps.

- Espérons-le... ajouta Sakina rêveuse.


Plusieurs semaines avant cela, au Tombeau des ancêtres, la guerre faisait rage.

- NOOOON FUYEZ TOUS ! OU VOUS ALLEZ PERIR !!! Hurla le Mangepierre comprenant qu’elle serait incapable de contrer l’avatar de Sol’ra.

Voyant la résistance dont faisait preuve la créature de Guem, l’avatar décida de commencer son œuvre et de détruire les environs et toutes les créatures vivantes qui s’y trouvaient. Un rayon de soleil le frappa, comme si l’astre qui brillait haut dans le ciel réagissait à la volonté de l’avatar, la chaleur augmenta encore plus, puis servant de relais il envoya à son tour le rayon solaire. Le Mangepierre vit le rayon partir, et elle le savait, si ce dernier touchait terre ça serait une catastrophe. Elle n’avait pas le choix, elle devait l’arrêter. Elle plongea à toute vitesse et s’interposa.

Le temps se mit à ralentir pour toutes les personnes présentes à l’exception de l’avatar et du Mangepierre. Tous deux se retrouvèrent face à face. Le rayon solaire s’arrêta avant le sol, figé par le sortilège du temps. Le dieu destructeur ne comprenait pas cette magie, mais il ne fit pas l’erreur de sous-estimer cette chose qu’il ne connaissait pas.

- Je sens chez toi la présence de mon vieil ennemi, créature. Je ne sais pas ce que tu as fait mais arrête cela de suite !

Le Mangepierre en lévitation devant l’immense tête de l’avatar sourit pour la dernière fois de sa vie.

- Il m’est impossible de te battre. Mais à présent j’y vois clair, je sais qui je suis, je sais qui tu es et je sais ce que je dois faire. Hors si je ne peux te vaincre, je peux te ralentir Solar et donner aux autres parties de Guem le temps nécessaire pour parvenir à te contrer ! Dit le Mangepierre alors qu’une aura de lumière verte se développait autour de son corps.

Une onde, comme une explosion, fut projetée de son enveloppe, libérant toute la magie qu’elle enfermait au plus profond d’elle. Incapable de l’éviter, Solar reçu la magie de plein fouet et se figea aussitôt. Pour lui le temps venait de s'arrêter. Très affaibli le Mangepierre reprit un court instant sa respiration.

- Tu as déjà essayé à maintes reprises de me détruire, ce n’est pas cette fois que tu réussiras, dit le Mangepierre.

Puis allant vers son destin elle s’interposa devant le rayon solaire et retourna dans le bon fil du temps. Le rayon solaire la frappa, mais le Mangepierre en offrant ses dernières forces évita le pire des scénarios. L’explosion projeta tout le monde au sol...


Aujourd’hui.

- Pourquoi il bouge pas ?? Interrogea Kébèk regardant l’avatar non loin de là.

- Oui c’est étrange, ça fait deux bonnes heures que nous l’observons, il est comme figé, répondit Metchaf.

- Profitons-en, s’il bouge pas ça n’en sera que plus facile, dit Urakia en dégainant son épée.

- Avançons-nous, mais attention il peut y avoir d’autres Nomades dissidents, ordonna Mahamoud qui tenait son casque à tête de lion sous le bras. Que les dieux nous guident sur le chemin de la victoire !

La troupe n’eut aucun mal à avancer car tout autour de l’avatar n’était que désolation et sable. Ci et là des morceaux d’armures, des bouts d’armes rappelaient la violence de la bataille qui eut lieu il y a quelques semaines.

- Attention !! Prévint une voix venue de nulle part.

Les nomades avertis à temps échappèrent de peu à l’assaut d’une chose mi-humaine mi-scarabée. Au même moment un homme spectral à tête de lion apparut aux côtés des Nomades. La créature qui n’était autre que l’incarnation de Kehper frappait de ses griffes chitineuses les guerriers immortels.

- Kehper ! Cria l’apparition, qui n'était autre que Naptys.

Ni une ni deux Kébèk s’interposa devant la créature.

- Il est pour moi celui là !!

- Misérable tu n’es rien qu’un insecte ! Invectiva Kehper.

- Tu t’es vu face de scarab ? Plaisanta Kébèk en encaissant un coup de poing de son adversaire.

Metchaf épaula son compagnon de combat en donnant quelques coups d’épée sur la carapace de l’incarnation. Puis à ce moment là Ptol’a et Kapokèk apparurent à leur tour.

- Vizir, la bataille commence ! Ouvrez-nous vos âmes et alors nous ne ferons plus qu’un ! Cria Ptol’a.

Les pièces du puzzle s'emboîtaient parfaitement et alors que Kébèk devint Kapokèk, qu’Urakia devint Ptol’a et que Naptys s’incarna en Mahamoud, le sort qui figeait l’avatar fut brisé par sa volonté divine. Écartant les bras l’avatar libéra sa colère. La terre trembla puis se fissura, engloutissant lentement le sable du Tombeau des ancêtres. Sol'ra analysa la situation à la vitesse de l’éclair. Il n’y avait plus l’armée des misérables créatures de Guem, à la place des personnes aux tenues d’habitants du désert lui faisaient face. Il comprit à qui il avait à faire lorsqu’il remarqua la présence des dieux emprisonnés il y a bien longtemps.

- VOUS ??? Comment est-ce possible ??

Mahamoud qui tenait fermement Jugement de l’âme ne prit pas la peine de répondre, se contentant de charger.

- FOLIE ! Cria l’avatar déployant son pouvoir. JE SUIS SOL’RA !

Le combat s’engagea, une bataille où les forces en présences n’avaient rien d’humaines. Alors que Kébèk et le prince Metchaf s’occupaient d’un Kehper déchainé, Mahamoud, Urakia et Sakina combattaient Sol'ra de toute leur rage divine.

En ce jour là l’histoire se répéta à nouveau...

La bataille fut titanesque, les dieux ne prirent pas la peine de faire attention à leur environnement, détruisant en grande partie les alentours. Les énergies divines s’entrechoquaient avec violence. Mahamoud et Urakia coupaient les tentacules de lumière de l’avatar les uns après les autres et lorsque les griffes de Solar perçaient leurs cœurs, Ptol’a leur redonnait vie. De leur côté Kébèk et le prince Metchaf avaient l’avantage sur l’incarnation de Kehper, appuyés par Sakina dont les dons permettaient de refermer les plus graves blessures. Kébèk réussit à ceinturer la créature à moitié scarabée pendant que le prince inspiré par Kapokèk lui transperçait la poitrine pour ensuite lui arracher le cœur de ses mains. Kehper succomba, trop faible pour affronter des dieux supérieurs.

Solar et les dieux morts faisaient désormais jeu égal. Les coups portés n’avaient plus rien d’ordinaire, et les enveloppes de chairs, les armures et les armes ne comptaient plus, désormais c’était une lutte de puissances divines, de volontés incroyables déterminées à en finir maintenant. Sol’ra connaissait bien l’étendue des pouvoirs de Ptol’a et de ses camarades, il avait aussi un atout plus qu’important qui fit basculer la victoire de son côté : Cheksateth. Ce dieu du savoir avait depuis longtemps disparu, ou du moins il n’avait plus la même forme. Le dieu solaire avait absorbé son énergie divine ainsi que ses connaissances. Sol’ra repoussa lentement mais sûrement ses adversaires, contrant les assauts avec une redoutable efficacité.

Enfin tout s’arrêta. Sol’ra mit un terme à tout cela. Se concentrant il explosa littéralement, balayant les Nomades du désert, rayant le Tombeau des ancêtres et toute la région de la carte des terres de Guem. Incapable de lutter Ptol’a, Naptys et Kapokèk ne purent rester dans les corps de leurs serviteurs plus longtemps... La bataille était perdue, Sol’ra, libre de la moindre opposition exultait. C’était le chaos autour de lui, les profondes crevasses libéraient doucement la lave jusque là cachée dans les entrailles de ce monde. Il était plus que temps à présent d’entreprendre la destruction de ce monde.

Les Nomades se retrouvèrent à des dizaines de lieux de là, non loin de la Draconie. Blessés, mais encore vivants grâce à l’aide des dieux ils se rassemblèrent pour mettre au point une nouvelle stratégie après cette défaite. Alors qu’ils reprenaient leurs esprits non loin d’une route, ils assistèrent à un étrange spectacle. Des créatures à l’aspect monstrueux couraient dans des mouvements erratiques. Puis un cavalier de bleu vêtu apparut. Son armure brillait doucement et son casque avait la forme d’une tête de Dragon. Il était suivi par d’autres créatures ainsi que des soldats humains. Le cavalier s’arrêta à leur hauteur et les Nomades furent rapidement entourés des humains.

- Qui êtes-vous, demanda le cavalier.

- Je suis le prince Metchaf et voici mes compagnons, nous sommes la nouvelle guilde des Nomades du désert. Nous venons d’affronter Sol’ra... et nous avons... perdu...

- Nouveaux Nomades du désert ? Marlok nous a prévenu de cela. Je suis le chevalier dragon Zahal. Je commande cette armée, alliance improbable de forces opposées. Et nous marchons en direction du Fléau de Guem pour une ultime bataille.

Le monde invisible

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Voilà deux jours que Mynos parcourait les bois à la recherche de gibier. Jusque-là la chasse n’était pas trop mauvaise. Quelques lapins et une perdrix, voilà qui rassasieraient assurément les petits morfals qui auraient tôt fait de dévorer cette prise. Jugeant cela suffisant il se décida de rentrer chez lui pour rejoindre femme et enfants. Il était fatigué, mais il aimait par dessus tout ces moments de solitude où il n’y avait que lui et la nature. Il profita du chemin du retour pour récupérer quelques champignons qui à coup sur seraient succulents bien grillés. Il se régalait d’avance du futur festin qu’il allait partager en famille. Il hâta sa marche, il savait qu’il se rapprochait de chez lui car la forêt était de plus en plus clairsemée. Enfin il sortit du bois pour arriver devant de douces collines elles-mêmes au pied de hautes montagnes. Cachée dans une cuvette, entourée d’enclos à animaux Mynos retrouva sa maison dont il était fier. Il l’avait construit lui-même avec l’aide de son épouse, d’ailleurs son architecture très irrégulière prouvait l’amateurisme des bâtisseurs. Le chasseur fut étonné de ne pas avoir sa marmaille déjà autour de lui, il s’attendait à les voir débouler à toute allure.

Puis il vit la porte entrouverte et là il s’inquiéta. En temps normal la porte est soit fermée, soit ouverte avec sa femme devant en train de surveiller les environs. Il eut raison de s’inquiéter car lorsqu’il poussa la porte il vit son épouse, une jeune femme belle comme le jour, en train de sangloter recroquevillée sur le plancher. Mynos lâcha son arc et ses prises par terre.


- Où sont les enfants ??

La jeune femme entendant la voix de son époux leva la tête. Horrifié Mynos, vit les marques sur son visage : quelqu’un l’avait roué de coups. Il la prit dans ses bras en essayant de la calmer, mais cela s'avéra impossible. Sa voix tremblait, elle ne sentait plus son visage.

- Qu’est ce qu’il c’est passé ? Dis-moi !

- Des... des hommes sont venus... Ils ont emporté les enfants... ils ont emporté les enfants !!

- QUOI !? Qui ? Combien ? A quoi ils ressemblaient, dit l’homme avec rage.

- Ils étaient trois ou... quatre... très grands... Il y avait un homme qui n'avait qu’un bras... Ils, ils m’ont tabassé sans rien me demander, par pur plaisir...

- Un homme sans bras... Ont-ils dit quelque chose de plus ??

- Ou... oui, l’homme avec un bras a dit qu’il fallait que t’ailles... à la crique de la Chouette... Mynos, fait quelque chose !!

L’homme serra les dents en aidant sa femme à se relever. Puis il courut vers une armoire d’où il sortit son contenu sans ménagement. Il déplaça une planche du fond libérant une cache. De là il tira des habits noirs et deux dagues.

- Je vais prévenir les voisins qu’ils viennent te tenir compagnie.

- Tu avais... promis...

- JE SAIS !! Puis il se radoucit. Désolé, ne t’inquiète pas je vais les ramener, dit-il en s’habillant.

Le voici désormais vêtu de noir et d’une large cape à capuche. Il tira les dagues de leur fourreau, les lames brillèrent vivement. Après les avoir attachées à sa large ceinture il laissa sa femme.

- Ferme la porte...

Mynos était arrivé à la crique de la Chouette qui portait son nom en raison d’un rocher surplombant une petite étendue d’eau et qui rappelait la tête de cet animal. Caché dans un arbre il observait les environs. Sur la berge, tout proche du rocher de la Chouette, deux hommes aux bras gros comme des jambons gardaient les trois enfants de Mynos, ceux-ci étant attachés et bâillonnés. Un troisième discutait avec l’homme qui n’avait qu’un seul bras. Aucun des visages de ces personnes ne lui revenait en mémoire, les avait-il déjà croisés ? Il ne saurait le dire. Il songeait plutôt à un plan d’attaque et de libération. Mais il n’arrivait à aucun plan qui pourrait assurer la sécurité de sa progéniture. Puis le manchot regarda dans sa direction.

- Malandrin !! Montre-toi ! Je sais que tu es là ! Cria-t-il.

Bon, perdu pour perdu il ne lui restait plus qu’à aller voir ce qu’il lui voulait. Peut être aurait-il un plan le moment venu, mais la présence des enfants n’arrangeait vraiment pas les choses. Mynos sauta de son arbre pour atterrir dans le sable gris de la berge. Il s’arrêta à bonne distance pour éviter que les gros bras ne l’attrapent sans un maximum d’effort de leur part.

- Je sais pas qui vous êtes, relâchez les enfants !

Le manchot avait sa proie dans les filets, il ne restait plus qu’à les remonter.

- J’ai mis du temps à te trouver Malandrin, tu m’excuseras auprès de ta femme, mes amis parlent plus avec leurs poings qu’autre chose. Je suis Volius d’Andromicès.

- Pourquoi m’appelles-tu Malandrin ? Mon nom est Mynos.

- Allons, allons, nous sommes entre nous tu peux être toi-même. Je sais parfaitement qui tu es, pilleur de tombes. Je t’aurais cru plus futé que ça, Mynos. Non mais vraiment. Bon, on m’a dit que rien ne pourrait te faire redevenir celui que tu étais, aussi ai-je monté ce petit plan. Rassure-toi, nous ne ferons pas de mal à tes charmants bambins, je veux juste que tu retrouves quelque chose pour moi.

Les souvenirs de la vie passée de Malandrin refirent surface. A l’âge de quinze ans il vivait de petits larcins, puis le destin a fait qu’il retrouve plusieurs objets antiques, il se fit donc connaitre comme pilleur de tombes et il devint célèbre. Puis dix ans plus tard il rencontre une femme et décide de raccrocher pour fonder une famille, loin de tous les problèmes que son activité attirait comme les mouches. Aussi changea-t-il de nom, laissant Malandrin dormir dans son placard, donnant à Mynos la vie qu’il rêvait. C’était il y a huit ans. De longues années de bonheur, jusqu’à ce moment-là...

- Tu veux que je fasse quelque chose pour toi en échange de mes enfants ?

- Exactement. Je l’aurais bien fait moi-même vois-tu, j’ai fait le même métier que toi jusqu’à un tragique accident. Dit-il en montrant le côté de son torse sans bras. Je ne connais personne d’autre qui soit capable de réaliser ce que je vais te demander. Malandrin n’avait pas le choix.

- Qu’est ce que tu veux ?

- Je veux le trésor du monde invisible !

Il connaissait les légendes du monde invisible, comme beaucoup d’autres légendes d’ailleurs. Les pilleurs de tombes comme on les appelait vulgairement basaient une partie de leur “travail” en fonction des légendes car souvent elles avaient pour origine des faits réels. La plus fameuse des légendes, celle qui créait la vocation était celle du monde invisible. Certains des plus célèbres pilleurs avaient passé leur vie à la recherche de ce monde, on prétendait que ceux qui le trouvaient ne revenaient jamais.

- Folie ! Dit Malandrin, ce trésor n’existe que dans tes fantasmes.

- C’est là que tu te trompes.

Volius s’approcha de Malandrin en détachant une bourse de sa ceinture, qu’il lança au pilleur de tombes.

- C’est quoi ?

- Ouvre-là, fait attention.


Malandrin défit le nœud de cordelette, découvrant un drôle d’objet de cuivre. C’était une sphère autour de laquelle flottaient trois fins anneaux taillés dans des cristaux de différentes couleurs. Cela ressemblait beaucoup à un bijou et il y avait même de quoi passer une chaînette. Il reconnut cet objet, il l’avait cherché autrefois.

- La larme de Thyrs ?? Où as-tu trouvé ça ?

- Peu importe, c’est mon affaire. Ton affaire à toi et désormais de retrouver le monde invisible et de me ramener son trésor. Ne perd pas de temps sans quoi ta famille en pâtira.

- Très bien, je vais le faire, touche un seul cheveu de mes enfants et je t’égorgerai.

- Des menaces... Ridicule !

Malandrin referma la bourse et s’en retourna chez lui, il lui fallait faire le point sur toute cette histoire. De retour chez lui il retrouva Apolynia son épouse, entourée d’un couple de personnes relativement âgées, leurs voisins les plus proches. Il raconta une partie de l’histoire - celle où on le contraint à aller chercher quelque chose - et qu’il comptait bien faire quelque chose. Les voisins lui proposèrent bien d’aller voir les autorités du seigneur runique le plus proche, mais il refusa poliment, ne tenant pas particulièrement à voir son histoire étalée aux yeux de la justice de Tantad et de risquer de tout perdre. Il remercia les voisins pour leur gentillesse et les libéra de leur présence. Là il raconta les morceaux manquants à Apolynia.

- Je savais que ça arriverait un jour, je rêvais d’une vie calme et paisible loin des...

- Attends ! Rien n’est perdu, je vais trouver ce trésor et récupérer nos enfants !

- Puissent les dieux t’entendre, dit-elle en laissant échapper des larmes.

Malandrin posa la larme de Thyrs sur la table et commença à réfléchir à voix haute.

- Selon les écrits de Zabius, Thyrs folle de chagrin après la mort de sa fille scella l’accès à son temple en versant une larme, quittant son monde elle devint mortelle.

- Puis elle a emprunté le chemin jusqu’à Sarys où elle a affronté le géant Kaïross. Tout deux sont morts en tombant du haut de la falaise au bord de laquelle se trouve Sarys, continua Apolynia. Mais ça n’indique pas comment accéder au monde invisible, ni comment marche la larme.

- En réalité la larme de Thyrs est un objet créé par Keborius le célèbre bijoutier. Regarde, les anneaux peuvent se déplacer dans n’importe quel sens.

- Un casse-tête ?

- Des milliers de possibilités. Dans la recherche du monde invisible on a cherché à savoir où vivait Keborius pour chercher des indices, mais on a jamais trouvé.

Avec précaution et beaucoup de délicatesse, Malandrin nettoya l’objet pour faire partir la saleté et l’oxydation. Une fois propre la larme s’avérait être un bijou somptueux. Malandrin l’examina mieux.

- Du cuivre rouge ! Observa-t-il.

- Abypolis ?

- Oui, il y a là-bas des statues des divinités en cuivre rouge. Il n’y a aucun autre endroit où ce métal existe ! Je dois y aller, Abypolis est à deux jours de cheval d’ici.


Malandrin mit moins de temps que prévu pour atteindre l’antique cité. Abypolis était la troisième ville de Tantad, un joyau qui malgré les nombreuses attaques n’avait jamais été prise. Il connaissait bien la cité pour y avoir vécu de nombreuses années aussi la myriade de merveilles ne l’arrêta pas, se concentrant sur son objectif : le Cénacle. Cet endroit était une immense place pavée en plein milieu de la ville, cela grouillait de monde. Tout autour de cette place circulaire, dos tournés, les statues des dieux du panthéon de Tantad surplombaient les toits des maisons. Malandrin fit le tour et s’arrêta devant celle de Thyrs. Cette déité y était représentée en armure portant un casque couvert de runes et une lance où chaque extrémité se terminait par de longues lames. Il remarqua un symbole qui se répétait assez souvent, un triangle avec un disque en son centre qui touchait les côtés du triangle. L’un de ces symboles était creux.

- Est-ce que ça serait ?? Non, ça ne se peut pas...

Pourtant il essaya, à plusieurs reprise il y inséra la larme en plaçant les anneaux de chaque côté pour que vu de profil cela fasse un triangle. A la troisième fois cela fonctionna. Malandrin disparut... littéralement. Pour réapparaitre ailleurs dans un endroit à la fois fort différent et habituel. Autour de lui tout était trouble, comme s’il faisait très chaud, sauf que la température n’y était pas particulièrement élevée. Il se trouvait dans un temple mais à quelques mètres au dessus de lui il n’y avait rien, à part un immense ciel bleu presque opaque. Il fut étonné du silence, presque inquiétant. Il remarqua aussi qu’il avait dans la main la larme de Thyrs. Une fois passée la surprise il entreprit une fouille méticuleuse du temple. C’était un véritable labyrinthe, des couloirs, des pièces et des centaines de colonnes. Il trouva de larges escaliers dont il gravit de très très nombreuses marches. Mais il n’était pas fatigué ici, son cœur battait de façon très régulière. Tout en haut à nouveau de grandes colonnes et plusieurs places. Au centre de l’une d’elle allongée sur une stèle de pierre blanche couverte de runes se trouvait le corps d’une femme. Une fois à son niveau il regarda mieux et remarqua un masque sur son visage. Elle avait de longs cheveux qui tombaient de part et d’autre de la stèle. Il en était certain, il se trouvait devant le trésor du monde invisible.

- Prendre le masque et trouver un moyen de sortir d’ici...

Il alla pour prendre l’objet lorsqu’une voix l’arrêta.

- Ne faites pas ça !

Il se retourna et vit la même jeune femme, non masquée et totalement spectrale. Son regard vide de vie fixait le visiteur venu des terres de Guem. A plusieurs reprises Malandrin regarda la femme sur la stèle et la présence devant lui. Nul doute c’était bien la même personne, elles ont toutes deux la même chevelure.

- Tous ceux qui ont touché ce masque sont morts. Repartez et oubliez ce que vous avez vu.

- Vous êtes Antellechia la fille de Thyrs n’est ce pas ? Je n’ai pas le choix, je dois repartir avec ce masque.

- Je ne vous empêcherai pas de repartir avec, je ne peux que vous mettre en garde.

- Je prends le risque je n’ai pas le choix, une personne retient mes enfants captifs, il les tuera si je ne lui ramène pas.

Malandrin se retourna vers la stèle et retira le masque du visage de l’Antellechia morte. Si la surface visible était très conventionnelle l’intérieur lui représentait un aspect fantastique. De l’énergie bleutée crépitait de dizaine de petites runes.

- Lorsque vous porterez ce masque, soit vous mourrez soit vous serez liés pour toujours. Attention, parfois vous verrez votre monde différemment, il vous révélera bien des choses. Il y a une condition à son utilisation. vous ne devez jamais parler de ce que vous verrez à travers lui, sans quoi votre âme sera déchirée et vous subirez des tourments éternels. Si vous mourrez le masque me reviendra.

Peu importe que le monde s’écroule ou qu’il meure si cela rendait la liberté à ses enfants. Il mit le masque dans son sac.

- Savez-vous ce qu’il se passe dans notre monde ? demanda Malandrin par curiosité.

- Non, ma mère a scellé ce monde à jamais.

- Vous ne savez pas ce qu’elle a fait pour vous ? Vous ne pouvez pas sortir d’ici ?

- Non je ne sais pas, ni l’un ni l’autre.

- Si les légendes sont vraies, votre mère a tué celui qui vous a ôté la vie, mais est morte durant ce combat.

- Je me doutais, elle serait revenue me voir sinon.

- Comment je sors d’ici ?

- Avec la clé, concentrez-vous.


Malandrin ferma les yeux. Puis lentement, il entendit du bruit... des gens qui discutaient, des enfants qui jouaient. Il entrouvrit les yeux. Il était devant la statue de Thyrs à Abypolis. Il vérifia que le masque était bien dans son sac, ce qui fut confirmé. Ouf ! Il ne restait plus qu’à faire l’échange.

Malandrin ne repassa pas par chez lui, il continua la course jusqu’à la crique de la Chouette. Durant son voyage il ressentit comme une présence et à plusieurs reprises il dû s’arrêter pour voir que personne ne le suivait. Puis alors qu’il approchait du lieu dit, quelque chose changea, mais il ne savait pas réellement quoi. Il stoppa sa monture au niveau de la berge, avertissant ainsi Volius et ses sbires de sa présence. Les lieux étaient devenus un véritable campement, avec plusieurs tentes et un feu crépitant près duquel les trois enfants attachés attendaient le retour de leur père. Il comprit ce qui avait changé lorsqu’il eut une vision étrange. Il vit Volius sortir de la tente, discuter quelques instants avec lui, prendre le masque et puis s’écrouler par terre en se tenant le cœur. La vision cessa et Malandrin porta la main sur son visage, il portait le masque ! Pourtant il n’avait pas la sensation du contact d’un masque sur sa peau, son champ de vision n’était pas modifié. Volius sortit alors de la tente, dans la même tenue et de la même démarche que dans sa vision.

- Alors Malandrin qu’as-tu trouvé ?? Dit le manchot avec impatience.

Il ôta le masque et lui confia.

- Ceci est le trésor du monde invisible.

La main de Volius trembla en examinant l’objet. Puis son visage se figea, ne pouvant tenir plus il lâcha le masque qui s’écrasa sur le sable. Volius tomba à genoux puis sombra... mort. Les gros bras regardèrent la scène, béats. Leur patron était mort dans des circonstances très suspectes. Craignant pour leurs vies ils récupérèrent leurs affaires - et celles de Volius - puis prirent les voiles sans adresser un regard à Malandrin. Ce dernier récupéra le masque et ses enfants pour les ramener chez lui auprès de sa femme...

Temporalis

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Autre temps... un futur lointain...

Le temple de Tempus, perché sur la plus haute montagne de cette terre, là où les nuages ne sont qu’une mer à perte de vue. La forteresse circulaire, cachée du reste du monde abritait une organisation avec pour but ultime la protection de la Trame du Temps. En ce matin-là, les rayons du soleil léchaient les grands murs d’albâtre, chauffant doucement cette petite cité engourdie par une nuit d’agitation. Car à la faveur de ce début de journée les Tempusiens avaient, pour la plupart, emprunté le passage interdit, le Tempus Fugit...

Au plus profond des entrailles de la grande demeure se réveilla la dernière personne encore présente ici. Ce réveil n’en fut pas moins extraordinaire que les évènements de la nuit. Doloreanne sursauta comme si elle était en danger. La respiration rapide elle examina sa chambre, une simple pièce rectangulaire aux murs blancs, dénués de décoration, au bout de son lit un coffre de bois sur lequel ses vêtements aux symboles des Tempusiens attendaient patiemment le moment où elles les enfileraient. Quelque chose n’allait pas... mais quoi ?? Cette impression ne la quitta pas lorsqu’elle enfila sa robe ou lorsqu’elle alla jusqu’à la salle principale. Et là, personne, pas le moindre Tempusien. Le feu s'essoufflait lentement par manque d'entretien, la braise rougeoyante perdait lentement sa vigueur.

- Mais où sont-ils donc passés ?

Elle visita alors les cuisines et tomba nez à nez avec l’un des serviteurs.

- Ah et bien...

Mais le pauvre cuisinier était comme figé, tenant un œuf dans une main et une cuillère de bois dans l’autre. Doloreanne passa la main devant les yeux du cuisinier qui ne réagit pas du tout au stimulus. Elle ne mit pas longtemps avant de comprendre que le pauvre homme était bloqué à un temps donné. Elle claqua des doigts pour arrêter le sort frappant l’homme, pensant avec une grande naïveté que cela serait facile. Elle se trompait, rien ne se passa.

- Quoi ? Dit-elle étonnée.

Elle serra fort son bâton au bout duquel de grandes aiguilles d’horloge étaient fixées puis utilisa plus de magie pour retenter de délivrer le cuisinier. Des horloges faites de magie tournèrent autour du cuisinier et lorsque le sort de Doloreanne cessa... rien ne se passa, ou presque. Bien que le cuisinier fût toujours dans sa bulle temporelle la jeune femme sentit que la magie du temps n’était pas comme à son habitude, mais perturbée. A un tel point qu’elle trouva plusieurs autres anomalies temporelles, des personnes non figées mais plutôt ralenties, d’autres allants plus rapidement. Tout cela l’inquiéta énormément. C’est dehors que la manifestation la plus importante pouvait être observée. Au-dessus du temple des éclairs verts, gorgés de magie temporelle déchiraient le ciel. A chaque flash d’un éclair, Doloreanne pouvait voir des images de ce monde à un temps passé, présent ou futur.

- Une déchirure... Et je suis seule pour lutter contre ça !! Cria-t-elle comme pour demander à l’effet magique de disparaître. Que faire... que faire... le Temporalis !

Elle s’élança aussitôt en direction de la salle du temps, une pièce attenante à la grande salle de vie et où une statue du très célèbre père fondateur de l’ordre, Tempus, vous regardait de son air sévère. Au centre et en guise de sol se trouvait une immense horloge dont les rouages, visibles, tournaient dans tous les sens. Doloreanne se plaça au milieu avec la ferme intention de pratiquer l’un des puissants sorts de l’ordre, le Temporalis. Celui-ci visait à rétablir les problèmes de temps afin de corriger certaines erreurs qui ne pouvaient être corrigées autrement. Elle avait déjà participé à ce rituel, mais jamais seule. Elle se concentra en tenant son bâton des deux mains...

Les tic-tac des rouages se répercutaient sur les murs, le sol et le plafond. La trotteuse qui avançait avec un rythme très précis se mit à ralentir puis le cadran émit une faible lueur verte d’où sortirent d’autres aiguilles, des horloges spectrales et autres cadrans affichant des heures différentes de l'heure actuelle. La magie emplit la pièce et les rouages s’arrêtèrent, immobilisant les aiguilles. C’est à ce moment précis que le Temporalis se réalisa. Les murs s’effacèrent pour laisser place à d’autres lieux et à d’autres temps. Doloreanne sentit la grande puissance de l’artefact créé par Tempus et si au départ elle en était maître la situation lui échappait rapidement. Les rouages cliquetèrent de nouveau, allant jusqu’à s’emballer, tout comme les aiguilles de l’horloge. La magie, devenue beaucoup trop puissante ne put être contrôlée plus longtemps. Doloreanne fut submergée, le Temporalis explosa !

Doloreanne se réveilla avec la vague impression d’avoir dormi une année entière. Elle ne reconnut pas les lieux mais un détail la frappa, pas le moindre cristal à l’horizon ! Elle fit un tour des environs et remarqua au loin un arbre gigantesque dont la cime touchait les nuages. A perte de vue une forêt aux arbres magnifiques. - Quand est-ce que je suis. Voyons ça, dit-elle écartant les bras pour faire apparaître le morceau de Trame du Temps sur laquelle elle se trouvait.

Mais la magie du temps sembla ne pas vouloir être coopérante. Doloreanne recommença plusieurs fois, sans succès. Elle était désormais prisonnière d’une autre époque, incapable de pouvoir revenir chez elle...


A cette époque-là, cette montagne n’était pas encore le refuge de la société secrète, mais Tempus en personne était présent, attiré par la position particulière du sommet. Assis sur un rocher, près d’un feu, il s’activait à dessiner les plans d’une machine incroyable. Il s’arrêta lorsque des éclairs verts apparurent brièvement au-dessus de lui. Il observa alors le phénomène avec beaucoup de curiosité et ce qu’il y vit déclencha des évènements qui le feront entrer dans l’histoire des terres de Guem. Les images montraient des personnes qu’il ne connaissait pas, mais leurs tenues ressemblaient à la sienne, avec des couleurs et des symboles approchants.

- Incroyable, une brèche temporelle... Des gens jouent avec le temps, il va falloir que je m’occupe de régler ça. Et ma machine qui n’est pas tout à fait prête.

A quelques lieues de là les Tempusiens partis à la recherche de l’Horloger et de l’Apôtre dans le futur venaient d'apparaître dans ce temps. Eux aussi remarquèrent la brèche temporelle visible au loin.

- Qu’est-ce ? Demanda l’Exécuteur.

- Une faille temporelle, répondit le Geôlier.

- Pas seulement mes frères, j’ai bien peur que ce soit de notre faute et de celle de ceux que nous sommes venus chercher, expliqua l’Observateur.

Le dernier observa le phénomène écoutant ses frères.

- Mes frères... Nous y sommes, déclara l’Observateur. Nous savions que ce moment viendrait, il nous attend.

- Mais il ne le sait pas encore, déclara l’Annonciateur.

Même époque, autre lieu. L’Horloger et l’Apôtre profitaient de la faveur des flammes d’un feu de camp. Le Tempus Fugit les avait conduit quelques années avant l’arrivée des autres Tempusiens et depuis ils avaient parcouru les terres de Guem. Eux aussi avaient ressenti cette déchirure de la Trame du Temps. L’Apôtre elle ne la vit pas de ses yeux car aveugle depuis qu’elle avait lu le Grand Livre des Destinées, mais sa nature de guémélite du temps lui fit ressentir les effluves de magie.

- Que vois-tu mon ami ? Demanda-t-elle à l’Horloger.

- Des problèmes, de graves problèmes. Je sens que le Tempus Fugit a été emprunté. Tu vois où je veux en venir.

- Nous savions qu’ils nous poursuivraient mon ami.

- Oui, mais le Tempus Fugit n’aurait jamais dû être emprunté plusieurs fois d’affilée. Et nous n’avons pas le Temporalis pour gérer ça, la Trame du Temps risque de s'effondrer sur elle-même.

- J’ai... je dois t’avouer quelque chose. Lorsque j’ai plongé mon regard dans le Grand Livre des Destinées, j’ai vu la destinée de beaucoup de personnes, j’ai vu celle de Tempus et la tienne.

L’Horloger souleva les sourcils.

- Si tu me dis ça, c’est que tu comptes me faire une révélation ?

- Je le dois. Car cela était écrit.

- Décidément, le destin est bien particulier. Et si je n'accepte pas que tu me dévoiles quoi que ce soit ?

L’Apôtre fit un large sourire.

- Tu le pourrais effectivement, et je vois la question que tu te poses - dans ce cas ai-je lu que tu refuserais de m’écouter ? Et je pense que tu t’amuses, à un moment où il ne faut pas. Aussi je ne vais pas répondre à ta question.

- De toute façon tu ne comprends jamais mes blagues...

- Non, jamais.

- Très bien, très bien ! Je t’écoute.

- Je ne vais pas te faire un cours sur l’histoire de notre ordre, mais je vais parler d’un point particulier : la création du Temporalis. On nous enseigné que c’est Tempus lui-même qui créa l’artefact et les sorts qui lui sont liés. Ceci n’est pas tout à fait vrai. C’est toi qui aida... enfin qui va aider Tempus à achever son œuvre et nous utiliserons le Temporalis.

- Quand ??

- Demain.

L’Horloger savait que Tempus existait au présent dans lequel il se trouvait, mais les lois de la Trame du Temps, déjà violée par leur venue ne devait pas être modifiée plus par la rencontre avec le légendaire Tempus.

- Tu es sûre de toi, Samia ? S’inquiéta l’Horloger, si tu essaies de me convaincre de rencontrer Tempus par pur altruisme nous risquons l’écroulement immédiat de la Trame.

- Me prendrais-tu pour une menteuse !? Regarde mes yeux ! Ne crois-tu pas que j’ai été suffisamment punie pour avoir transgressé une loi de notre ordre ??? Dit-elle avec colère. Puis adoucissant le ton, il y a autre chose, tu vas convaincre Tempus de fonder l’ordre, l’Eternel sera présent.

- L’Eternel ! Ça voudrait dire que la quasi-totalité de l’ordre est présent à notre époque !

- Pas tout à fait, mais cela ne va pas tarder, nous allons faire venir la dernière des nôtres, celle qui existait du temps d’où nous venons.

L’Horloger créa magiquement de l’eau au-dessus du feu afin de l’éteindre. Samia se leva en s’appuyant sur son parapluie, ramassant au passage un sac avec quelques affaires. Puis ils se mirent rapidement en route.


Tempus avait passé la nuit à tenter l’impossible. Bien que comprenant parfaitement le Trame du Temps, concept qu’il avait découvert quelques années auparavant, il ne pouvait rien face à une déchirure qu’il perçut comme plus importante qu’elle ne paraissait. Il n’avait dormi que quelques heures et la fatigue se faisait sentir. Il crut halluciner lorsqu’il vit arriver le Geôlier, l'Annonciateur, l’Observateur et l’Exécuteur, avec leurs étranges costumes cachant leurs visages.

- Je vous ai déjà vu... Êtes-vous réels ? Dit-il en les examinant.

Les quatre étranges personnages s’agenouillèrent et l’Annonciateur prit la parole.

- Nous vous connaissons... Seigneur Tempus. Nous venons de loin... du futur.

- Du futur ! S’exclama Tempus. Dites m’en plus !

- Nous ne pouvons tout vous révéler, déclara l’Annonciateur.

- Sans quoi je serais obligé d’intervenir et d’enfermer mes camarades, ajouta le Geôlier.

- Vous êtes bien étranges... dit Tempus.

- Nous nous excusons, seigneur, pour ce que nous avons fait. Nous sommes fautifs et accepterons la juste punition qui nous sera infligée. Je suis l’Observateur, voici l’Annonciateur, l’Exécuteur et le Geôlier.

- Vous devez maudire vos parents, à moins que cela ne soit que des surnoms.

- Oui, ce sont là nos fonctions au sein... de notre ordre, répondit l’Observateur.

- Quel ordre ??

Puis deux nouvelles personnes arrivèrent. Ayant entendu la question, l’Horloger se permit de donner une réponse.

- Ils ne vous le diront pas, mais si nous voulons résoudre une bonne fois pour toute les différends qui nous opposent, il va falloir tout lui dire.

Le Geôlier qui était toujours un genou à terre se releva d’un bond et sauta sur l’Horloger, car fortement conditionné par son ordre il se devait d’accomplir sa tâche et d’arrêter les deux fugitifs. L’Horloger stoppa net la course du Geôlier, le figeant immédiatement, éveillant immédiatement la curiosité de Tempus.

- Un sort du temps ! Quelqu’un veut bien m’expliquer !?? Dit-il sur un ton à la fois agacé et curieux.

- Je vais vous expliquer ! Dit l'Apôtre, imposant le silence à l’assistance. Quant à vous, dit-elle en montrant l’Observateur et ses camarades, nous avons tout intérêt à mettre de côté nos problèmes.

- Tempus. Nous sommes des exilés temporels. L’histoire commence lorsque cette jeune femme lira le Grand Livre des Destinées raconta l’Horloger avant d’être coupé.

- Le Grand Livre des Destinées ? Celui écrit de la main d’Eredan ? Je le croyais disparu à jamais ?

- Oui Seigneur il l’est pour le moment, mais ceci n’est pas un sujet que nous devons aborder. Bien, je reprends, dans ce livre elle tenta de lire sa destinée et ses yeux en furent brûlés. De là, l’ordre auquel nous appartenons tous...

- Pas vous ! Coupa l’Annonciateur.

- Tous ! Défia l’Horloger. L'ordre, disais-je, a décidé d’enfermer et de punir la fautive. Mais je n’étais pas d’accord, alors j’ai aidé la prisonnière à s’échapper et nous avons emprunté le Tempus Fugit, un couloir qui traverse la Trame du Temps.

- Vous avez fait ça ? Arrêter ou accélérer le temps est possible, mais voyager le long de la Trame, c’est incroyable !

- Pas tant que ça, dans quelques temps d’autres en seront capable et alors vous fonderez l’ordre dont je vous parle, afin de prévenir les problèmes temporels. Vous savez de quoi je parle ? Questionna l’Horloger.

- Temporalis ?

- Oui, dans le futur je serais celui qui maintient le Temporalis, je suis l’Horloger car telle est ma fonction.

- Je saisis, c’est très astucieux. Mais au final pourquoi vous êtes là ?

- Puis-je voir le plan de l’artefact ?


Doloreanne avait marché des jours pour revenir jusqu’à la montagne qui plus tard accueillerait le temple de Tempus. Son plan était simple - faire un appel au secours. Si elle ne pouvait pas ouvrir le Tempus Fugit elle espérait graver un message dans la pierre, en espérant que le destinataire le voit. Elle arriva au sommet de la montagne et même si le paysage était différent elle trouva un endroit qu’elle savait existant dans le futur. Elle espérait que Tempus trouverait ce qu’elle allait laisser, à savoir son bâton. Seul un maître du Temps serait en mesure de s’en saisir. Elle le planta dans la terre et plaça des petits rochers à son pied... L’Horloger récupéra le plan et aperçut parmi les affaires de Tempus deux objets extrêmement familiers. C’étaient deux aiguilles d’une horloge émanant de la magie du temps.

- Où avez-vous trouvé ça ? S’étonna le vieux mage.

- Ici-même lorsque je suis arrivé, je vous avoue ne pas avoir eu le temps de me pencher sur la question.

- Vous auriez dû si je peux me permettre. J’ai offert ceci à notre plus jeune recrue.

- Je t’avais prévenu, dit l’Apôtre.

- Elle n’est pas capable d’utiliser le Tempus Fugit, dit l’Observateur. Elle a probablement utilisé le Temporalis.

- Ce n'est pas possible !! Ce n’est pas possible ! Ragea l’Horloger.

- Donnez ! Ordonna Tempus, je peux la localiser sur la Trame.

L’horloger laissa faire le Seigneur du Temps qui sans trop de difficulté remonta l’histoire de ces aiguilles.

- Mille ans...

- Tempus, je vais vous aider pour terminer la première version du Temporalis. Vous autres, nous allons avoir besoin de l’Eternel, vous pouvez faire ça ?

- Quel est le plan ? demanda l’Observateur.

- Une fois que le Temporalis sera prêt, au moment où nous allons l’activer il faudra que quelqu’un ramène votre amie ici. Il faut être quelqu’un de puissant pour faire ça.

- Qui est l’Eternel ? Demanda Tempus qui avait compris le raisonnement de l’Horloger.

- C’est l’enfant de la Trame du Temps, il est l’être suprême, à la fois Annonciateur, Observateur, Geôlier et Exécuteur, dit l’Apôtre en regardant les autres.

Quelques heures plus tard, les efforts conjugués de Tempus et de l’Horloger permirent la mise au point du Temporalis. Pendant ce temps les autres avaient fini de se préparer pour la venue de l’Eternel. Le Temps les engloba et les fit disparaître. Puis une autre personne apparut, strict mélange des Tempusiens disparus. Il parla comme si quatre personnes parlaient.

- Il est temps !

Tous se mirent en place autour d’un sablier à taille humaine, puis l’Horloger habitué à la manœuvre lança le Temporalis. La Trame du Temps se déforma alors, corrigeant sous l’impulsion de l’ordre réuni des maîtres du Temps les erreurs passées, présentes ou futures. L’Eternel sembla alors déphasé par rapport aux autres. Les aiguilles de Doloreanne en main il filait le long de la Trame. Enfin il la trouva. Il décida alors de l’emporter avec lui, juste après qu’elle eut planté le bâton dans le sol...

L’énergie magique s'atténua jusqu’à disparaître. Tous étaient réunis autour du sablier qui était brisé, laissant échapper le sable. L’Horloger fut étonné d’être encore là avec tous les autres.

- Pourquoi ne sommes-nous pas revenus dans notre temps ?

- Parce que ce Temporalis n’en est encore qu’aux prémices de ce qu’il sera, déclara l’Eternel. Je ne peux nous ramener tous, nous sommes prisonnier ici.

La fin d'une époque

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- Les armées de l’alliance la plus incroyable qui soit progressent vers l'endroit où la pierre tomba du ciel il y a deux ans jour pour jour. C’est le début d’une fin annoncée, inévitable. Elle brisera ce monde comme jamais. La guerre de Solar finit bientôt, êtes-vous prête à jouer votre rôle Archimage Anryéna ?

- De quoi parlez-vous, Apôtre ? demanda la fille de Dragon.

- Vous le saurez dans peu de temps.

- Vous êtes simplement venue me dire cela ? Je connais les histoires vous concernant, vous avez lu le Grand livre et lu ma destinée. Pourquoi venir jusqu’ici dans ce cas ?

- Je viens vous raconter comment cela va se passer... ou plutôt comment cette bataille s’est déroulée. Vous vous demandez peut être pourquoi nous autres, adeptes de Tempus nous n’intervenons pas afin d’éviter les pertes, mais sachez que nous ne pourrons rien y faire.

- Encore une fois vous ne m’aidez pas beaucoup, mais je vous écoute, racontez-moi cette bataille...


- Rien ne prédisposaient l’armée de la Draconie à faire une alliance avec son pire ennemi - Néhant - et ses démons. Pourtant, et avec l’aide de la très puissante magie de Guem, Ciramor l’héritier d’Eredan a dupé l’intrompable et Néhant fut contraint à la cohabitation. Mais ça vous le savez déjà. Sur leur route Zahal commandant des armées de la Draconie rencontra le Vizir Mahamoud et le prince Metchaf qui venaient d’affronter Sol’ra sans avoir pu le mettre en échec.

- Une ultime bataille ? Alliance improbable ? S’étonna Mahamoud entouré des autres Nomades. Nous venons de loin et ne sommes pas au fait de cette alliance.

- C’est une longue histoire mais les démons que vous voyez courir dans tous les sens nous accompagnent, nous armée de la Draconie.

Metchaf vit là l’occasion de pouvoir affronter de nouveau Sol’ra et cette fois remporter la victoire.

- Pouvons-nous venir avec vous ? Demanda le jeune prince.

- Vous dites l’avoir déjà affronté, vous nous serez précieux dans cette bataille. Soyez les bienvenus parmi nous Nomades du désert.

C’est alors qu’une vive lumière, suivie d’un bruit fort coupa la discussion entre les Nomades et le Chevalier Dragon. Une gigantesque explosion venait de se produire au tombeau des ancêtres. La terre trembla créant un vent de panique dans les rangs draconiens.

- Tenez les chevaux ! Tenez les chevaux !! Hurla Zahal.

- Sol’ra commence à tout détruire ! Affirma Mahamoud.

- N’ayez pas peur, je vais mettre un terme à la présence de ce nuisible, répondit un homme entouré par deux gros démons.

Les Nomades eurent un haut le coeur en voyant cet être abject. Ils ne le connaissaient pas mais l’aura qu’il dégageait était empreinte d’une magie néfaste et noire comme la nuit.

- Vous pouvez venir à partir du moment où vous ne me gênez pas, dit Néhant d’un air hautain.

Les Nomades n’osèrent pas répondre à ce produit de la haine et de la mort, se contentant de se mettre en route avec l’espoir qu’enfin le “problème Sol’ra” soit réglé.

Le sol tremblait toujours, dans un tintamarre de rochers se brisant. Les armées conjuguées de Néhant, Dragon et des Nomades arrivèrent sur un surplomb d’où tous pouvaient voir le plateau où déjà de nombreuses batailles avaient eu lieu. Mais là devant humains, Guémélites et démons s’étendaient le chaos ! D’un Sol’ra nimbé au centre du tombeau des ancêtres un rayon d’énergie divine perforait les terres avec férocité. Néhant n’attendit pas l’assentiment de ses alliés du Dragon pour lancer l’offensive. Brandissant une Calice rugissante la horde démoniaque se mit en branle. Tel un raz de marée les démons dévalaient la lente pente menant au plateau. Eux qui ne ressentaient pas la fatigue pouvaient courir de très longues distances sans faiblir, à l’instar des humains. Néhant et ses lieutenants marchaient lentement prêt à finir le travail une fois que les démons auraient affaibli l’ennemi.

- Ca commence bien ! Dit sans retenue un Aerouant toujours irrité par la présence des Néhantistes.

- Nous ne commandons pas les démons Aerouant, garde bien ça en tête, rétorqua Zahal qui examinait du regard la ligne formée par ses troupes. Soyons prudents, voyons comment nos “alliés” vont s’en sortir face à Sol'ra. Naya, restez en arrière avec vos Sorcelames afin de pallier aux imprévus et réagir rapidement. Que les mages restent en retrait, boucliers magiques déployés. Nous savons que la magie sera sans effet sur notre ennemi et je veux qu’on soit capable de maintenir et au pire contrer les néhantistes si ceux-ci devaient s’opposer à nous.

Au fur et à mesure que les ordres étaient donnés les commandants de chaque ordre et de chaque groupe organisaient les troupes en fonctions.

- Chevaliers Dragon avec moi, chacun en tête de régiment. Adrakar seras-tu capable d’assumer le commandement d’hommes ?

- Bien sur, répondit-elle en dégainant Azur. Je ne faillirai pas.

Zahal eut un regard d’inquiétude à son encontre.

- Si jamais elle nous trahit nous devrons l’abattre, vous en êtes conscients, répliqua Valentin à l’attention de Kounok et de Zahal.

- J’ai plus confiance en elle qu’en certains membres de ma propre famille, expliqua Prophète en regardant vers Aerouant. N’oubliez pas qui elle est, enfin qui elle était devrais-je dire.

De leur côté les Nomades discutaient de la stratégie à employer. Comment s'accommoder de leurs alliés et en tirer le meilleur parti ? Sachant que Néhant avait foncé bille en tête il leur fallait mettre au point un plan.

- Ils vont se faire balayer comme de vulgaires insectes, objecta Kébèk.

- Ils ne savent pas à qui ils ont affaire, peut être devrions-nous les protéger de la volonté divine de Sol’ra ? Interrogea Urakia.

Mahamoud, qui tenait son casque à tête de lion sous le bras, réfléchissait. Il avait vécu plusieurs batailles dans le désert, mais il n'avait jamais vu une armée contre un seul individu.

- Les gens de la Draconie on l’air d’attendre, peut être ont-ils déjà un plan de bataille. Les dieux n’aideront pas les démons ni les incroyants, nous ne pouvons nous fier qu’à nous. Lorsqu’un ennemi est trop fort de face peut-être faut-il le contourner et frapper alors que nous ne sommes pas vus. Je sais que cela n’est pas très convenable, mais face à Sol’ra tous les moyens sont bons. Implorons les dieux pour qu’ils nous permettent d’atteindre notre cible. Dit Mahamoud en tenant l’épaule de Metchaf. Gardons la foi et punissons Sol’ra pour ce qu’il a fait et pour ce qu’il fait en ce moment même, ajouta-t-il en mettant son casque.

Sol’ra vit approcher les démons, innombrables, qui courraient en hurlant mais il restait immobile, les jugeant incapables de le perturber dans son oeuvre de destruction. Il se trompait car parmi eux certains avaient la forces de dizaines d’hommes. Tourment, galvanisé par la présence de Néhant fut le premier à assaillir Sol’ra. Avec élan le démon sauta sur l’avatar pour le frapper de toutes ses forces. Le coup porté fut terrible, Sol’ra ne s’attendait pas à cela et cessa immédiatement sa concentration, laissant un trou béant en dessous de lui. Tourment retomba sur ses jambes de l’autre côté. A ce moment là les autres démons firent de même, s’agrippant à Sol’ra pour le griffer ou le mordre. La réaction ne se fit pas attendre. L’avatar émit une vive lumière, brûlant les démons aussi sûrement que du papier jeté au feu. Les hurlements de douleur couvrirent bientôt les hurlements guerriers. Voyant cela Néhant ordonna un retrait stratégique puis instantanément il invoqua Fournaise.

- Va mon petit Fournaise, va aider Tourment.

Le démon se rua sur sa cible brûlant du désir de satisfaire son maître. Tourment appuya l’assaut de son semblable et les deux démons furent très rapidement aux prises avec l’avatar qui déployait des pouvoirs incroyables. Mais ils ne purent prendre le dessus car en plein jour et devant cette radieuse journée le soleil irradiait de sa chaleur le tombeau des ancêtres. Il faisait chaud et l’avatar tirait sa puissance de Sol’ra. Fournaise fut le premier à se faire détruire, consumé par un rayon de soleil, puis Tourment qui était plus malin échappa de justesse au courroux divin. Alors, l’Avatar s’envola, s’arrêtant hors de porté des démons. Les Néhantistes prirent le relais tissant un voile d’ombre, tentant de trouver le point faible de l’adversaire.

A présent, Sol’ra jugeait la menace bien plus élevée. Cette magie là était très différente de celle des Draconiens et il la redoutait. Il devait continuer la destruction de ce monde, il devait gagner du temps. Aussi tourna-t-il ses pensées vers celui dont il faisait partie, l’enjoignant à lui envoyer des renforts. La réponse ne tarda pas, des centaines de formes lumineuses se matérialisèrent face aux démons. Sol’ra jubilait car assurément rien ne pourrait vaincre ces Solarians dans la forme la plus pure. Les autres Nomades aussi étaient là, venus de la même façon que les autres. Djamena, le Sphinx, Ahlem, Kroub, Shrikan, Lodir et Kararine, tous étaient là pour défendre leur dieu. A présent fort d’une armée, Sol’ra retourna à son occupation pensant les Solarians à même de repousser les démons. Il croisa les bras sur sa poitrine et de nouveau émit un rayon mortel, continuant de détruire un peu plus les lieux.

Néhant lâcha les démons sur les créatures de lumière et la bataille s’engagea. Zahal décida d’intervenir lançant l’armée de la Draconie dans la mêlée. Le but des Solarians était simple occuper le terrain, empêcher quiconque d’approcher de Sol’ra et de se débarrasser d’un maximum de Néhantistes. Djamena prit les devant et organisa la défense, comprenant rapidement la situation. Cette fois la bataille n’était pas qu’une simple escarmouche. Les démons étaient aussi nombreux que les Solarians. Néhant ouvrait de nombreux portails démoniaques, vidant les Méandres de ses habitants. Malgré cela les Solarians surpassaient les créatures de Néhant avec une facilité déconcertante. Amidaraxar et les quelques autres adeptes du Néhantisme réussirent à mettre en échec quelques uns de leurs adversaires, mais cela ne se passait pas comme prévu...

Zahal vit la situation dégénérer et ordonna la charge. Les Chevaliers Dragon en tête fendirent les rangs, suivis par le gros des troupes humaines. Mais comment battre des ennemis constitués uniquement d’énergie divine ? Pilkim et Marzhin en arrière du combat discutaient justement à ce propos. Alishk et Aerouant écoutaient avec beaucoup d’attention. Ce dernier eut une idée.

- Le rituel de la pierre. Nous l’avons pratiqué avec Alishk pour couper les Nomades du lien avec Sol’ra. Nous pouvons le refaire et même si cela n’aura pas d'impact sur cet avatar, cela aura un effet sur les Solarians.

- C’est une excellente idée ! Jugea Pilkim. J’ai étudié ce rituel, je pense pouvoir le modifier légèrement pour lui donner un peu plus de puissance. Mais avant ça il nous faut être certain des liens existants, et les mieux placer pour découvrir les liens sont les néhantistes.

- Laisse-les où ils sont, regarde le spectacle ils ne font que brasser du vent, critiqua Aerouant.

- Je m’occupe de les prévenir, commencez le rituel, ordonna le Maître-Mage Marzhin.

Effectivement Néhant ne se contentait pas de faire apparaître des démons à tour de bras. Il observait les Solarians et Sol’ra. Dimizar avait créé une créature hybride Solarian/Démon grâce aux éclats de la gemme de Néhant. Il lui fallait corrompre les Solarians en modifiant leur nature et les lier à lui. C’est alors que Marzhin arriva prêt de lui.

- Cir... euh... Néhant, nous allons tenter de couper les liens des Solarians, mais il nous faut savoir de quelle façon ils sont liés et s’ils le sont envers l’avatar ou directement à leur dieu.

Néhant plissa les yeux de son visage impassible. Oui cela pouvait aider, doublement même. Il pourrait corrompre les Solarians plus facilement si les liens étaient rompus. Pour le Maître des Ombres et Corrupteur Ultime les liens n’avaient aucun secrets, il les voyait naturellement. Une bonne partie des Draconiens étaient liés à Dragon, les fins filaments bleus partaient en direction de Noz’Dingard. Les démons quant à eux étaient liés à Néhant et les fils noirs, tels de nombreuses laisses les retenaient à lui. Puis au milieu de cela les Solarians eux n’avaient pas le même liens, mais représentaient un tout avec Sol’ra et des fines traînées blanches montaient vers le ciel. Enfin l’Avatar lui aussi était en harmonie, mais bien plus important que les autres. Néhant décrivit rapidement les faits à Marzhin qui s’en retourna rapidement vers les siens.

La mêlée s’intensifiait et beaucoup de démons et d’humains furent terrassés par les pouvoirs divins des Solarians. La bataille était bien engagée et allait bientôt prendre un tournant encore plus incroyable, car l’Avatar laissa échapper sa colère vis-à-vis de ce monde. Du trou béant s’échappa de la lave, rougeoyante et dévastatrice. Puis le sol se disloqua à cet endroit, une fissure coupa le tombeau des ancêtres de l’est à l’ouest avalant humains, démons et même Solarians. La lave aspergeait les environs avec d’immenses geysers mortels.

- Maintenant ! Cria Pilkim voyant cela. Père ! La lave va dévaster nos rangs, fais quelque chose !

Marzhin maîtrisait la magie du feu à la perfection, la lave était considérée comme le sang de Guem. Il alla donc retenir au maximum les coulées pour éviter qu’elles n’atteignent les troupes Draconiennes. Un nouveau rituel de la pierre commença, mais cette fois la puissance fut bien supérieure à celui déjà pratiqué. Pilkim tenait la pierre-coeur du Mangepierre des deux mains au dessus de sa tête, de part et d’autre Alishk et Aerouant s'élevèrent dans les airs en incantant. Puis une fois prêts les deux hommes transférèrent leur magie à Pilkim qui se sentit investi d’une puissance au-delà du mesurable. La magie de Dragon mêlée à la magie de Guem fut alors projetée dans les airs, cisaillant les liens entre les Solarians et Sol’ra. Néhant agit alors, récupérant les cristaux noirs des démons il commença à poignarder les solarians un a un. A chaque fois la créature se tordit de douleur puis tomba au sol.

L’Avatar ne pouvait le laisser faire, le lien avec Sol’ra avait faibli mais ils pouvaient toujours détruire cet inconscient qui s’opposait à lui. Il devait mettre un terme à tout cela aussi il redescendit de là où il se trouvait pour foncer vers Néhant.

- Parfait ! Cria Néhant en voyant que l’Avatar se lançait vers lui.

Le plan se déroulait parfaitement et les deux mastodontes aux pouvoirs fabuleux s’affrontèrent enfin...

Autrefois Néhant avait combattu bien des mages et des guerriers. Même l’Archimage Artrezil s’était retrouvé le bec dans l’eau face à lui. Seul Eredan fut capable, au prix d’un avenir funeste, de l’enfermer. Non pas le détruire, mais juste l’emprisonner. Aujourd’hui Néhant tenait une revanche. C’était là l’éternelle opposition entre Solar/Sol’ra et Guem, comme un cycle éternel les deux dieux de part leur haine l’un envers l’autre s’affrontaient une fois de plus. C’était la Magie contre la Théurgie. Néhant ne pouvait pas poignarder Sol’ra avec un de ses éclats car il était entouré d’une barrière de protection qui lui barrait le passage. Aussi Néhant comptait bien sur Calice pour percer ce bouclier. La lame perça la protection surprenant Sol’ra qui lançait des Théurgies à tout va. Néhant encaissait non sans mal les assauts, mais il ne devait pas faiblir. Une fois de plus Calice découpa le bouclier et le fit voler en éclat...

Pour les deux superpuissances plus rien n'existait autour. Seul comptait leur combat. Sol’ra se concentra pour que la lumière du soleil détruise son adversaire. Mais à ce moment là Néhant découvrit la faille, car Sol’ra avait fait une erreur. Si c’était bien l’avatar de Sol’ra qui faisait face à Néhant, ce dieu n’avait eut d’autre choix que d’investir le corps d’un homme ! Et malgré la différence physique Néhant ressentit cette parcelle de Guem et de ce fait il pouvait être corrompu. Néhant enveloppa l’Avatar de tentacules d’ombres qui s’agrippèrent à Ozymandias le Prêtre-Roi. Immobilisé l’Avatar ne pouvait rien faire de plus qu’invoquer la puissance de Sol’ra qui frappa encore et encore un Néhant qui résistait malgré de profondes brûlures. Mais pour l’Avatar il était trop tard, l’incarnation ne pouvait être maintenue sans l’humain qui l’abritait car dès lors qu’il n’y avait plus d’ancre rien ne le maintenait dans ce monde. Néhant s’infiltra dans les pensées d’Ozymandias comme Ciramor l’avait fait avec lui et prit le contrôle. Il coupa le lien entre l’homme et le puissant Solarian. L’énergie divine s’échappa comme de la fumée blanche, s’évaporant au fur et à mesure. Peu à peu Ozymandias sous la volonté de Néhant expulsait l’incarnation. Devenu pantin dans les mains de Néhant il ne resta finalement que l’humain.

Les Solarians invoqués plus tôt dans la bataille disparurent de la même façon, incapables de rester maintenant que l’Avatar n’était plus.

Au milieu du champs de bataille, les Chevaliers Dragon avaient assisté à la défaite de Sol’ra.

- Alors c’est fini ? Demanda Zahal qui tenait le corps de Valentin dans ses bras.

- Non Zahal, si nous avons éliminé une menace, une autre reste toujours et comme prévu il va falloir faire notre maximum pour l’éliminer. Sonnons le ban, que les troupes reforment les rangs et détruisons Néhant.

- Mais cela semble impossible nous ne sommes plus qu’une poignée.

- Alors nous perdrons, mais pas sans nous battre, dit Kounok en serrant la poignée de Chimère couverte du sang de Djamena.

Acte 6 : Un monde brisé

Chapitre 1 - Prise de guerre

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- Foutu sable ! Râla Valentin en sautant de cheval, s’enfonçant par la même occasion dans le sable créé par l’intervention d’un dieu. J’aime pas le sable, rajouta-t-il en parant le coup d’un Solarian avec son épée de cristal.

Le brouhaha de la bataille couvrait les jurons du Chevalier Dragon alors que le sol tremblait, meurtri par la violence des coups de Sol’ra. Puis ce fut l’explosion, la terre s’éventra, comme un coup de couteau passé sur la peau, la lave, sang de Guem, gicla de cette blessure. Valentin échappa de justesse à un tentacule incandescent qui tomba juste à côté de lui, calcinant le sable. Il vit plusieurs de ses soldats se faire engloutir comme de vulgaires lapins jetés dans un brasier.

- Par les cornes de Dragon ! Vite ! Éloignez-vous de là ! Hurla-t-il à grands renforts de gestes à l’attention de son régiment.

Écoutant leur commandant le groupe bifurqua et au lieu de progresser vers l’avant se retrouva vite sur le flanc ouest, retrouvant Zahal qui ne savait plus où donner de la tête. Les ordres fusaient dans tous les sens alors que dans le même temps les mages préparaient le rituel de la pierre. Zahal embrassa du regard le champ de bataille et vit une avancée des Solarians entre le milieu du front et le flanc est.

- Valentin, prends le reste de tes hommes et va appuyer Ardrakar et les Sorcelames.

Le Chevalier Dragon appela ses hommes et se mit en marche sans tarder.


Bien des démons étaient présents ce jour-là. Des grands, des petits, mais aussi des démons plus insidieux qui pour exister devait vivre aux dépends d’un autre. Néhant présent, beaucoup de démons affluaient, invoqués par le sombre maître. Si pour la plupart des autres démons cela se passa sans encombre, lorsque Néhant prononça le nom de Mortelame, l’instabilité de la nature même des démons fit presque basculer la bataille. Le démon quitta les Méandres et chercha rapidement quelqu’un qui pourrait lui servir d’hôte acceptable. Instinctivement ce fut vers Moîra la Sorcelame que le démon se tourna. La jeune femme se plia en deux de douleur.

- Ça recommence ! Cria-t-elle, le démon est de retour !

Eglantyne, aux prise avec un Solarian ne vit pas sa sœur s’écrouler par terre. Mortelame avait de cela de particulier que ce type de démon tirait sa force de la présence d’autres démons, les larbins. Hors les larbins pullulaient sur le champ de bataille aussi nombreux que des puces parcourant la peau d’un chien. Cette sur-représentation de larbins rendit Mortelame forte, terriblement forte. Elle avait déjà ressenti un tel flot de pouvoir, c’était durant la guerre contre Néhant, lors d’une bataille contre des hommes de la Draconie. Telle une furie la démone se jeta sur une première victime qui ne fut autre qu’Eglantyne. La Sorcelame tenta bien d’esquiver les coups et de raisonner sa sœur, mais la démone avait trop d’emprise et Moîra avait totalement disparu. La lame perça la poitrine d’Eglantyne de part en part devant les regards stupéfaits et surpris des autres sorcelames et d’Ardrakar qui non loin de là assista au geste de la démone. La pauvre Eglantyne tomba au sol lorsque Mortelame tira la lame avec rapidité, le sang coula à grands flots. Naya, Ardrakar et les autres Sorcelames hurlèrent de rage et se ruèrent sur la démone avec la ferme intention de l’abattre sans autre forme de procès. Cet incident provoqua alors une faiblesse dans l’armée des hommes et des démons. Les Solarians en profitèrent pour faire une percée, écrasant les humains par leur férocité. Eux ne connaissaient pas le désordre, implacables, résolus, ils agissaient de concert dans le seul but de mettre à bas les créatures de Guem. Les Sorcelames ne surent plus où donner de la tête entre Mortelame aidée par d’autres démons et les Solarians quoique affaiblis n’en restaient pas moins de redoutables adversaires. Naya ordonna à Ylianna, Anazra et quelques autres de tenter de les retenir pendant qu’elle et d’autres combattaient la démone. La situation était véritablement critique, si les Draconiens ne parvenaient pas à tenir les forces conjuguées allaient être coupées en deux armées et vite encerclées. Valentin arriva à ce moment-là.

- Vous à droite, vous à gauche, ordonna-t-il en désignant des soldats. Appuyez les Sorcelames mais n’entravez pas leurs mouvements.

Telle une vague les Solarians s'abattirent sur le rempart formé par les Draconiens. La lutte s’engagea rapidement et les Draconiens avaient pour le moment atteint leur objectif : ralentir la vague. Une créature plus grosse que les autres se faufila en bousculant tout sur son passage. Valentin crut d’abord à un démon, mais non, le style des habits et des bijoux étaient d’origine du royaume du désert. Cette chose à moitié humaine et à moitié lion chargea Valentin lance en avant. Le Chevalier Dragon encaissa l’attaque de plein fouet. La pointe de la lance brisa la résistance de l’armure de Dragon et trouva un chemin vers le ventre du guerrier. Dans un “crack” Valentin se retrouva propulsé plusieurs mètres plus loin. Son cœur cessa de battre dans sa poitrine en même temps qu’en la cité de Noz’Dingard une pierre-cœur se détachait de la gemme de Dragon indiquant la mort du chevalier.


Anryéna avait écouté l’histoire de l’Apôtre et lorsque la bataille commença elle se rendit aux jardins du palais, attenants à la gemme de Dragon. Là, les milliers de pierre-cœur de ceux qui avaient décidé de lier leur destin à celui de Dragon brillaient de couleurs chatoyantes. L’Apôtre l’avait suivie car elle n’avait pas fini son histoire. Toutes deux savaient qu’au loin, au Tombeau des ancêtres le sort des Terres de Guem se jouaient. Mais pour l’heure l’Apôtre ne parlait plus et Anryéna fixait les pierres. Puis un craquement la sorti de sa torpeur, une pierre-cœur se désolidarisa de la gemme de Dragon et tomba devant elle. Elle la ramassa le cœur peiné.

- Eglantyne est morte, chuchota-t-elle.

- Vous connaissez les propriétaires de chaque pierre n’est-ce pas.

- C’est là un don que m’a octroyé mon père.

- Attendez-vous à d’autres pertes, ce n’est pas la dernière de cette bataille.

Effectivement une autre pierre tomba plusieurs minutes plus tard, un beau cristal rond et bleu.

- Val... Valentin...

Une larme coula du visage de l’Archimage, une larme bleue.


Le Seigneur Runique Eilos regardait le champ de bataille l’esprit affûté par la curiosité et par l’envie d’en découdre.

- Tout ce trajet et cette maudite chose tombée du ciel n’est plus là ! gronda Harès.

- Lania ! Tu peux venir s’il te plait ??

La prêtresse aussi frêle que belle grimpa la colline où se trouvaient les deux guerriers non sans difficultés, elle n’était pas vraiment habituée à crapahuter ainsi.

- Oui seigneur Eilos ?

- J’aimerais avoir l’avis de la fidèle de Thyrs sur ce qu’il se passe ici.

- Il en sera selon votre volonté, dit-elle d’une voix douce et serviable.

La jeune femme aux cheveux noirs ondulés se plaça face à la bataille, s’agenouilla et commença à adresser des prières vers Thyrs. La déesse répondit favorablement, donnant diverses informations comme ce qu’il se passait ici et qui étaient les différents protagonistes.

- Les créatures à l’aura blanche ne sont pas de notre monde, Thyrs est catégorique, elles sont une menace pour nous. Les hommes en bleu et les êtres du dessous forment une alliance contre nature mais logique.

- Je reconnais les étendards, c’est la Draconie, nous ne sommes pas très loin de cette région du monde. Ajouta Eilos. Je te remercie Lania, nous offrirons la victoire à Thyrs et nous lui ferons une offrande.

- Tu es entendu seigneur.

Le Seigneur runique mit son casque et dégaina l’une de ses épées avant de se tourner vers le reste de la Légion runique restée en contrebas.

- Légion runique ! Les Envoyés de Noz’Dingard sont aux prises avec un envahisseur inconnu. Allons les aider, puis lorsque l’issue de la bataille sera certain nous pourfendrons du démon !

Les hommes et les femmes composant la Légion crièrent pour s’encourager les uns les autres puis suivirent leur chef vers la bataille. Ce dernier entouré d’Harès et Xenophon se focalisait sur leurs actions futures.

- Xenophon, emmène Loquitus et Neixiriam avec toi, tu auras aussi Lania en appui. Vous êtes de loin les plus massifs et les plus costauds, vous tiendrez le centre.

Le gigantesque minotaure hocha la tête et fit signe aux concernés de le suivre. Puis Eilos regarda le reste de la troupe.

- Vous autres avec moi, on prend le flanc est. Quant à toi Harès, cela fait maintenant plus d’un an que tu es avec nous. Ta force est incontestable et aujourd’hui tu as rejoins la Légion, aussi montre-toi digne de l’honneur qui t’est fait. Tu vas combattre seul dans cette bataille, je veux que tu détruises le plus de ces créatures et que tu analyses nos possibilités pour la suite.

Harès prit ça pour un défi.

- Très bien, dit-il en resserrant les lanières de ses gantelets runiques.

- Les dieux nous regardent et nous jugent, cria Eilos.

Tous reprirent en cœur.

- Les dieux nous regardent et nous jugent !


La Légion runique dévala la colline arme à la main. L’équipe du Seigneur Runique Xenophon bifurqua laissant le gros de la guilde aller sur le flanc. Les Solarians ne comprirent leur malheur que lorsqu’ils virent briller les runes sur les armes et les armures de ces soldats venus de nulle part. Les pouvoirs des Solarians ne purent rien contre eux, les rayons solaires ne purent passer les protections de ces armures runiques.

Harès devait prouver sa valeur, aussi chercha-t-il du regard l’ennemi qui lui semblait le plus fort. Au centre il en vit deux. Une femme aux allures de démon et aux prises avec des Envoyés de Noz’Dingard puis une créature mi-homme mi-lion qui abattaient ses larges cimeterres sur les soldats de la Draconie.

- Toi, je vais pas te rater dit-il en courant vers sa cible.

Les runes sur l’armure et les gantelets d’Harès brillaient intensément lui offrant ainsi un grand pouvoir. Puis arrivant enfin à sa cible il arma son bras et décrocha au Sphinx un coup de poing monumental en plein visage, lui prélevant ainsi quelques quenottes au passage. Le Sphinx vacilla, sonné par le coup. Harès ne laissa pas de temps mort, frappant à nouveau de son poing ganté, cette fois-ci façon uppercut. Les autres Solarians se jetèrent sur lui pour l’éloigner de leur meneur, mais sans pouvoir réussir à le plaquer au sol. Le Sphinx fit craquer les os de son cou sous la colère.

- Poussez-vous ! Il est à moi ! Tu vas voir ce qu’il en coûte de toucher au Sphinx !

Mais Harès ne se laissa pas démonter et suivant sa stratégie lança son poing dans le ventre de son adversaire. Mais celui-ci cette fois ne se laissa pas faire et un duel mortel s’engagea.

La Légion runique s’en sortait admirablement bien. Les armées de Tantad étaient reconnues à travers le monde pour leur incroyables tactiques martiales, même l’empire de Xzia les enviait. Alors que les guerriers, en rang étaient au corps à corps, les prêtre en appelaient à leurs dieux pour infliger de gros dégâts dans les rangs adverses. Le groupe du Seigneur Runique Eilos fut rejoint par les nouveaux Nomades, le Vizir Mahamoud avait déjà croisé la route du seigneur Eilos. En face d’eux se regroupèrent les anciens Nomades. Contrairement aux Solarians invoqués par Sol’ra, eux avaient un corps humain. Djamena avait repéré les arrivants et les serviteurs des anciens dieux et plus que les Draconiens, eux représentaient un danger. Cela fut une bataille dans une bataille, une coalition des dieux du panthéon de Tantad et des anciens dieux du désert face à Sol’ra.

Puis le rituel de la pierre lancé par Pilkim et les autres mages débuta coupant les Solarians de Sol’ra, renversant le cours de la bataille. Les anciens Nomades se retrouvèrent seuls face à la Légion et les nouveaux Nomades, s’en suivit alors une incroyable boucherie. Si bien qu’il ne resta plus personne en vie de ce côté-là. Au-dessus d’eux Néhant étaient aux prises avec Sol’ra, l’issue n’était pas évidente pour l’un comme pour l’autre, mais c’est finalement Néhant qui emporta la partie, extirpant Ozymandias. Néhant rigola de sa victoire et lança sa prise par terre. Comprenant que cette personne devait être capturée Eilos se rua sur elle, suivi de près par Mahamoud. Le Seigneur Runique le prit par la gorge et examina les blessures. Ozymandias n’avait pas grand chose physiquement, mais mentalement il était détruit. Mahamoud laissa faire Eilos, jugeant que la témérité et l’intervention de la Légion runique avaient plus qu’aidé dans cette bataille.

- Est-ce qu’il existe d’autres cristaux comme la pierre tombée du ciel ?? Parle !!

Mais Ozymandias n’était plus à même de révéler quoi que cela soit. Au-dessus d’eux les nuages s’amoncelaient rapidement, trop rapidement.

Un cor résonna, celui de l’armée de la Draconie, rassemblant ses troupes. La guerre de Sol’ra était finie, une autre allait commencer sur-le-champ.

Chapitre 2 - Libérer la Flamme

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- Ne nous tuez pas !! Bégaya le premier ministre. Je suis sûr que nous pouvons trouver un arrangement... n’est-ce pas ?

Les pirates se regardèrent les uns les autres puis s'esclaffèrent en se tapant dans le dos.

- Vous nous prenez pour des sauvages ou quoi ? Ironisa Bragan. Vous en faites pas, on vous fera rien. Ordonnez à la flotte de se rendre, immédiatement... et tout ira bien.

Un des ministres, un petit homme au teint blafard sortit du groupe et, tremblotant, demanda à un des gardes de relayer l’ordre de retrait et de défaite de la flotte de Bramamir. A peine quelques minutes plus tard, Al la Triste entra triomphalement dans le lieu qui représentait certainement toute la puissance du gouvernement. De par sa taille elle toisa chacun des ministres avec aplomb et un brin de fierté.

- Vous faites moins les fanfarons maintenant, bande de traine-savates. En tant que meneuse de la rébellion pirate je déclare la dissolution du gouvernement.

- Vous ne pouvez pas ! S’insurgea un des ministres.

Le silence tomba sur l’assemblée comme une chape de plomb. Al la Triste se figea et fixa l’impertinent, un homme très sec habillé de vêtements beaucoup trop larges pour lui.

- Voyez-vous cela, le très corruptible Ardrios, ministre des finances prenant le peuple de Bramamir à la gorge, qui la ramène. J’ai tous les droits ici ! Dit-elle en sortant le pacte passé autrefois entre son père et le gouvernement. Et tout ceci est légal.

Puis regardant Briscar et Poukos.

- Amenez-le dans une des cellules du palais, je suis sûre que ça lui remettra les idées en place.

Les deux pirates s’occupèrent alors de l’ex-ministre des finances qui, après avoir émis quelques protestations, se retrouva vite... tabassé.

- Quelqu’un d’autre a une objection à formuler ??

A côté de leur capitaine, Ardranis et Ti mousse discutaient d’un sujet qui leur semblait capital.

- Je rêve pas hein ? Demanda Ti mousse.

- Quoi ? Rétorqua l’Elfine pirate.

- Beh t’entends pas ?

- Euh... non.

- De la façon de parler du capitaine, elle mâche plus les mots...

Ardranis fronça les sourcils écoutant Al la Triste. Effectivement en temps normal Al la Triste n’avait pas du tout ce langage.

- Elle cache bien son jeu celle-là... plaisanta Ardranis.

- …Hors donc notre action visait à faire toute la lumière sur la corruption de ce gouvernement. Nous allons donc faire un peu de ménage. Dit Al la Triste en frappant son poing de métal dans la paume de sa main de chair. L’armée passe sous mon commandement et je vous interdit de quitter la ville. Vous serez mis à contribution très rapidement car mon désir est de laisser les personnes intègres à leurs postes. Nul doute qu’il y en a parmi vous.

Sur ces dernières paroles Al la Triste s’en alla, non sans avoir donné la consigne à Bragan de veiller à ce que le premier ministre fasse le nécessaire côté administratif. Puis, dégainant son pistolame, elle fila à toute allure en direction du bureau de feu le gouverneur. La porte, fermée à clé, ne résista pas très longtemps et après quelques coups d’épaule mécanique l’infortunée serrure céda.

L’intérieur du bureau était presque aussi grand que le pont de l’Arc-Kadia. Tout paraissait neuf, le large bureau de bois commandé auprès des plus habiles artisans, au sol une fourrure d’un animal exotique aux couleurs incroyables, sur les murs diverses peintures présentant des scènes - souvent des batailles contre des insurgés pirates -. La lumière entrait par une large fenêtre qui offrait une vue imprenable sur la magnifique cité de Bramamir. Al fit attention à bien être seule, se méfiant du moindre recoin et de la moindre possibilité d’un tueur embusqué. Rien d'inattendu ne se produisant, elle posa sa lourde arme sur le bureau et commença l’examen en règle de la paperasse. Des rapports sur divers thèmes, des lettres écrites par divers ministres, des chiffres notés sur un parchemin et des rapports militaires. Exaspérée elle jeta les parchemins par terre puis se laissa tomber sur le confortable fauteuil de l’ex-gouverneur. Elle enfouit son visage dans ses mains pour mieux remettre de l’ordre dans ses idées lorsqu’une brusque variation de luminosité la tira de ses pensées. Soudainement la pièce s’obscurcit, puis un courant d’air chassa les quelques parchemins restants de la surface du bureau alors qu'apparaissait en même temps la forme d’une petite créature. Celle-ci à peine plus haute qu’un tonnelet de rhum présentait toutes les caractéristiques d’un démon. Petites cornes noires transparentes, aspect monstrueux et absence de bouche.

- Alors c’est réglé ? Gouverne... demanda-t-elle avant de se rendre compte que ce n’était pas le gouverneur assis dans le siège.

Al la Triste, furieuse l’attrapa par le cou avec sa main de fer. Supris le démon se mit alors à couiner comme un chien à qui on aurait donné un coup de pied.

- Lâche-moi ! Lâche-moi ! Lâche-moi ! Lâche *glurgl*.

Le démon se débattait, tentant désespérément de griffer la large main de métal.

- Qui es-tu ? Qui est ton maître, chiure de latrines !? T’as intérêt à parler si tu veux pas que je t’arrache la tête.

- J’dirais rien ! J’dirais rien ! Répondit le démon en secouant jambes et tête.

  • Crac*

Al serra tellement fort le cou qu’elle finit par le broyer, tuant le démon. Elle jeta avec dédain le corps de cette chose à l’autre bout de la pièce. La colère montait, sentant que quelque chose lui échappait elle donna un grand coup de pied au large bureau, le renversant aussitôt. Là elle remarqua d’étranges écritures et symboles gravés sous le plateau du bureau.

- Qu’est-ce ??

Mais sa réflexion fut interrompue par Briscar et Poukos.

- Ca y est chef, c’est fait... Mais qu’est ce qui s’passe ici ? Demanda le vieux pirates, voyant le corps du démon et le bureau renversé.

- J’aimerais bien l’savoir, j’veux que les magots planchent sur ça, dit-elle en montrant les symboles. Ça sent mauvais cette histoire.

- Je suis bien d’accord, vous savez qui j’ai trouvé dans les geôles ?

- Des ennuis ?

- Nan, la p’tite Flammara.

- Flam... Pfffff, bien fait pour sa pomme, ça lui apprendra la vie.

- Elle demande à te voir chef, dit Briscar en montrant l’entrée de la pièce.

- Bon... voyons voir ce qu’elle me veut, dit-elle en ramassant et rangeant son pistolame.

Le palais de Bramamir fut autrefois un château fort très imposant avant que la royauté ne laisse la place à un gouvernement plus démocratique. Depuis, les bâtiments avaient subi de nombreux remaniements. Les geôles, elles, avaient été épargnées de toute modification. Les murs épais, suintant d’humidité, cachaient de nombreuses cellules insalubres. Al la Triste trouva le gardien évanoui, probablement en raison de la rencontre entre sa tête et la Coulegrouillot de Poukos. Dans la première cellule, plusieurs hommes aux barbes longues et habillés de haillons tendaient leurs mains pour qu’on les aide, mais Al la Triste les ignora pour le moment. Elle passa devant la nouvelle résidence d’Ardrios qui criait à l’injustice, puis après plusieurs cellules vides s’arrêta enfin devant celle tout au bout du long couloir. Appuyée sur le mur du fond gravé d’inscriptions la prisonnière évitait de regarder en direction d’Al la Triste.

- Alors Flam’ on s’est mise dans de beaux draps ? Ironisa-t-elle en prenant et ouvrant le registre de la prison posé sur une étagère en hauteur.

Mais Flammara répondit en la fusillant du regard, et quel regard ! Si ses yeux avaient bien la forme normale en revanche le blanc, comme l’iris étaient rouge vif.

- Me regarde pas comme ça, c’est pas moi qui t’ai mise là. Alors voyons... F... Flammara, voilà, rébellion... agression... incendie... étonnant. T’as perdu ta langue ? Tu t’es fait lâcher par tes copains de jeu ? Où est ce rat de fond de cale, ce suceur de moelle qui te sert de capitaine ? Alors ??

Piquée au vif, Flammara sauta sur les barreaux de sa prison, cognant l’étrange appareil qui lui serrait la tête.

- Joli chapeau, au moins un peu de bon sens dans cette baraque. Pas de magie du feu... tant...

- Je vais te dire ce que je fais ici... mais fais-moi d’abord sortir d’ici. Ça va te plaire... je te promet.

- Non ! La dernière fois que je t’ai écouté ça a tourné au désastre. Et puis t’es pas en position de la ramener, t’es en taule, pas moi.

Flammara grinça des dents, puis comprenant que ça ne conduirait pas à sa libération elle fit preuve d’un peu de bon sens.

- T’as gagné Al... Je me suis faite prendre alors que j’étais en mission, c’était un piège !

De suite elle gagna l’attention de son auditrice.

- Tu ne sais pas ce qu’il se passe ici en Bramamir...

Al coupa net.

- Tu crois ? Poukos et Briscar t’ont pas dit ??

Devant le visage interrogateur de Flammara, la réponse était vraisemblablement non.

- Nous venons de prendre le palais et le gouvernement vient de se soumettre, le gouverneur s’est suicidé.

- Bien ! Mais l’histoire qui me concerne est certainement bien plus importante que ça. Al je sais que nos rapports sont toujours très... enflammés, mais écoute-moi, j’ai découvert des indices et ce qu’il se passe est en rapport avec le vortex. Un secret que le gouvernement cache depuis la fin de la guerre contre Néhant.

- Quoi donc ?

- Ouvre-moi maintenant, je t’ai déjà révélé beaucoup, et de toute façon je ne peux pas tout mettre à jour sans aide. Je pense que ce chien de Doigts-Crochus m’a vendu au gouvernement et qu’il est de mèche avec tout ça.

- Ou il s’est rendu compte que t’es une véritable peste et a trouvé marrant de t’envoyer dans je ne sais qu’elle histoire rocambolesque. Mais bon, je suis dans un bon jour, je te gracie ! Puis Al récupéra les clés pour ouvrir la porte de la cellule.

- Par contre tant que je suis pas certaine de tes intentions, tu vas garder ça sur la trogne, ajouta le capitaine en montrant l’étrange appareil sur la tête de Flammara, je veux pas que tu brûles le palais... ajouta-t-elle à gorge déployée.

Chapitre 3 - Eradication

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- Vous n’obtiendrez rien de moi, tuez-moi que je rejoigne le grand astre.

Ozymandias dodelinait de la tête. Cela faisait maintenant plusieurs semaines que Sol’ra avait été défait par l’alliance des Draconiens, des Néhantistes, des Nomades et des Runiques. L’ancien Prêtre-roi qui abritait en son sein l’avatar de Sol’ra n’était plus que l’ombre de ce qu’il fut. Désormais entre les mains de la Légion Runique il subissait un interrogatoire perpétuel.

- C’est là que tu fais erreur... commença à répondre Eilos avant d’être coupé.

- Non l’erreur c’est Néhant qui l’a faite, il aurait du me soutirer les informations que vous désiriez... mais c’est trop tard maintenant.

Eilos attrapa Ozymandias par la mâchoire et serra fort.

- Il y a d’autres moyens, tu as peut-être une volonté d’acier, mais nous autres sommes capables de modeler le métal, dit Eilos en relâchant son étreinte.

Les campements des Runiques et des nouveaux Nomades se trouvaient à l'extrémité nord de ce qui restait du Tombeau des ancêtres. Une alliance temporaire entre ces deux guildes se dessinait et Eilos et le Vizir Mahamoud tentaient vainement de remonter le moral des troupes après une bataille éprouvante face à Néhant. Pour Eilos seule comptait la mission que le Cénacle de Tantad lui avait confié : Récupérer le cristal tombé du ciel. Hélas il n’en restait rien après que la créature qui se trouvait à l’intérieur eut prit possession d’Ozymandias dans le but de détruire ce monde. Mais Eilos était la persévérance même, il n’allait certainement pas s’arrêter à cet état de fait, à cet échec.

Le lendemain matin, il y avait de l’agitation au campement. Eilos sortit de sa tente en même temps que d’autres un peu partout, eux aussi attirés par le bruit. Coranthia, Lania et Xenophon entouraient un homme en le révérant, le glorifiant. On ne voyait pas le visage de cette personne cachée par l’imposante stature du minotaure. Mais le bâton indiqua à Eilos que la personne qu’il attendait était enfin arrivée. Après avoir salué ses congénères l’homme avança jusqu’à Eilos. Son visage était marqué par les années, sa tenue blanche aux bordures dorées était celle d’un prêtre et effectivement c’était un homme de foi, et pas n’importe lequel.

- Je te salue Seigneur Runique Eilos, que le Panthéon te soit favorable.

- Et je te salue en retour Sapient, Oracle d’Orpiance, répondit Eilos en écartant les bras puis le serrant contre sa poitrine. Ton arrivée me soulage, nous avons cruellement besoin de tes talents... sur bien des points, ajouta-t-il en relâchant son ami. Mais entre donc, tu es le bienvenu sous la tente des Archontes comme il va de soit.

L’intérieur regorgeait d’armes, d’armures, de sièges, de lits. Il y avait au beau milieu une table avec divers objets dessus, un pichet d’eau et diverses coupes. Sapient posa son sceptre contre une des colonnes qui soutenait la toile de l’immense tente. Puis se posa dans un siège à grand renfort en laissant échapper un râle de soulagement.

- Je commence à me faire vieux pour ces voyages, dit-il en se servant un peu d’eau. Alors pourquoi m’as-tu fait venir jusqu’ici ? Ce n’est certainement pas pour t’apprendre l’art des runes, Coranthia et Lania sont des expertes en leur domaine.

- Non, du moins pas pour le moment, mais tu disposes d’un savoir qui va me permettre de déverrouiller une langue. J’ai un prisonnier, quelqu’un d’important, j’aimerais qu’il nous révèle ce qu’il sait, mais il ne veut rien dire. Après avoir empêché nos fortes têtes de lui arracher les bras, j’ai cru bon de te faire venir.

Sapient avala le contenu de la coupe avant de se servir à nouveau.

- Tu me fais venir pour jouer le tortionnaire ? Dit-il sur un air de reproche.

- Pas seulement, ce prisonnier peut nous dire où trouver des cristaux tombés du ciel, et tu serais le premier à pouvoir créer des runes avec. Je pense que c’est une motivation et une raison suffisante, non ?

Le prêtre soupira et posa sa coupe sur la table.

- Oui, c’est suffisant. Mes serviteurs vont installer mes affaires ici. Laisse-moi un peu de repos et nous irons... délier la langue de ton prisonnier.


- Vous n’obtiendrez rien de moi ! Cria Ozymandias.

Le Vizir Mahamoud, qui se tenait aux côtés d’Eilos et de Sapient, se demandait comment ils allaient obtenir des réponses. Après tout, eux aussi, nouveaux Nomades, avaient tenté de faire parler Ozymandias, mais à part des malédiction et des insultes, il n’avait rien dit. Sapient se plaça devant Ozymandias qui était attaché à un poteau profondément enfoncé dans le sol.

- Vous ne parlerez pas, mais devant nous va se dévoiler ce qui se cache dans les méandres de votre tête, dit Sapient d’une voix forte.

A ce moment là les runes sur ses habits et sur son bâton s’illuminèrent.

- Tenez-le bien, ajouta-t-il alors que ses yeux s’illuminaient à leur tour.

Loquitus passa derrière le poteau et tint Ozymandias de manière à ce que l’infortuné soit totalement immobilisé. A présent des runes scintillantes de mille feux volaient en cercle autour du bâton qu’il tenait d’une main. De l’autre main, Sapient dessinait des runes sur le front d’Ozymandias.

- Ô dieux du Panthéon, entendez la voix de votre serviteur, Sapient Oracle d’Orpiance. Faites apparaître ce qui nous est caché, accordez-moi la clairvoyance.

Puis les runes sur le visage d’Ozymandias s'effacèrent les unes après les autres, on aurait dit qu’elles étaient absorbées par la peau.

- Voyons tes souvenirs à présent !

Sapient ferma les yeux et posa la paume de sa main sur le front d’Ozymandias qui commençait à convulser. Des formes humaines, des lieux en fonction de différentes situations apparurent tels des mirages. Les souvenirs passaient à reculons, du plus récent vers le plus ancien. Ainsi au départ Avatar de Sol’ra, il redevint Ozymandias suite à quoi l’assistance vit comment il fut libéré d’un cristal jaune semblable à la pierre tombée du ciel.

- Il y a d’autres cristaux jaunes, dit Eilos en souriant.

Un long moment passa avant que d’autres souvenirs reviennent, à cette époque très lointaine Ozymandias était un grand chef de guerre, dirigeant les armées au nom de Sol’ra. Enfin, plus jeune un fait plus extraordinaire qui fit basculer le destin d’Ozymandias. Une pluie de météorites arrosa une bonne partie du désert, de ces cristaux étaient sorties des créatures de Sol’ra. Sapient arrêta là sa recherche, sentant que le prisonnier n’allait pas tenir plus longtemps. Les runes sur les habits et le bâton s’éteignirent lentement.

- Il y a d’autres cristaux parsemés dans le désert, dit Sapient en reprenant son souffle. J’ai vu dans son esprit que Sol’ra a prévu un plan de secours si son Avatar ne remportait pas la victoire. Partout dans le désert des... Comment vous les appelez déjà ? Sol’rain ?

- Solarian, répondit le prince Metchaf.

- Merci. Ces Solarians sont enfermés dans des cristaux et sont donc une menace pour l’avenir.

Mahamoud et Metchaf se regardèrent, la nouvelle était mauvaise et impactait directement le royaume du désert.

- Dans ce cas il est temps pour nous de retourner chez nous, décida le Vizir.

- Accepteriez-vous notre compagnie ? Nous comptons bien récupérer ces cristaux et détruire ces Solarians, ajouta Eilos en tendant la main en direction de Mahamoud.

L’homme à l’armure de lion saisit aussitôt l’opportunité offerte et scella la décision par une poignée de mains.

- Avec plaisir, nous ne seront pas trop de deux guildes pour cette tâche, nous devons débarrasser définitivement le désert de l’influence du dieu solaire.

- Légion Runique, nous levons le camp. Les dieux nous regardent et nous jugent ! Dit Eilos.

- Les dieux nous regardent et nous jugent ! Répondit comme un écho le reste de la Légion Runique.


La Légion Runique et leurs nouveaux alliés Nomades voyagèrent jusqu’à la porte à double sphinx, seul accès vers le désert d’Emeraude. Le vent chargé de chaleur s’engouffrait là avec force, projetant le sable fin sur les visages des voyageurs. Les Nomades ouvrirent la marche, habitués à suivre des routes invisibles aux yeux des étrangers. Les Nomades s’attendaient à devoir traîner les Runiques comme des fardeaux, accablés par la chaleur, mais tel ne fut pas le cas. La plupart d’entre eux était habitué aux températures extrêmes.

- Ça me rappelle l'entraînement à Faistaios, avec moins de lave, se souvint Agillian.

- Faistaios ! Mais ici il fait frais comparé à là-bas, répondit Loquitus en rigolant.

Ne comprenant pas les allusions, les nomades se concentrèrent sur leur nouvel objectif et menèrent le groupe suivant les indications de Sapient. Plusieurs jours plus tard les voici au nord-est du désert, devant eux se dressaient des ruines en partie recouvertes de sable.

- Nous y sommes, je reconnais cet endroit des souvenirs d’Ozymandias, plusieurs cristaux se trouvent par ici, expliqua Sapient.

- Bien, dressons un campement ici. Vous connaissez vos rôles, patrouille par deux, ordonna vivement Eilos.

- Nous allons vous aider pour le campement et pour les patrouilles, indiqua Mahamoud peu familier avec les tactiques militaires Tantadiennes.

- Du sable, du sable et encore du sable, comment font les gens d’ici pour vivre dans un tel environnement ? Râla Agillian et extirpant ses pieds du sable.

- Bah, tu sais d’où je viens c’est pas mieux, de la pierre et toujours de la pierre, ironisa Loquitus.

- Qu’est ce que...

Agillian montrait un point brillant en haut d’une dune. Les deux Guerriers Runiques coururent jusque-là pour découvrir de multiples éclats de cristaux jaunes. C’était comme si un cristal plus gros avait explosé, éparpillant des morceaux tout autour.

- Agillian, regarde là, des traces.

A priori une personne était venue jusque-là, puis était repartie dans une autre direction.

- Ça part vers cette montagne-là.

- Si ce que me disait Urakia est vrai, les traces disparaissent rapidement dans le désert. On peux en déduire que cette personne est passée il n'y a pas longtemps, expliqua Agillian.

- Allons voir ! Ordonna Loquitus en tenant fermement sa large épée.

Les deux Guerriers Runiques suivirent les traces jusqu’au pied de la chaîne de montagne qui entouraient le désert d’émeraude. Là ils virent un homme aux cheveux blancs avec des ailes lumineuses. Celui-ci dégageait un cristal enfoui sous des gravats. Lorsqu’il s'aperçut qu’il n’était pas seul le Solarian se retourna puis projeta une pierre sur Loquitus.

- Partez ou mourrez ! Cria le Solarian.

Il n’en fallut pas plus pour énerver le minotaure qui chargea sans plus attendre le provocateur. Le combat n’avait rien de vraiment équilibré mais le Solarian se défendit du mieux qu’il le put, blessant Agillian au bras gauche. Mais hélas pour lui il en fallait plus aux Guerriers Runiques pour les impressionner. Loquitus parvint à immobiliser son adversaire, puis Agillian arma son bras et transperça la gorge du Solarian avec sa lance.

Loquitus lâcha le corps sans vie du Solarian, les ailes disparurent et l’homme reprit l’apparence qui était vraiment la sienne, un simple humain qui avait eu le malheur de passer par ici. De ce corps s’échappa alors une forme lumineuse qui aussitôt se dispersa. Si bien qu’il ne restait plus de trace du Solarian.

Chapitre 4 - Ni vivant, ni mort

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Le feu crépitait dans l’âtre, l’odeur de la fumée se répandait dans toute la maison, sans que cela ne vienne gêner les occupants. A cela se mêlait un parfum de viandes et de vins cuits. Devant la cheminée deux écuelles traînaient là, vides de tout contenu, seules les traces de sauce et de pain indiquaient le festin passé. Non loin un petit chaudron de cuivre finissait de se refroidir après les assauts des flammes. Tournant un gobelet d’argent d’une main, Dimizar assis dans un fauteuil fixait le feu la tête remplie d’espoirs futurs. Il se laissa à rêver de cette descendance qu’il souhaitait tant, de bambins qui rempliraient cette grande maison vide de bonheur et de joies enfantines.

- A quoi penses-tu ? Demanda une voix féminine venant de derrière.

- A l’avenir.

Une jeune femme le rejoignit alors. Son visage blanc était encadré d’une longue chevelure brune bouclée. Ses yeux verts exprimaient un amour profond envers l’homme qu’elle regardait.

- C’est une belle maison, nous y serons bien, dit-elle en souriant.

- Espérons-le, les quelques personnes que j’ai croisé ne m’avaient pas l’air très accueillantes.

- C’est partout pareil les gens sont toujours méfiants de ceux qu’ils ne connaissent pas, laisse le temps au temps et...

La jeune femme s’arrêta de parler, quelque chose n’allait pas. Elle se tint la poitrine au niveau du cœur, ses jambes ne la retinrent plus et elle s’écroula sur les lattes du plancher. Dimizar lâcha la coupe de vin et s'élança vers le corps inerte de son épouse.

- Almaria ! ALMARIA ! Cria-t-il en saisissant délicatement sa tête.

Le cœur de Dimizar battait la chamade, aspirant et expulsant le sang de la terreur.


Le sang.

Le sang coulait sur le sol humide de cette caverne où se traînait Dimizar. Les souvenirs de cette vie passée tambourinait dans sa tête en rythme avec ce cœur qui battait de plus en plus lentement. La froideur de la lame plantée dans son thorax le glaçait à chaque respiration. Elle était pour lui un supplice. Nul son ne sortait de sa gorge trop serrée pour laisser la moindre émotion passer, seul le sang pouvait se frayer un chemin. Il tenta bien de l’ôter mais à peine eut-il poser la main sur la poignée de la dague qu’il souffrait le martyr. Cette fois il allait mourir, il le savait, son sort était réglé.


Almaria ouvrit péniblement les yeux. La lumière ambiante l’agressait, elle s’en protégea de son bras en râlant. Assis sur une simple chaise de bois Dimizar tenait son autre main au creux de la sienne. Depuis la première fois, la première crise, tout s’était enchaîné dans un processus infernal. Cette belle demeure n’était désormais plus qu’une coquille vide. Chaque meuble, chaque bijou, chaque livre vendu fut une cruelle déception, mais il le fallait. Pour lui seule sa femme comptait, tout le reste n’était qu’accessoire.

Il lui serrait la main comme pour l’empêcher de partir, comme si l’issue pourtant inéluctable pouvait être évitée.

- Je suis là, je suis là, dit-il la voix tremblante.

- Pardonne-moi...

- Tu n’as rien à te faire pardonner.

- Je ne t’offrirais jamais l’enfant qui aurait comblé tes rêves... J’ai... l’impression de t’abandonner. Ne leur en veux pas Dimizar, ils ne savent pas et ont peur.

Des larmes perlaient à présent sur les joues creuses de l’homme.

- Ne pars pas... ne pars pas !

La main qui tenait la sienne se décontracta, devenue inanimée, morte. Dimizar resta là, immobile, tentant d’admettre la mort de sa femme. Dehors la nuit tombait, comme un écho à la noirceur de la mort. Tremblant de tout son être il passa les bras sous le corps sans vie d’Almaria pour la serrer fort contre lui.

- C’est moi qui aurait dû te demander pardon.


Pardon.

- Elle pourra t’accorder son pardon mon ami.

Dans le brouillard sur le chemin de la mort Dimizar cru halluciner. Qui lui parlait, ici au milieu de nulle part ?

- Je ne vais certainement pas te laisser ainsi mon ami, nous avons traversé beaucoup d’épreuves ensemble.

Oui, il connaissait cette voix. Étrange qu’il se manifeste maintenant. La pierre-cœur de Zejabel, tombée lorsque Dimizar arriva là après avoir traversé les méandres brillait intensément. Une forme se dessina, comme une apparition fantomatique.

- Nous sommes morts mon ami. Néhant ne t’aidera pas, il nous a rejeté, tu sais que cela pouvait être ainsi, tu as toi-même agi comme le pire Néhantiste, moi aussi d’ailleurs, nous avons agi ainsi. La forme spectrale de Zejabel fit le tour de Dimizar, contemplant le Néhantiste agonisant.


- La mort te fait si peur que ça Zejabel ? Demanda Amidaraxar. Tu devrais être honoré de donner ta vie pour Néhant.

- Mais je suis honoré, le sujet n’est pas là. Je suis un mage... un sorcier, j’étudie la magie et je suis certain qu’il existe une application des pouvoirs Néhantiques avec la mort, dit Zejabel au beau milieu de la grande caverne sous son manoir. Mes recherches seront longues.

- Justement, ce n’est peut être pas le moment pour ça, le lézard bleu de Noz’Dingard a annoncé une prophétie. Tu es au courant ?

- Bien sur, tu crois quoi, c’est pas parce que je suis enfermé ici que j’ignore ce qu’il se passe ailleurs.

- Je vais bientôt conduire les légions vers le nord afin d'écraser ceux qui osent se rebeller. Quant à toi, vois avec Artrezil pour la destruction de ce Dragon de malheur.

- Je verrais, je finis quelques expériences et je me mets en route.


- J’ai travaillé des heures et des heures à manipuler les magies les plus obscures. Et lorsque Néhant a été défait j’étais sur le point de réussir. Dimizar, je vais enlever cette dague qui te transperce et tu vas mourir, ton cœur va cesser de battre pour toujours. A ce moment-là tout va changer. Je t’avais dit que nous ne formerions plus qu’un, que tu serais moi et que je serais toi. Nous allons continuer notre chemin et nous allons le faire à notre façon, car dès lors tes souvenirs se mêlerons aux miens, tes traits de caractère seront aussi les miens.

Dimizar s’était presque vidé de son sang lorsque la main spectrale de Zejabel attrapa la poignée de la dague que Télendar planta de toutes ses forces. Puis d’un coup sec il la retira dans un jaillissement sanglant. Le visage de Dimizar exprimait la terreur mais aussi la tristesse, des larmes coulaient de ses yeux exorbités.

Tout s’arrêta, la douleur, la peine, la peur. Tout cela fut balayé alors que sur lui s’étendait le voile de la mort.

Ses paupières papillonnèrent quelques instants alors que tout se chamboulait en lui. Quelque chose avait changé, il s’en rendit compte immédiatement, disons que le changement qu’espérait Zejabel s’était produit. Les deux esprits ne faisaient réellement plus qu’un, il le savait car il était à la fois Zejabel et Dimizar. Il avait la dague de Télendar dans sa main et en lieu et place de sa blessure se trouvait désormais sa pierre-cœur. Seule sa surface dépassait.

- Cela à fonctionné, la mort est vaincue, dit-il d’une voix caverneuse, à peine humaine.

Son cœur avait cessé de battre, son sang ne circulait plus et désormais il ne respirait plus. Il ne voyait plus le monde de la même manière, sa vision déformait la réalité. Après un temps d’adaptation il réalisa toute l’ampleur de ce qu’il venait de se passer. Cela était très confus mais le résultat était là, il n’était ni vivant, ni mort, mais il existait toujours, d’une manière... différente. A présent qu’ils ne formaient plus qu’un, le funeste évènement qui propulsa Dimizar vers lui apparut sous un jour nouveau, était-ce un simple hasard. Zejabel travailla autrefois à créer des maladies magiques qu’il expérimenta sur des villageois, précisément le village où Dimizar s’était installé avec sa femme.

La boucle était bouclée, Zejabel était un Néhantiste et malgré le fait qu’il avait du mêler son âme à celle de Dimizar il avait fini par avoir ce qu’il cherchait.

Chapitre 5 - Objectif : Dimizar

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Les Combattants de Zil s’affairaient à ranger toutes leurs affaires. Le chapiteau aux bandes verticales noires et violettes se retrouvait au sol, attendant d’être plié une fois de plus. Les stigmates des fêtes successives s’estompaient dans les cœurs. Chacun avait un rôle précis à jouer dans l'organisation de la guilde. Farouche cachait son inquiétude vis-à-vis de Salem et de Kriss, partis pour régler un problème jugé vital. La jeune femme désormais chef de bande ne montrait pas ses craintes vis-à-vis de la bataille à venir et tentait de faire bonne figure. Télendar avait déjà ressenti ça dans une autre vie, il comprenait l'appréhension de Farouche. Mais il devait lui parler et ce qu’il allait lui dire ne lui plairait pas.

- Je peux te parler Farouche ? Demanda-t-il avec gravité.

- Euh... oui.

- Lorsque nous avons attaqué le manoir j’ai réussi à avoir le Néhantiste, du moins à lui mettre une lame en pleine poitrine avant que celui-ci ne disparaisse.

- Je sais ça... et ?

- Je ne suis pas sûr qu’il soit mort. Je dois m’assurer qu’il n’a pas survécu et si c’est le cas lui régler son compte. C’est crucial pour moi, tu comprends ?

- Oui je comprends, mais les ordres sont clairs, les Combattants de Zil doivent aider les Envoyés de Noz’Dingard. Et tes lames nous seront précieuses.

Les mains sur les hanches Farouche lui adressa un regard de reproche.

- Et comment comptes-tu t’y prendre pour suivre quelqu’un qui a disparu ? Demanda-t-elle pensant mettre ainsi un terme au désir de balade de Télendar.

Le jeune homme aux cheveux blancs s’attendait à cet argument.

- Je peux localiser la dague que j’ai planté dans ce Néhantiste... à l’autre bout du monde s’il le faut. Mais je sens qu’elle n’est pas si éloignée que ça d’ici. Quelques jours tout au plus, ensuite je vous rejoins.

- Bon, je suppose que tu te feras la malle durant le voyage si je te dis non. Et puis nous devons lutter contre les Néhantistes, ça serait bête de laisser un doute planer. Alors vas-y, pars, mais tu n’y vas pas seul, tu emmènes au moins un autre combattant.

- C’est tout vu, j’ai besoin de discrétion. Sangrépée et... celle que je ne connais pas, Saphyra c’est ça ?

- C’est ça. Par contre revenez le plus vite possible, s’il le faut passez par la demeure au retour et rameutez les Combattants qui pourraient s'y trouver. Je compte sur toi Telou, dit-elle en lui adressant un large sourire.

- T’étais obligée de faire une marionnette à mon effigie ? Râla Télendar.

Saphyra fut étonnée que les premiers mots prononcés depuis une demi-journée de marche furent ceux-là.

- C’est une longue histoire, c’était pour te rendre un hommage.

- D’accord, mais ça me perturbe, j’ai l’impression qu’il me regarde.

- Ce n’est qu’une poupée Télendar, tu vas pas avoir peur d’une poupée ? Se moqua Sangrépée en contenant un fou rire. Bouh la poupée elle me regarde de travers, maman j’ai peur !!

Les deux filles rigolèrent ensemble de leur camarade de voyage. Ce dernier ne se laissa pas faire et bien que les moqueries ne lui plaisaient pas, l’assassin aimait cette ambiance propre aux Combattants de Zil. Le trajet à travers les montagnes fut l’occasion de connaître un peu mieux Saphyra qui avait rejoint la guilde pendant l’absence de l’ancien chef. Son histoire réellement atypique avait tout d’une Zilerie comme ils disaient souvent. Le soir arrivant, les compagnons d’aventure s'installèrent dans une cuvette bordée de grands rochers. Sangrépée connaissait bien cet endroit pour s’y être arrêtée quelque fois avec certains Combattants de Zil, c’était un passage vers leur quartier général, la célèbre demeure d'Artrezil.

- Il nous nargue ton Néhantiste Tel’, il est loin d’ici ? Parce qu’on est près de chez nous quand même, dit Sangrépée interloquée.

- Je pense pas qu’il s’amuse à ça, pas après le coup que je lui ai porté. Je ne sens pas la dague bouger, à mon avis il est mort. Mais bon... On en aura vite le cœur net. Qu’est ce qu’il y a Sang’ ? Sansvisage te manque déjà.

- Non, dit-elle en laissant échapper un petit gloussement. Je me demande juste où sont passés Salem et Kriss.

- Pareil, au final nous sommes peu nombreux à avoir obéi à l’ordre d’Abyssien, dit Saphyra en remuant les braises du feu de camp.

- Et , c’est pas étonnant, nous sommes les Combattants de Zil, n’oublions pas que la guilde passe avant les intérêts autres. Ceci dit nous retrouverons les autres dès que possible, seulement nous arriverons avec du retard, tu vois nous avons été prévenus après les autres.

- Après ? Ah mais oui bien sur, répondit Saphyra comprenant l’idée de Télendar.

- Dormez les filles nous allons avoir de la marche demain, et ça risque de pas être facile en talons, hein Saphyra !

- Pfff, répondit l’intéressée en regardant ses chaussures.

Télendar, Saphyra et Sangrépée cachés derrière des rochers observaient l’entrée de la grotte depuis plusieurs heures maintenant. La route jusque-là s’était avérée plus difficile que prévu en raison de l’éboulement d’une falaise sur la route qui traversait les Monts noirs. L’équipe dû faire un large détour pour finalement revenir sur le bon chemin. Puis Télendar stoppa la course car ils entraient dans une zone où potentiellement ils pouvaient croiser des Néhantistes, des démons ou toute autre créature mal intentionnée à leur égard. Mais étant des experts en infiltration la petite troupe se retrouva vite indiscernable à l’œil d’un non initié.

- On y va, chuchota Télendar en dégainant une dague. Soyez prudentes.

- Vas-y, on surveille tes arrières, répondit Sangrépée.

Télendar sauta de rocher en rocher jusqu’à l’entrée de la grotte où il se plaqua contre la paroi pour être le plus discret possible. La grotte n’était en réalité qu’une caverne de petite taille. La faible lumière ne l'empêcha pas de discerner les taches au sol et l'éclat du métal.

- Du sang ! Ma dague !

- Tel ! Télendar ! Tu devrais venir voir ça ! Cria Sangrépée. Y a de drôles de gars qui arrivent...

- De drôles de gars ? Se demanda Télendar en allant voir.

Les trois hommes qui arrivaient vers la grotte n’avaient en réalité rien de particulièrement drôle. Au contraire, leur allure claudicante, les morceaux de chair manquants, leurs regards vides de la moindre étincelle de vie, avaient de quoi soulever les cœurs des plus endurcis. Leurs vêtements étaient déchirés et l’odeur qui s’échappait d’eux se sentait à plusieurs mètres autour. Saphyra et Sangrépée révulsées par ces “choses” reculèrent. Télendar qui n’éprouvait pas la peur s’avança non sans serrer sa dague.

- N’approchez pas ! Nous sommes membres des Combattants de Zil, guilde officielle !

Mais les arrivants ne produisaient rien de plus que des sons inhumains. Le premier arriva au niveau de Télendar et tenta de le griffer des ses doigts crochus. Le Zil réagit par instinct et enfonça sa lame dans la gorge de cette... chose. Peu de sang s’écoula de la blessure et lorsqu’il retira la lame celle-ci était couverte d’un liquide épais et noirâtre à l’odeur nauséabonde.

- Herk ! cria Saphyra en esquivant le coup d’un autre assaillant.

- C’est quoi ces trucs ? Des cadavres vivants ?? Demanda Sangrépée en donnant un coup de sa lame d’ambre dans le thorax du troisième.

- Des zombies dégueulasse ! C’est comme dans les histoires qu’on me racontait quand je n’étais qu’une fillette, expliqua Saphyra en tenant le zombie face à elle au moyen de sa poupée aux griffes d’acier.

Télendar batailla avec ce corps sans vie et il s'énerva après avoir frappé aux endroits vitaux avec sa dague sans parvenir à un résultat. Sangrépée elle n’y allait pas de main morte et trancha dans le vif sans autre forme de questionnement. Les membres volèrent vite, la résistance de ces corps n’était pas vraiment la même que celle des vivants. Si bien qu’assez vite le sol se trouva jonché de bras, de jambes, de doigts et de têtes. Et au bout d’un moment plus rien ne bougea.

- Y en a partout ! Ça chlingue ! Critiqua Saphyra qui commençait à nettoyer sa marionnette.

- Et ta dague Télendar ? Dit Sangrépée qui réfléchissait au pourquoi du comment.

- Elle est dans la grotte. Ce qui implique que le Néhantiste n’est pas mort et ça me met en colère.

- Du coup on fait quoi ? On reste là ?

- Non, je récupère ma dague, on prend une tête de... comment tu as dit que ça s’appelle ? Zombie ? Bref un bout de cette chose et nous allons faire une halte à la demeure pour faire le point sur tout ça et chercher à comprendre.

- Tu... tu veux qu’on prenne un bout de ça ?? S’étonna Sangrépée.

- Oui, répondit l’assassin en lui jetant un sac de toile dans les bras. Tu t’en charges... s’il te plait.

Alors que Sangrépée récupérait la tête de zombie, Télendar examina sa dague, le sang n’était pas encore sec car l’intérieur de cette caverne était très humide. Il remarqua des traces noir sur le sol et de minuscules morceaux de cristaux noirs qu’il récupéra précieusement en veillant à ne pas les toucher directement.


- Kriss, des gens approchent de ma demeure.

- Oui, euh Zil ? Je dois t’appeler comme ça ? J’avoue que ça me fait bizarre.

- Si mon aspect est différent, je n’en reste pas moi Salem, mais Zil est mon nom. Donc je disais, des personnes arrivent, des Combattants.

- Qui ça ?

- Télendar, Sangrépée et Saphyra.

- Devons nous leur révéler désormais qui tu es réellement ?

- Oui, nous pouvons et devons leur dire. De même le Triumvirat doit être de nouveau actif, je pense que tu as toujours ta place et la jeunesse de Farouche sera un atout. Mais nous en parlerons plus tard, ils sont là, allons les accueillir.

La porte grinça lorsque Télendar tira le large heurtoir en forme de serpent. L’endroit n’était jamais fermé afin d’accueillir les voyageurs en quête d’un moment de repos et les Combattants de Zil itinérants souhaitant se tenir au courant des nouvelles de la guilde. Revenir ici fit un bien fou à l’ancien chef de guilde, cela lui rappelait des souvenirs, bons comme mauvais. Saphyra elle découvrait la demeure d’Artrezil pour la première fois, elle remarqua vite les divers objets laissés là, des machineries de spectacle, de vieilles tentes, du matériel de jonglerie etc. La grande entrée était bien encombrée mangeant là tout l’espace. Ils se dirigèrent vers le grand escalier central lorsque Kriss, Alyce et Zil débarquèrent de la grande porte du premier étage, porte donnant sur la salle principale, immense salon servant de salle de réunion. Télendar fut ravi de revoir son ami, mais il ne connaissait pas les deux autres personnes. Toutes deux dégageaient vraiment quelque chose, comme une aura importante et familière.

- Télendar, Sangrépée et Saphyra, je ne m’attendais pas à vous voir ici, qu’est ce qu’il se passe ? Venez montons dans la grande salle nous devons parler.

- Tu as bien raison.

La grande salle n’était pas en reste niveau encombrement, mais un effort avait été fait pour que cela soit vivable. Au centre sur le mur du fond, encadrée par deux grandes fenêtres la cheminée aspirait à son maximum la fumée dégagée par le feu crépitant. Au dessus de la cheminée, le portrait de l’Archimage Artrezil regardait quiconque entrait là.

- Télendar, voici...

- Zil ? Dit le jeune homme. Difficile de ne pas voir la ressemblance frappante.

En effet Zil tourné vers eux avec le portrait dans le dos était le portrait craché de l’Archimage, disparu depuis des années.

- Bravo, tu ne cesseras jamais de me surprendre. Effectivement je suis Zil.

Saphyra ne savait pas trop quoi penser, quant à Sangrépée elle n’en croyait pas ses yeux.

- Zil... ZIL ! WAOUH ! Dit-elle. Pour de vrai ? C’est pas une blague ou un truc de magie de l’ombre j’espère !

- Non Sangrépée, douce Elfine assoiffée de batailles. Je vous raconterais tout, mais voici Alyce, une nouvelle recrue très prometteuse et qui par certains aspects me ressemble beaucoup.

- Bienvenue parmi nous, dit Télendar en donnant un vague coup d’œil à la jeune fille, l’esprit tourné par l’arrivée soudaine de Zil.

- Et vous alors ? Interrogea Kriss.

- Vous allez pas nous croire, ironisa Saphyra.

- Le lendemain de ton départ Kriss, je suis parti avec Saphyra et Sangrépée à la recherche du Néhantiste que j’ai presque tué durant l’attaque du manoir et qui s’était enfui grâce à sa magie. J’avais prévu une telle fourberie et la dague que j’ai utilisé me permettrait le cas échéant de remonter la piste, dit-il en déroulant la dague d’un tissu imbibé de sang. Nous avons fini par arriver là où il était réapparu, mais il a commis quelques erreurs.

Télendar montra alors le sac porté par Sangrépée, l’Elfine sembla satisfaite de pouvoir enfin se débarrasser de cette tête de zombie. Elle vida le contenu par terre sur le tapis déjà en partie dévoré par des insectes voraces.

- Nous avons été attaqués par des cadavres ambulants, des hommes sans vie, décharnés et très agressifs. Nul doute que la magie soit derrière ça.

- C’est... oui c’est ça, de la magie, s’exclama Alyce.

- Et une mauvaise, je déteste ce qu’on fait les Néhantistes des arts de l’ombre, mais cette magie là, mes petits, représente tout ce qu’il y a de pire, du Néhantisme perverti, détourné.

Zil attrapa la tête et la jeta au feu, très en colère.

- Du coup ce Néhantiste est encore vivant. Et j’enrage de l’avoir raté.

- Et l’éclat de cristal ? Se rappela Saphyra.

- L’éclat... à oui, j’ai trouvé de petits fragment de cristaux noirs à côté de la mare de sang.

- Montre-moi.

Télendar attrapa la bourse dans laquelle se trouvaient les fragments noirs et les donna à Zil. L’ombre vivante se concentra pour trouver les résidus de magie qu’ils pouvaient encore contenir.

- Zejabel... Cancrelat, pire qu’Amidaraxar celui là.

- Qui est-ce ? Demanda Kriss.

- Zejabel était un Néhantiste, un chercheur qui s’était mis en tête de pervertir et détourner toutes les magies. Ceci sont des éclats de pierre-cœur, de sa pierre-cœur, je sens un lien d’ombre, très faible mais existant. Zejabel vivrait toujours.

- Pourtant le nom de ce Néhantiste selon le Conseil des guildes serait Dimizar, pas Zejabel.

- Mes amis, reposez-vous, dès demain nous partons à la recherche de ce Dimizar ou Zejabel, peu importe son nom. Si il est capable de faire revenir les morts à la vie alors il est de notre devoir de mettre fin à ces agissements.

Télendar souriait, ravi de cette décision. Ils allaient partir à la chasse au Néhantiste et il le ferait aux côtés de Zil et de ses compagnons.

Chapitre 6 - Le vent du changement

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Il est dit que Mineptra est la plus ancienne cité du monde. Elle aurait été construite par une civilisation bien antérieure aux hommes et cette civilisation aurait abandonné la cité pour une raison inconnue, telle est la légende de Mineptra et à vrai dire, elle est fausse. Les murs ont autrefois été les témoins de batailles incroyables, mais depuis que Sol’ra avait vaincu les Anciens Dieux et les avait fait disparaître des mémoires jamais plus aucune armée ne s’était présentée à ses portes. Pourtant une guerre avait bien eu lieu loin en dehors du royaume du désert d’Émeraude, le vizir Mahamoud, le prince Metchaf et d’autres valeureux combattants revenaient après plusieurs mois d’absence en l’éternelle cité. Rien n’avait vraiment changé. Dans les rues ombragées les habitants saluaient le retour de ces héros partis défendre une cause dont à vrai dire peu connaissaient la teneur. La rumeur sur leur retour alla bon train et très vite les ministres ainsi que le roi en personne allèrent à la rencontre de la troupe.

La grande place, devant la colossale porte du palais royal s’en retrouva noire de monde. Là le Roi du désert serra, devant tous son fils contre son cœur.

- Sois le bienvenu chez toi mon fils, tu as manqué au royaume des sables et du soleil.

La formule bien que classique n’était pas celle attendue par Metchaf qui aurait préféré un accueil moins solennel.

- Merci père... que les dieux... vous gardent, répondit Metchaf sans prendre garde. Nous avons vu mille merveilles et participé à mille batailles.

La phrase choqua profondément le roi ainsi que le grand prêtre de Sol’ra présent à ses côtés. En temps normal un tel blasphème, même provenant d’un membre de la famille royale serait puni avec sévérité. Le prince Metchaf voulait provoquer son père et surtout le grand prêtre, il allait y avoir du changement, et cette phrase l’annonçait.

- Merci d’être venu en personne nous accueillir enfant du désert et du soleil, dit Mahamoud comprenant la provocation de Metchaf.

- Je suis ravi de vous revoir, Vizir, autant vous dire que votre départ fut un houleux sujet de discussion de la part de mes ministres.

- Je suis à leur entière disposition.

- Allons parler de votre voyage et de vos actions au palais. Ordonna le vieux roi du désert.

La salle du trône avait pour particularité d’avoir un plafond de verre laissant passer le soleil du matin au soir. Le siège royal lui était fait de sable compacté et durci, presque incassable, orné d’une multitude de hiéroglyphes invoquant la protection de Sol’ra. Les murs de cette salle carrée, eux aussi, étaient couvert d’écriture, mais cette fois il s’agissait de noms des anciens rois et des héros qui marquèrent le passé. Seuls étaient présents le prince, le vizir, le roi et le grand prêtre de Sol’ra en remplacement de feu Ïolmarek. L’atmosphère était assez pesante et bien plus qu’un simple compte-rendu il s’agissait d’affirmer et amorcer les changements d’un côté et de maintenir la stabilité de l’autre.

- J’ai lu vos divers papyrus de notre ambassadrice au sein du Conseil des Guildes, avant qu’il ne lui arrive malheur. Est-ce que tout cela est vrai ? Sol’ra est-il réellement venu sur les terres de Guem et a été défait par les forces conjuguées de plusieurs guildes dont mes Nomades du désert ?

Metchaf allait parler, de manière cinglante comme à son habitude, mais il fut retenu par Mahamoud.

- Demandez à votre grand...

- Étant officiellement à la tête des Nomades, je me permet de prendre la parole pour éclairer votre éminence du savoir qui lui ferait éventuellement défaut. Ce qui est dit est vrai, Sol’ra a bien foulé les terres de Guem. Mais son but était de détruire ce monde et non de guider ses fidèles. Il a été vaincu avec l’aide des anciens dieux désormais libres. Ensuite nous sommes repartis en direction du désert avec de nouveaux alliés, une guilde du nom de Légion Runique. Nous avons entrepris de nettoyer le désert de la présence des Solarians qui menacent votre royaume.

Le grand prêtre Atetsis ne croyait pas aux anciens dieux, tout comme Metchaf n’y croyait pas non plus avant de faire face à la vérité. Quel plus grand outrage pouvait-on lui faire à ce moment-là ?

- Si telle était la volonté de Sol’ra alors ce monde aurait du périr et alors il nous aurait accordé miséricorde et pardon pour nos fautes, nous offrant la vie éternelle. Vous auriez dû être à ses côtés. Coupa le grand prêtre. Je ne saurais tolérer cette traîtrise faite à Sol’ra le tout puissant.

- Êtes-vous de cet avis père ? Moi aussi j’étais comme vous au début, fidèle à Sol’ra, mais j’ai ouvert les yeux. Autrefois avant que Sol’ra n’enferme les autres dieux il existait un panthéon qui protégeait le désert et prodiguait à notre civilisation leurs bienfaits. Le saviez-vous Atetsis ? Saviez-vous que durant les vieilles guerres des peuplades entières avaient disparu du désert. Des hommes, des femmes et des enfants ont été tués ou dans le meilleur des cas soit exilés soit réduits en esclavage, dit Metchaf en levant la voix. Atetsis ne répondit rien et cela se remarqua.

- Vous le saviez Atetsis ? Interrogea le roi du désert qui avait toujours prôné une politique tournée vers son peuple. Oui, vous le saviez, quels autres secrets cachez-vous grand prêtre ??

- Ecoute-nous enfant du désert.

La voix se répercuta contre le dôme de verre et les murs. Alors plusieurs silhouettes apparurent tel un mirage, un homme à la tête de crocodile, une femme au visage très doux et une autre au cheveux noirs comme les ténèbres et au diadème à tête de chacal. La femme au visage radieux s’avança vers le prêtre de Sol’ra qui tremblait de tout son être.

- Jamais Sol’ra ne vous est apparu Grand prêtre, pas comme nous le faisons en ce moment-même n’est-ce pas ? Nous arrivons au bout d’un cycle et il va y avoir un renouveau. Roi du désert nous sommes désormais de retour grâce aux Nomades du désert et nous promettons de veiller sur vous comme nous le faisions autrefois, alors vous en sortirez grandis. Mais cela ne peut se faire que si nous redevenons tels que nous étions. Hors nous étions cinq. Et nous ne pourrons être cinq à nouveau sans vous mortels et sans vous... Atetsis.

Ptol’a s’avança à son tour.

- La mort est différente pour nous autres divinités, elle revêt des formes variées mais en aucun cas elle n'est définitive. Aussi nous devons retrouver Cheksateth et... et Ra qui est devenu Sol’ra. C’est pourquoi nous avons besoin de vous Grand prêtre.

Le roi du désert très impressionné par la présence des dieux se posait tant de questions qu’il ne lui suffirait pas d’une vie pour toutes les poser. Mais il n’était pas prêt à jeter aux orties toutes ces années passées à prier Sol’ra et à croire en lui.

- Nous vous avons entendu... dieux. Un changement trop brutal risquerait de perturber l’équilibre du royaume. Un équilibre qui a déjà commencé à être brisé par les rebellions contre le culte de Sol’ra. Retenez vos fidèles, laissez-nous le temps, dit le roi du désert avec fermeté.

- Nous reviendrons bientôt, le temps pour vous de remettre de l’ordre dans vos affaires de mortels, dit Ptol’a en disparaissant avec Kapokèk et Naptys.

- A présent vous ne pouvez plus nier l’évidence, les anciens dieux sont libres et quoi qu’il se passe, le royaume du désert ne sera plus le même. Je mets ma vie entre leur mains, tout comme beaucoup de gens désormais. Vous devez acceptez cela et il faudra réformer les préceptes de Sol’ra, expliqua Metchaf.

- Fils du fils du désert, tes paroles sont plus sages qu’elles ne le furent il y a quelques temps. Je... je sais qu’il faudra accepter le changement. Mais cela ne se fera pas simplement. Le sang peut couler.

- Il faut faire en sorte que non, fils du désert, grand prêtre, les Nomades du désert peuvent être utilisés pour maintenir la paix et résoudre les conflits qu'il pourrait y avoir.

Le roi du désert qui connaissait parfaitement les préceptes de Sol'ra savait pertinemment qu'un problème épineux allait apparaître.

- Grand prêtre, avons-nous quelque chose à craindre de la part de l'Eclipse ?

Ce nom-là ne devait pas être prononcé car cette société secrète, au service de Sol'ra avait très mauvaise réputation tant les actions menées par ses membres étaient mal vues. Mahamoud en avait entendu parlé, il savait que l'Eclipse était un ordre d'assassins utilisé par le roi et les prêtres de Sol'ra hauts placés. Atetsis connaissait bien les membres de l'Eclipse, certains d'entre eux se montreraient implacables, mais beaucoup avaient déjà disparu, probablement en raison de la défaite de l'Avatar de Sol'ra.

- Question pertinente majesté. A vrai dire l'Eclipse subit déjà des répercussions des derniers événements. Il se peut que nous ne soyons plus en mesure de contrôler tous les Eclipsistes.

- Où est leur repère secret ? Demanda le vizir.

- Non, seuls les Eclipsistes le savent et je n'en suis pas un. Ils sont très prudent vis-à-vis des contacts qu'ils entretiennent avec les autres. Je peux les contacter.

- Dans ce cas contactons-les, je veux les voir, il ne faut pas qu'ils deviennent des chameaux sans berger, voir pire que le mouvement soit repris par quelqu'un qui pourrait se servir d'eux à notre encontre.

- Soit, Grand prêtre tu feras comme le désire le vizir. Ensuite je veux que tu convoques les autres grands prêtres, qu'ils viennent à Mineptra.

- Votre parole est celle de Dieu, dit Atetsis en s'inclinant.

La réunion s'arrêta là, des choses avaient été dites, mais peut être pas les bonnes. En attendant, Atetsis exécuta l'ordre du roi et demanda à ce que l'Eclipse entre en contact avec le vizir Mahamoud. Il ne fallut pas longtemps pour obtenir la réponse.


Le Vizir profitait de son retour pour remettre un peu d'ordre dans ses affaires. Son bureau, attenant à ses quartiers croulait sous les papyrus politiques ou économiques. Il se devait de récupérer son retard avant de rencontrer les autres ministres et faire le point avec eux.

- Excusez-moi.

Mahamoud sursauta. Il n'avait ni vu ni entendu venir Mouktar. Cela se produisait souvent, le jeune homme était des plus discrets.

- Mouktar ? Je peux faire quelque chose pour toi ? Demanda le vizir.

Le jeune homme accompagné de son scorpion blanc géant entra dans la pièce.

- Non seigneur, mais je pense pouvoir faire quelque chose pour vous. Sommes-nous seuls ?

- Je crois bien, devrions-nous l'être ?

- Vous avez demandé à rencontrer l'Eclipse et l'Eclipse vous répond. Je suis Mouktar, scorpion blanc de Selik et Eclipsiste.

Mahamoud s'étonna de cette révélation, il connaissait cet homme depuis quelques temps déjà et ne s'était rendu compte de rien.

- Très bien... Je me prépare et je te suis Mouktar.

Une fois son armure remise et Jugement de l'âme attachée à sa ceinture, le vizir suivit Mouktar. Ce dernier plaça une large pièce de tissu sur Mahamoud car ils allaient voyager de manière anonyme. A dos de chameaux tous deux se dirigèrent vers le nord, au pied des montagnes. Ils empruntèrent une ancienne route utilisée autrefois pour le commerce, avant que le désert ne se ferme aux étrangers et que les passages soient pour la plupart murés.

- La vallée du soleil ?

- Oui vizir, c'est là que je vous mène. Vous allez rencontrer Inatka qui est désormais celle qui est le plus haut dans la hiérarchie de l'Eclipse.

- J'ai hâte.

La vallée du soleil portait bien son nom. Une rivière coulait-là offrant un peu de fraîcheur dans cet environnement aride, la roche nue était jaunie par les rayons du soleil et le sable glissait entre les gemmes d’émeraude effilées comme des lames de poignard. Personne ne venait ici, c'était un lieu idéal pour des personnes voulant se rencontrer sans que cela ne se sache. Mouktar et Mahamoud montèrent jusqu'à un vieux temple caché derrière plusieurs petites collines. Cela ressemblait beaucoup à un temple de Sol'ra, mais l'architecture et le style étaient en décalage par rapport aux autres temples, Mahamoud comprit rapidement que cet édifice était dédié, à son époque, à Ra, avant qu'il ne devienne Sol'ra. L'intérieur fut tout aussi surprenant que l'extérieur. Les murs couverts de hiéroglyphes racontaient une histoire, celle de l'Eclipse. Voyant que le vizir désirait en savoir plus, Mouktar se risqua à lui expliquer la signification de tout cela :

- Qu'ils me rejoignent ou qu'il périssent. Il se déroberont à mon regard solaire, mais là où mes rayons ne peuvent les atteindre, les serviteurs de l'Eclipse eux, le peuvent.

- Ce qui veux dire que vous êtes à la base des déicides ?

- Non cela serait présomptueux et faire preuve d'arrogance que de prétendre à pouvoir tuer un dieu, nous simples mortels. L'Eclipse tua de nombreux fidèles d'autres cultes. Mais de nos jours c'est un peu différent. Du moins c'était différent lorsque la plupart des Eclipsistes étaient des Solarians.

- Et moi qui suis vizir j'ignorais tout ça.

Ils suivirent divers couloirs qui emmenèrent les deux hommes au cœur du temple, là où seul la lumière du feu pouvait éclairer les lieux. Puis au détour d'un de ses couloirs ils tombèrent face à face avec une grande femme à la peau brune. Ses peintures de guerre et son accoutrement indiquait ses origines. Kebèk venait de la même région qu'elle, là où le soleil frappe encore plus fort.

- Tu as l'Eclipse devant toi vizir. Que veux-tu lui dire ?

- J'ai l'Eclipse devant moi ? C'est toi qui la dirige ? Combien êtes-vous ? Quelles sont vos missions actuelles ? Est-ce...

- Tu es venu poser des questions, mais tu n'auras aucune réponse, car l'Eclipse ne répond qu'à l'Eclipse... Coupa-t-elle avant que Mahamoud n'agisse.

Prenant Inatka par surprise Mahamoud tira son arme poignée en avant pour enfoncer le pommeau dans le ventre de la femme. Puis, alors qu'elle était pliée en deux de douleur il lui attrapa les cheveux et lui plaqua le visage contre le mur, tout en lui faisant une clé de bras.

- Eclipse, un nouvel ordre va naître. Tu peux choisir entre te rendre utile pour le royaume du désert ou l'indépendance, tu peux choisir entre la vie et la mort. Je veux tous les renseignements que je demanderai, je veux que l'Eclipse reste une organisation secrète, mais ses buts seront différents. Tu as compris Eclipse ?? Dit-il avec Colère.

Mouktar regarda la scène sans intervenir et Inatka elle comprit les enjeux qui se cachaient dans les paroles du vizir. Elle n'avait en définitive pas le choix, coopérer ou mourir.

- Bien, dit-il en lâchant prise. Je suis vizir, mais je suis aussi le chef des Nomades du désert. Je sais et j'en ai eu la preuve il y a peu que certains membres de la guilde faisaient ou font partie de l'Eclipse, cela me convient si l'Eclipse agit dans le sens que je désire.

- Et que désires-tu vizir ?

Mahamoud glissa quelques mots à l'oreille d'Inatka, la jeune femme écarquilla les yeux, horrifiée par ce qu'elle venait d'entendre...

Chapitre 7 - Renouveau

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Le temps dans sa course frénétique avançait inexorablement dans un présent en perpétuelle évolution. Ainsi l’hiver était passé et avec lui le froid s’en était allé, laissant la végétation reprendre le dessus. Au milieu de cette forêt, véritable mer de feuilles, Kei’zan, le nouvel Arbre-Monde poussait de manière fulgurante, et déjà les premiers fruits étaient là. Ils n’étaient pas bien nombreux, à peine une poignée. Mais pour les Daïs, eux qui n’avaient pas vu de naissance depuis l’explosion de l’ancien Arbre-Monde, assister à ce spectacle était un moment fort. Depuis que Kei’zan avait fait le choix de se sacrifier, les Daïs restants décidèrent de rester sur place pour fonder un nouveau foyer, une nouvelle cité. Très vite la nouvelle fit le tour de la forêt et beaucoup d’Hom’chaï, d’Elfines et d'autres créatures firent le voyage pour voir le nouvel Arbre-Monde et peut-être vivre là.

Le vent soufflait doucement dans les feuillages, la chaleur revigorait le peuple Eltarite encore un peu endormi par cet hiver ô combien particulier. En effet il s’en fallut de peu pour que la forêt ne soit ravagée par le plus important incendie de son histoire. Sans l’arrivée providentielle des Elfes de Glace, il ne resterait que des souches calcinées et un peuple à l’agonie. Ces alliés, à l’exception d’un, s'installèrent alors à l’extrême nord de la forêt, là où la température leur était plus acceptable. Hors donc le jeune Yulven, Elfe de Glace recueilli par une Elfine courait comme un cabri entre les différentes habitations Eltarites tout en exprimant sa joie.

- Ça y est ! Ça y est ! Il est là ! Il est là.

Les habitants regardèrent le garçon avec curiosité, puis la rumeur enfla, et chacun cessa ses activités pour aller voir ce grand événement. Si bien qu’une bonne dizaine de personnes se retrouva au pied de Kei’zan où d’ores et déjà l’ensemble des Daïs formait un large cercle autour d’Eikytan. Le gardien de l’hiver était penché au-dessus d’un fruit de Kei’zan qui s’était décroché, indiquant l’arrivée imminente d’un nouveau-né Daïs. Le fruit ressemblait à une noix plus lisse et beaucoup plus grande. Lentement Eikytan retira comme une sorte de peau gluante et filandreuse entourant le fruit. Puis une fois que cela fut fait il caressa la coque avec la plus grande attention, la magie qui s’en dégageait prouvait qu’une forme de vie se trouvait là, à l’intérieur. Les Daïs, de leur cœur de sève, ressentaient une énorme joie et à l’unisson ils exécutèrent un antique rituel de bénédiction, accueillant le nouveau venu.

  • Clac*

La coque s’entrouvrit laissant échapper un liquide vert semblable à de la sève. Quelque chose bougeait à l’intérieur alors Eikytan entreprit d’aider cette jeune pousse en finissant d’ouvrir la coque. Les souvenirs coulaient en lui, ce geste, il l’avait fait à de nombreuses reprises avec Quercus et les autres premiers fruits de l’ancien Arbre-Monde. La plupart des Daïs actuellement présents se rappelaient de leur naissance car contrairement à beaucoup d’autres races foulant les Terres de Guem, eux gardaient leurs souvenirs dès la naissance. Le gardien de l’hiver examina cette petite créature encore engluée, celle-ci présentait tous les attributs des Daïs, l’absence de bouche, les yeux blancs, une peau semblable à de l’écorce lisse, une petite touffe de petites feuilles sur le haut du crane et deux petites cornes en haut du front. Ce Daïs avait la peau légèrement brune avec des stries horizontales plus claires, ses “cheveux” étaient blanc et rose. Eikytan attrapa le nouveau-né avec précaution en enlevant les restes de sève du fruit.

- Bienvenue parmi nous. Quel nom a choisi pour toi l’Arbre-Monde que je puisse le révéler au peuple Eltarite ?

Le petit Daïs reçut le message télépathique du gardien de l’hiver, ce n’était pas la première fois qu’on lui parlait, Kei’zan le faisait jusque-là.

- Fe’y.

Eikytan porta précieusement l’enfant dans le creux de ses bras et fit le tour du cercle formé par les Daïs. Puis une fois fait, il s’arrêta devant la foule pour le présenter.

- Voici Fe’y, né du premier fruit de Kei’zan et nouveau gardien du printemps !

Les Eltarites hurlèrent de joie, cette naissance donnait à tous l’espoir d’un avenir radieux.


Deux jours passèrent, deux jours de liesse, deux jours durant lesquels Fe’y grandit à une vitesse incroyable. Passant d’une trentaine de centimètre à presque un mètre de hauteur. Eikytan et les autres Daïs trouvèrent cela remarquable et imputèrent cette croissance exceptionnelle à ce nouvel Arbre-Monde. Les autres Daïs nés de cet arbre allaient-ils subir le même phénomène ? L’avenir le dirait, mais pour l’instant d’autres préoccupations allaient vite effacer cette question par l’intervention de Fe’y dont la précocité ne laissait pas de doute.

- Je suis en harmonie avec Kei’zan, il me parle et me guide, dit Fe’y.

- Tu veux dire que Kei’zan est une conscience, demanda Parlesprit.

- S'il a changé de forme il est toujours là, tel que vous l’avez connu. Vous ne l’entendez pas ?

- Non, nous ne l’entendons pas, répondit Le Grélé la curiosité piquée au vif. Que te dit-il ?

- Et comment l’entendre ?? Demanda Eikytan. Jamais l’ancien Arbre-Monde ne nous a parlé, il n’avait pas cette faculté-là.

- Kei’zan pense qu’il peut y avoir des tensions entre nous, entre votre génération et celle qui arrive et il ne veut pas de cela. Je propose à ceux qui le souhaite de s’harmoniser avec lui.

- Pourquoi craint-il une dissension ? Questionna un autre Daïs.

- A propos d’un autre sujet, primordial et qui va influer sur notre civilisation. Que savez-vous des Eltarites ? Dit Fe’y de sa voix cristalline.

- C’est le nom de notre peuple, s’exclama Parlesprit.

- Pas seulement, commença Eikytan. C’est une histoire que peu d’entre nous connaît je suis de ceux-là car j’étais là lorsque cet événement majeur s’est produit. En ce temps-là je n’étais qu’une jeune pousse, prêt à donner sa vie pour défendre l’Arbre-Monde. Hors justement une guerre avait éclaté contre une race sauvage, primitive et puissante : les Eltarites. Ils vivaient là où aujourd’hui se dressent des royaumes humains, ils étaient des conquérants et il ne restaient plus que nous sur leur passage. Nous étions alors si nombreux, des milliers et des milliers de Daïs. En peu de temps nous avons été balayé, tout en leur infligeant des pertes colossales. Enfin il y eu un point culminant, une dernière bataille où les dernières forces des deux côtés s’affrontèrent, non loin de l’Arbre-Monde.

Les Daïs se regardaient les uns les autres. Aucun d’entre eux n’avaient eu vent de cette histoire. Eikytan reprit.

- C’est là au cœur de cette bataille que l’Arbre-Monde intervint, alors que nous allions nous annihiler mutuellement. Du sol des milliers et des milliers de racines poussèrent subitement capturant toute les créatures de cette forêt, autant Daïs qu’Eltarites. Je ne sais pas combien de temps nous sommes restés enfermés, mais nous avons repris conscience peu à peu. Je me souviens parfaitement, j’aidais les autres à se défaire de leurs cocons et nous découvrîmes alors des êtres d’une nature nouvelle : Les Hom’chaï, ces grands guerriers pacifiques et les Elfines le cœur battant de liberté. Je ne comprenais pas vraiment, seuls Quercus et moi étions au fait de tout ce qui venait de se passer, les autres Daïs, Hom’chaï et Elfines n’avaient plus de souvenirs de la guerre passée. Quercus et moi avons alors compris, que l’Arbre-Monde avait créé les Hom’chaï et Elfines à partir des Eltarites et qu’il nous fallait, à nous Daïs, les intégrer à notre civilisation pour les garder au plus proche de nous. Et cela a fonctionné. C’est ce que tu voulais entendre, Fe’y ?

- Oui, dit le jeune Daïs.

- J’ai découvert ce secret il y a longtemps, déclara Le Grêlé, cela m’a valu de longues années emprisonné dans l’Ambre. C’est interdit d’évoquer cette histoire, nous risquerions un soulèvement des Hom’chaï et des Elfines si jamais ils trouvent une seule preuve de la véracité des faits.

- Il est déjà trop tard. Vous vivez parmi ceux qui savent, comme un certain Parleroche. Cela n’est pas un mal, car notre forêt est en péril, tout comme les terres de Guem. Les autres peuples n’en ont pas encore conscience, car ils sont ignorants, mais même si l’Arbre-Monde va faire naître des Daïs, nous peuple Eltarite ne seront pas de taille à faire face.

- Cela aurait-il un rapport avec Dragon et ce qu’il est advenu de lui ? Demanda Le Grêlé.

- C’est en incidence directe. L’Arbre-Monde veut faire revenir les Eltarites d’origine.

Cette nouvelle créa une vive protestation des autres Daïs.

- N’est-ce pas trop de risques que de les faire revenir ? Coupa Eikytan afin d’éviter un trop grand chaos.

- Toute action implique un risque, Ainé, la question que tu aurais dû poser est : comment ? Et là, seul toi peut être à même de répondre car tu es le seul en possession de la clé de l’énigme. Kei’zan n’a pas de solution à part que tout commence avec l’Ancien Arbre-Monde.

- La Souche ? Il faut aller voir là-bas, dit Le Grêlé impatient d’agir.

- Il y a beaucoup d’autres questions à poser avant de faire quoi que ce soit. Devons nous impliquer Hom’chaï et Elfine ? Quel est ce danger qui nous menace ? Tant de choses peu claires qu’il faut impérativement déterminer, ordonna Eikytan.

- Kei’zan veut que tu prennes sa place en dirigeant la Cœur de Sève dans cette... tâche.

- Étant l'Ainé je me dois de prendre la place qu'était celle de Kei'zan. Daïs, rassemblons la Cœur de Sève !

Chapitre 8 - Maître des esprits

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- Ta fascination pour l’homme est déroutante mon petit Corbeau. Regarde comme ils sont faibles. Ils ont laissé se consumer le Tombeau des ancêtres oubliant que nous leur avions laissé ces terres sous leur protection. Dit Yashoukou le seigneur Karukaï des oiseaux.

Au loin les corbeaux, corneilles et autres oiseaux de malheur volaient à vive allure vers la demeure de la famille Kage connue comme étant la dirigeante du clan du Corbeau. Daijin ne pouvait pas intervenir, Yakoushou l’en empêcherait et face à ce dernier même ses fabuleux pouvoirs ne pouvaient rien. Non, la famille Kage était livrée à elle-même.

Harmonie, c’est la première des valeurs de l’ordre Tsoutaï, celle qui rythme la vie de ces Xziarites si particuliers. Au cœur de Meragi, à l’ombre de Pakyu l’arbre millénaire du jardin du temple Tsoutaï, Toran et ses disciples méditaient. Malgré la fraîcheur de cette journée de fin d’hiver nul ne bougeait hormis les Cherchefailles qui faisaient face à chacun d’entre eux. Toran savourait ce moment privilégié après avoir assumé la régence de l’empire et chaque matinée en harmonie avec ses Cherchefailles l’emplissait de plénitude. A présent il pouvait se consacrer entièrement à la formation des derniers arrivants dans l’ordre comme Ayako, la fille du seigneur Impérial Gakyusha, ou Hime. Le vieil homme avait choisi le plus petit des temples pour s’occuper d’eux, rejoins dans cette tâche par Xianren un ami de longue date. Aku de son côté ne subissait plus l’influence de son Cherchefaille. Akujin était à nouveau libre sous la surveillance de Toran, mais la relation entre Aku et lui était désormais sur des bases plus saines. Puis les deux Cherchefailles de Toran s’agitèrent perturbant aussitôt le vieux maître qui sortit alors de sa méditation.

- Et bien, qu’avez-vous ? Dit-il en sentant un sentiment de nervosité émaner d’eux.

Les autres Cherchefailles aussi sentirent que quelque chose n’allait pas et comme ceux de Toran firent preuve de nervosité, annonçant la fin de la séance de méditation. Toran qui connaissait bien ses deux compagnons s’inquiéta vite, d’autant plus lorsqu’il vit les immenses volatiles de Yakoushou passer à vive allure au dessus du jardin.

- Des esprits ! S’écria Ayako.

- Où vont-ils ? Demanda Aku.

- Je ne sais pas, mais je ressens chez eux une agressivité hors du commun. Nous devons les arrêter ! Déclara Toran.

Il n’en fallut pas plus aux Cherchefailles présents pour immédiatement retourner à l’état de tatouages sur leurs maîtres. La course dans les rues de Meragi commença alors. Les oiseaux furent plus rapides, profitant des grands couloirs des rues et du vent s’y engouffrant, ils arrivèrent en vue de la demeure du Corbeau. Sur place nul ne se doutait de la menace qui filait à vive allure sur eux, la surprise aurait été totale si Toran et ses Tsoutaïs n’avaient pas emprunté des raccourcis et intercepté une partie du nuage de volatiles. Sans prévenir le vieux maître ordonna à ses Cherchefailles d’attaquer, lui-même suivant le mouvement décocha un coup de pied magistral au premier oiseau à sa portée. Xianren et Aku s’élancèrent à leur tour dans le nuage de plumes, de becs et de griffes. Enfin de leur côté, Hime et Ayako se pressèrent vers l’entrée de la demeure du Corbeau où la grande majorité des oiseaux était entrée. La grande salle principale, toujours plongée dans la pénombre, était à présent le théâtre d’un affrontement peu ordinaire. En temps normal la famille Kage maîtrisait les corbeaux et ne subissait pas leur courroux. Les cris des Xziarites, les bruits des battements d’ailes et les piaillements se mêlaient dans cette gigantesque cohue.

Effectivement Yakoushou avait sous-estimé la famille Kage. Il n’avait pas songé à un seul moment qu’elle serait aidée par cet ordre de guerriers mystiques accompagnés de Cherchefailles. Qui d’autres que les Tsoutaïs pouvaient mettre en échec des esprits ? Ils avaient pour mission de protéger l’Empire de Xzia des esprits et ils respectaient leurs vœux au mieux. Dehors les quelques habitants eurent vite fait de décamper, fuyant l’attaque des oiseaux. Toran et Xianren n’avaient jamais connu une attaque d’esprits de cette envergure, surtout ici à Meragi à la vue de tous. De longues minutes passèrent avant qu’à l’intérieur le clan du Corbeau, soutenu les Tsoutaïs n’arrive à repousser l’assaut. Les oiseaux sortirent les uns après les autres effrayés par la puissance des Cherchefailles.

Voyant leurs congénères battre en retraite le reste suivit le mouvement. Le nuage ainsi reformé commença à repartir en direction du seigneur Yakoushou. Toran comptait bien tirer tout cela au clair et poursuivit alors les oiseaux. Les Tsoutaïs n’allaient certainement pas laisser leur mentor agir seul et la troupe se mit en route à son tour, dans la relative incompréhension des membres du clan du Corbeau. Daijin regardait Méragi avec beaucoup d’attention, observé de près par Yakoushou certain d’une victoire éclatante. Mais cela ne se passa pas ainsi, et le Corbeau jubila lorsqu’il vit revenir les oiseaux, mis en échec, piaffant de peur.

- Voyez votre défaite seigneur Yakoushou et admettez vos erreurs. Repartez d’où vous venez et laissez les terres de Guem en paix.

Yakoushou, blessé dans son orgueil ne pouvait pas laisser passer un tel affront. Il hésita longuement, puis se décida enfin.

- Vous comptez quitter le monde des esprits ? Vous êtes à la frontière de cette réalité seigneur Yakoushou. Mais avant de faire cela dites vous bien que c’est définitif.

- Si cela me permet de t’éliminer, c’est un petit sacrifice que je vais m’autoriser. Et puis... si je veux prendre le contrôle de cet empire, puis de ce monde.

Le seigneur des oiseaux sembla comme prendre corps dans ce monde, comme s’il traversait une barrière invisible. Son aspect, jusqu’à présent légèrement translucide et auréolé de blanc changea. La ressemblance entre Daijin et lui était frappante et intrigante, pourtant ni l’un ni l’autre n’était sous sa véritable apparence.

C’est alors que les oiseaux serviteurs de Yakoushou, perchés sur les arbres et les rochers avoisinant s’envolèrent, pris de panique. Toran et les autres Tsoutaïs courraient dans leur direction, encadrés par leurs Cherchefailles. Daijin sourit, recula de quelques pas et reprit son apparence de vieil homme afin d’être reconnu par Toran.

- Vous auriez dû m’écouter Yakoushou... Vous les sous-estimez trop, et vous aller payer votre arrogance.

Les serpents à plumes de Toran volèrent vite jusqu’à Yashoukou afin de l’encercler. Le seigneur des oiseaux se sentait pris au piège et n’avait pas le choix. Les Cherchefailles venaient à l’origine du monde des esprits avant d’en être banni vers un monde annexe où ils ne pourraient menacer les autres esprits. Mais certains mages Xziarites avaient réussi à les contacter, puis les faire venir sur les terres de Guem, donnant naissance à l’ordre Tsoutaï. Bien que puissant, Yashoukou savait qu’il ne pourrait rien contre autant de Cherchefailles, de Tsoutaïs et contre Daijin. Il choisit alors de fuir, se divisant en une multitude d’autres oiseaux, à la surprise générale. Cela n’aurait pas été un problème pour Daijin si ces oiseaux ne s’étaient pas mêlés aux autres. Les Tsoutaïs frappèrent quelques oiseaux, mais très vite ces derniers se dispersèrent, rendant impossible toute tentative de poursuite.

- Maître Toran, je dois avouer que votre arrivée m'ôte une épine du pied. Dit Daijin en accueillant le groupe.

- Seigneur Daijin... Avez-vous une explication à nous fournir, demanda Toran avec une pointe de sévérité dans la voix.

- Bien sur que j’ai une explication. La personne que vous avez vu est un Karukaï, un des plus puissants. Il a essayé de me convaincre du bien fondé de ses actes et tenté de me retourner contre l’Empire, ce qui est bien évidemment hors de question. Aussi a-t-il tenté la menace, puis le chantage en envoyant une attaque contre mon clan. Hélas pour lui son attaque n’a pas porté ces fruits. Peut être y êtes-vous pour quelque chose ? Mon clan a-t-il subit des pertes ?

- Nos Cherchefailles ont perçu l’attaque et nous avons fait en sorte de rétablir la situation. Rassurez-vous, tout va bien en votre demeure. Cette histoire de Karukaï commence à être un véritable problème.

- Problème que je suis bien décidé à résoudre. Aussi permettez-moi honorables Tsoutaïs de vous inviter chez moi afin de vous remercier.

- Nous n’avons fait que notre devoir, répliqua Xianren qui caressait son Cherchefaille panda roux.

- Nous acceptons, il est temps pour nous d’intervenir plus en avant dans cette affaire. Hime, dit-il en regardant la jeune femme. Va prévenir le Seigneur Impérial, dis-lui que je souhaite le voir, avec Iro.

Cela n’arrangeait pas Daijin, mais le Corbeau ne dit rien, cherchant à tout prix à garder son secret intact.

Chapitre 9 - Champion contre Champion

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Agillian jeta en l’air le pigeon qui s’envola aussitôt, bravant la chaleur du désert d’émeraude afin d’apporter le rapport du Seigneur Runique Eilos à l’attention du Cénacle. Le chef de la Légion Runique suivait scrupuleusement les consignes et règles de la guilde afin que le Cénacle soit tenu au courant de façon très régulière des avancées faites. Voilà déjà un bon mois que la troupe venue de Tantad arpentait le désert d’émeraude en quête de cristaux jaunes et de Solarian à passer par le fil de l’épée.

- Combien il nous reste de piafs, demanda Agillian à l’attention du légionnaire en charge des oiseaux.

- A peine quatre. La chaleur en a terrassé la moitié, j’ai du mal à les maintenir en vie. J’en ai un qui va pas tenir longtemps je pense.

- Espérons qu’ils tiennent encore le temps de notre mission, dit le guerrier runique en tapant sur l’épaule de l’éleveur. Je vais faire mon rapport à Eilos.

L’ombre de la tente d’Eilos rafraîchissait à peine ses occupants. Le chef de la Légion Runique en partie nu discutait avec Sapient et Xenophon, eux aussi en nage. A côté d’eux, la table de bois croulait sous un amas de cristaux jaunes récupérés au fil de leur voyage. L’Oracle d’Orpiance avait fait une découverte assez incroyable à leur sujet.

- Ces cristaux-là ne sont pas issus de notre monde mais nous pourrons probablement en faire de puissantes runes. En les examinant j’ai observé un fait étrange mais néanmoins crucial pour la finalité de notre mission. L’énergie émise, même faiblement est d’origine divine, c’est vraiment discret si on prend les cristaux à part, mais devient plus évident lorsque, comme là, ils sont ensembles.

- C’est bien, mais en quoi cela va nous permettre de finir notre tâche ? Demanda Eilos en examinant un des cristaux.

- Cela va nous aider car, étant un Oracle d’Orpiance je peux suivre cette... comment dire... signature divine. Je ressens une telle présence non loin d’ici, un endroit puissant où nous devrions trouver soit un cristal équivalent à la pierre tombée du ciel soit une concentration remarquable de cristaux.

- Vraiment ? S’étonna Eilos. Cela vaut toujours le coup d’aller voir de quoi il retourne de manière à récupérer encore plus de cristaux et tailler dans les rangs ennemis. D’après toi, combien de temps pour nous rendre sur place ?

- Je n’ai pas de certitude, mais je dirais deux jours.

- Seigneur Xenophon il est temps que les troupes se préparent, nous partons dès que possible !


Lentement les hommes et femmes de la Légion Runique marchaient, suant sang et eau au fur et à mesure de leur progression. Le sable, véritable ennemi dans cet environnement freinait considérablement ces étrangers. Tant et si bien qu’au final c’est le double du temps annoncé que mis la troupe pour arriver sur place. Les émeraudes effilées et hautes comme plusieurs hommes perçaient les dunes aussi sûrement qu’une aiguille enfoncée dans la plante d’un pied. Le soleil très haut continuait son travail de sape, rabotant le moral des légionnaires pour beaucoup encore peu habitués à la chaleur. Sapient se protégeait les yeux pour éviter la forte lumière, regardant à droite et à gauche. - C’est bien là Eilos, pourtant il n’y a aucun cristal jaune de visible, uniquement des émeraudes, comme partout ailleurs dans ce désert. Est-ce que nous cherchons quelque chose d’enfoui sous ce sable ?

- J’en ai bien peur, dit Eilos en se tournant vers cette petite armée qu’est la Légion Runique. On va chercher un peu.

Puis en criant de façon autoritaire.

- LEGIONNAIRES A VOS LANCES !! FOUILLEZ-MOI LES ENVIRONS !!

Écoutant leur chef chaque membre de la Légion Runique prit une lance et commença à repérer les lieux. Si bien que cela se transforma vite en chasse au trésor, au début infructueuse mais qui au bout de quelques heures s’avéra payante. En effet, un petit groupe tomba sur quelque chose de recouvert de gravas et de sable. Les autres cessèrent là toute recherche pour céder à la curiosité de la trouvaille. Sapient et les autres Archontes se questionnaient au fur et à mesure que les autres dégageaient l’objet. C’était une grande dalle d’émeraude entièrement taillée et sculptée d’un seul bloc.

- La taille de ce truc est impressionnante gronda Loquitus.

Le minotaure avait raison, cette chose était presque une petite bâtisse faite d’émeraude, à ceci prêt qu’il n’y avait nulle porte. Des inscriptions en langue du désert ornaient les parois, mais nul ne pouvait les lire. Enfin et c’était là le plus important le haut du parallélépipède était fendu de part en part.

- Il y a quelque chose à l’intérieur, remarqua Lania.

Comme un seul homme tous se penchèrent ou collèrent leur visage contre la paroi sablonneuse et en partie effritée. Au cœur de l’objet se dessinait une forme, vaguement humaine mais en beaucoup plus gros.

  • Crac*

Un bruit intense se fit alors entendre, un bruit familier de la Légion runique habituée à entendre des cristaux se briser. Puis se fut l’explosion, jetant tout le monde à terre. Cette gemme retenait effectivement quelque chose qu’il aurait mieux valu laisser dormir à jamais. Les morceaux d’émeraude entaillèrent les chairs, blessant sérieusement quelques hommes, provoquant un léger mouvement de chaos. La créature libérée émanait comme un parfum de déjà vu. A la fois homme, à la fois animal, Eilos et certains autres en avait vu une de semblables durant la bataille qui avait conduit à la défaite de l’Avatar de Sol’ra.

- Le Sphinx ! Siffla Eilos en saisissant ses armes.

Non c’était un sphinx, mais pas celui rencontré précédemment, celui-là avait quelque chose de particulier dans son aspect. Ses pattes avant étaient des pattes d’oiseau, tout comme son visage comparable à celui de l’avatar de Sol’ra. La réaction de la Légion Runique ne se fit pas attendre et les guerriers dégainèrent leurs armes avant de former un cercle autour de ce sphinx. La créature bien que debout ne semblait pas en pleine possession de ses moyens. Debout mais les bras ballants et les yeux clos le sphinx respirait à nouveau l’air surchauffé du désert. Peu à peu ses forces revenaient et très vite il reprit conscience, faisant craquer les os de son cou il observa ces humains menaçants autour de lui. Avant de lancer une quelconque offensive Eilos s’avança pour prendre contact.

- Je suis le Seigneur Runique Eilos de la Légion Runique, déclinez votre identité !

Le sphinx s’étira longuement, ses muscles engourdis par l’immobilité, puis daigna répondre à l’humain qui avait l’audace de s’adresser à lui.

- Je suis Nebsen, Sphinx de Ra ! Seigneur Runique Eilos sais-tu où est Redzah le Mage-roi de Thèbirak ?

- J’ignore qui est cette personne... Que sais-tu des cristaux jaunes venus du ciel ? Nous savons qu’il y en a ici-même.

- Cristaux jaunes dis-tu ? Oui... je sais où tu peux les trouver car je suis le gardien des Larmes de Ra ! Indiqua le Sphinx espérant une confrontation.

- Dans ce cas, nous te ferons parler de force, dit Eilos en tentant l’intimidation.

- Me provoquerais-tu en duel ? Es-tu un humain doté d’honneur ou n’êtes-vous que des guerriers sans foi ni loi ?

Eilos s’attendait plus à une charge furieuse de la créature, comme l’autre l’avait fait durant la bataille au Tombeau des ancêtres. Ce Sphinx avait vraiment quelque chose de spécial dans son attitude. Oui, dans la Légion Runique il n’y avait que des gens d’honneur. Aussi lorsque le mot duel fut prononcé tous les regards se tournèrent vers le Seigneur Runique. Ce dernier n’avait pas le choix, accepter ou être déshonoré devant sa guilde.

- Un défi ? Très bien, si je gagne tu nous donneras ces Larmes de Ra.

- Et si la victoire est mienne, alors toi et les tiens deviendrez mes nouveaux serviteurs.

C’était un duel risqué, mais intéressant pour les deux partis. Les enjeux étaient importants et il était trop tard pour faire marche arrière. Eilos ordonna a la Légion de baisser les armes et de monter le camp.

- Je te laisse jusqu’à demain Seigneur Runique Eilos...

Le campement dressé pour la nuit grouillait de soldats prêts à défendre les lieux contre une éventuelle invasion de Solarians. Après tout, le Sphinx pouvait parfaitement jouer de ruse et mener une attaque surprise. Mais non, rien ne se passa durant la nuit à part une préparation minutieuse d’Eilos. Il fit appel aux savoirs ancestraux des prêtres runiques afin que lui-même et son armure soient dans les meilleures conditions possibles.

La journée était, une fois de plus, radieuse, pas l’ombre d’un nuage et la chaleur toujours dévastatrice. Mais Eilos n’était pas homme à se laisser abattre par la chaleur. A présent en armure complète, il quitta le campement, suivi de la Légion bien décidé à combattre le Sphinx et à gagner. De son côté Nebsen disposait à nouveau de toutes ses facultés... et d’un plan. Si son adversaire s’avérait être plus fort alors il respecterait sa parole, mais d’un certain point de vue. Désormais les deux adversaires se faisaient face, entourée par la Légion Runique soutenant son champion. Le combat allait être intense, violent et déterminant...


Tantad, amphithéâtre du Cénacle,

La jeune guerrière runique marchait d’un pas assuré dans les couloirs, il ne fallait pas qu’elle se mette en retard, le Cénacle l’attendait. Les portes s’ouvrirent alors sur la grande salle où siégeaient les personnes les plus importantes de Tantad. Seuls deux sièges étaient occupés. L’un par Apolodria, une jeune femme aux cheveux bruns lâchés sur un visage très maigre au regard sévère. L’autre par Centorium Aurius, un homme dans la force de l’âge au visage marqué par la guerre. Apolodria était celle que l’on appelait en cas de gestion de crise, l’autre commandait en tant que Grand Archonte les armées de Tantad et en cela était le supérieur direct d’Eilos. La guerrière le connaissait bien, et pour cause, Aurius n’était autre que son père. La guerrière mit un genou à terre et posa son bouclier et sa lance devant elle en signe de soumission au Cénacle.

- Relève-toi guerrière runique, nous ne sommes pas en séance officielle, laissons le cérémonial de côté veux-tu, dit Apolodria.

Sans répondre la guerrière obéit.

- Ce que nous allons te dire est confidentiel, tu ne devras en parler à personne, ajouta-t-elle.

- Mes lèvres seront scellées par les runes du silence, répondit la guerrière.

- Dans ce cas... Myrina, le Cénacle montre de l’inquiétude envers la Légion Runique, dit Aurius.

- Pourquoi cela ?

- Comme tu le sais, la Légion est en mission depuis plusieurs mois. Les dernières nouvelles d’Eilos et ses hommes datent d’il y a plus d’un mois, nous craignons qu’il leur soit arrivé quelque chose.

- Que disent les Clairvoyants d’Abypolis ?

- C’est là qu’est le problème, coupa Apolodria, les Clairvoyants ne trouvent pas la Légion Runique, à leurs yeux elle a simplement disparu.

- Disparue ? Impossible ! La Légion est constituée des guerriers les plus forts de Tantad !

- Je sais... ma fille. Nous devons avoir le cœur net quant au sort de la Légion. La perte d’Eilos et de ses hommes provoquerait une crise importante, crise qui ne doit pas exister. Aussi nous t’envoyons sur place découvrir ce qu’il est advenu d’eux et nous tenir informé. Constitue un groupe de personnes fiables et mets-toi en marche sans plus attendre... Les dieux nous regardent et nous jugent.

- Les dieux nous regardent et nous jugent ! Répondit Myrina avant de quitter le Cénacle, ce demandant quel destin avait frappé la Légion Runique.


Chapitre 10 - Maelström

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- Alors Flammara, maint’nant qu’on est entre nous, vas-y on t’écoute.

La guémélite du feu attendait depuis plusieurs heures qu’on daigne s’intéresser à son cas. Mais Al la Triste était une femme très occupée suite à son coup d’état... Enfin suite à la dissolution du gouvernement précédent des Îles Blanches. Flammara fut conduite à bord de l’Arc-kadia en attendant que le capitaine du navire daigne lui accorder un peu de son temps. ce qui arriva en fin de journée, alors que le soleil se couchait derrière les Îles Blanches. L’ensemble des capitaines de la flotte pirate attendait les révélations de l’ancienne prisonnière. Ce qu’allait raconter Flammara allait changer le cours de l’histoire sur bien des plans.

- Ce que j’ai vu... et entendu...

Flammara cherchait ses mots.

- L’essentiel n’est pas de savoir comment j’ai obtenu ces informations, mais plutôt ce que ça implique. Le gouverneur ainsi que bon nombre de politiciens et de militaires sont sous la coupe d’une organisation véritablement dangereuse. Tout cela est tellement incroyable... Je les ai vu faire, ils les ont... jetés dans le vide.

Elle semblait alors très perturbée par des souvenirs traumatisants.

- De quoi parles-tu, pour ma part je comprends pas tout, râla Galène en fixant le haut du crâne de la jeune femme. Puis regardant Al la Triste. Je peux lui enlever ça ? J’aimerais bien jeter un coup d’œil à cette technologie.

- Plus tard Galène, plus tard. Donc, qu’est-ce que t’as vu Flammara.

- Dessous la ville il y a un réseau de tunnels et de cavernes, je les ai parcourus... jusque tout en bas, dans une vaste salle disposant d’un accès vers l’extérieur. C’est là que j’ai vu... C’était des militaires, ils portaient l’uniforme. Ils avaient des gens avec eux, des prisonniers attachés comme des bêtes, hommes, femmes et même des enfants. Là... ils les ont jetés dans le vide... droit en direction du maelström. J’ai vu une ombre donner des ordres aux militaires puis disparaître.

- Et quoi d’autre ? Demanda Al.

- Puis, je me suis fait avoir et me suis retrouvé en taule. Et là j’ai assisté à leur manège, régulièrement des prisonniers que je savais être enfermés pour de petits délits ont été emmenés. Plus jamais on ne les reverra, c’est sûr eux aussi ont fini dans le maelström.

- Pourquoi ont-ils fait ça ? Dit Azalys intriguée.

- Que cherchais-tu exactement Flam’ ? J’ai l’impression que tu ne nous dit pas tout.

La jeune femme hésita longuement avant d’en venir à sa réelle motivation.

- Je cherche Eriade. D’après ce que je sais et ce que je ressens il est là dans ce réseau.

- Eriade ?? C’est qui ? Demanda Azalys.

Ce nom évoqua bien des histoires à Al la Triste, son père lui racontait les aventures extraordinaires de cette fabuleuse créature.

- C’est un phénix, répondit Al.

- Oui un phénix... Il y a longtemps et selon les légendes Eriade était le souverain d’une immense région des terres de Guem, allant des volcans jusqu’au bout de Bramamir. Il aurait disparu un beau jour sonnant la chute de son empire qui se morcela en deux grands royaumes, Tantad et Bramamir. Mon enquête m’a mené jusqu’ici même Eriade serait là quelque part.

- Deux raisons d’aller voir ! Exulta Al. Et désolé de t’dire ça, mais tu viens avec moi ma 'tite Flam’ ! Puis se tournant vers Galène. Tu peux lui enlever ce qu’elle a sur la caboche. En attendant je vais voir qui j’emmène avec moi... Je ferais bien une équipe d’filles tiens... Azalys ? Partante ?

- Avec plaisir, dit la cinq fois veuve.


Le lendemain matin, Al avait convoqué son équipe de choc composée d’Azalys, Flammara, Mylad et bien sur d’elle même ! Al et Azalys vérifiaient leurs armes pendant que Mylad et Flammara faisaient connaissance l’une de l’autre. Très vite les deux guémélites s’entendirent, l’une manipulant la foudre, l’autre le feu. L’Arc-Kadia s’arrima à un trou dans la paroi sous l’île principale de la cité. Sous eux en contrebas d’autres petites îles flottantes au-dessus du centre du gargantuesque maelström.

- Attendez-nous ici, ordonna Al la Triste.

Une par une les pirates sautèrent par l’ouverture, Al la Triste fermant la marche.

- Tout le monde va bien ? Demanda Al en allumant sa lampe. Alors où est-ce qu’on va Flam’ ?

- Mmm, si on suit ce conduit, on devrait arriver dans une heure de marche là où j’ai vu les soldats. Sinon on peut explorer et tenter de trouver des pistes d’Eriade.

- Évitons de se perdre dans un premier temps, suivons la route qu’tu connais Flam’.

Le groupe se mit en marche au travers des boyaux, forçant l’allure pour éviter toute mauvaise rencontre. Mais les lieux étaient déserts. Après la défaite du gouvernement les ennemis des pirates avaient pris la poudre d’escampette. Plus personne n’osait venir ici... enfin presque plus personne. Car lorsque qu’elles arrivèrent vers le lieux indiqué par Flammara, des bruits de discussions se firent entendre. Des ordres aboyés par une voix forte et des sanglots, une multitude de sanglots.

- Faites vite, j’en ai besoin ! VITE ! J’ai hâte ! Criait la voix.

- Pitié, nous n’avons rien fait ! Dit une autre personne sur un ton suppliant.

Al al Triste et Azalys, collées contre la paroi rocheuse à l’entrée de cette caverne observaient. Il y avait trois soldats au regard hagard, comme absent, tels des automates décérébrés gardant des prisonniers, de simples habitants de la ville. Puis non loin une forme d’ombre, peut-être humaine, mais son aspect avait quelque chose de magique. Enfin un peu partout des caisses et divers objets massifs entreposés là.

- C’est comme la dernière fois, chuchota Flammara à l’attention des autres filles.

Ni une ni deux, un des soldats agrippa le bras d’un prisonnier, fit trois pas et propulsa sa victime dans le vide. Il n’en fallut pas plus pour qu’Al la Triste ne donne l’assaut. Les soldats lâchèrent les prisonniers pour dégainer leurs armes à feu et commencèrent à faire un tir de barrage pour leur permettre de reculer un maximum. Leur plan était de parvenir jusqu’à une autre sortie, à l’exact opposé des pirates. Les filles comprirent vite la stratégie des soldats, Al cria de leur tirer dans les jambes. Azalys mit un genou en terre, épaula son fusil et visa une jambe. La balle perfora la chair de part en part et le soldat s’écroula. Flammara et Mylad firent parler la magie et neutralisèrent aussi un autre soldat. Quant à Al la Triste, elle courut jusqu’au dernier avant qu’il ne parvienne à s’enfuir, puis de son bras mécanique le plaqua au sol. Lorsque tout redevint calme la grosse voix de l’ombre se fit entendre.

- Parfait, voilà un plan qui se déroule parfaitement... HAHAHAHA !

Puis un coup de feu retentit... Al la Triste lâcha prise et se releva pour voir d’où provenait le tir. cela venait de derrière les grosses caisses, il y avait là plusieurs hommes avec des fusils trafiqués. Azalys, Mylad et Flammara réagirent vite malgré la surprise, canardant en direction des caisses. Al suivit le mouvement tirant à tout va. Mais la capitaine de l’Arc-kadia était très exposée, trop même car une balle toucha son bras mécanique et dans un bruit d’explosion la prothèse éclata littéralement. C’est alors qu’une autre balle la toucha, cette fois en pleine poitrine. L’imposante femme à la chevelure rousse s’effondra sur le dos, brisant alors la mini chaudière qui jusque-là animait son bras mécanique. Folle de rage Mylad déclencha une pluie de foudre sur leurs ennemis. Touchés par les éclairs les assaillants ne purent continuer de tirer, mais le mal était fait, l’objectif atteint. Al la Triste gisait sur le sol d’une caverne lugubre, le sang s’échappant par sa blessure. La douleur la paralysait et lui coupait le souffle.


Al la Triste ne sentait plus rien à présent, mais alors que ses amies se battaient pour éliminer leurs adversaires, le capitaine de l’Arc-kadia se trouvait entre la vie et la mort. Dans son inconscience elle entendit quelqu’un l'appeler.

- Alexandra. Alexandra !

Elle connaissait cette voix, resurgissant d’un lointain passé.

- Papa ? C’est toi papa ?

- Alexandra, je suis heureux de te parler à nouveau ma fille.

Al parlait à haute voix dans cette caverne, mais tout cela se passait ailleurs, imaginait-elle cette scène ?

- Il est temps pour toi de découvrir qui tu es, Alexandra.

Al se sentit comme aspirée, projetée dans un autre endroit, qu’elle connaissait bien : l’Arc-kadia. Elle était là, face à son père et entourée d’autres personnes qui lui souriaient ou la saluaient amicalement. Elle se sentait bien ici, parmi eux.

- Je suis morte ? Demanda la jeune femme rousse.

- Cela ne va pas tarder ma fille, répondit le Géant au regard triste. Mais avant que cela n’arrive j’aimerais que tu m’écoutes. Même si Al était sur le seuil de sa vie, la joie de revoir son père dépassait toutes les autres émotions.

- Alexandra, tu te souviens du jour de ton accident, quand tu n’étais qu’une petite fille ?

- En grande partie, je me souviens de la douleur principalement.

- Ce jour-là... Ce jour-là en réalité tu es morte ma fille. Le bras arraché tu n’as pas tenu. Ton cœur avait alors cessé de battre. A ce moment-là au-dessus du navire une forme enflammée passa lentement. Al était un peu perdue attendant la suite.

- Je t’ai alors fait un cadeau inestimable. Je t’ai transmis ce que l’on m’avait transmis des siècles avant, je t’ai ramenée à la vie. La forme enflammée ressemblait à un oiseau, qui n’avait rien à voir avec un moineau, car aussi grand que le navire.

- Alexandra, je vais faire vite car le temps m’est compté. Les personnes qui sont autour de toi sont nos ancêtres, tu es l’héritière d’une lignée prestigieuse qui autrefois régnait sur cette partie du monde. Chacun d’entre nous avons été le dépositaire d’un secret farouchement gardé. En toi vit Eriade.

La forme enflammée commença alors à rapetisser pour devenir d’une taille plus modeste. Finalement le phénix s’accrocha au bras du Géant au regard triste.

- Je veille sur toi Alexandra, je suis une partie de toi. Nous nous sommes déjà parlé autrefois, mais tu n’as gardé aucun souvenir. Mais c’est différent cette fois. Tu vas mourir Alexandra pour mieux renaître ensuite et continuer ce que tu as commencé à faire, dit le phénix.

- Qu’est ce que j’ai commencé à faire ?

- Tu luttes pour libérer les Îles Blanches des influences néfastes qui la détruisent. Regarde donc à bâbord.

L’Arc-kadia était à présent juste au-dessus du grand vortex, au centre de ce maelström.

- Sais -tu ce qu’est le Maelström ?

- Un sort puissant lancé par Néhant ?

- Pas tout à fait. C’est un démon, le plus grand démon existant à l’heure actuelle. Une créature dévoreuse. C’est elle qui t’a tendue cette embuscade pour te tuer, révéla Eriade.

- L’ombre ?

- Oui ma fille. Le gouverneur subissait l’influence des Néhantistes et du Maelström, un odieux chantage. Le démon ne dévorait pas les Îles Blanches si en échange des gens étaient sacrifiés, dévorés par le démon.

- C’est ignoble !!

- Oui, hélas comme Eriade était alors en toi, je n’ai pu renaître pour continuer la lutte, je n’ai guère eu le temps de prévenir qui que ce soit, il fallait que tu meures pour que je t’en parle...

Tout devint flou autour d’Alexandra.

- Il est temps de renaître, dit Eriade en écartant les ailes pour envelopper Al la Triste.

Les éclairs avaient eu raison des assassins. Mylad à bout de souffle regardait le corps inerte de son amie, Azalys penchée au-dessus pressait la blessure comme elle pouvait, les mains pleines de sang. Puis un halo rouge brilla autour d’Al. Flamamra sentit alors la magie du feu et d’instinct hurla.

- Barre toi Azalys !!! Ça va brûler !!

A peine eut-elle le temps de s’écarter que le corps du capitaine s’enflamma en même temps qu’elle se levait. Les flammes vivantes formèrent alors une forme d’oiseau de feu, un phénix. La blessure se referma et le cœur de la jeune femme se remit à battre, elle était vivante. Azalys, Flamarra et Mylad restèrent figées devant ce spectacle incroyable.

L’ombre qui avait assisté à la scène disparut alors, car Al la Triste vivait et son plan avait échoué.

Chapitre 11 - Le sacrifice de Dragon

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Zahal courut jusqu’à sa monture laissée en arrière. Il devait faire vite car à présent les forces de Néhant n’avaient plus de raison de se battre aux côtés des Draconiens et de leurs alliés. Une fois en selle il fit tournoyer son épée en haranguant les troupes, les invectivant à reprendre courage pour la suite de la bataille.

- Resserrez les rangs !! Naya ordonne à tes sorcelames d’éliminer les démons qui sont derrière nous ! Marzhin, protégez-nous des pouvoirs Néhantiques !

Les ordres se relayèrent vite grâce à une mécanique bien rodée de transmission par les divers officiers de l’armée. L’organisation se mit en place de manière efficace. Kounok dirigeait son régiment de soldats à pied, Ardrakar assurait l’autre flan avec une poignée d’hommes, des vétérans endurcis et capables de prodiges. Les mages du Compendium dressèrent des boucliers magiques autour de ceux qui allaient au contact. Enfin Naya et ses Sorcelames exécutèrent l’ordre sans la moindre hésitation, détruisant les démons qui pourraient leur causer des problèmes en raison de leur position dans l’armée de la Draconie.

Zahal eut raison de réagir si rapidement car Néhant bien qu’en partie sous la domination de Ciramor brisa là l’alliance avec ses ennemis. Néhant laissa tomber Ozymandias, l’homme ne pouvait de toute façon aller bien loin vu son état. Dirigés par la volonté de leur maître, les démons et autres Néhantistes se lancèrent avec rage contre les lignes des Draconiens et quiconque se mettrait en travers de leur route.

Et des ennemis il y en avait, la Légion Runique, les nomades du désert, les Draconiens. Mais celui que craignait Néhant, c’était Kounok et son général, Zahal. Aussi et à son tour, il s’avança dans la grande mêlée où le noir dévorait vite le bleu. Alors que les démons découpaient les chairs et brisaient les os, les Néhantistes prenaient le dessus sur les volontés les plus faibles. Mais bientôt les mages du Compendium firent pleuvoir la colère des éléments sur les Néhantistes qui ne purent que constater leur supériorité dans le domaine de la magie. Là, au milieu des soldats effrayés par les démons, certains mages utilisèrent la magie de Dragon pour combattre au corps à corps, encourageant les autres. Cette guerre-là, contre Néhant, commençait directement par la fin, l’ultime bataille, ramenant le monde bien des années en arrière. A cette époque aussi les armées luttaient, Eredan en tête, contre les légions démoniaques. Cette fois encore les démons affluaient sans cesse. Des portails, ouvertures vers les Méandres, vomissaient les démons qui attendaient patiemment le moment de détruire toute vie humaine. Et les démons s’en donnaient à cœur joie à ce moment précis, car au fil de la bataille les rangs de la Draconie furent en partie décimés. Luttant à un contre dix, l’issue de la bataille était courue d’avance. Pourtant un événement qui a jamais changera les terres de Guem se produisit.

Alors que l'avatar de Sol’ra venait de perdre, Anryéna continuait d’assister impuissante à la chute des pierre-cœurs liées à Dragon. Une par une elle chutait sur l’herbe fraîche du jardin du palais. Que pouvait-elle faire de plus ? Coincée ici, en l’absence de ceux qu’elle chérissait, Anryéna avait peur. La présence de l’Apôtre du destin n’ajoutait rien à l’affaire car elle ne pouvait réconforter l’Archimage. Elle connaissait le destin de la fille de Dragon et c’est cela qui l’avait conduite à venir ici à ce moment précis. Car si elle savait ce qui allait se passer dans la globalité, elle en ignorait les détails, ne pouvant voir le destin de tous les êtres des terres de Guem. La lumière filtrée par le bouclier de protection dressé par Dragon devint d’un coup plus vive attirant l’attention des deux femmes. Effectivement le dôme protecteur avait disparu d’un seul coup, laissant la Draconie vulnérable face à une invasion. Anryéna ne comprenant pas appela son père. Alors sur la grande gemme bleue, cœur de Noz’Dingard et de la Draconie apparut une forme reptilienne aussi grande que la gemme elle-même. C’était Dragon en personne. Anryéna s’étonna de le voir ainsi alors qu’il devait protéger la Draconie. Accroché aux multiples arrêtes de sa pierre-cœur, Dragon portait son regard vers le lointain Tombeau des ancêtres. Puis après être ainsi figé pendant quelques minutes Dragon baissa la tête vers sa fille.

- Tu es toute ma fierté Anryéna. Tu es mon empreinte sur ce monde et l’avenir de la Draconie dépend désormais de toi.

- Qu’est ce que tu racontes ? De quoi parles-tu père ?? Cria-t-elle vers l’énorme guémélite de Guem.

- L’Avatar de Sol'ra n’est plus, mais Ciramor ne peut pas tenir plus longtemps la volonté de Néhant... Nous perdons ma fille. Cette fois je n’ai aucune prophétie, aucun Eredan pour venir redonner espoir aux peuples de ces terres. Je vais devoir intervenir. Je ne pense pas pouvoir venir à bout de Néhant, mais je vais le faire disparaître pour toujours. Cela implique aussi que je parte moi aussi.

Anryéna resta bouche-bée devant cette décision.

- Je dois réparer mes erreurs et laisser ce monde sans que de trop fortes puissances magiques ne risquent de détruire ces terres, comme ce fut le cas dans les Confins.

- Mais... tu veux te sacrifier ?

- C’est un sacrifice utile. A présent je dois partir. Je sais que la Draconie sera entre de bonnes mains. Lorsque j’aurais quitté les terres de Guem ma pierre-cœur serra tienne et tu deviendra le nouveau Dragon. Garde foi en toi.

Anryéna aurait bien hurlé, pleuré et crié, mais elle connaissait bien son père et rien ne le ferait changer d’avis. Elle se contenta de le laisser partir, elle aurait tant aimé le serrer une dernière fois dans ses bras. Dragon s’élança dans les airs puis après s’être éloigné utilisa sa magie pour aller d’un lieu à un autre en un battement d’ailes.


Au Tombeau des ancêtres, les démons perforaient les lignes des Draconiens aussi facilement qu’un couteau dans une motte de beurre. Les soldats tombaient comme des mouches, seuls arrivaient à résister les Chevaliers Dragon, les Sorcelames et les mages du Compendium. Néhant satisfait s’avançait lentement Calice en main vers un Kounok à bout de souffle. Mais le Prophète ne s’avouait pas vaincu. Chimère se fit un plaisir de guider au mieux son porteur dans son affrontement contre Néhant. Le Chevalier Dragon tint bon, résistant avec habileté. Appuyé par un Pilkim au summum de son art, contrant les assauts de la magie Néhantique, Prophète faisait jeu égal avec Néhant. Mais bientôt, l'étau se resserra sur la poignée de Draconiens et infatigable Néhant prenait le dessus peu à peu. Et alors que les premières blessures lui étaient infligés le doute étreint Kounok, et la fatalité annoncée devint évidence, s’en était fini d’eux. Mais jamais il ne se rendrait sans lutter, Chimère aussi voulait en découdre. Les chocs des lames étaient terriblement violents, jusqu’au moment où dans un dernier assaut Kounok frappa de toutes ses forces. Chimère détruisit alors Calice, cette dernière explosant alors, projetant toutes les personnes autour sur le sol couvert de sang.

Lorsque Prophète se releva il remarqua alors Zahal par terre, il s’était interposé juste au moment de la déflagration pour le sauver. Les éclats de la lame de Néhant criblait le pauvre chevalier. Alors que Kounok se penchait pour aider son ami, l’imposante silhouette de Néhant se dessina au dessus de lui. Le visage toujours impassible il jeta les restes de Calice.

- Je savoure ce moment de victoire. Il me sera désormais facile de soumettre ce monde à ma volonté.

Puis un hurlement se fit entendre, un cri puissant pouvant s’entendre d’un bout à l’autre du Tombeau des ancêtres. L’ombre d’une forme gigantesque, grand lézard volant, propulsa les armées entremêlées dans la pénombre. Kounok reconnut sans peine son grand père. Tout à coup Dragon se volatilisa pour réapparaître, sous une forme humaine devant Néhant, balayant les démons aux alentours. Dragon ressemblait à Kounok, ou inversement, sa peau était bleutée, son visage quasi-humain arborait de larges cornes de cristal. une aura de magie incroyable crépitait autour de lui. Sans faire le moindre mouvement il plongea son regard empreint de colère dans ceux de Néhant. Ce dernier porta immédiatement son attention sur lui.

- Mais qui voilà ? Dragon en personne ? Tu m’honores de ta présence...

- Ne sois pas flatté, tu sais ce que cela veut dire.

Le visage d’habitude inexpressif de Néhant forma une grimace menaçante. De part et d’autres, les armées avaient cessé les hostilités et effectué un repli stratégique. Renforcés par la présence de Dragon, Pilkim dressa un bouclier impénétrable autour du reste de l’armée Draconienne.

- Ce que cela veut dire ? Oh ? Tu veux me détruire cette fois ? Tu sais que cela te tuerait, n’est-ce pas.

La tension entre ces deux entités surpuissantes emplissait les lieux, la magie bleue de Dragon contre la magie noire de Néhant. Un sourire se dessina sur les lèvres de Dragon. D’un geste il téléporta Kounok à ses côtés.

- Kounok, il y a une histoire que personne ne connaît et que je dois raconter.

- Oh ? Tu veux tout lui dire ? Tu m’autorise à le faire ? Demanda Néhant exultant à l’idée de révéler un lourd secret.

Dragon fixant toujours son adversaire inclina la tête.

- Alors ouvre bien tes oreilles Kounok, petit fils de Dragon. Mon nom est Néhant et je suis une part de Dragon, enfin de ce qu’il fut autrefois, incapable de refréner cette part d’ombre qu’il avait en lui, cherchant la perfection, il m’a créé puis banni dans les méandres, les entrailles de Guem. Ce n’est que bien des années plus tard qu’enfin je pus revenir sur les Terres de Guem. Dragon occupé avec autre chose laissa les peuples de Guem se débrouiller seul un moment, du moins jusqu’à ce qu’Eredan entre en jeu.

- C’est plus complexe que ça, tu le sais, répliqua Dragon calmement.

- Laisse moi finir. Donc, sachant très bien que me tuer impliquerait sa fin, ton cher papy aida Eredan et ses amis pour me coller en prison. Mais tu connais ce passage-là de mon histoire. Ainsi donc si je meurs, Dragon meurt. Alors qu’est ce que ça fait de découvrir que le glorieux Dragon n’est en réalité qu’un égocentrique ? Prêt à sacrifier la vie de milliers et de milliers de gens pour se sauver lui-même.

- C’est là ta vision des choses. Kounok, lorsque tu retourneras en Noz’Dingard, va avec Anryéna dans le cristal et tu comprendras. A présent il est temps d’agir.

- Tu es vraiment prêt à me tuer ? Cela risque d’être difficile, douloureux, tu risques de provoquer un véritable cataclysme !

- Te tuer... non... je ne vais pas te tuer !

A ce moment-là la magie de Dragon opéra, Kounok fut renvoyé vers les siens, derrière la barrière magique de Pilkim. Néhant se prépara à l’assaut... qui ne vint finalement pas. Dragon se contenta de se concentrer. Alors Néhant réagit en lançant ses hordes de démons sur son adversaire. Voyant cela et n’écoutant que leur courage, les Mages, Sorcelames et Chevaliers Dragon intervinrent, bloquant une bonne partie des assaillants. Ceux qui réussirent à passer furent instantanément transformés en statues de cristal en approchant Dragon. Une lumière aveuglante baigna alors l’assistance, Dragon venait de libérer sa magie, non pas pour tuer Néhant comme ce dernier le pendait, mais dans un autre but. Une porte, de la taille d’une maison apparut là, derrière Dragon. Celle-ci, à double battant, était couverte de symboles magiques flamboyants. Néhant resta figé un instant, ne comprenant pas les intention de Dragon, que comptait-il faire avec cette porte ?

- Bien que tu sois une partie de moi, tu n’as pas pour autant mes connaissances. Ceci... Ceci est une des portes de l’Infini, dit Dragon alors que la porte s’ouvrait. Je ne vais pas te tuer, nous allons disparaître de ce monde ! Hurla Dragon. Tu vas retourner dans une prison, mais très différente de celles que tu as connu.

- Jamais, jamais je ne serais à nouveau enfermé ! Dit Néhant.

Dragon ne s’attendait évidemment pas à une coopération de sa part. Aussi tels des tentacules, de fins filaments bleues sortirent des mains du guémélite de Guem pour agripper Néhant.

- Que me fais-tu ?? Cria Néhant en tentant de se dépêtrer et de résister. NOOOOON !

Dragon ne faisait pas qu’attirer vers lui celui qui représentait sa part de ténèbres, il le neutralisait totalement. Le corps de Ciramor était au maximum de ses capacités, ses muscles tendus ne pouvaient rien face à l’attraction de Dragon. Néhant râlait, hurlait, était furieux, comme si tout cela se passait au ralenti. Bien sur les pouvoirs de l’ombre frappaient Dragon, mais au final que pouvait-il faire contre lui-même ?? Le seigneur des démons devait tenter de s’échapper, il devait abandonner Ciramor ! Instantanément Néhant se désolidarisa de son hôte.

- Parfait ! Cria Dragon.

Libérant alors l’héritier d’Eredan, Dragon lança de nouveaux filaments sur Néhant et activa un vortex provenant de la porte. Alors il ne restait pour Néhant qu’une solution : retrouver son intégrité pour redevenir celui qu’il était autrefois avec Dragon. Il fonça alors avec rage sur Dragon, et les deux magies, celle de l’Ombre et celle de Dragon luttaient l’une contre l’autre dans un paroxysme de puissance.

- J’avais prévu cela ! S’enchanta Dragon.

Il resserra les fins filaments autour de Néhant alors que ce dernier tentait de passer ses défenses magiques. Cela fut son dernier geste car la porte de l’Infini avala tels deux grains de poussière Néhant et Dragon. Ceci fait les deux battant se refermèrent dans un grincement devant les figures ébahies des draconiens qui avaient assistés à la scène sans vraiment réaliser son importance. Enfin la porte de l’Infini se referma et tel un mirage disparut. Kounok, Aerouant et les autres descendants de Dragon surent à ce moment là que Dragon venait de quitter ce monde. De leur côté les démons, à présents libres d’aller où ils voulaient, sans Néhant pour les diriger s’enfuirent en s’éparpillant. La dernière bataille de la pierre Tombée du Ciel s’acheva ainsi - la mort de l’Avatar de Sol’ra, Dragon et Néhant disparus, les terres de Guem ravagées.


- Cette fois c’est fini, tempêta Moîra qui serrait dans ses bras le corps sans vie de sa sœur. S’en est fini de la Draconie, dit-elle avec une infinie tristesse.

Chapitre 12 - 28 zombies plus tard

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Il est toujours extrêmement difficile de repérer un Combattant de Zil cherchant à se faire discret. Même en bande ceux-ci pouvaient véritablement disparaître, à plus forte raison quand la magie de l’Ombre couvrait leur avancée. Farouche s’étonna de l’efficacité de Kuraying et des autres manipulateurs de l’Ombre. Ils avaient croisé plusieurs voyageurs fuyant les tumultes du Tombeau des ancêtres sans même que ceux-ci ne se doutent de leur présence. Ainsi l’aventure qu’allait vivre cette guilde resta longtemps secrète.

Les petites routes sinueuses venant de l’ouest coulaient telles des ruisseaux vers les anciennes terres de vieux conflits désormais en partie pardonnés. Avant d’arriver sur les lieux proprement dits la guilde se trouvait à la corniche d’une falaise surplombant la région. Vue imprenable s’il en était, la fine équipe put enfin réaliser toute l’importance de ce qu’il se passait là depuis leur départ du lieu d’impact de la pierre Tombée du ciel. Plus bas la forêt des Eltarites fumait encore de ses stigmates, la terre changée en sable réfléchissait les rayons du soleil. Mais le plus spectaculaire était certainement cet être entouré de milliers de formes lumineuses. Face à cela une autre armée de bleu et de noir tentait de contenir l’assaut des Solarians.

- Tu vois quelque chossssse Ergue ? Demanda Granderage.

- Oui, mais je me demande si je ne rêve pas. Les Envoyés sont bien là, mais ils sont au milieu de démons. J’ai comme l’impression qu’on a raté quelque chose, Farouche.

La plupart des Zil et Farouche n’en croyaient pas leurs yeux, les Draconiens côte à côte avec les Néhantistes ? A quoi cela rimait.

- On doit tirer ça au clair et accomplir notre mission. Le premier Draconien qui passe, vous me le choppez !

- Si vous voulez mon avis ma chère, nous arrivons après la fête, dit Kuraying.

- Hâtons-nous de rejoindre les Draconiens. Cette histoire ne me dit rien qui vaille. Des nouvelles des autres ?

- Non, rien, j’espère que Télendar a réussi et qu’il est en route. J’espère aussi qu’Oukanda va venir, dit Ergue en se passant la main dans les cheveux.

- Bah on les voit jamais, pourquoi tu veux qu’ils viennent aujourd’hui, se moqua Terrifik. Ils ont jamais accepté de faire leurs numéros avec nous.

- Ça n’empêche pas qu’ils restent des Combattants de Zil, répliqua Ergue.

- Ça suffit, on a du pain sur la planche. Dit Farouche en se retournant vers le groupe. La mission donnée par Abyssien était de rejoindre les Envoyés de Noz’Dingard pour affronter les Néhantistes. Hors les plans ont visiblement changé. Du coup on va appuyer les Noz, et seulement eux, le premier démon qui passe on le zigouille. Ah oui, important, j’offre une prime de vingt mille cristaux à celui qui me ramène la tête de Sélène, Silène ou cet enfoiré de Masque de fer.

Derrière la chef Zil la bataille prit une autre tournure car à ce moment là, l’avatar de Sol’ra venait d’être défait par Néhant.

- Farouche !!! Regarde !!! Hurla Sombre.

Les Combattants de Zil assistèrent alors à ce moment historique. L’armée de Sol’ra alors décapitée de son meneur se vaporisa. très vite les démons se retournèrent contre les Draconiens. Sans autre ordre les Combattants de Zil se mirent à courir vers le champ de bataille. Ils longèrent la falaise jusqu’à un passage qui descendait abruptement. Farouche espérait pouvoir arriver à temps et ainsi respecter les ordres d’Abyssien - il y aurait bien une bataille entre la Draconie et les Néhantistes et elle comptait bien prendre part au combat !


- Il n’y a plus personne ici. Les maisons sont vides. Dit Saphyra en jetant un œil dans une des vieilles maisons d’un petit village.

Zil, dagues déployées, attendait ses autres compagnons qui faisaient le tour des habitations. Ils étaient revenus là où Dimizar s’était transporté suite à son agression par Telendar. Les zombies qui attaquèrent le petit groupe provenaient sûrement des environs, ce qui les mena jusqu’à ce village. Avec la certitude que quelque chose d’affreux s’était déroulé ici Télendar retourna au centre du village pour partager ses découvertes.

- Il y a des traces de pas dans le sol imbibé de sang par là-bas, dit-il en désignant une ruelle. A mon avis il y a eu du grabuge et les habitants se sont enfuis.

- Si ce Néhantiste est capable de faire revivre les morts, nul village n’est à l'abri d’une attaque. Qu’en penses-tu Kriss ? Demanda Zil au musicien qui s’approchait à son tour.

- J’en pense que tu as raison, tout porte à croire qu’il y a effectivement des zombies qui sont venus ici et ont attaqué ces malheureux villageois. J’espère qu’il y a eu des survivants...

- A mon avis... Non !! Cria Alyce en courant vers le groupe. Là !

Un petit garçon, chancelant, s’avança depuis une ruelle, immédiatement suivi par d’autres personnes, hommes et femmes. Tous présentaient des contusions, des coupures, des morsures et autres blessures sanguinolentes. D’autres déboulèrent d’une autre rue, marchant lentement vers leur objectif : Zil et ses compagnons.

C’est dans le brouhaha de grognements et de cris rauques des zombies que Zil se jeta alors avec rage dans la mêlée. Télendar, Saphyra et Sangrépée tirèrent à leur tour leurs lames de leurs fourreaux et suivirent Zil déjà en train de trancher dans le vif. Kriss et Alyce quant à eux restèrent en retrait pour user d’autres talents plus mystiques. Les assaillants étaient innombrables, un véritable raz de marée de chairs en putrescence. Mais ces zombies n’étaient que d’infortunés qui usèrent de malchance en croisant la route de Zejabel et ses sbires non-morts. Les corps tombèrent les uns après les autres sur le sol terreux du village. Zil face à ces cadavres mus par une magie de l’Ombre pervertie était autant furieux que miséricordieux. Chaque coup porté apportait la délivrance et la vengeance.

Les corps s’accumulèrent, enchevêtrement de membres, tel un charnier se remplissant petit à petit. Les zombies n’arrivèrent pas à freiner la folie destructrice des Combattants de Zil et ce malgré leur nombre très important. Puis après une demi-heure d’un âpre combat, il ne restait plus que quelques morceaux de zombie encore “vivants”, mais très vite détruits. L’odeur qui s’échappait du tas en décomposition agressait les narines des vivants, si bien que Saphyra et Alyce quittèrent la place pour sortir du village par le nord.

Zil, hors d’haleine serrait fort ses dagues prêt à réagir au moindre mouvement suspect. Et assurément la forme qui se faufila rapidement dans une des ruelles lui parut des plus suspecte. Aussi s’élança-t-il, espérant mettre la main sur ce Néhantiste capable de créer de telles atrocités. En quelques bonds la forme fut rattrapée et Zil frappa, un coup sec, rapide et fatal. La lame perça la chair et se fraya un chemin jusqu’à l’organe palpitant de la fuyarde. Celle-ci devait avoir tout au plus sept ou huit ans, bien vivante jusqu’à ce que Zil ne la tue là, dans cette petite ruelle, de ce petit village où sa famille fut assassinée par des hommes et des femmes sans vie. Zil lâcha sa lame alors que les yeux de la fillette s'embuaient de larmes de sang, sa vie s'échappant. Il ne réalisa son geste qu’au moment où elle tomba par terre, à côté d’une vieille poupée défraîchie, alors les sentiments se bousculèrent en lui. Son visage se figea alors qu’il retirait la lame ensanglantée, puis entendant arriver Télendar il se retourna pour aller à sa rencontre.

- C’était quoi ? Demanda Télendar.

- Un autre zombie, mentit Zil, viens, allons chercher de quoi mettre le feu au village, il n’y a plus rien à voir ici et le Néhantiste doit être quelque part dans les environs.

Télendar n’eut pas la curiosité de vérifier les dires de Zil et se contenta de repartir dans l’autre sens. Une heure plus tard le village était en flamme, la fumée calcinant les chairs des morts et le bois des habitations. Saphyra et Alyce, de leur côté, avaient trouvé une piste, d’autres traces de pas traînants, des pas de zombies.

- Cela part vers Tantad, je sais pas si c’est une bonne idée d’y aller, ces gens sont bizarres, indiqua Saphyra.

- Rien ne me fera reculer, j’aurai la tête de ce Néhantiste, grogna Zil dont l’image de cette petite fille hantait les pensées.

- Mais les ordres du Conseil ? Si on part vers Tantad alors nous aurons désobéi, déclara Kriss.

- Le Conseil ne nous dira rien, car lorsque nous aurons réglé cette affaire on nous remerciera d’avoir agi, puis les Combattants de Zil ont répondu à l’appel, la grande majorité de la guilde est déjà sur place.

- B... bien balbutia Kriss, dans ce cas...

Le groupe se mit alors en marche vers Tantad.

Une fois les Combattants de Zil partis, alors que le village brûlait, en toute discrétion Zejabel brava les flammes pour récupérer un corps, celui de la petite fille tuée par Zil.

- Tu seras l’instrument de la défaite de Zil mon enfant, dit-il alors que les pouvoirs Néhantiques la ranimaient.


Les Combattants de Zil qui se trouvaient au Tombeau des ancêtres n’avaient plus beaucoup de chemin à parcourir avant de rejoindre la bataille. Mais hélas celle-ci tourna court, Dragon apparut alors que les Draconiens, en sous nombre perdaient la bataille. Puis la porte de l’Infini aspira Dragon et Néhant avant de se refermer. Les Combattants de Zil n’étaient pourtant plus très loin et tous ressentaient une certaine frustration d’avoir raté le gros de la bataille. C’est alors que les démons et autres Néhantistes, privés de leur leader, s'enfuirent, donnant aux Combattants l’opportunité d'extérioriser leur frustration.

- Tuez-en un maximum ordonna Farouche suivie de prêt par sa meute.

Les Combattants de Zil utilisèrent leurs tactiques de guérilla déjà éprouvées lors de l’attaque du Manoir de Zejabel. D’un côté la Meute, de l’autre Ergue, Soriek et Granderage et en retrait le reste de la guilde, ceux capables de neutraliser les fuyards plus rapides que les autres. Très vite et avec méthode les Combattants de Zil entreprirent une véritable purge de la population démoniaque. Les larbins ne firent pas un pli, cibles faciles s’il en était. D’autres démons, plus coriaces opposèrent une résistance plus importante, mais sans pouvoir non plus échapper aux lames et aux pouvoirs des Zil. Puis, dans cette masse un Néhantiste en particulier tenta de couvrir sa fuite par la présence de démons plus gros. Voyant qu’il était repéré, celui-ci fit appel à Fournaise. Le seigneur démon, responsable de maints malheurs, fut ravi d’avoir de nouvelles cibles. Le but étant de donner l’opportunité à Amidaraxar de partir sans se faire attraper. Le démon enflammé dégagea du passage Kolère et Sombre avec une facilité déconcertante, puis ce fut le tour de Brutus, pourtant jugé comme l’un des plus costaud des Zil et enfin Farouche n’opposa pas plus de résistance. Quelque chose n’allait pas, Fournaise montrait là une force beaucoup trop importante. Et pour cause, sur le dos du démon se trouvait un autre démon collé peau contre peau, comme un vulgaire sac à dos, c’est lui qui donnait autant de pouvoir à Fournaise, mais personne ne le vit. Devant ce manque de réussite face à Fournaise. Voyant cela, Ergue appela à lui Soriek et Granderage.

- Encore ? Râla le mastodonte à la peau bleue.

- Fais pas ta sssssale tête ! Répliqua Granderage en repoussant un démon.

Ergue ne prit pas le temps d’argumenter son choix et débuta le rituel qui faisait sa réputation. Très vite le front de la bataille fut immergé dans une brume épaisse alors que le son de tambour couvraient les bruits des combats. Au bout d’un instant les tambours cessèrent et la brume disparut en découvrant ce qu’elle cachait : l’Abomination.

- A nous quatre ! Hurla l’Abomination qui se jeta sur Fournaise.

Ce fut là le choc des titans, deux colosses s’affrontant parmi une nuée d’insectes. Les coups échangés auraient certainement mis au tapis n’importe qui, mais l’Abomination, comme Fournaise pouvaient encaisser sans trop sourciller. Personne n’osa intervenir, que cela soit du côté démon ou Combattants de Zil. Les deux adversaires, de forces équivalentes, n’arrivaient pas à trouver la faille dans l’armure qui permettrait la victoire.

C’est alors que de nouveaux sons de tambours se firent entendre, de même sonorités que les tambours du rituel de Ergue, mais sur un rythme et une mélodie différents. Puis un cri retentit avant qu’une masse aussi grosse que Fournaise ou l’Abomination se fraye un chemin jusqu’au deux adversaires. La ressemblance entre l’Abomination et ce nouvel arrivant était flagrante, bien que ce dernier malgré les grelots et couleurs Zil arborait des masques tribaux d’une civilisation inconnue.

- Alors l’Abo’ on arrive pas à venir à bout du démon de feu ?? Dit l’arrivant avec une voix multiple, comme l’Abomination le faisait.

- Tiens l'Aberration, tu tombes bien, attrapes son bras gauche et tire fort !

Les deux monstres ridiculisèrent Fournaise, qui incapable de reprendre le dessus se retrouva retenu par chaque bras, d’un côté l’Abomination de l’autre l’Aberration. De concert les deux monstres posèrent un pied sur la hanche du démon et tirèrent de toute leurs forces. Dans une gerbe de liquide semblable à de la lave les deux bras de Fournaise ne faisaient désormais plus parties du démon qui tomba au sol en hurlant de rage. L’Aberration attrapa la tête de Fournaise et l’arracha avec rage avant de la jeter parmi les autres démons présents. Le message était passé, les démons restant tentèrent de fuir de plus belle, mais le carnage fut tel qu’il ne resta, de côté plus aucun démon vivant. Quant à Amidaraxar, la diversion avait fonctionné à merveille, il avait passé les lignes ennemies et était désormais en route vers un repère connu de lui seul. La pression retomba, l’atmosphère de bataille se dispersa peu à peu. L’Abomination et l’Aberration se morcelèrent alors, sonnant la fin de cette petite bataille.

- Oukanda, N’ba, N’ta, Dar’i, je suis content de vous voir mes frères ! Salua Ergue, je pensais pas que vous accepteriez de venir. Oukanda était un homme proche de Ergue au niveau de sa tenue. Visiblement il était le meneur de ce petit groupe.

- Nous n’avions rien d’autre à faire dans l’immédiat, alors nous sommes venus. Apparemment nous avons bien fait, c’était vraiment un ennemi de valeur.

Farouche s’approcha et dévisagea les arrivants avant de les sermonner.

- Et bien, faut vraiment que vous n’ayez rien à faire pour vous décider à venir nous voir ?? La moindre des choses c’est de venir présenter ses respects au nouveau chef des Combattants de Zil !

Cette phrase fit rire N’ba et N’ta, et encore plus Oukanda.

- Nous comptions le faire... princesse Zil, répondit Oukanda avec ironie.

Tous rirent de bon cœur, même Farouche se laissa aller. Les Combattants de Zil venaient de remporter une belle bataille contre un ennemi puissant, il était inutile de se quereller.

Chapitre 13 - Chat et Lion

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Le vent charriait son lot de sable fin, agressant la peau des rares bêtes tournant en rond dans un vieil enclos. Deux maisonnettes, usées par le temps et le soleil servaient de refuge à ses habitants. C’était aussi là que vivait un érudit ayant fuit les brimades et la censure du culte solaire. C’est ici que l’enquête menée par Mahamoud et Kébèk s’arrêta brièvement, dans une étape au beau milieu du désert, là où personne n’ose vraiment aller. Étrangement, depuis la disparition de l’Avatar de Sol’ra et du lent déclin du culte Solarian, les oppressés de tous bords réapparaissaient les uns après les autres, fait établi ou simple coïncidence ? En tout cas une des pistes suivies par les Nomades du désert mena ici. L’intérieur de la plus grosse des habitations était misérable. Ce rocher taillé se désagrégeait lentement, la poussière et le sable partout donnaient un sentiment d’inconfort. Les quelques tapis autrefois beaux étaient défraîchis, effilochés. Kébèk raclait sa tête contre le plafond en râlant alors que Mahamoud cherchait un endroit où s’assoir. Plusieurs personnes leur faisaient face : un ancien, homme au crépuscule de sa vie, la peau plissée et brunie par les années, en partie aveugle, une femme d’une quarantaine d’année tenant une amphore d’eau et enfin une homme du même age que la femme, habits simple, tête rasée et yeux noirs comme l’ébène. Au fond de lui, il était très impressionné par l’arrivée de ces guerriers aux casques d’animaux. Cela n’augurait rien de bon pensait-il.

- Es-tu Azim ? Demanda Mahamoud en enlevant son casque à tête de lion.

- Cela se peut, qui le cherche ? Répondit l’homme.

- Celui qui cherche Ra et Cheksathet, affirma le vizir. Je suis le Vizir Mahamoud, et voici Kébèk guerrier de Kapokèk.

L’homme qui était effectivement Azim ne pu garder l’impassibilité qu’il voulait montrer à ces visiteurs. Se réclamer ouvertement cherchant Ra et Cheksathet avec un guerrier de Kapokèk était soit de l’inconscience, soit un piège, soit l’indicateur que les temps avaient changé. Mais Azim garda sa retenue vis-à-vis des visiteurs, il avait déjà trop souffert dans le passé des pièges de ses opposants.

- Parle sans crainte, je sais qui tu es et si nous devions t’arrêter je ne serais pas venu en personne.

Effectivement, l’argument se tenait, aussi Azim se décontracta et invita les deux visiteurs à s'asseoir.

- Vous cherchez ce qui est perdu, les secrets sont des secrets.

- Mais toi tu connais ces secrets Azim n’est-ce pas ?

- Je les connais Vizir, mais que feras-tu d’eux ? Est-il sage de déterrer ce qui a sciemment disparu aux yeux des mortels ?

- Ceux qui avaient disparu foulent à nouveau le désert d’émeraude, nous avons pour tache de les aider. Renseigne-nous et tu pourras retourner chez toi.

- Chez moi, mais c’est ici chez moi vizir Mahamoud. Mais je perçois la sincérité dans tes yeux. Depuis le temps que je suis ici, coupé du monde, les choses ont évolué et il m’est difficile de te certifier que les secrets sont encore là. Les anciens dieux ont toujours des fidèles, des hommes et des femmes qui bravent tous les jours le fléau du soleil.

- Ce fléau n’en est plus un, et nous devons faire en sorte de rétablir l’équilibre des forces.

- Je vois, je vois... A une journée d’ici, il y a la cité de l’oasis de Kahouma. Tu trouveras la vieille Maât, elle vend des étoffes sur le marché. Peut-être acceptera-t-elle de t’aider... peut être pas, à toi de te montrer convainquant.

- Je ferai de mon mieux car ma quête est noble.

- Si tu ne mens pas et que les dieux sont avec toi alors tu ne devrais pas avoir d'ennuis, mais si tu te joues des dieux, ils te puniront !


Le lendemain, Kébèk et Mahamoud se trouvaient à Kahouma, une ville incroyable, un havre de paix et d’eau. Une source naturelle alimentait d’innombrable bassins reliés entre eux par un système d’aqueducs. De longs palmiers longeaient les allées du coup ombragées. Surplombant l’ensemble, un édifice. Malgré la taille relativement modeste de la cité, il y avait là une population très importante et très hétéroclite. Un peu partout les émeraudes géantes fréquentes dans le désert étaient sculptées pour parfaitement s’harmoniser avec l’architecture. Autour de la ville poussaient lentement les champs de papyrus sur les grandes étendues d’eau.

Le marché, centre principal de l’activité se trouvait au pied du plus gros édifice lui-même servant d'entrepôt et lieu de rassemblement.

- Cette cité est superbe ! S’étonna Kébèk.

- Elle l’est. Je suis déjà venu ici une fois, c’est une cité indépendante. Le roi du désert tolère son existence car elle achète sa liberté en fournissant à Mineptra le meilleur papyrus. Comme elle ne représente pas une menace militaire, le roi a consenti à laisser cette cité vivre par elle-même. Visiblement elle est florissante. Viens, allons trouver cette Maât.

La vieille dame en question avait l’étoffe d’une vénérable ancienne et sa renommée permit au duo de vite la retrouver. Criant sur les passants en vantant la beauté de ses tissus Maât débordait d’énergie malgré son âge. Tombant nez-à-nez avec l'énorme pectoral de Kébèk elle arrêta ses beuglements.

- Maât ? Questionna Kébèk sur un ton inquisiteur.

- Je sais pas si le bleu vous ira, guerrier ! Ironisa la vieille femme.

- Désolé de vous interrompre, nous aimerions vous parler, dit Mahamoud.

Maât connaissait bien les symboles et bijoux portés par le vizir, elle sut alors que c’était important. Elle posa les étoffes de soie sur l’étalage en confiant sa garde à sa petite-fille.

- Suivez-moi je vous prie.

L’autre coté de la ville n’avait pas le même cachet, un peu moins peuplé il s'agissait surtout d’habitations. Là, à l’abri des regards indiscrets Maât, Mahamoud et Kébèk pouvaient discuter sans être dérangés.

- Que voulez-vous à la vieille Maât ? Dit-elle en plantant son regard dans celui de Mahamoud.

- Je suis le Vizir Mahamoud et voici Kébèk, guerrier de Kapokèk. Nous venons sur les conseils d’Azim.

- Azim ? Il a toujours la langue bien pendue à ce que je vois. Et pourquoi Azim vous a-t-il conseillé de venir me voir ?

- Nous sommes à la recherche de Ra et Cheksathet.

Le visage de la vieille femme se ferma, son regard devint dur.

- Je ne sais rien de cela, et vous ne devriez pas en parler ouvertement, vizir Mahamoud, les murs de cette cité ont d’innombrables oreilles...

- Les chats, vizir, les chats, je vois les pensées de Maât, elle te le cache mais je peux voir clairement de quoi il s’agit... Ainsi c’est ici qu’elle se cache ! Dit une voix féminine.

Juste à côté d’eux apparut la forme translucide d’une femme magnifique à la tête de lionne. Maât fut stupéfaite et se prosterna alors devant cette apparition.

- Naptys, vous soignez toujours votre entrée à ce que je vois. Les chats vous dites ? Questionna Mahamoud en jetant un œil tout autour en espérant apercevoir un félin.

Justement, d’un muret à quelques mètres, un chat au pelage fauve et tigré sauta vers un autre muret non sans avoir observé rapidement Mahamoud, Kébèk et Maât.

- Suis-le, vizir ! Cria Naptys.

- Garde la vieille, ordonna le vizir en sautant d’un escalier.

Poursuivre un chat s’avéra être une mission des plus délicate pour un humain, surtout pour Mahamoud qui ne connaissait pas les lieux. Heureusement celui-ci pu compter sur Naptys qui le guidait. Les réflexions se succédaient dans la tête du Nomade et il trouva comique de se retrouver à courir après un chat. A vrai dire il se demandait bien pourquoi puisqu’il tenait Maât. Naptys devait avoir une bonne raison de vouloir ce chat et Mahamoud avait hâte de savoir de quoi il retournait. Le félin sauta de mur en mur et de toit en toit jusqu’à une maison parmi d’autres. Le vizir ne s'embarrassa pas des civilités, propulsé par l’élan il entra épaule en premier dans une porte de bois tenant à peine sur ses gonds. Le bois explosa dans un bruit assourdissant. C’était une petite habitation avec pour seule décoration un tapis de papyrus sur le sol. Les nombreuses ouvertures sur les murs laissaient passer la lumière. Pas la moindre trace d’un quelconque chat, pourtant l’odeur ne trompait pas. Une des ouvertures, celle face à la porte, au raz du sol, avait l’air plus empruntée que d’autres. Mais c’est le tapis de papyrus qui attira le plus son attention, pourquoi n’y avait-il que ça ? Il tira le tapis d’un geste découvrant une trappe dans le sol. Après quoi il la souleva pour s’engouffrer sans plus attendre. Le tunnel creusé dans le sol n’était pas très large et il eut quelques difficultés pour progresser avec son armure. Ce n’est qu’au prix d’un effort colossal qu’il finit par s’extirper du tunnel par une ouverture trop serrée pour lui. Quel ne fut pas sa surprise alors de se faire assaillir par une horde de chats visiblement mécontents de sa présence. Outre la meute une forme plus grande lui sauta dessus avec fureur. Cette fois pas de doute c’est un homme, enfin plutôt une femme vu l’allure. Portant une armure légère rappelant le chat, cette guerrière cherchait plus à repousser Mahamoud qu’à le blesser, celle-ci ne cessant de répéter le mot “sacrilège”.

Suffisamment énervé, Mahamoud dégaina Jugement de l’âme et écarta en premier lieux les chats avant de s’en prendre à cette guerrière. Celle-ci fut étonnée de la résistance de son adversaire ainsi que de son aspect. A la vue de l’armure à tête de lion, recula, temporisant l’affrontement.

- Je ne vous veut aucun mal ! Ragea Mahamoud épée en garde. J’ai été conduit ici par Naptys.

L’évocation de la déesse suffit à faire cesser le combat.

- Naptys ? Qui es-tu pour connaître Naptys ?

- J’ai la vague impression qu’on me demande souvent qui je suis, mon nom est Mahamoud, vizir du roi du désert et serviteur des anciens dieux.

A ce moment là un chat, bien plus grand que les autres sauta sur une colonne coupée à hauteur d’épaule. La jeune femme et le chat se regardèrent quelques instants, comme si l’un parlait à l’autre mais sans prononcer le moindre mot. Mahamoud profita pour regarder où il avait fini, cela ressemblait à d’autres temples qu’ils soient de Sol’ra ou d’autres dieux. Voyant les décorations et statues dédiés au chat il comprit qu’une divinité féline était priée ici, mais il n’avait jamais entendu parlé d’un dieu chat, à part Naptys qui adoptait la tête de lion ou de lionne suivant son humeur. A présent Mahamoud percevait une relation, un lien.

- Et toi qui es-tu femme au masque de chat ?

- Remets ton arme à ton côté, mon nom est Ba-Sthèt et voici l’incarnation de Baâst dont je suis la servante et protectrice.

Mahamoud qui avait rangé son arme durant la présentation enleva alors son casque à tête de lion, il ne le supportait plus tant il avait sué à l’intérieur.

- Es-tu venu demander pardon à la déesse au nom de celle que tu sers ? demanda Baâst en penchant sa tête de chat.

Mahamoud ne comprenait pas et devant l’absence de la manifestation de Naptys il se risqua à l’improvisation.

- Je cherche Ra et Cheksathèt, peux-tu m’aider ?

- Je suis la gardienne des savoirs perdus, cachée en attendant le retour des anciens dieux et la renaissance. J’ai vécu mon exil imposé par Naptys comme une punition.

- Comment vous demander pardon alors pour l’offense que vous avez subie ?

- Tu es bel homme, vizir, consens-tu à te sacrifier ? Demanda Ba-Sthèt en enlevant son casque à son tour, révélant une femme à la beauté... féline !

Ba-Sthèt tourna autour de Mahamoud en le frôlant du bout des doigts.

- Tu vas devoir m’offrir un enfant qui deviendra serviteur de Baâst, tu connaîtras son existence et tu le verras, mais jamais il ne t’appellera père.

Mahamoud était un homme d’honneur, jamais il n’avait posé les yeux sur une autre femme que la sienne et encore moins touché. On lui demandait beaucoup, concevoir un enfant dont il n’aurait jamais de nouvelles et aller avec une autre, cette affaire allait loin, trop loin.

- Tu doutes, tu es l’homme d’une femme n’est-ce pas, tant d’autres se seraient jetés sur moi pour un court instant de plaisir, mais toi... Tu te demandes si tout cela vaut le coup ? Pourtant ce n’est pas grand chose, regarde-moi... Mahamoud.

De Ba-Sthèt émanait une aura de sensualité, irrésistible elle enlevait ses atours un par un sans quitter du regard le vizir toujours dans le doute.

- Nul ne saura, car ce qui est secret des dieux reste caché, appuya Baâst sentant l’homme dont la volonté vacilla.

En réponse Mahamoud lâcha son casque à tête de lion et serra Ba-Sthèt dans ses bras en l’embrassant. Ce qui advint alors sous le regard de Baâst appartint au futur et l’impact qu’aurait ce moment de plaisir dépasserait l’entendement...

Bien plus tard, alors que Ba-Sthèt se rhabillait, le vizir était étreint de la culpabilité la plus basique, celle qui provoque un malaise profond. Mais c’était trop tard, les regrets n’avaient pas lieu d’être.

- Je vais te conduire au temple de Cheksathet à Thèbirak. Baâst sent qu’il va se passer un événement important à cet endroit. Prépare-toi, Vizir.

Chapitre 14 - L’Eltarite

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Quelques années seulement après l’explosion de l’Arbre-Monde beaucoup d’Elfines, d’Hom’chaï et de Daïs décidèrent d’établir là une grande cité. On lui donna alors le nom de la Souche. Creusée, aménagée et peuplée, la Souche est devenue peu à peu la cité la plus civilisée de la forêt. Certaines tribus virent d’un mauvais œil cette ville jugée trop rurale. Mais cette véritable capitale devint un lieu incontournable. Eikytan et une grande partie de la Cœur de Sève arpentaient la grande rue qui partait de la porte taillée dans le bois de l’Arbre-monde, passait au milieu des jardins chatoyants et finissait sa course dans le lac à l’eau turquoise. Tout était fait ici pour respecter l’harmonie et la sérénité. Les maisonnettes accrochées sur la paroi intérieure de la souche étaient reliées entre elles par une gigantesque toile d’araignée faite de lianes dont le centre se trouvait légèrement surélevé grâce à un monumental pylône de troncs d’arbres attachés les uns aux autres. Fe’y s’émerveilla devant la beauté de la cité, il y avait là un peuple vivant ensemble malgré certaines différences.

- Alors Fe’y que sommes-nous censés trouver ici, questionna Eikytan qui lui n'appréciait guère de fouler les restes de l’Arbre-Monde qui l’avait fait naître.

- Je te l’ai déjà dit il y a plusieurs jours, c’est à toi de trouver la solution car je n’ai pas la réponse à l'énigme.

Eikytan réfléchissait déjà depuis qu’ils avaient quitté Kei’zan. Il regardait tour à tour chacun des membres de la Cœur de Sève. Il y avait quelques Elfines bien sûr, des Hom’chaïs, des Guémélites de la nature et des Daïs. Eikytan regrettait tellement la sagesse de Quercus. Lui aurait trouvé une solution... Lui aurait trouvé... Mais si c’était cela la clé ?? Eikytan sentait qu’une faible magie émanait encore des restes de l’Arbre-Monde.

- T’ai-je raconté ma dernière rencontre avec Quercus, jeune pousse, demanda le vieux Daïs à Fe’y.

- Non, raconte-moi.

- Quercus aujourd’hui n’est plus un Daïs. Il voulait faire renaître l’Arbre-Monde et a sensiblement fait la même chose que Kei’zan, mais sans graine il n’est devenu qu’un arbre simple, incapable de faire naître le moindre Daïs. Ceci dit j’ai trouvé un passage entre ses racines, un tunnel qui m’a conduit sous terre. Là je suis entré en contact avec Quercus, dont il ne restait qu’une semi-conscience. J’avais promis de ne pas en parler, mais je pense qu’il est important que tu sois au fait.

- Je suis le cheminement de tes pensées.

- Nous n’avons jamais cherché en dessous, dans les racines de l’Arbre-Monde. Si la magie est toujours présente, c’est qu’il réside encore une part de Mère quelque part !

Rapidement le message passa entre les différents membres de la Cœur de Sève. Commença alors une véritable enquête. Par petits groupes, ils cherchèrent un passage vers les entrailles de l’Arbre-Monde. Interrogeant les passants, fouinant un peu partout, leur présence ainsi que leur but fit vite le tour de la Souche et les habitants, forts coopératifs, les aidèrent au mieux. Personne n’avait jamais entendu parler d’un passage conduisant sous la Souche. Aussi la recherche fut-elle infructueuse, jusqu’à ce que la chance, certains diraient le destin, poussa deux personnes vers un avenir incroyable.

Maïlandar était un Hom’chaï chevronné, un chasseur aguerri et un excellent pisteur. Alors que les autres étaient dans la cité, accompagné par Gaya, leur recherche se porta du côté du lac.

- Regarde, de l’ambre verte ! Dit Gaya en montrant des lumières vertes non loin d’une cascade.

L’eau jaillissait d’une ouverture, comme une sorte de petite grotte légèrement en surplomb du lac. Gaya courut voir de plus près cet ambre, car elle en était certaine, ce n’était pas de vulgaires cristaux. Elle plongea le bras dans l’eau et en tira une pierre grosse comme le poing.

- C’est bien ça, de l’ambre verte. On en trouve uniquement sous terre.

- Donc par déduction, elle vient de là, dit Maïlandar en montrant l’orifice de la grotte. Ça m’a l’air assez grand pour pouvoir y entrer.

Sans attendre plus l’Hom’chaï entreprit de grimper les quelques mètres le séparant de la grotte. Puis à son tour l’Elfine monta jusque là. Grâce aux casques créés par Gaya, le duo put correctement voir dans ce boyau plongé dans le noir absolu. A peine assez large pour l’Hom’chaï, le tunnel plongeait directement sous la ville. Les deux amis avancèrent prudemment bifurquant de temps à autre. L’aventure s’avéra difficile de part le réseau important de souterrains qui se trouvait sous la Souche, et ce dans l’ignorance la plus totale de ses habitants. La balade, bien compliquée, n’avait rien d’insurmontable jusqu’à leur rencontre fortuite avec une bande de rats à la taille disproportionnée. Ceux-ci bouchaient le seul et unique passage non encore visité et qui changeait en apparence de part les larges racines de l’Arbre-Monde entravant le tunnel.

- Nous ne passerons jamais à deux, râla l’Hom’Chaï, je vais m’occuper de la vermine et toi tu passes.

Gaya n’avait rien d’une combattante, elle admirait les autres Elfines pour leur témérité. Elle préférait grandement son atelier où elle passait la plupart de son temps en compagnie de ses petits animaux mignons qu’elle chérissait. Rien à voir avec ces créatures moches. Elle accepta de tenter le passage, le cœur serré. Maïlandar qui tenait les rats à distance avec sa lance changea de tactique et en abattit un premier afin d’attirer l’attention sur lui. La stratégie fut efficace. Les rats ne s’occupèrent pas de Gaya, préférant attaquer l’Hom’chaï. Avec discrétion et agilité l’Elfine se faufila jusqu’au fond du tunnel où elle disparut aux yeux de Maïlandar. Manquant de prudence, elle ne vit pas le trou dans le sol et glissa non sans crier de stupeur. Le boyau d’argile prit l’air d’un toboggan et l’Elfine fila à toute allure sur une centaine de mètres avant que la paroi ne s'interrompe. Elle tomba alors sur le sol et tous ses outils volèrent avant de retomber avec fracas. C’était finalement dans une salle relativement grande qu’elle avait terminé sa course. Les larges racines de l’Arbre-Monde ressemblaient à d’énormes piliers où des champignons lumineux s’accrochaient fermement. Gaya se sentait bien ici malgré la douleur de la chute. Elle marcha prudemment entre les racines en s'étonnant.

- J’ai l’impression que les racines sont encore en vie, comment c’est possible, dit-elle à haute voix. La réponse vint un peu plus loin car tout au bout de cette caverne Gaya trouva ce que cherchait Eikytan, un secret depuis longtemps enfoui et qui concernait l’ancienne race des Eltarites.

- Le temps est venu, Gaya, la punition n’a que trop durée et elle doit être levée !

Cette voix ne résonnait pas dans la pièce, mais dans la tête de l’Elfine, comme le ferait un Daïs.

- Qui êtes-vous ? Montrez-vous !

Des racines, plus petites poussèrent des racines plus grosses et s’enchevêtrèrent pour former un corps, semblable à celui d’un Daïs.

- Je suis ce qu’il reste de l’Arbre-Monde, dernière parcelle de vie cachée ici en l’attente de ce jour. Je vais enfin pouvoir disparaître définitivement et retourner auprès de Guem qui m’appelle depuis si longtemps. Gaya restait figée, attendant d’en savoir plus, ne sachant quoi dire, elle se contenta d’écouter ce que l’Arbre-Monde avait à lui dire.

- Depuis l’explosion je suis resté ici endormi, fragilisé...détruit, réduit à l’état de racines. Vous m’avez réveillé lorsque vous vous êtes approchés. Pourquoi est-ce vous et non un Daïs qui est là à ce moment précis reste un mystère, peut-être est-ce l’héritage Eltarite coulant dans votre sang qui vous a poussé jusque là ? Un Hom’chaï et une Elfine, liés l’un à l’autre.

A ce moment là un bruit sourd, suivi d’un juron, coupa la solennité de la scène. Gaya guida son compagnon jusqu’à eux. L’Hom’chaï, un peu couvert de sang ne semblait pas blessé. Gaya expliqua de quoi il retournait avant que l’Arbre-Monde ne continue son récit.

- Vous portez en vous un héritage ancestral, dans vos rêves, parfois, vous voyez des scènes et des lieux que vous ne connaissez pas, des personnes que vous ne connaissez pas. C’est là la seule chose que je n’ai pu vous enlever.

Maïlandar et Gaya avaient effectivement ce genre de rêves incompréhensibles. Ils ignoraient les petits secrets des Daïs et la nature exacte de leurs origines.

- Ne vous êtes-vous pas rendu compte que quelque chose vous attirait l’un à l’autre ?

Les deux compagnons se regardèrent et réalisèrent soudainement que oui. Dans leurs souvenirs l’un était souvent non loin de l’autre et ce peu importe les circonstances ou les lieux. Ils ne ressentaient pas de l’amour, non c’était quelque chose de plus profond.

- Vous êtes une seule et même personnes, chacun complète l’autre. Je vais vous donner le moyen de redevenir un, mais cela ne se fera pas sans le nouvel Arbre-Monde... Lui seul a la magie nécessaire pour briser le sort. Tenez, prenez ceci et finissons-en.

A ce moment là sortirent du plafond plusieurs racines de taille moyenne. Elles enserraient une pierre verte dont émanait une magie pure.

- Ceci est ma dernière parcelle de vie, elle renferme le secret concernant les Eltarites. Gardez-là jusqu’à ce que vous soyez face au nouvel Arbre-Monde. La boucle sera ainsi bouclée.

- Cela va vous tuer ? Demanda Gaya.

- C’est déjà le cas, mon temps est définitivement venu. J’espère juste qu’une fois que vous serez redevenus un vous ne vous laisserez pas votre bestialité resurgir.

Maïlandar posa la main sur la pierre, puis après un court instant s'en saisit et tira de toutes ses forces, déchirant les racines. Immédiatement l'enchevêtrement formant l'Arbre-Monde s'effondra sur lui-même comme si quelqu'un avait tiré sur le bout d'une corde formant un nœud et l'avait ainsi défait. Les champignons lumineux s'éteignirent lentement, plongeant la salle dans le noir. Gaya récupéra son casque et le remit sur sa tête.

- On fait quoi maintenant ? Demanda-t-elle inquiète.

- On sort !

- Mais par où ?

- Par là d'où nous sommes venus !


Plusieurs jours plus tard, la Cœur de sève était de retour au pied du nouvel Arbre-Monde. Après avoir raconté leur aventure sous la Souche, Maïlandar et Gaya virent toute l'attention tourner autour d'eux. Les Daïs firent reproches au duo de ne pas les avoir prévenus avant de poursuivre leur aventure. En tout état de cause la frustration d'avoir raté l'occasion de parler avec l'Arbre-Monde précipita l'ambiance dans la tension. Aussi le duo fut-il ravi d'arriver à destination, pressé d'en finir. Fe'y, qui ne ressentait aucune animosité envers eux, les convia à se rendre sous l'Arbre-Monde et ce sans la présence des autres.

- Il faut les comprendre, c'était leur mère. Mais ne vous en faites pas, ce que vous avez rapporté avec vous va finalement être la sève qui va de nouveau couler dans leurs cœurs. Auriez-vous l'amabilité de me confier la pierre-cœur de l'Arbre-Monde ?

Gaya hésita, puis après un regard approbateur de Maïlandar elle tira du sac l'objet tant convoité. Si Fe'y avait eut une bouche, alors il est certain qu'à ce moment même le Daïs souriait.

- Merci. A présent et à nouveau ce qui fut sera de nouveau. Kei'zan va intégrer cette pierre-cœur, permettant à l'Arbre-Monde d'être complet. Après quoi je vais vous laisser avec lui, il veut vous voir, juste vous et lui.

- Que va-t-il nous arriver ? Demanda Gaya qui n'arrivait pas à tout comprendre.

- Je ne peux pas répondre à cette question, je n'ai pas la réponse. Vous verrez avec Kei'zan.

Fe'y se retourna et marcha jusqu'au tronc de l'Arbre-Monde. Non loin de là le reste de la Cœur de Sève regardait la scène en théorisant sur la suite des évènements. Eikytan respecta la volonté de l'Arbre-Monde et resta à l'écart.

Le plus jeune des Daïs posa la pierre-cœur contre l'écorce de Kei'zan qui commença lentement à l'absorber. Quelques minutes plus tard la pierre fut bien incrustée dans le tronc et seul un petit bout était encore visible. Puis rassuré, Fe'y quitta les lieux, laissant Maîlandar et Gaya dans l'expectative.

Les branches les plus basses et les plus proches du duo bougèrent alors qu'il n'y avait aucun vent. Ce spectacle sembla familier à l'Elfine qui avait vu la même chose se produire avec les racines de l'ancien Arbre-Monde. Néanmoins, cet enchevêtrement là forma un Daïs connu de Maïlandar puisqu'il s'agissait de Kei'zan, dans son aspect Guémélite de la nature qu'il prenait dans lorsque cela s'avérait nécessaire. L'Hom'chaï s'inclina respectueusement.

- Je ne pourrais garder cette forme bien longtemps. Aussi je vais être bref sur ce qui vous attend. Eikytan vous a, il me semble, raconté l'histoire des Eltarites, je parle des véritables Eltarites ?

Effectivement sur le chemin du retour on les avait mis au courant. Mais pas forcement dans tous les détails.

- Dans ce cas je peux vous faire retrouver votre unicité, mais à vous et vous seuls car je ne dispose pas encore de suffisamment de puissance.

Maïlandar n'hésita pas, sa dévotion envers Kei'zan était totale depuis bien des années. Par contre Gaya hésitait.

- Ça veut dire que je n'existerai plus ? Dit-elle vraiment inquiète.

- Au contraire, tu seras plus vivante que jamais, c'est la façon dont tu vas vivre qui sera nouvelle et incroyable. Balaye tes craintes, nous sommes à l'aube de l'unité retrouvé. Il ne faut surtout pas que tu te sentes obligée. Il existe d'autres Hom'chaï et d'autres Elfines qui pourraient accepter.

- Tu peux avoir confiance en l'Arbre-Monde, Gaya. J'ai passé toute ma vie en sentant un manque au fond de moi, et ce manque, c'est toi.

- Je... Tu as raison, je sais que tu as raison car nous ne sommes qu'un en définitive. D'accord Kei'zan, libère-nous de notre entrave.

- Abandonnez tout ce qui fait de vous ce que vous êtes actuellement, laissez vos objets et vos vêtements, ils ne vous serviront plus à rien.

Gaya hésita, sachant pertinemment que les regards se portaient sur elle. A côté Maîlandar qui n'avait pas de souci de pudeur s'exécuta, posant sa lance et se déshabillant. Timidement Gaya fit de même. A peine eurent-ils fini que, sans perdre de temps, Kei'zan débuta son rituel. Des dizaines de racines de l'Arbre-Monde sortirent du sol et entourèrent doucement le duo pour les enfermer dans une sorte de cocon. Puis Kei'zan leva les bras, sans prononcer la moindre parole il entreprit de défaire ce qui avait été fait par l'ancien Arbre-monde, mais que pour un seul Eltarite, craignant qu'un retour trop rapide de cette civilisation pourrait entraîner un risque pour les mondes. La magie se concentra dans ce cocon et entre les racines une vive lumière prouvait le déroulement du puissant sortilège. Plusieurs heures durant on pouvait entendre des cris, tantôt de Maïlandar, tantôt de Gaya, des paroles dans une langue qui ne fut plus parlée depuis un âge lointain. Enfin une voix émergea, forte et au timbre particulier. Kei'zan arrêta son rituel car sa tâche était accomplie.

Des doigts glissèrent par l'interstice entre deux racines, deux mains qui déchirèrent le cocon...

Chapitre 15 - Passé décomposé

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Comme une triste mélodie Amidaraxar suivait le cours des événements passés, cet enchaînement catastrophique finissant par la disparition de Néhant. Tant d’efforts pour un résultat si décevant. Le Néhantiste, caché dans une vieille maison abandonnée avec d’autres ruminait tant et plus. Azaram, le visage couvert d’un mélange de sang tenait encore sa lame-démon brisée au niveau de la pointe, groggy par cette défaite cuisante. Il ne restait plus beaucoup de démons, à peine une dizaine. Les méandres avaient aspiré la plupart d’entre eux et quelques rares furent totalement détruits. Amidaraxar détacha son masque et laissa respirer sa peau gonflée par la transpiration. Son visage était en partie rongé, résultat d’expériences anciennes. Son sang bouillonnait de rage.

- Comment avons-nous pu perdre !? COMMENT !? Nous l’élite de ce monde aux pouvoirs incommensurables, défaits par une poignée de Draconiens !

- Nous sommes encore en vie, rien n’est encore perdu, déclara Azaram.

- Qu’as tu en tête ?

- En premier lieu il nous faut reprendre des forces et nous faire oublier. Il est probable que la prison du maître soit surveillée dans l’immédiat.

- Oui nous ne pouvons accéder à la quatrième chaîne sans nous faire voir.

- Dans ce cas, j’en viens au deuxième point, infiltrer les royaumes, républiques et autres nations puis prendre le contrôle. Sans Dragon, la Draconie est une proie facile.

- Mais ils seront sur leur garde, ils risquent de nous traquer. Tu as raison Azaram, il nous faut disparaître comme ce fut le cas après la guerre contre Eredan. Le manoir de Zejabel étant détruit, il nous faut trouver un nouveau quartier général.

- Il y a d’autres Néhantistes en sommeil, il faut aussi les trouver.

Anagramme arriva alors essoufflée.

- Nous sommes poursuivis il faut mettre les voiles... de suite ! Dit-elle paniquée.

Jamais Amidaraxar n’avait du fuir autant que pendant les jours qui suivirent. Parvenant finalement à se dépêtrer des poursuivants le groupe de Néhantistes s’arrêta dans une ferme, au grand dam de ses habitants, transformés alors en esclaves.

- Au moins la disparition de Néhant n’impacte pas sur nos pouvoirs magiques, dit Azaram.

- Non, c’est là la particularité du Néhantisme, il dépend de la personne qui l’utilise, expliqua Amidaraxar. J’ai réfléchi à notre fuite, il va nous falloir passer par le manoir, il me faut la pierre-cœur de Zejabel et des autres Néhantistes morts. Il faut que j’augmente mes pouvoirs à leur maximum si je veux pouvoir faire revenir le maître. Il nous faut aussi des renseignements sur le sort qu’a employé Dragon, ce qui a permis d’ouvrir cette... porte.

Zejabel marchait à pas réguliers, infatigable, mu par une volonté inflexible. Il n’avait pas de plan exactement si ce n’était le désir d’échapper aux Combattants de Zil. En réalité il n'avait nullement l'intention de se rendre ailleurs que là où il considérait être chez lui, c'est à dire au Manoir de Zejabel. Il entreprit donc de faire le tour des montagnes, accompagné de la petite fille qu'il avait « sauvée » des flammes et de la mort. Ses deux autres compagnons, deux zombies plutôt hargneux suivaient l'ombre de leur maître comme deux ignobles toutous décharnés. Qu'il pleuve ou qu'il vente la troupe avançait inexorablement vers son objectif. Zejabel changeait rapidement, sombrant lentement dans la folie, entendant la voix d'une femme, pleurant et gémissante. Cela le perturbait au plus haut point car quelque chose le gênait, cette voix il la connaissait bien, mais sans pouvoir comprendre de qui il s'agissait.

Enfin la grande paroi et son ouverture discrète vers le manoir furent en vue. Sans joie, ni peine, ni aucune autre émotion Zejabel progressa le long d'un chemin caillouteux bordé d'arbres morts. Puis il s'arrêta net, la voix était insoutenable, hurlant dans sa tête des jurons, comme quoi il devait faire quelque chose pour elle. Mais qui était elle ? Qui criait, qui était cette femme ?? Le déclic se produit alors lorsque Dimizar reprit le pas sur Zejabel. Lui savait pertinemment qui lui parlait, comment l'oublierait-il, tout ceci avait commencé ici.

- Al...ma...ria...

Zejabel tourna la tête vers la gauche et remarqua le monticule de pierres. C'était là l'endroit où il avait déposé et recouvert le corps de sa femme. Dimizar ne put se contenir et brisa la volonté de Zejabel.

- Tu ne peux m'arrêter Zejabel...

Le Néhantiste claudiqua jusqu'à la tombe et entreprit de découvrir le corps de sa femme. Il ne fallut pas longtemps avant que la dépouille ne soit visible. Il ne restait pas grand chose d'elle, mais par un étrange procédé la chair était encore là, flétrie bien sur, mais présente. Le nécromancien passa sa main sur le visage mort et se dessina alors comme un sourire, provoqué par la satisfaction des retrouvailles et la perspective d'être de nouveaux réunis. La magie de Néhant opéra et le corps se secoua de spasmes violents.

- Reviens ma chère et tendre Almaria, reviens, regarde qui je t'amène, notre petite fille.

La main du cadavre se mit à trembler, puis les doigts se crispèrent sur le bras de Zejabel. Ce dernier l'aida à se relever, les os craquaient, trop longtemps restés dans l'immobilité de la mort. Le zombie sembla regarder cette petite fille puis en boitant s'avança jusqu'à elle avant de passer sa main sur sa joue.

- Elle est... ma...gnifique... dit le zombie d'une voix féminine terriblement torturée.

« Même à travers la mort sa volonté est forte, ce n'est pas qu'un simple cadavre ambulant, Almaria est là, je peux la faire revenir si tel est ton souhait. » Cette voix qui s'adressait à lui, est-ce qu'il l'imaginait ? Une nouvelle personnalité naissait-elle en lui ? La réponse était non, il ne l'imaginait pas car une forme de femme apparut, tel un fantôme.

- Alors le veux-tu ?

- Qui êtes-vous ?

- Le veux-tu ?

- Oui, je veux qu'elle soit elle-même.

La forme fantomatique vola jusqu'à Almaria et passa à plusieurs reprises au travers d'elle. Le zombie s'agita alors que la magie opérait. Peu à peu Almaria reprit un aspect plus vivant, ses chairs se reconstituèrent, ses cheveux s'allongèrent et devinrent blancs, tout comme ses yeux. Le plus remarquable furent ses doigts qui s'allongèrent pour devenir comme des griffes, les mains couvertes de sang. Puis le fantôme disparut sans que Zejabel n'ait obtenu de réponse au sujet de son identité. Ceci dit il s'en moquait pour le moment car seul importait le résultat, Almaria était de retour, il avait enfin sa famille avec lui. La femme à la peau d'une extrême pâleur prit dans ses bras la petite fille zombie et dans un simulacre de maternité l'embrassa comme s'il s'agissait de sa propre progéniture. Zejabel, satisfait de cette résurrection providentielle se remit en marche en direction de son ancien manoir. La troupe emprunta alors la galerie dans la paroi jusqu'aux jardins en partie détruits lors de l'attaque des Combattants de Zil.

- Quelqu'un arrive ! Chuchota énergiquement Anagramme en écoutant par l'ouverture dans les jardins du manoir.

- Je n'entends rien, dit Azaram. Mais soyons prudents, reculons-nous.

Les deux Néhantistes allèrent un peu plus loin, cachés derrière deux statues démolies. A peine une minute plus tard un homme apparut dans l'encadrure, le pas hésitant il s'arrêta le temps d'être rejoint par un autre, puis Zejabel arriva avec Almaria et leur petite protégée. Anagramme avait passé beaucoup de temps avec Dimizar, suffisamment pour le reconnaître même dans un état proche du cadavre ambulant qu'il était devenu. La jeune femme fut à la fois contente de le voir et à la fois craignit le grabuge. Elle hésita puis prenant son courage sortit de sa cachette pour aller à la rencontre des arrivants. Zejabel la reconnut et retint ses zombies.

- Dimizar ? On te croyait mort !

- Mort ? Je le suis oui, Dimizar est mort d'une certaine façon, je suis désormais Zejabel, affranchi du joug de Néhant, dit le nécromancien en avançant vers le manoir.

L'annonce était claire, la scission consommée, mais il ne fallait pas pour le moment jeter de l'huile sur le feu. D'ailleurs en parlant de feu, celui qui avait ravagé le manoir n'y était pas allé de main morte. Les flammes avaient ravagé une bonne moitié de l'édifice et l'autre moitié s'était en partie écroulé, le toit ayant décidé de descendre d'un étage.

Amidaraxar, Ombreuse et les autres démons qui entre temps les avaient rejoints virent arriver la troupe de non-morts avec appréhension, jusqu'à ce que le leader soit identifié. A partir de là tout ce petit monde se retrouva devant la grande entrée du manoir où il ne restait plus qu'un morceau de bois sur les gonds.

- Dimizar, où étais-tu passé ? Le maître...

Mais Amidaraxar n'eut pas le temps de finir sa phrase que la rage se saisit du nécromancien.

- Que le maître QUOI ?? Je suis mon seul maître à présent, Néhant m'a laissé tomber trop de fois pour que je puisse encore l’appeler maître !

- Pourtant c'est ce qu'il est, ton maître, dit calmement Amidaraxar.

- Ne nous disputons pas, intervint Ombreuse, nous sommes trop affaiblis pour que nous nous retournions les uns contre les autres.

- Je ne suis plus des vôtres, je suis désormais ma propre voie, j'ai poussé la magie de Néhant à son paroxysme.

- Comment as-tu fait Dimizar ? Questionna Amidaraxar en comprenant que toutes les personnes qui l'accompagnaient étaient mortes.

- Cesse de m’appeler ainsi, je suis Zejabel, tu sais celui que tu dénigrais autrefois car jugé trop passif. Aujourd'hui j'ai réussi, mon plan a fonctionné et je suis libéré de mes chaînes.

- Que comptes-tu faire Di... Zejabel ? Demanda Ombreuse. Veux-tu nous aider ?

- Vous aider ? Vous vous êtes mis seuls dans cette situation, où est donc votre Maître ?

- Dragon nous l'a enlevé, par une porte magique, nous comptions justement trouver ici des informations à ce sujet.

Zejabel avait là un atout dans sa main, il aurait eu du mal à se défaire de ces gêneurs si jamais ceux-ci décidaient de le détruire et de détruire ses créations. Aussi joua-t-il la carte de l’apaisement, poussé par l'avidité. Il laissa donc Ombreuse et Amidaraxar lui expliquer tout ce qu'il s'était passé. La libération de Néhant, la possession de Ciramor, la grande bataille contre l'avatar de Sol'ra et sa défaite, puis l'arrivée de Dragon et la disparition de Néhant. Zejabel vit là de nombreuses opportunités.

- Mais il ne reste plus rien de ta bibliothèque, tout est parti en fumée.

- Tout mon savoir n'est pas perdu, je détiens les clés pour faire revenir Néhant. Mais avant cela il va me falloir une composante majeure, indispensable pour réaliser ce que je veux faire. Ramenez-moi l'héritier d'Eredan, ramenez-moi Ciramor.

Chapitre 16 : Le Grand Concile

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Déjà le bruit emplissait le bâtiment. Les discussions allaient bon train parmi toutes les personnes présentes en ce jour historique. Le Conseiller-Doyen Vérace réajustait sa tenue et soufflait devant cette porte qui le menait à l'abattoir.

- Allez mon vieux, tout va se jouer maintenant.

D’un main molle il tira la poignée de la porte et immédiatement la chaleur lui frappa le visage comme une claque. Il s’engouffra alors par l’encadrure de la porte dans l’hémicycle du grand Concile. La salle était comble, même les trois escaliers qui desservaient les différents étages de l'amphithéâtre étaient occupés. Les Conseillers formaient la première ligne, puis derrière les différents représentants de guildes et autres curieux venus assister à cet évènement. Vérace prit place derrière son pupitre, légèrement surélevé sur la grande scène au parquet de chêne. Devant l’indiscipline générale Vérace fit parler son bâton de cérémonie en frappant à trois reprises. Le son se propagea et eut l’effet escompté, le silence se fit alors. Tous les yeux se figèrent alors en direction du Conseiller-Doyen. Celui-ci avait déjà vu Kaketsu faire autrefois, il espérait tant être à la hauteur de sa fonction.

- Votre attention je vous prie, votre attention ! Je déclare à présent ce Concile ouvert et je vous en rappelle l’ordre du jour. En premier lieu nous allons faire un récapitulatif de ce qu’il s’est passé au sein du Conseil des guildes, puis la parole sera donnée aux différents intervenants. Je vous remercie par avance de bien vouloir respecter le silence et de ne pas couper la parole.

Devant les regards approbateurs, Vérace continua sa prose.

- Concernant le Conseil des guildes, cette année a été pour l’organisation une épreuve de passage. Comme vous devez le savoir le Conseil a été la cible d’un complot Néhantiste visant a s’en emparer par le biais de conseillers manipulés. Mais grâce aux efforts conjugués des guildes le pire a été évité. Nous avons hélas déploré la perte de plusieurs conseillers et à la fin de cette histoire et du départ du Conseiller-Doyen Kaketsu, la moitié du Conseil a disparu. Aussi nous avons depuis de nouveaux Conseillers : Abyssien, Marlok, Sevylath, Maître Maen, et Myrie d’Avalonie.

Des applaudissements eurent lieu pour saluer et donner du courage aux conseillers.

- Depuis le Conseil a eu à cœur d’organiser l’offensive contre les Néhantistes. Nous avons mené les investigations nécessaires et découvert nombre d’informations qui ont été utiles dans ce dossier. Pour connaître les détails vous pouvez vous reporter aux archives publiques du Conseil. Nous sommes cependant en mesure d’assurer une meilleure sécurité des peuples des terres de Guem et ceci grâce aux guildes. Ce qui nous rappelle l’utilité de ces dernières et du Conseil. A présent passons aux questions au Conseil.

Vérace lista les noms des personnes qui souhaitaient interpeller le Conseil sur un sujet ou un autre.

- Le Conseil appelle le seigneur Galmara.

L’homme bien connu du Conseil avança de manière à ce que tous puissent le voir. Étincelant dans ses atours rouges et noirs.

- Merci Conseiller-Doyen. Ma question concerne les finances du Conseil. Il est inscrit dans la demande de cotisation aux guildes des sommes démesurées demandées pour l’année future. Comment le Conseil justifie-t-il une pareille demande ?

Le conseiller Chantelain, en charge des finances se leva pour monter sur la scène afin de répondre au mieux à cette question.

- Seigneur Galmara, le Conseil des guildes demande plus parce qu’il fait plus tout simplement. Jamais depuis sa création l’organisation n’avait connu semblable activité. Nous avons tissé un réseau à entretenir, entreprit la rénovation du château et engagé une brigade de scribes et de bibliothécaires afin d’entreprendre une réforme de nos archives. Cela améliorera notre efficacité.

- N’avez vous point d’autres manières de trouver les sommes nécessaires ? Outre le Conseil, la plupart des guildes, comme les Envoyés de Noz’Dingard ou les Nomades du désert ont payé un lourd tribut. Leur demander de contribuer plus peut leur être fatal, ajouta Galmara souhaitant amener Chantelain à aborder un point particulier.

- Je comprends bien, mais ce qui profite au Conseil profite aux guildes. Si le Conseil pouvait aller chercher cet argent ailleurs, il le ferait.

- Pouvons-nous nous permettre ? Coupa quelqu’un dans l’assistance.

Une personne noyée parmi d’autres leva la main à l’attention de Vérace.

- Si le seigneur Galmara et le conseiller Chantelain veulent laisser la parole.

Les deux hommes firent oui de la tête. A ce moment là avança un homme à l’allure extraordinairement... voyante. Pas vraiment grand il était engoncé dans une perruque aux boucles chatoyantes. Sa tenue aussi avait de quoi surprendre par la richesse extérieure qui s’en dégageait : manteau brodé d’or, vêtements faits de la soie la plus belle, bijoux. Tout en lui était élégance et raffinement. Tenant un mouchoir au niveau de son nez pour éviter les mauvaises odeurs des quidams il se faufila jusqu’à la scène.

- Excusez-nous, excusez-nous, dit-il en faisant une courbette. Qu’il vous soit remercié d’accorder au Marquis de s’exprimer ici devant tous. Le Marquis viens présentement des Îles Blanches et il a en cela des nouvelles à vous donner. Aussi le moment nous semble tout à fait propice à ce que notre humble personne offre le présent que nous sommes venu offrir.

Le Marquis agita son mouchoir et deux hommes habillés comme des pirates mais avec des perruques portèrent un gros coffre jusqu’à la scène.

- Voici l’annonce que le Marquis a à faire. Dit-il en même temps que ses serviteurs ouvraient le coffre. Qu’il soit porté au Conseil des guildes la victoire des pirates menés par Al la Triste contre le gouvernement de Bramamir. A présent nommée Amiral elle fait don au Conseil une infime partie des trésors soutirés aux très maléfiques gouvernementaux. Ainsi la guilde menée par Al la Triste espère pouvoir fournir, par ce geste désintéressé, de quoi contribuer au bon fonctionnement du Conseil des Guildes.

Les yeux des spectateurs brillaient, il y avait là un véritable trésor. Les conseillers s’étaient levés et discutaient entre eux de cet acte, au combien politique et magistral.

- Je dois lui reconnaître une habileté pour la dramaturgie, dit Marlok.

- Manœuvre politique intéressante, Vérace ne pourra pas refuser un tel présent, ce qui permettra aux pirates de légitimer leur coup d’état, affirma Abyssien.

Sevylath resta assit, il n’accordait aucune importance à ce genre de coup politique. Aussi il se contenta d’observer les réactions des autres, surtout du Conseiller-Doyen. Celui-ci frappa le sol avec le bout de son bâton pour ramener l’ordre. Hélas cela ne sembla pas calmer les ardeurs de certains aussi insista-t-il.

- SILENCE !! SILENCE !! La séance est suspendue pour régler cette affaire et remettre de l’ordre. Rendez-vous demain matin !!

Puis s’adressant aux conseillers :

- Je vous attends pour réunion extraordinaire, dans mon bureau.

- Et bien, pour ton premier Concile, on ne peux pas dire que l’on s’ennuie, comme avec Kaketsu, plaisanta Chantelain.

Mais Vérace n’avait pas le cœur à rire. Installés dans le grand salon des appartements du Conseiller-Doyen ils attendaient la réaction de leur meneur.

- Je ne me vanterai pas d’un tel Concile. Dit-il avec une pointe de colère. J’aimerais que chacun réfléchisse à l’offre du Marquis, il nous faut peser le pour et le contre avant de donner une réponse officielle.

- Peut être devrions-nous interroger le seigneur Galmara, proposa Marlok. D’après le conseiller Abyssien cela serait un coup monté dans le but de faire un coup d’éclat au cours du Concile.

- Damoiselle Myrie, qu’en dites-vous ? Questionna Vérace.

- Je confirme la crainte de mes éminents confrères, ceci est à coup sur un coup d’éclat. Arriver ainsi, questionner à propos des finances, puis dans le même temps un homme arrive pour proposer une solution au problème. Ce n’est pas une coïncidence.

- Cela est-il... illégal ? Demanda Sevylath.

- Non, il n’y a rien d’illégal, dit Argalinard, le spécialiste en droit du Conseil et des Guildes. Une guilde peut tout à fait aider le conseil par un don, alors que le prêt, lui, est proscrit.

- Mais cette manœuvre, certes légale n’en reste pas moins un coup bas. Je comptais aborder les actes des pirates d’Al la Triste, déclara Marlok.

- Nous ne pouvons pas refuser une telle somme. Si nous l’acceptons, nous allégeons les charges sur les guildes. Déclara Chantelain.

Le conseiller, nouveau dirigeant des Traquemages prêchait pour sa paroisse. En effet si il y avait une augmentation du budget c’était en partie pour officieusement financer l’organisation Traquemage. Mais cela il ne pouvait pas le révéler devant les autres conseillers ignorant cet état de fait.

- Et ainsi créer un sorte de dette envers les autres guildes ? Les pirates vont en profiter et en tirer un avantage certain, ajouta Marlok agacé par cette affaire. N’avez-vous pas l’impression qu’Al la Triste essaye d’acheter le Conseil afin de se protéger ?

- Oui messire Marlok, c’est le cas, j’ai cette impression aussi, mais faisons confiance au Conseil pour qu’il reste en dehors des influences des guildes. Du moins de cette influence là, dit Myrie en gratifiant l’assistance d’un sourire ravageur.

- Ce n’est pas la première fois que le Conseil reçoit un don, ce fut le cas à maintes reprises par le passé. Verace, ne vous posez pas plus de questions, acceptez cet argent, remerciez officiellement Al la Triste et passons à autre chose, dit le Conseiller Nadur avec fermeté. Je vous accorde que c’est plutôt spectaculaire, très peu conventionnel et politique, mais c’est la façon de faire des pirates... croyez-moi. Cessons donc de tourner autour du pot, si vous n'appréciez pas ce petit jeu je ne peux que vous recommander de rencontrer le seigneur Galmara et le Marquis pour leur faire part de vos griefs.

Nadur était avec Vérace le plus ancien membre du Conseil. D’habitude peu loquace, la situation l’agaçait au plus haut point, préférant les résolutions rapides des conflits plutôt que de longs débats. Aussi l’assemblée fut-elle surprise de cette prise de parole.

- Bon... Effectivement, on ne va pas tergiverser plus longtemps. Merci pour vos divers avis, je vais trancher la question rapidement et recevoir le seigneur Galmara et le Marquis. Nous nous revoyons demain pour la reprise du Concile dans de meilleures dispositions.

Le soir même Galmara et le Marquis étaient reçus par le Conseiller-Doyen, chez lui.

- Asseyez-vous messieurs, asseyez-vous, demanda Verace en montrant les larges fauteuils où tant d’illustres personnes s’étaient déjà installées.

Lui-même se vautra dans son vieux fauteuil, un meuble qui avait traversé les âges sans en sentir les effets. Une servante du Conseil servit une collation aux personnes présentes dans de grands gobelets de cristal. Puis Vérace leva son verre en direction de ses invités.

- Buvons en l’honneur de l’Amiral Al la Triste et du don généreux qui est fait au Conseil des guildes.

Galmara et le Marquis se regardèrent l’un l’autre puis se sourirent, un échange qui en disait long sur la connivence des deux hommes dans cette affaire. Les deux courtisans trinquèrent de bon cœur avec leur hôte. Vérace ne s’était pas moqué d’eux car la boisson servie étaient réservée à de grandes occasions et valait une petite fortune.

- Marquis, faites part à Al la Triste que le Conseil des guildes la remercie et qu’une délégation viendra a Bramamir la saluer et lui présenter ses respects, ce qui est me semble-t-il la moindre des choses.

Oui c’était la moindre des choses, mais cela n’arrangeait pas le Marquis qui aurait préféré que le Conseil se tienne à l’écart des Îles Blanches.

- Allons allons ! Conseiller-Doyen, il est tout à fait hors de question de déranger les membres du Conseil pour si peu ! Il est tout à fait normal que les guildes participent à la vie de l’organe dirigeant, intervint le Marquis. Le Marquis se chargera de transmettre vos remerciements à la noble Al la Triste !

Vérace avait fait mouche, c’était donc cela qu’essayait d’acheter Al la Triste, l’éloignement vis à vis des Îles Blanches.

- J’insiste, cela fait partie de l’étiquette et des règles du Conseil des guildes. Cette affaire est entendue, je pense que j’irai en personne saluer Al.

Le Marquis n’en parut pas, mais il était déstabilisé, le jeu revenait à l’équilibre et Vérace s’avérait un adversaire tout à fait à sa hauteur.

- Cela n’est que trop d’honneur Conseiller-Doyen, si tel est votre désir il est de notre devoir de vous satisfaire.

- Dites moi Conseiller-Doyen, pourquoi m’avoir fait venir au fait, demanda Galmara intrigué.

- Vous faites bien d’amener ceci sur la table, j’allais de toute manière aborder le sujet. Voyez-vous je suis dans le milieu de la politique depuis plus de vingt ans maintenant, j’ai suivi les enseignements de grands maîtres en la manière. Je peux me targuer de repérer les manœuvres politiques lorsque j’en vois. Si j’apprécie le don fait au Conseil, en revanche j'apprécie moins le coup monté et encore moins le fait d’avoir du suspendre le Concile pour ça. Aussi pour le bon déroulement de futures séances auxquelles vous pourriez participer et pour votre propre bien je vous suggère d’éviter ce genre de manipulations. Comprenez que cela vous dessert fortement aux yeux du Conseil. Je préférerais que vous vous amusiez à contrer nos détracteurs plutôt que vous adonner à la fanfaronnade. A l’occasion je vous suggère de relire les règles du Conseil des guildes à propos des dons qui lui sont faits. Ne vous méprenez pas, le geste est beau, intéressé, mais beau.

Galmara se retrouva le bec dans l’eau, mais c’était le jeu et en fin de compte peu importait le moyen tant que le résultat escompté était là. Mais l’avertissement avait été entendu, de lui comme du Marquis. Le lendemain le Concile reprit, sans qu’aucun imprévu ne vienne le perturber.

Chapitre 17 - Imprévu

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Rarement la demeure du Corbeau n’avait accueilli autant de personnes en son sein. La quasi totalité de la Kotoba avait investi les lieux et tous les groupuscules qui la composaient discutaient du sujet brûlant du moment : les Karukaï. Et plus précisément d’un, le seul restant encore sur la liste noire de l’empire de Xzia, le très antipathique, mais néanmoins puissant Yakoushou. Le Corbeau ne pouvait définitivement pas laisser son secret s’éventer et mettre en péril la famille Kage, aussi il prit les devants de cette affaire et convia tout le monde à s'asseoir. Gakyusha prit place à côté de lui et de Toran.

- Merci au Seigneur Daijin de nous recevoir chez lui, nous vous honorons pour votre hospitalité, dit Gakyusha en introduction.

- La maison du clan du Corbeau est toujours ouverte pour la main de l’Empereur. Quelqu’un veut-il prendre la parole ?

Toran sauta sur l’occasion.

- Seigneur Daijin, honorables membres de la Kotoba, je dois m’avouer un peu perdu. L’ordre Tsoutaï est-il à ce point si mésestimé qu’on ne fait pas appel à lui alors que l’Empire est attaqué par des esprits ? Pourtant n’est-ce pas nous qui nous battions aux côtés de l’Onabunda autrefois ? Hors, depuis l’intervention du fantôme du premier Empereur, nous n’avons eu aucune nouvelle. Pire, c’est par le biais d’une invasion d’esprits-oiseaux, venus jusqu’ici que l’Ordre se retrouve impliqué.” Puis, se tournant vers Daijin, “Ne fais-je pas non plus partie du clan du Corbeau ?”

Le coup de semonce ébranla l’assemblée. Toran était mécontent et visiblement le Seigneur Impérial avait fait défaut dans son rôle de coordinateur. La faute en revenait principalement aux chasseurs de démons et à Daijin. Il fallait un coupable pour cette défaillance d'organisation. Toran s’était adressé à Daijin. Aussi une fois Toran retourné à sa place, c’est lui qui poursuivit la discussion.

- Effectivement maître Toran, nous pensions pouvoir stopper par nous-même les Karukaï. Il ne semblait pas utile de mobiliser tout le monde suite à nos diverses victoires.

A ce moment-là, Daijin déroula un parchemin et annonça les diverses nouvelles.

- Zatochi a retrouvé plusieurs ancêtres et avec leur aide ont renvoyé Yesou le mangeur. Kyoshiro et Okooni sont parvenus à détruire Oogon le passeur et ses serviteurs. Iro le champion impérial et le maître traqueur Tsuro ont capturé Onoba, que nous avons renvoyé par la suite. Et récemment nous avons repoussé Yakoushou le maître des esprits-oiseaux. Vous voyez Maître Toran avec autant de victoires il était inutile de vous déranger dans la formation de vos élèves.

Néanmoins, malgré les arguments, cela n’empêchait pas Gakyusha de se sentir à la fois responsable et déçu de ce problème de concertation et d’entraide. Aussi, il se devait de remettre en place son autorité. Aussi se leva-t-il pour que tout le monde le voit bien.

- Seigneur Daijin, quand l’Empereur vous demande de travailler avec la Kotoba, il serait bien que cela soit le cas. Nous sommes tous à bord de la même pagode et, telle que je la vois, celle-ci prend l’eau. D’un côté, certains écopent et tentent de remettre la barque à flot, d’autres ne font rien et quand les derniers partent sur une autre embarcation. Ceci m’est intolérable ! Maître Toran, veuillez accepter mes plus humbles excuses pour tout ceci, dit-il en s’inclinant devant le Tsoutaï. Ceci ne se reproduira plus. Jamais la Kotoba n’avait eu autant de membres, aussi je compte sur chacun pour jouer son rôle au mieux. La prochaine fois qu’une telle affaire se reproduit, des têtes tomberons.

Puis, laissant tout le monde réfléchir à ses parole, Gakyusha se rassit.

- J’accepte vos excuses... mon ami, dit Toran avec un regard amical. L’important est à présent de clore cette histoire. Voilà presque six mois que cela dure et le monde a besoin de la Kotoba. Dragon est parti, emportant Néhant avec lui, et l’instabilité politique qui en découle ébranle les terres de Guem. Un problème à la fois, mais en priorité les Karukaï. Seigneur Daijin, savez-vous où peut se cacher Yakoushou ?

- Je vous dirais... n’importe où. Mais il est probable qu’il se cache sur les hauteurs. Peut-être même a-t-il passé la frontière entre le monde des esprits et le nôtre, emportant ses nombreux serviteurs avec lui. Puis...

C’est alors qu’un homme passa la grande porte. Par rapport aux Xziarites, il avait une, voire deux têtes de plus et une carrure impressionnante. Sa peau noire indiquait qu’il n’était pas originaire de l’Empire, mais plus probablement du lointain Désert d’émeraude. Pourtant, sa tenue était tout à fait accordée à celles des autres personnes présentes. Il balaya du regard les différents protagonistes et se dirigea droit vers le Seigneur Impérial. Une fois devant lui, il se prosterna comme le voulait l’étiquette.

- Seigneur Impérial, je suis porteur de nouvelles de la province de Maoling. Je pense que cela vous intéressera.

- Parlez maître Mà.

Mà se releva, restant alors sur ses genoux.

- Des villageois de Maoling ont rapporté aux soldats en faction sur place un étrange évènement. Au pied des falaises du Tsang, gisent une vingtaine d’oiseaux, morts sans qu’aucune justification ne soit possible.

- Et qu’est-ce que cela a de si extraordinaire que vous veniez interrompre notre réunion ?, questionna Yu ling.

- Je suis moi-même en charge de cette province, j’ai donc vu de mes propres yeux ces oiseaux morts. Ce qu’il y a d’extraordinaire c'est leur taille et leur variété. Corneilles, Corbeaux et autres, tous deux à trois fois plus gros qu’à l’accoutumée.

- Yakoushou !, lâcha Daijin. Il est à Maoling !

- Mais pourquoi tuerait-il ses propres serviteurs ? Cela n’est pas logique, déclara Toran.

- Vous avez raison, c’est assez incompréhensible, ajouta Daijin qui partageait ce point de vue.

- C’est peut être un piège, affirma Tsuro. Yakoushou nous attire là-bas et nous tombe dessus.

- Peut-être bien. Aussi n’allons nous pas tous y aller, décida Gakyusha. Iro, Asajiro, Yu ling, Xianren et Kotori Kage, vous partez sur place avec maître Mà. Soyez prudents, tenez-nous informés de ce que vous trouverez sur place. N’entreprenez rien sans mon accord.

Le Tsang était le deuxième plus gros fleuve de l’empire de Xzia, descendant du nord lointain, se frayant un chemin par une vallée de plusieurs dizaines de lieues. Il creusait un large sillon dans la massive falaise par une chute d’eau vertigineuse. Puis, passait à Meragi la capitale avant de mourir en plusieurs bras dans l’océan.

Maoling était une petite contrée à une journée de marche de Meragi. La région vivait de la production de riz dont la culture était favorisée par le Tsang. Des dizaines de rigoles acheminaient l’eau jusqu’à divers grands bassins où les villageois se fatiguaient à la tâche. Voyant passer les illustres guerriers de la Kotoba, les villageois se retrouvèrent vite agglutinés à Maître Mà et ses compagnons. Puis, sans perdre plus de temps le guerrier à la peau noire renvoya tout ce petit monde au travail avant de mener la troupe sur le lieu où se trouvaient les oiseaux morts. L’odeur de décomposition indiqua à l’avance l’arrivée sur place. C’était le long de la falaise même, tout portait à croire que les volatiles s’étaient posés sur la végétation émergeant de la paroi rocheuse. Kotori grimpa pour inspecter plus en hauteur alors que Yu ling inspectait les cadavres.

- Ils n’ont pas l’air d’avoir subi de blessure physique. Vu leur état on ne peut pas présager d’une quelconque maladie. Je n’aime pas ça, si ce n’est ni par le fer, ni par la maladie, c’est que cela révèle du surnaturel. Que dit votre Cherchefaille, Xianren ?

L’esprit du Tsoutaï, à l’aspect de panda roux ne semblait pas particulièrement inquiété de quoi que ce soit.

- Apparemment... pas grand chose, répliqua-t-il.

- J’ai trouvé quelque chose !, cria Kotori arrivé au sommet de la haute falaise, venez voir ça !

Une fois en haut, le spectacle était pour le moins surprenant. Si au pied de la falaise il n’y avait qu’une dizaine d’oiseaux environ, en haut il y en avait une bonne trentaine, gisant eux aussi morts. Il y avait comme un tapis de plumes et de corps... à l’exception d’un endroit, au beau milieu du charnier. Là, pas la moindre plume, juste la roche et quelques arbres. Cela aurait pu être une coïncidence si ce “trou” n’avait été strictement circulaire.

- Je ne sais pas ce qu’il s’est passé ici, mais on dirait bien que Yakoushou a eu des ennuis, dit Iro en tirant Kusanagi de sa ceinture.

Chapitre 18 - Retour à Noz'Dingard

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La marche fut longue jusqu’à Noz’Dingard. La victoire était certes acquise, mais elle le fut dans la douleur, les larmes et le sang. Les grandes barges de cristal créées magiquement ramenaient les nombreux défunts vers leur dernière demeure, glissant lentement sur la route pavée menant à la capitale. Déjà les hautes tours volantes perçant le ciel accueillaient les soldats alors que les habitants de la cité affluaient de partout. Kounok entra le premier, en tête de la petite cohorte, suivi immédiatement par Zahal et les autres chefs des différents corps de l’armée Draconienne. Aucun d’eux n’avait le cœur à faire la fête mais Prophète se devait de saluer cette foule impressionnante venue les couvrir d’un honneur gagné sur le champs de bataille. Le peuple avait-il compris l’impact qu’aurait la disparition de Dragon sur l’avenir de leur nation ? La question n’échappa pas aux principales personnalités occupants des places stratégiques en Draconie.

La file progressa lentement le long de l’avenue menant au quartier des liés. Anryéna attendait patiemment devant la porte de cristal bleu à double battant, elle se devait d’être là pour accueillir les héros et pleurer les morts. Elle ne retint plus ses larmes lorsque le visage aux traits tirés de son fils lui apparut. Sautant de cheval Prophète parcourut le reste de la distance à pied avant de serrer fort sa mère dans ses bras, faisant fi du protocole.

- J’ai le cœur fendu mon fils, mais je suis tellement heureuse de te revoir en vie, dit-elle la joue contre la poitrine de Kounok.

- Mère, mon cœur est aussi fendu, tant de braves sont morts... Va... Valentin.

- Je sais cela, coupa-t-elle en relâchant son étreinte et séchant ses larmes. La Draconie pleurera ses héros comme il se doit. Mais avant cela renvoie tes soldats dans leurs foyers, qu’ils se reposent.

Naya, dirigeante de la caste des Sorcelames, le Maître-Mage Marzhin et son fils Pilkim, Ardrakar, Aerouant... ils étaient tous épuisés, aussi lorsque Prophète ordonna le renvoi au foyer chacun fut soulagé. Les au-revoir furent amicaux et promettaient d’un temps nouveau. Les soldats se mêlèrent à la foule recevant les accolades des hommes et les baisers des femmes, libérés de plusieurs menaces.


Ardrakar, enveloppée dans un simple drap regardait Noz’Dingard du balcon des appartements de son époux au palais. Cette vie qui était la sienne jusque-là, mouvementée, dure, avait prit une tournure qu’elle n’avait pas prévue. Elle sourit lorsqu’elle songea à l’avenir, passant sa main sur son bas-ventre, elle jugea le moment idéal.

- Kounok, dit-elle de manière à se faire entendre. Si nous avions un enfant, quel nom porterait-il, demanda-t-elle ?

Prophète fut surpris par la question, alors allongé sur le lit il se redressa d’un coup.

- Que... quoi ?

- Je ne croyais pas cela possible, dit-elle en se retournant vers lui, ses cheveux châtains détachés flottant au vent. Je crois que nous allons être parents dans quelques mois, annonça-t-elle, craignant la réaction de Kounok.

Ce dernier resta bouche bée, l’air un peu idiot, puis bondit du lit pour enlacer son épouse avec la plus grande tendresse.

- Quel nom pourrions nous bien choisir ? Ceili si c’est une fille et Krenv si c’est un garçon ? Chuchota Kounok.

- Ce sont de beaux noms.

- Je l'annoncerai à mère après les funérailles. Je pense que ça lui mettra un peu de baume au cœur après la perte de son père, et je sais de quoi je parle.


Ce jour là, la pluie battait les flancs des maisons et des tours de Noz’Dingard, contribuant ainsi à l’ambiance morose. Depuis la veille les familles endeuillées parcouraient les allées bordées de cristaux du funérarium. Le Chevalier-Dragon semblait paisiblement dormir dans son cercueil de verre, pourtant il ne foulerait plus la Draconie, ne parlerait plus avec Zahal pour lui prodiguer ses conseils. C’était un homme d’une grande discrétion, vivant simplement aux côtés d’une femme qu’il chérissait et avec qui il avait eu deux enfants, des jumeaux. La femme éplorée se tenait en avant, face au cercueil, elle écouta d’une oreille distraite les paroles de Prophète, comme le devait la tradition de l’ordre des Chevaliers-Dragon. Puis une fois fini elle se retourna vers Zahal et plongea son regard dans celui du chevalier. Il avait vu la main se lever et arriver sur sa joue, mais il laissa le geste se finir, il pensait amplement le mériter. Puis la colère laissa place à la tristesse et elle embrassa sur chaque joue le chevalier qui pleurait, avant de laisser là les puissants de ce monde.

- J’ai mérité cette haine, dit Zahal à l’attention de Kounok, je n’ai pas protégé Valentin, tout comme je n’ai pas protégé Ketanir.

- Allons, tes états d’âme t’honorent, mais Valentin était un chevalier de Dragon, il n’avait pas à être protégé, encore moins par toi. Sa vie fut longue et pleine d’aventures, la peine s’effacera avec le temps, nous lui ferons une cérémonie au temple d’Ehxien demain.

Une par une les personnalités quittèrent les lieux laissant le Chevalier-Dragon seul face à son ancien maître.

- Au revoir mon ami, tu m’as tout appris, à mon tour je passerai le flambeau comme tu l’as fait avec moi il n’y a pas si longtemps.

Zahal posa la main sur le cercueil de cristal, il espérait tant que cela ne soit pas vrai, que cela ne soit qu’un mauvais rêve dont il pourrait s'échapper bientôt. Mais l’eau et les larmes sur son visage lui rappelaient la triste réalité de ce monde brisé.

- Qui sont ces enfants ? Demanda Ardrakar intriguée à Arkalon venu spécialement de l’Empire de Xzia pour le dernier adieu à Valentin.

- Valentin avait une famille, une femme certes, mais aussi deux enfants, des faux jumeaux.

Les enfants se tenaient droits impressionnés qu’ils étaient de voir le temple d’Ehxien, leur mère discutait depuis une bonne demi-heure avec Zahal et visiblement la conversation était animée. Depuis la veille le Chevalier-Dragon cherchait un potentiel apprenti à qui il pourrait enseigner tout se qu’il savait. Hors durant son enquête rapide il tomba vite sur un fait peu ordinaire. Une femme se serait faite agresser dans un quartier extérieur de la cité et son salut serait venu de deux enfants déguisés, l’un en sorcelame, l’autre en Chevalier-Dragon. Ils auraient ainsi attiré l’attention de miliciens et permit l’arrestation des agresseurs. Cette histoire peu banale interpella d’autant plus Zahal lorsqu’il apprit le nom des héroïques jeunes gens : Nadarya et Absalon, respectivement fille et fils du chevalier dragon Valentin. Aussi Zahal s’escrimait de négocier auprès d’une mère peu encline à se retrouver seule et endeuillée.

- Il ne s’agit pas de vous priver d’eux, ils resterons à Noz’Dingard tant que leur formation durera, c’est à dire au moins cinq ans. Vous pourrez les voir quand vous voudrez, je ne pourrais jamais laisser ces enfants sans l’amour de leur mère. J’ai moi-même perdu mes parents très tôt.

- Je n’ai pas envie qu’Absalon devienne comme son père et meurre au combat, je veux qu’il ait une vie paisible loin des conflits.

- Et si il ne veut pas de cette vie ? Lui avez vous demandé ce qu’il désirait le plus au monde ?

Elle savait très bien se que voulait son fils, ressembler à son père et servir Dragon. Cela lui brisa le cœur une fois de plus, mais Zahal avait raison, elle devait les laisser partir et vivre leur vie, quelles qu’elles soient dans le futur.

- Je... Dit-elle en fixant ses enfants. D’accord, très bien, qu’ils suivent leurs propres voies. Qui va s’occuper de Nadarya ?

- L’ordre des Sorcelames va l’accueillir, Moîra sera sa préceptrice, vous n’avez aucune inquiétude à vous faire.

Puis un son cristallin se fit entendre, la cérémonie d’adieu au Chevalier-Dragon allait commencer.


Un mois plus tard l'entraînement d’Absalon battait son plein. Le jeune garçon s’avérait très appliqué avec une excellente discipline. La leçon du maniement d’épée allait bon train et était l’occasion d’un jeu entre le maître et son élève. L’un courait après l’autre dans les jardins du palais, dérangeant les rares personnes qui y cherchaient un peu de sérénité. Puis Prophète débarqua la mine soucieuse, coupant là l’entraînement.

- Zahal, j’aurais besoin de toi, enfin de vous, dit-il en regardant l’apprenti chevalier.

- Nous sommes à tes ordres Prophète.

- Depuis deux semaines les rapports du Seigneur-Dragon Anselme d’Arpienne ne nous parviennent plus, et aujourd’hui nous venons de recevoir un message de Moîra, le contenu est plus qu’explicite, incroyable et inédit. Le Seigneur-Dragon la chasse de sa cité et de ses terres, il déclarerait ne plus vouloir être sous le joug de Noz’Dingard.

- Moïra ? Et ma soeur ? Demanda Absalon inquiet.

- Elle va bien rassure toi. Moîra essaye de temporiser son départ et je veux que tu te rendes sur place pour tirer ça au clair.

- Anryéna ne peut pas intervenir ?

- Elle est très occupée par d’autres gros problèmes qui requièrent toute son attention. Je préfère éviter un affrontement direct en t’envoyant là bas.

- Nous partons sur le champ.

Chapitre 19 - Héroïsme

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La Légion Runique encourageait son champion avec ardeur. En cercle autour des deux guerriers, la chaleur aidant, la hargne montait dans les rangs. Parmi eux Privus le gladiateur et ami d’Eilos se souvint des fabuleuses aventures du seigneur runique du temps où ils n’étaient que des jeunes gens épris d’évasion...

Le jeune Eilos tira de toutes ses forces sur le rocher bouchant en partie l’ouverture d’un passage d'une grotte qui traversait une petite montagne.

- T’y arrives ou quoi ? S’impatienta une forme de l’autre côté du rocher.

- Si tu m’aidais aussi, t’as des bras deux fois comme les miens ! Puis si t’étais pas si gros, tu passerais sans problème sans bouger la moindre caillasse.

La forme grommela un coup puis poussa fortement le rocher qui céda. La lumière vive frappa le minotaure qui se couvrit le visage.

- La prochaine fois on passe par ailleurs si tu veux bien, regarde ça, j’ai des écorchures partout.

- Tu ne fais que de te plaindre depuis que nous sommes partis, regarde où nous sommes et profite ! Nous sommes dans le repère du lion d’Atios, t’imagines un peu ?

- J’imagine bien, d’ailleurs tu devrais pas crier trop fort pour pas qu’on attire son attention.

- Il peut venir, je l’attends ! Dit Eilos d’un air de défi.

On ne peut pas dire qu’Atios était un endroit accueillant ou agréable. Proche des grands volcans du nord de Tantad rien ne poussait à part une herbe tenace semblable à un cactus, mais sans aiguille. Ici n’importe quel rocher pouvait trancher les chairs car naturellement affûtés. Les deux amis avancèrent en faisant attention à là où ils posaient leurs pieds. Puis au détour d’un tournant ils tombèrent nez à nez avec les restes d’une personne. A en juger par le peu de vêtements, c'était un soldat, à moitié mangé et dont il ne restait que les jambes et une partie du torse. L’odeur épouvantable stoppa la progression d’Eilos et Privus.

- Herk, quelle horreur, on dirait qu’il s’est fait... manger.

- C’est quoi déjà la légende ? Un lion à trois têtes aussi grand qu’une maison non ?

- Ouais.

- Genre... genre... hésita Privus.

- Genre quoi ? S’impatienta Eilos.

- GENRE CA !? Cria Privus et fuyant.

A ce moment là une tête de lion disproportionnée apparut, suivie par une deuxième et une troisième. Puis le corps, monstrueux aux griffes acérées. Eilos se tétanisa devant la bête. Sans la moindre arme il se trouvait face à deux choix : mourir dévoré par trois énormes gueules ou alors courir le plus vite possible vers le passage où le lion ne pourrait pas le suivre. Ni une ni deux il détala, se ressaisissant. Sa vie en jeu il n’osa pas regarder derrière lui, mais il était certain qu’il était suivi, il entendait les griffes s’agripper aux rochers et les souffles des trois têtes dans sa direction. Privus, plus grand et plus rapide avait pris la poudre d’escampette et attendait dans l’ouverture de la grotte. Il vit son ami immédiatement suivi du lion, son cœur battait la chamade, allait-il arriver jusque-là. Puis une première gueule claqua des mâchoires, ratant de peu leur cible. Eilos changea de stratégie et zigzagua entre les rochers pour déstabiliser le monstre.

Effectivement les têtes se génèrent dans leurs attaques et in extremis le Tantadien plongea par l’ouverture. Les deux amis ne restèrent pas là et repartirent comme ils étaient venus, la frayeur en plus.

- Waouh, c’était limite, dit Privus en s’étirant une fois sortie de l’autre côté du passage.

- Limite pour moi tu veux dire, sacrée bête.


Quelques années plus tard, dans le village où vivait Privus, Eilos achevait de mettre à terre un énième combattant. C’était déjà le dixième qu’il affrontait dans cette arène en piteux état. Il ne s’attendait pas à autant d’obstacles pour obtenir les faveurs des minotaures de cette région.

- Combien ! Combien dois-je encore affronter d’adversaires avant que vous ne me donniez la rune de Tavros !?? Cria-t-il à l’attention du Seigneur-Runique dirigeant de la bourgade.

Ce dernier se leva et de sa hauteur réclama le silence du public.

- Tu te montres fort, jeune Eilos, mais tu n’as affronté jusque-là que des freluquets d’humains, nous allons voir ce que tu vaux face à cet adversaire-là !

- Peu importe sa taille et sa force, je suis le Guerrier Runique Eilos et ma mission est sacrée, que les dieux me regardent et me jugent !!

La grande grille de métal grinça en s’ouvrant, une masse imposante en sortit. Bondissant de quelques mètres cet adversaire se planta devant Eilos et lui asséna une gifle qui le mit à terre. Le jeune homme fit un roulé-boulé pour se remettre debout. Ce minotaure avait une carrure très imposante, le visage caché derrière un large casque de métal d'où s'échappa une voix familière.

- Alors mon ami, je vois que tu as fait du chemin.

- P... Privus ?

Le minotaure abattit son cestus sur Eilos qui sauta en faisant une roulade.

- Et oui Privus, moi aussi j’ai roulé ma bosse depuis que nous nous sommes quittés. A présent je suis le champion de cette région, tu aurais du le savoir !

Effectivement Eilos l’ignorait, loin de se sentir coupable il fut content d’affronter un adversaire qu’il jugeait digne de lui. Il tira ses deux épées de leurs fourreaux et se mit en garde.

- Te met pas en travers de ma quête et nous resterons amis Privus.

- Pourquoi veux-tu la rune de Tavros ? Dit le minotaure tout en continuant l’affrontement.

- Pour tuer le lion d’Atios.

Malgré les cris d’encouragement du public le nom fit taire tout le monde et figea le combat. Le lion avait réussi à sortir de cette prison naturelle dans laquelle il se trouvait et ravageait la région voisine. Ne se sentant pas capable de défaire la bête Eilos supposait que la rune de Tavros le rendrait suffisamment fort.

Privus ne bougeait plus à présent, ce qui laissa une ouverture à Eilos qui s’engouffra devant cette garde baissée. Il sauta les deux pieds en avant et fit choir son ami. Le temps que celui-ci réalise il se retrouva avec deux lames sous la gorge.

- Je me rends, tu as gagné Eilos.

- Tu m’as laissé gagné, chuchota le Guerrier Runique, je te revaudrai ça.

Eilos rangea ses épées et s’approcha du seigneur runique pour réclamer son dû.

- Soit tu auras ce que tu demandes, mais prend garde lorsque tu feras appel à elle, c’est une rune puissante qui peut te rendre fort mais peut aussi te faire chuter.

Eilos salua la foule qui exulta de joie devant une telle victoire. Privus enleva son casque et salua à son tour les gens venus assister au spectacle.


- Il est là dans cette caverne, dit Eilos en se mettant torse nu. Si jamais ça tourne mal, rapporte mes armes à mon père.

- Tout ira bien mon ami, Tu portes la rune de Tavros sur ton dos.

- Je préfère envisager toutes les options, même les plus désastreuses. Bon j’y vais. Les dieux nous regardent et nous jugent.

- Les dieux nous regardent et nous jugent, répondit Privus, certain d’assister à une bataille titanesque.

Eilos s’avança en marchant le long de la large corniche donnant sur l’entrée de la caverne, il dégaina ses épées et appela la créature à trois têtes.

- Lion d’Atios, je suis le Guerrier Runique Eilos, je viens ici pour mettre fin au chaos que tu génères !!

L’écho répercuta les paroles d’Eilos, puis plusieurs cris retentirent, forts, puissants, tout comme la créature qui les émirent. Déjà repu par l’ingestion de plusieurs habitants de la région le lion d’Atios parcourut les quelques mètres en un rien de temps. Eilos crut qu’elle avait grossi depuis la dernière fois qu’il l’avait vu, mais en réalité c’était simplement parce qu’il lui faisait face pour la première fois. Il écarta les bras, serrant les poignées de ses armes et se répéta pour lui même “les dieux me regardent et me jugent” en boucle. Les runes sur les lames brillèrent intensément puis un dessin s’illumina, prenant tout le dos du guerrier. La rune de Tvaros représentait une tête de taureau stylisée. L’effet fut immédiat, ses bras tremblèrent tellement l’énergie qui l’envahissait était puissante.

Le combat qui s’en suivit restera dans les légendes parlant du Guerrier Runique Eilos qui combattit et vainquit le lion d’Atios grâce à sa bravoure et l’aide des dieux. Lorsque le jeune Eilos ramena, avec l’aide de son ami Privus, la dépouille au Cénacle, ils furent immédiatement honorés. Privus entra dans la Légion Runique et suivit son ami dans toutes ses autres et nombreuses aventures. Quant à Eilos, à partir de ce jour-là, il gagna le titre de Seigneur-Runique.


Les deux adversaires s’étaient longuement observés. Ni l’un ni l’autre ne connaissait l’étendu des facultés de l’autre. Nebsen bien que Sphinx de Ra ne prit pas le parti de sous-estimer son adversaire, au contraire. Eilos quant à lui n’avait pas la moindre once de peur dans son cœur, lui qui avait vaincu le lion d’Atios et d’autres créatures, la plupart bien plus terrifiantes que ce sphinx. L’enjeu était important, le Cénacle l’avait chargé de ramener ces cristaux tombés du ciel, hors ce sphinx connaissait un endroit regorgeant de ces cristaux. Mais il ne montrerait ce lieu que si quelqu’un arrivait à le battre en duel. Nebsen sentait que le guerrier qui lui faisait face n’était pas n’importe qui, cette aura que lui seul pouvait percevoir et ces runes flottant autour de lui et gravées sur ses armes avaient une origine divine. Eilos passa à l’offensive, tentant en vain d’infliger des blessures au sphinx avec ses armes. Ce dernier préféra se mettre sur la défensive, esquivant les coups, se protégeant grâce à sa théurgie. Très vite la Légion Runique conspua le sphinx, le traitant de tous les noms devant cette fuite du combat. Eilos s'énerva très vite voyant qu’il ne parvenait pas à saisir son adversaire. Puis la situation s’inversa. Nebsen avait analysé les gestes d’Eilos et contre-attaqua à poings nus. Les coups n’avaient pas pour but de faire mal, mais de montrer à ces humains qu’il avait le dessus sur leur chef. L’homme recula jusqu’à Privus qui lui glissa dans l’oreille.

- Laisse tes lames, utilise tes poings et la rune de Tavros.

L’idée n’était pas mauvaise. Il rangea ses lames dans leurs fourreaux qu’il tendit ensuite à Privus. Puis il tira sur sa cape et ses vêtements pour s’en défaire. Sur son dos la rune de Tavros, la tête de taureau brilla de mille feux. Le combat reprit de plus belle, Nebsen surpris par la rapidité et surtout la force de l’humain reçut un magistral coup de poing en plein visage. Les hurlements des membres de la Légion Runique doublèrent d’intensité. Les coups échangés devinrent plus violents, les deux lutteurs étaient à présent totalement plongés dans ce combat. Nebsen avait un plan et jugea, au bout d’un moment, qu’il était temps de clore le spectacle. Il fit croire à Eilos qu’il était à bout et se laissa frapper pour lui indiquer qu’il avait l’ascendant. Prétendument à bout de souffle il fit signe à son adversaire.

- Tu es un grand guerrier, humain. Peu de personnes m’ont battu et je te félicite pour ça.

Eilos fut soulagé, il n’aurait pas continué ainsi bien longtemps. Privus et les autres runiques vinrent féliciter les duellistes pour leurs performances.

- Je t’ai vaincu, à présent il est temps de nous mener aux cristaux... ce que tu nommes larmes de Ra.

- C’est ce que tu souhaites vraiment ?

- Oui, je le veux.

Nebsen employa alors ses pouvoirs, achevant son plan. Le sable sous les pieds des Runiques s’éleva dans les airs comme lors d’une tempête de sable. Très vite plus personne ne vit grand chose. Eilos crut à une entourloupe de Nebsen et se jeta là où il devait se trouver, mais le sphinx n’était plus là. Puis le sable tomba d’un coup sur le sol, recouvrant les membres de la Légion. Le décors n’avait plus rien à voir, ils étaient dans un autre endroit. D’immenses cristaux jaunes luisaient doucement éclairant cette caverne géante, vestige d’une ancienne cité dédiée en son temps au dieu Ra. Eilos ne se sentit pas bien et s’écroula inconscient.

- Eilos ! crièrent Privus et Agillian.

Sapient se fraya un chemin jusqu’au Seigneur-Runique et l’examina longuement. Puis l’émotion sur son visage se figea.

- Il est en vie, mais impossible d’en savoir plus, ma théurgie ne semble plus agir.

Lania regarda autour d’elle avec effarement.

- C’est ce lieu, il nous coupe des dieux !! Ragea-t-elle.

- Il nous faut trouver une sortie. Légion Runique ! Formez le camp et ensuite patrouillez les environs, il nous faut trouver une sortie, et vite !

Chapitre 20 - Les Dévorés

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Malgré la fatigue Galène finissait enfin le nouveau bras d’Al la Triste. Celui-ci, outre l’esthétique, était une merveille de technologie. Galène avait suivi le modèle de sa création ultime S.A.R.A.H. La jeune Klémence restait émerveillée devant les prouesses de son idole, elle n’avait pas raté la moindre manipulation lors de la greffe.

- Je peux pas faire mieux, dit le capitaine du Titan de Fer à Al. J’ai fini les tests, il est opérationnel et au maximum de ses capacités. Il fonctionne différemment de ton vieux bras mécanique. Plus la peine de l’alimenter, comme tu es Guémélite je l’ai directement branché sur ta pierre-cœur qui se trouve à la base de ta nuque.

Al la Triste se leva lentement, elle qui avait l’habitude du poids sur son côté droit fut déstabilisée. La légèreté de ce bras la satisfaisait.

- On dirait un vrai, dit-elle en souriant.

A côté d’elle Klémence applaudissait, ravie de voir son capitaine éprouver une telle joie.

- Je te revaudrai ça Galène, ton prix sera le mien.

- Allons Amiral, le simple fait que vous portiez ma création est déjà une récompense. Je réfléchirai à autre chose, mais il ne sera pas question d’argent.

- Très bien... Nous allons faire le point sur la situation dans la salle de banquet du palais de Bramamir. Il faut décider des prochaines actions à mener.

- Tu ne mâches plus tes mots maintenant ? Quel drôlerie... Je vous y rejoins dès que possible.


- Cette histoire est de plus en plus énorme ! Déclara Corc. Amiral vous avez rallié les pirates puis mené une grande bataille que nous avons gagné. Puis vous êtes morte avant de renaître. Et là vous nous apprenez que le vortex en dessous de nous est en réalité un démon qui peut à tout moment dévorer les Iles Blanches et nous avec. Incroyable, difficile à admettre, mais incroyable.

- C’est la vérité, annonça Flammara. Le problème est que ce démon ne doit pas avoir grand chose à se mettre sous la dent. Le temps presse donc.

- Et cette forme noire ? Questionna Azalys. Sait-on ce que c’est ou qui c’est ??

- Pas encore, répondit Ardranis, nous fouillons le palais et la ville.

- Très bien, faites passer la description de cette forme, peut-être que quelqu’un a vu quelque chose, sait-on jamais, ordonna Al la Triste. J’aimerais que les lettrés farfouillent les bibliothèques pour trouver un maximum d’informations sur ce Maelström. Qu’est-ce qu’il y a là dessous ?

- La mort, cracha Bragan, j’en connais des navires qui s’y sont engouffrés, aucun n’en est ressorti.

- On connaît tous les histoires à propos du vortex, assura Al la Triste. Galène, est-ce que tu pourrais bricoler un truc qui nous permettrait de voir ce qu’il y a là dedans ?

- Je peux faire mieux et y envoyer S.A.R.A.H elle pourra alors nous transmettre grâce à un appareil fabriqué par Klémence des images de ce qu’elle voit.

- Très bien prépare-la pour cette mission.

- Nous partons immédiatement.


Le Titan de Fer, monstre des airs, stagnait au dessus de l’œil du vortex, turbines au maximum. Galène et Klémence ajustaient les derniers réglages tout en donnant les consignes à S.A.R.A.H. La créature de métal ne ressentait pas sa propre peur mais percevait l’anxiété des humains autour d’elle.

- Pourquoi êtes-vous nerveux ? Demanda-t-elle à son créateur.

- C’est moi qui ai proposé de t’envoyer au casse-pipe, mais je crains qu’il ne t’arrive quelque chose ou pire que tu sois détruite.

- Dans un tel cas vous me répareriez ou me reconstruiriez.... Tous les préparatifs de la mission sont achevés.

Klémence décrocha des câbles qui reliaient l’automate à une sorte de gros générateur à vapeur. Puis elle vérifia le câble qui allait la faire descendre dans le maelström avant de donner le feu vert.

- Allez, fais de ton mieux.... Klémence, active le cristal de vision.

La jeune ingénieure attrapa un objet cylindrique dans lequel de larges trous permettaient de voir un cristal central gris. Elle fit pivoter le couvercle et le cristal se mit à luire intensément. S.A.R.A.H s’approcha du bastingage et l’enjamba. Le câble se tendit brusquement lorsque l’automate fut en l’air. Débuta alors une très longue descente vers l’objectif. Galène espérait que le longueur du câble suffirait. Au bout d’un certain temps ils ne purent discerner la forme de S.A.R.A.H, engloutie par la gueule du démon.

- Ça enregistre, dit Klémence, tout va bien.

Puis le câble ne se déroula plus, indiquant à Galène et Klémence que l’automate avait touché terre ou du moins une surface solide. De longues minutes passèrent, les yeux rivés sur le cristal de vision. Puis un incident se produisit. Le cristal de vision ne captait plus son double connecté à S.A.R.A.H, le câble ne retenait plus rien et claquait contre la coque du Titan de Fer.

- NON ! Cria Galène en tirant le câble, c’est pas vrai !

Klémence resta plantée là, elle savait que cela comportait de gros risques, mais elle entrevit une solution.

- On ne peut pas faire plonger le Titan là-dedans, mais on peut savoir ce qui lui est arrivé Galène. Le cristal de vision va tout nous dire.


L’Arc-Kadia avait l’air minuscule à côté du Titan de Fer. A bord du nouveau vaisseau amiral, Galène et Klémence expliquaient à Al la Triste le résultat de leur mission. Après avoir visionné l’enregistrement ils n'avaient pas tardé à revenir à Bramamir pour montrer leurs trouvailles. Après avoir installé dans les appartements un appareil capable de projeter le contenu du cristal de vision, Galène et Klémence commentèrent les images qui défilaient à la manière d’un film. Au départ il n’y eu rien de passionnant jusqu’à ce que l’automate entre dans le Maelström. La couleur de la lumière changea pour devenir plus rougeoyante, S.A.R.A.H regarda vers le bas et le sol apparut. C’était un désert de rochers pointus où gisaient des épaves de navires à perte de vue. Elle toucha terre et examina les environs. Après un moment à parcourir le périmètre plusieurs formes bondirent sur elle et la maîtrisèrent très vite. Les images s’arrêtèrent là.

- Il y a quelque chose sous le maelström, ou dedans, dit Al la Triste en ouvrant de grands yeux devant cette perspective d’une nouvelle aventure. Nous allons voir ce qu’il est advenu de ton automate. J’en reviens pas, les rapports trouvés depuis votre départ précisaient qu’il n’y avait rien en dessous du vortex à part le vide et les ténèbres.

Puis sans plus tarder l’Amiral quitta la pièce en beuglant ses ordres, cherchant Œil de Gemme son second à bord de l’Arc-Kadia.


L’Arc-Kadia se tenait là où le Titan de Fer était quelques jours auparavant. Le vortex attirait irrémédiablement le navire vers le bas alors que les moteurs crachaient le maximum possible. Al se tenait au bastingage et hurlait les manœuvres à l’attention des membres d’équipage. Le navire avait participé à de nombreuses batailles sans que jamais il ne défaille. Puis le navire tangua et s’inclina. Œil de Gemme barra et le vaisseau s’engouffra dans le gigantesque œil du Maelström. Le bois craqua, la pression devint forte pour lui menaçant de briser la coque comme de la vulgaire paille. Quelques lames de bois se brisèrent, les unes après les autres. Pourtant les mages s’étaient préparés et avaient dressé une bulle de protection magique autour du navire, sans conséquence sur les effets du Maelström. Puis pour ne pas rester dans cette zone qui pourrait broyer l’Arc-Kadia Al la Triste ordonna de pousser les moteur à de leurs limites. La vitesse projeta une bonne partie des pirates par terre alors que l’autre se tint à ce qui se présentait. Tel un boulet de canon le navire fonça droit en inclinaison et quitta la zone dangereuse. Sauf qu’un autre problème se présenta face à l’équipage : le sol. En réalité le maelström n’était là que pour tenter de broyer et de démolir le plus possible un navire avant que celui-ci ne s’écrase sur les rochers en forme de dents aiguisées. Œil de Gemme tenait la barre fermement, elle avait déjà fait des manœuvres bien plus délicates, étant Guémélite de l’air elle ne sentait pas les effets de la pression et de l'accélération. Elle barra à nouveau tout en baissant la puissance des moteurs. L’Arc-Kadia se retrouva parallèle au sol, à peine quelques mètres au-dessus d’un rocher qui à coup sur l’aurait éventré. En mauvais état mais entier le navire se posa dans un endroit plus plat. Les moteurs s’arrêtèrent d’eux-mêmes, tout comme le reste de la machinerie.

- Klémence, vois ce qu’il se passe. Galène, Flam’, Jon, Poukos, vous venez avec moi. Œil le navire est à toi, si nous ne revenons pas dans trois heures, décolle et fait un tour, ne risque pas plus. Surveillez le cristal de vision au cas ou. Ah ! Et laissez le bouclier protecteur actif, sait-on jamais.

Une heure avait passé et la petite équipe vadrouillait entre les rochers et les nombreuses épaves des navires depuis longtemps écrasés ici.

- Le Némésis... L’Argo... tant de navires qui ont disparu au travers de l’histoire, dit Jon.

- Il n’y a pas un seul cadavre, remarqua Flammara.

- Ouais, étrange, dit Poukos en tenant fermement Couille-grouillot son arme en forme d’ancre.

- Attention, l’endroit est propice aux embuscades, déclara Al la Triste en tirant son arme de son fourreau.

Le groupe continua encore quelques temps avant d’apercevoir des formes marcher dans sa direction.

- Voilà les ennuis, en position, gaffe à nos arrières !

Les formes indistinctes s’avérèrent humanoïdes, puis au fur et à mesure de leur avancée les pirates reconnurent des hommes, tous portaient des espèces de scaphandre et appareils respiratoires. L’un d’eux se détacha de son groupe.

- Vous venez de l’Arc-Kadia ? Nous vous avons vu tomber ici, est-ce qu’il y a d’autres survivants ?

- Qui êtes-vous ? Demanda Al al triste.

- Balastar.

- Balastar !? S’étonna Galène, impossible, Balastar est mort.

- Dans le maelström avec le reste de l’équipage de l’Echine de cristal.

- C’est qui ? Interrogea Poukos.

- Balastar est un armurier de renom, c’est lui qui a inventé la plupart de nos armes à poudre, expliqua Galène fasciné.

- Vous ne devriez pas rester ici, vous êtes en danger de mort expliqua Balastar en s’approchant plus.

L’homme semblait examiner les pirates et s’arrêta devant Galène et lui attrapa le haut du col avant d’écarter le tissu. Poukos réagit vite et poussa Balastar.

- Touche pas !

- Non ! Attendez, regardez là, dit-il en montrant le cou de Galène, cela a déjà commencé. Vous ne comprenez pas, vous allez être dévoré par le démon, comme beaucoup ici.

- Quoi ? Qu’est ce que vous racontez ? Coupa Al la Triste.

- Allons à l’abri, je vais tout vous dire.

L’abri en question était une caverne creusée dans le sol éclairée par plusieurs trous pourvus de hublot. Il y avait aussi un immense sas pourvu de deux portes métalliques. Une vapeur bleutée s’échappa d’orifices dans les murs et aspergea tout le monde.

- Cela devrait aller mieux, vous n’étiez pas très atteint. Soyez les bienvenues dans la Tanière des dévorés.

- Dévorés ? Expliquez-vous enfin, somma Al la Triste.

- Je vous dois bien ça.

Il y avait bien une cinquantaine d’habitants vivants dans cette tanière, la plupart à la triste mine et à l’allure pouilleuse. Ici tout était fait à partir de trucs récupérés sur les navires écrasés dans les environs. Néanmoins il y avait une certaine avancée technologique dans ce chaos. Balastar accueillit les pirates dans ses appartements, une vaste pièce creusée dans le sol. Chacun s’assit où il put.

- Nous sommes dans le ventre du démon. Bien sûr ce n’est qu’une métaphore ce n’est pas un vrai ventre, mais c’est ici que les vivants sont corrompus et leur énergie aspirée par le Maelström. J’ai moi-même failli y passer, je porte sur mon corps les stigmates de l’attaque du démon. Mais je m’en suis sorti en bricolant un scaphandre avec le matériel contenu à bord de mon pauvre navire. Coupé de l’influence du démon mais incapable de pouvoir repartir j’ai récupéré d’autres naufragés et fondé cet endroit où nous survivons plus que nous ne vivons. Nous récupérons ce que nous trouvons, rations, eau, objets...

- En parlant de ça, vous n’auriez pas trouvé un automate ? demanda Galène souhaitant vivement récupérer ce qui lui appartient.

- Pas à ma connaissance, non, enfin des automates nous en avons trouvé, mais il y a bien longtemps.

Chapitre 21 - Visite d’un soir d’été

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Un an s’était écoulé depuis la fin de la guerre de Sol’ra. Les Combattants de Zil avaient repris une vie de bohème, parcourant le monde, divertissant grands et petits. Cet été-là, la compagnie de saltimbanques aux pouvoirs aussi hétéroclites qu’incroyables assurait une tournée dans l’Empire de Xzia. Au fil des routes la caravane arriva à Meragi, la grande et magnifique capitale où la guilde devait donner trois grandes représentations. Mais aucun des Combattants de Zil ne s’attendaient à recevoir en ce dernier soir dans la ville, la plus illustre et importante personnalité à cinq cent lieues à la ronde.

A l’entrée et comme à son habitude Mashtok filtrait, assurant le service de sécurité pendant que Granderage vendait les places. Alors que les spectateurs entraient les uns après les autres dans une rare discipline, il y eut un mouvement de foule. Ceux qui attendaient leur tour s’écartèrent de l’entrée alors que d’autres personnes s’avancèrent. Celles-ci n’avaient vraisemblablement pas les mêmes origines sociales que les simples habitants. Iro le champion impérial s’avança, suivi d’une délégation d’une dizaine de personnes. De sa hauteur le videur Zil reconnut quelques têtes de gens de la Kotoba, au milieu d’eux une personne très importante. Iro s’inclina respectueusement devant le géant à la peau bleue.

- Je vous salue honorable Combattant de Zil. Sa majesté l’Empereur souhaite assister à votre spectacle, la renommée de votre guilde en terme de divertissement est parvenue jusqu’à lui.

Mashtok se retrouva un peu bête. L’Empereur en personne ? Sous leur chapiteau ? Granderage qui assistait à la scène s’interposa entre Iro et Mashtok qui, le pensait-elle, allait certainement commettre un impair. - Nousss ssssommes honorés de la prézzzzensssse de l’Empereur. Soyez les bienvenus sous notre chapiteau ! Dit-elle en faisant comme une révérence.

Iro entra en premier, comme toujours, suivi par l’Empereur et le reste de la délégation. Leur entrée dans le chapiteau fut remarquée par la population. Les spectateurs affalés sur les gros coussins se jetèrent au sol, front contre terre. Quant aux autres Zil présents, la surprise fut de taille. Granderage prévint vite Farouche. Le chef des Zil avait déjà remarqué ce qu’il se passait sous son toit, elle se posait une question : pourquoi ? Après tout ce n’était pas la première fois que les Combattants de Zil passaient à Meragi sans attirer l’attention des notables. Un déplacement tel que celui-ci était toujours prévu longtemps à l’avance, comme ce fut le cas à chaque fois qu’une importante personnalité venait les voir.

- Qu’est-ce que l’Empereur nous veut ? Demanda Farouche à l’attention de Kuraying. Je compte sur toi pour m’apporter des réponses. Puis regardant Granderage, merci de m’avoir prévenu, il ne faut pas décevoir nos invités surprises... Offrons leur un peu de musique !

Le spectacle débuta, les Zil donnant le meilleur de leur savoir faire pour satisfaire au mieux leurs invités. Et il ne fut pas facile de savoir ce que ressentait l’Empereur et sa clique car aucun d’eux n’exprimait la moindre émotion. Même les bouffonneries horribles de Terrifik ne purent les impressionner. Un poil vexé, le clown laissa sa place à Mallascaria, recrutée moins d’un an auparavant. La jeune femme avait été repérée alors qu’elle chantait au bord d’une rivière lorsque passa la caravane Zil. Impressionnés par le timbre particulier de la demoiselle, Farouche et les autres s'arrêtèrent pour l’écouter. Elle se retrouva vite entourée par la bande de joyeux drilles. Lui promettant une nouvelle vie, la cantatrice laissa-là son passé et partit avec les Combattants de Zil. Elle était un atout de charme à la voix inoubliable. Le chant hypnotique et suave ravit les oreilles de l’auditoire. Plongés dans une sorte de rêve éveillé, envoûtés, les spectateurs ne virent pas le temps passer. Mallascaria aimait par dessus tout ce moment où les émotions piquaient les cœurs à vif, même les plus endurcis des guerriers ne purent résister. Elle descendit de la scène pour continuer son numéro chantant au plus proche des spectateurs. Elle prit le risque de s’approcher de l’Empereur, captant son regard elle l'envoûta encore plus. Mais Iro veillait et fit comprendre à la chanteuse qu’elle n’avait pas intérêt à ce qu’elle tente quoi que ce soit contre eux. Mais telle n’était pas son intention, aussi continua-t-elle son chemin dans le chapiteau.


Durant ce temps, en coulisse d’autres événements se passaient. Alors que Terrifik montait sur scène Kuraying s’approcha du groupe de la Kotoba et repéra une personne qu’il connaissait bien : Yu Ling. Celle-ci s’était levée et semblait chercher une ouverture pour passer derrière la scène. Aussi alla-t-il à sa rencontre, lui tapotant sur l’épaule.

- Tu es perdue ?

Yu Ling se retourna lentement, cette voix ne lui était pas inconnue.

- Toi ? Dit-elle en ouvrant de larges yeux.

- Oui, moi. Je vois que tu me reconnais c’est déjà ça.

- Je... je... balbutia Yu Ling.

- Tu es venue t’excuser de m’avoir brisé le cœur et abandonné ?

Yu Ling baissa la tête, honteuse.

- Nous réglerons ça après, j’aimerais au nom de la Kotoba, voir ton chef, dit-elle.

- Oui nous réglerons ça, enfin si tu ne t’éclipses pas entre-temps. Dis-moi ce que tu veux.

- Je ne dois en parler qu’à ton chef.

Kuraying fronça les sourcils de mécontentement puis la pria de le suivre. Il poussa une tenture avant de se faufiler tous deux par un passage entre deux pans de toiles. Un peu plus loin Farouche et N’ba théorisaient à propos de la venue de l’Empereur.

- Tu crois qu’il vient s’excuser de nous avoir repris notre territoire ?

- Bah, j’crois pas, p’têt qu’elle nous le dira, répondit N’ba en montrant Yu Ling.

Kuraying laissa là Yu Ling, encore perturbé de la retrouver ici. La Kotoba se retrouva donc face à Farouche et N’ba. Comme le voulaient les traditions dans l’empire elle se prosterna, jugeant ses interlocuteurs plus haut gradés qu’elle.

- Merci de me recevoir, mon nom est Yu Ling, membre de la Kotoba.

- Yu Ling... YU LING ? La Yu Ling dont nous rabâche sans cesse Kura’ ?

La chasseuse de démons se mit à rougir.

- Je suis désolée de vous interrompre dans votre spectacle, mais je viens de la part du Seigneur Impérial Gakyusha.

Farouche fut déçue, elle pensait que Yu Ling venait de la part de l’Empereur, mais bon ce n’était pas si mal.

- Ah ? Ouais, et qu’est-ce que nous veut Gakyusha ?

- Il requiert l’aide des Combattants de Zil concernant une affaire liée au monde des ombres et des esprits.

- Notre aide ? Dit-elle nerveusement. Pourquoi est-ce que l’on vous aiderait, vous qui nous avez repris ce que vous nous aviez donné.

Farouche n’avait pas tort, Yu Ling le savait, tout comme Gakyusha, aussi l’Empire était prêt à un petit sacrifice s’il le fallait.

- Sa majesté l’Empereur de Xzia vous rémunérera pour votre aide, dites votre prix.

Immédiatement N’ba chuchota quelques mots à l’oreille du chef Zil.

- De l’argent... vous achetez notre aide comme si nous étions de simples mercenaires ? Oui si on vous aide vous ferez sonner les pièces, mais pas que cela. Restituez-nous immédiatement les terres qui ont été les nôtres sans possibilité de revenir sur notre accord. Faites cela immédiatement et nous verrons ensuite pour la question financière.

Yu Ling resta silencieuse, écoutant les récriminations de la Zil et ses conditions. Elle s’attendait à cette demande et cette option était déjà envisagée. Elle fut plus surprise par le fait que Farouche ne demandait même pas de quelle aide il s’agissait. Ce sujet ne viendrait même que le lendemain.

- Je vais porter votre demande auprès de mes supérieurs, je reviendrai vous apporter une réponse demain.

- Faites, faites, lança Farouche en secouant la main manière de dire “laisse-nous”.

La Kotoba chercha ensuite Kuraying pour clarifier les événements qui l’avaient conduite autrefois à partir. Le Zil d’origine Xziarite attendait patiemment Yu Ling à l’entrée, Mallascaria chantait toujours. Tous deux sortirent du chapiteau dans un silence pesant.

- Je t’écoute. Quelles excuses vas-tu me servir ?

- Je comprends ta rancœur à mon égard, mais je n’ai jamais cherché à te blesser. A l’époque on m’a envoyé en mission, cela a très mal tourné et j’ai mal agi. A mon retour de Meragi j’ai été punie par la malédiction d’Ajaï.

- Ajaï... la malédiction de la vieillesse ? S’étonna Kuraying.

- Oui... honteuse, je ne pouvais ni ne voulais te revoir. Je n’aurais pas supporté ton regard. Je suis partie vivre ma vie de femme âgée en essayant de t’oublier, mais cela s’est avéré impossible et mon cœur t’appartient toujours, dit-elle en laissant perler une larme sur sa joue.

Kuraying essayait vainement de fermer son cœur et de faire taire ses sentiments, mais ceux-ci étaient trop présents.

- Lorsque tu es partie j’ai imaginé le pire au début, puis lorsque j’ai su que tu vivais toujours j’ai eu mal comme si un poignard m’avait transpercé le torse. C’est à cause de toi si j’ai quitté l’empire et rejoint les Combattants de Zil, laissant derrière moi ma vie de chasseur de démons.

Cela ébranla Yu Ling, elle savait cela mais l’entendre de la bouche du concerné la fit céder. Les larmes coulèrent de plus belle alors qu’elle restait les yeux dans le vague.

- Me laisserais-tu une deuxième chance Kura’ ? Demanda-t-elle dans un souffle.

- Ma raison me dit que non, mais mon cœur bat pour toi, laissons-nous le temps de nous retrouver...


Le lendemain es Combattants de Zil finissaient de démonter leur chapiteau lorsque Yu Ling revint, accompagnée de Toran.

- Avez-vous une réponse à nous donner, dit Farouche sans même saluer les visiteurs.

Kuraying s’inclina devant Toran et jeta un bref coup d’œil à Yu Ling. Les Cherchefailles de Toran tournoyaient lentement autour de lui. Le maître Tsoutaï regardait les deux serpents d’ombre ondulant à côté de Kuraying.

- Kuraying, la rumeur de votre présence dans la guilde de Zil n’est donc pas une rumeur. Je vois que vos techniques d’ombre imitant les Tsoutaï sont toujours d’actualité.

- Maître Toran, veuillez pardonner l’impulsivité de notre chef, vous savez que nous avons un... contentieux avec l’Empire au sujet d’un certain territoire.

- Oui et je me déplace à ce sujet, dit Toran en tendant un porte-parchemin en bambou. Sa majesté vous offre un territoire semblable.

- Semblable !? S’irrita Farouche.

- Cette affaire est malheureuse, mais les terres que vous désirez sont le théâtre d’une affaire importante pour l’Empire. De ce fait l’Empereur ne veut pas s’en défaire. L’offre qui vous est faite est extrêmement généreuse et il serait dommage que vous la refusiez. Ce territoire se situe à l’ouest de l’empire, il rejoint ce que vous nommez Demeure d’Artrezil.

Effectivement c’était généreux, peut être trop. Les Zil étant par nature méfiants Farouche se demanda ce que cela pouvait cacher. Elle accepta tout de même le territoire.

- D’accord, nous vous aiderons. Cela doit être grave pour que l’Empire soit si...

Mais Kuraying coupa la discussion, sentant qu’elle allait dire une ânerie.

- Permets-moi de prendre cette affaire en charge, demanda le Zil.

N’ayant pas de raison de refuser elle laissa là les membres de la Kotoba pour retourner superviser le futur départ de Meragi.

- Maintenant que nous travaillons ensemble, et j’insiste sur ce terme, qu’est-ce que les Combattants de Zil peuvent faire pour la Kotoba et l’Empire ? Interrogea Kuraying non sans admirer Yu Ling.

- Accompagnez-nous jusque la demeure du Seigneur Impérial je vous prie, à ce moment-là nous parlerons librement.


Arrivés au moment du déjeuner, Kuraying fut reçu à la table du Seigneur Impérial en présence de Yu Ling, Toran et bien sûr de leur hôte. Le Zil se sentait bien ici, il avait quitté l’Empire depuis longtemps et cela lui manquait. Les senteurs de la nourriture Xziarite lui rappelait bien des souvenirs agréables. Ce n’est qu’à la moitié du repas que la conversation s’engagea réellement.

- Ce que je vais vous raconter ne devra jamais être raconté en public et ne doit pas s’ébruiter, dit Toran sur un air solennel. Il y a un peu plus d’un an, le Tombeau des Ancêtres a été détruit par l’esprit de la pierre tombée du ciel. Cet événement a provoqué des incidents dans l’empire car nous étions alors les gardiens des esprits. Les Karukaï ont cherché à se venger de nous et la Kotoba leur a opposé une forte résistance. Nous étions sur les traces de Yakoushou, l’un des plus puissants d’entre eux lorsque nous avons trouvé ses serviteurs oiseaux... morts.

Kuraying écoutait, mais il ne comprenait pas la finalité de l’histoire.

- Voilà un an que nous enquêtons sur cette disparition, Yakoushou n’est pas réapparu depuis. Nous aurions très bien pu nous arrêter là, après tout l’ennemi ne se montre plus. Kuraying, ce sont les découvertes que nous avons faites qui vous font entrer dans cette histoire. Dans la région où Yakoushou aurait disparu les rapports affluent, un étranger, décrit comme de grande taille portant une large armure d’où sortent des cristaux blancs a été vu à maintes reprises. Nous l’avons cherché sans relâche, que cela soit les Traqueurs, les Tsoutaï, le clan du Corbeau ou les Chasseurs de Démon.

- Nous avons trouvé de faibles résidus d’une étrange magie. Malgré nos efforts nous ne parvenons pas à comprendre de quoi il s’agit, dit Yu Ling.

- Dans ce cas pourquoi ne pas avoir contacté les Envoyés de Noz’Dingard, c’est plus dans leurs cordes non ?

- Nous réglons encore quelques problèmes avec la Draconie, qui est en proie à un mal interne. Cette magie, nous pensons que c’est un dérivé de la magie de l’ombre et que notre ennemi se cache grâce à elle. Vous, Combattants de Zil, êtes les spécialistes de l’Ombre et de la tromperie. Retrouvez-nous cet... étranger, expliqua Toran.

- Je vois... Vous vous êtes adressés aux bonnes personnes. Nous allons tout faire pour retrouver cette personne. Vous pensez que c’est Yakoushou qui se terre ?

- Nous l’envisageons et il nous faut en avoir le cœur net, affirma Gakyusha. Une partie de la Kotoba vous accompagnera. Yu Ling sera votre interlocutrice.

La jeune femme sourit timidement à Kuraying.

- Je vais faire appeler les combattants nécessaires à cette opération.

Chapitre 22 - Les secrets de Thébirak

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Thébirak, un nom tout droit sorti des légendes. De tout le royaume du désert, cette région était considérée comme un lieu à part, c’était autrefois un minuscule royaume important de part la nature de ses habitants. En ce temps là, le Mage-roi régnait sur ses sujets et la magie côtoyait les puissances divines. C’est alors que la guerre entre Ra et les autres dieux éclata, ravageant le désert, rasant des peuplades et leurs cités. Thébirak fut l’une des premières régions à être ciblée. Nebsen, sphinx de Ra menait les troupes lorsqu’ils envahirent l’incroyable cité. Ils n’y trouvèrent rien d’autres que du sable et des bâtiments vides de toute présence. Il n’y avait plus rien, ni meuble, ni livre, pas de lit, pas de nourriture...

Mahamoud observait les alentours sans dire un mot. Bas-thet l’avait mené jusqu’ici suite au marché passé ensemble.

- Où est le temple de Cheksathet ? Il n’y a que des dunes par ici.

- Thébirak n’est plus qu’une cité en partie engloutie, tu t’attendais à quoi Vizir ? Garde courage, nous ne sommes plus loin. A moins que tu ne veuilles rebrousser chemin... ou peut-être as-tu une autre idée en tête, une envie particulière ?

- Je n’ai d’autre idée que de remplir la mission que l’on m’a confié. Même si c’était agréable entre nous, cela s’est fini à Kahouma, alors contente-toi de me guider.

- Je ne suis pas qu’une vulgaire guide, je suis ta compagne de voyage, tu peux compter sur moi.

- C’est une bonne nouvelle.

- Attends ! Qu’est-ce que c’est... là ! Des traces !

Bas-thet s’accroupit autour de marques au sol, qu’elle examina attentivement.

- Elles sont assez récentes... et peu ordinaires. Regarde leurs formes Vizir, elles n’ont rien de banales.

- Tu as raison, vu l’espacement des pas la créature doit être assez grande.

- Et les traces partent vers Thébirak. Ça ne me dit rien de bon, râla Bas-thet.

- Je n’ai peur de rien car je sais que l’on veille sur moi, déclara le vizir avec détermination.

La jeune femme se contenta de sourire avant de reprendre la marche en suivant les traces. Il leur fallut plusieurs heures avant de parvenir à la cité en elle-même. Mahamoud fut un peu déçu par ce qu’il y trouva, de vieilles ruines et encore et toujours du sable. Les peintures sur les murs devaient être somptueuses, mais il ne restait plus que des couleurs éparses témoignant d'un passé révolu. Les deux nomades continuèrent leur progression entre les décombres, suivants les traces. Finalement elles s’arrêtèrent sur une grande place en partie recouverte par le sable et bordée autour par de grandes dunes. Cette place n’était en réalité qu’une seule grande dalle de pierre gravée de milliers de symboles, ce qui étonna les visiteurs.

- Qu’est ce qu’il y a d’écrit ? Demanda la femme au masque de chat.

- J’aimerais bien le savoir, dit Mahamoud, mais ce langage n’a rien à voir avec le notre.

- C’est le langage de Thébirak, annonça une voix perçante.

Les nomades se tournèrent dans la direction de la voix et furent éblouis par le soleil. Se protégeant les yeux ils virent en haut de la dune une forme dans l’axe du soleil. La créature dévala la pente à vive allure avant que Mahamoud ne reconnaisse la stature.

- Non c’est impossible ! Tu es mort ! Comment as-tu réussi à survivre à la ba...

Mais il s’arrêta lorsqu’il la vit mieux. Moitié homme, moitié bête, aucun doute n’était permis, c’était bel est bien un sphinx. Mahamoud tint Jugement de l’âme fermement. Bas-thet, plutôt curieuse, ne voulait pas tenter quoi que ce soit fit quelques pas en arrière. Ce sphinx n’était pas celui qu’il connaissait, ce n’était pas Aziz. En outre si le sphinx était à moitié lion, celui-ci avait des attributs physiques proche de l’oiseau. La créature, de deux bonnes têtes plus haut que Mahamoud tourna autour des deux nomades.

- Que venez-vous faire ici, enfants du désert ? Qui êtes-vous ?

Puis Mahamoud, qui continuait à chercher l’origine du sphinx compris qui il servait.

- Je suis Mahamoud, vizir du royaume du désert, et voici Bas-thèt... ma... servante. Et vous êtes un Solarian, n’est-ce pas ?

- Je suis Nebsen sphinx de Ra.

- Sphinx de... D’où sortez-vous ? Demanda Mahamoud en relâchant l’étreinte sur son arme.

- Le roi de cette maudite cité m’a enfermé, je sais qu’il se cache encore ici ! Dit Nebsen en montrant la place.

- Le roi ? Il y a longtemps qu’il n’y a plus de roi à Thébirak, Nebsen.

- Non, je sais qu’il vit encore et qu’il est là quelque part.

- Dans ce cas, permettez-moi de vous aider à le trouver ?

Bas-thet inclina la tête, elle ne comprenait pas où le vizir voulait en venir. Ce dernier lui chuchota alors de continuer pour le moment et de chercher de son côté. Elle rechigna un peu mais accepta de les laisser tous les deux.


Nebsen et Mahamoud partirent faire le tour des ruines. Pour le vizir c’était surtout la volonté d’en savoir plus sur cet énigmatique sphinx qui l’animait, plus que la recherche d’un roi illusoire. La cité était grande et devait l’être encore plus durant son âge d’or.

- C’est aussi grand que Mineptra, déclara Nebsen.

Cette remarque intrigua Mahamoud, Thébirak était certes grande, mais loin d’égaler Mineptra.

- Excusez mon indiscrétion, Nebsen, quand étiez-vous à Mineptra ? Pouvez-vous me raconter votre histoire ?

Mais Nebsen n’avait pas vraiment envie de parler de lui, préférant poursuivre sa quête. Mahamoud persévéra néanmoins.... sans succès. Loin de se laisser abattre par le peu de réaction du Sphinx il essayait de comprendre de quoi il retournait. Les éléments en sa possession étaient maigres : un sphinx de Ra, une ville ancienne, la recherche d’un Mage-roi, mais aussi le temple de Cheksathet. Y avait-il une relation entre sa recherche du temple et le sphinx ? Il ne croyait pas aux coïncidences, pas lorsque les dieux entraient en ligne de compte, ce qui était le cas. Les heures passaient rapidement et le soleil déclinait lentement.

- Il n’y a rien ici, Nebsen, se risqua Mahamoud. Venez avec nous au temple de Cheksathet et revenez à Mineptra où nous vous accueillerons comme il se doit.

Le sphinx s’arrêta pour regarder le vizir.

- Tu es d’une remarquable politesse, mais tant que je n’aurais pas trouvé ce maudit Mage-roi, je resterai là.

- Soit, dans ce cas continuons.

La nuit arriva vite et le froid chassa la chaleur de la journée. Nebsen n’aimait pas la nuit car Ra était le dieu solaire, celui qui brûlait le sable. Lorsque le dernier morceau du soleil fut loin les étoiles et la lune éclairèrent Thébirak. C’est à ce moment qu’un phénomène magique anima la cité morte. Des formes humaines et translucides apparaissaient, puis disparaissaient, de même pour les murs des maisons. Une lumière vive semblait venir de l’autre côté d’une dune, là où se trouvait la grande place. Nebsen fonça à toute allure, suivi de près par Mahamoud. Une fois au sommet, le spectacle qui s’offrit à eux était grandiose. Toutes les écritures gravées sur la dalle de la place brillaient intensément. Des gens, tels des fantômes continuaient à apparaître et disparaître.

- Qu’est-ce qu’il se passe ? Demanda Mahamoud.

- C’est lui qui fait ça, c’est le Mage-roi ! Cria Nebsen en s’élançant sur la pente de la dune.

Au moment même où Nebsen et Mahamoud furent sur la place, ils disparurent à leur tour.


Une fois de plus le soleil se couchait derrière les dunes de Thébirak. Cette nuit là ne fut pas comme les autres, ou du moins se qu’il s’y produit n’était pas arrivé depuis bien longtemps. Des formes humaines, toutes assemblées sur la place apparurent. Un enfant se trouvait là au moment où cela se produisit, il fut terriblement étonné et s’en alla. Il passa de rue en rue jusqu’à une grande bâtisse devant laquelle des chats jouaient. Une femme à la longue chevelure noire discutait avec un homme de grande taille et aux larges épaules.

- Maman ! Maman, vient vite ! La place, elle brille !

- Elle brille.. elle brille !! Dit-elle en bondissant.

Le petit groupe courrait dans les rues. Lorsqu’il arriva à la place, d’autres personnes étaient là, de véritables personnes, mais aussi des personnes intangibles. Les écritures sur le sol brillaient fortement. Puis tout s’arrêta d’un coup. Les lumières des braseros tout autour de la place éclairaient d’innombrables formes humaines. des gens étaient là, venant de nulle part. Parmi eux Nebsen et Mahamoud qui semblèrent perturbés en voyant où ils étaient et qui étaient là. Le cœur de Bas-thet se serra lorsqu’elle s’avança vers Mahamoud. Ce dernier la reconnut, pas immédiatement, car quelque chose avait changé chez elle.

- Bas-thet ? Qu’est-ce qu’il se passe ? Qui sont ces gens... et... par tous les dieux, la ville est debout ! Dit-il en n’en croyant pas ses yeux.

- Mahamoud... Je sais que je ne devrais pas, mais vu les circonstances, dit-elle en serrant la main du garçon qui l’avait prévenu plus tôt. Voici ton fils, Sethnak, il vient d’avoir dix ans.

- Mon fils... nous sommes à Thébirak... mais dix ans plus tard.

- Je te croyais... enfin nous te croyons morts, dit-elle en montrant Kébèk, Urakia et Sakina derrière elle. Lorsque tu as disparu je t’ai cherché longtemps. J’ai trouvé le temple de Cheksathet et j’ai eu une révélation, les dieux m’ont prévenu, ils m’ont dit de rebâtir Thébirak avec ceux qui voudraient et qu’un jour tu nous serrais rendu. Mais qu’est-ce qui vous est arrivé ?

- Il ne s’est écoulé que deux jours depuis que nous avons été aspiré dans le royaume du Mage-roi...

Chapitre 23 - Les rejetons

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Sitôt Néhant disparu, le chaos, tel un vent de peste se répandit dans les Méandres. C’est dans ce contexte qu’Azaram, ses servants et les tourmenteurs retournèrent chez eux, dans ce monde à la fois si proche et si loin des Terres de Guem. Le Grand Dévoreur profondément touché par la disparition de Néhant eut du mal à ouvrir son énorme gueule pour avaler la compagnie. Les Méandres furent créés pour abriter les pires créations du sorcier à l’âme noire : les démons. Seuls eux et quelques rares créatures pouvaient endurer la chaleur et l’atmosphère triste de ce dédale de tunnels. A vrai dire, personne, à part Néhant, ne connaissait l’étendue exacte des Méandres et personne n’avait l’intention de découvrir les choses qui pouvaient se cacher dans les pires endroits. Azaram connaissait bien les lieux et le travail à effectuer allait demander du temps, de la persuasion et de la force. En premier, il fallait s’occuper des groupuscules anarchiques semant le désordre dans certaines parties reculées. Pour ceux-là, il envoya Peine et Souffrance qui grâce à Tourment, soumettraient les indisciplinés sans trop de difficulté. Pendant ce temps là, Azaram, Déchirure et Cauchemar allèrent dans la plus grande salle des Méandres, là où une grande majorité des démons résidait. C’était aussi là que se trouvait la pierre-cœur de Fournaise. Ardente, aussi grande qu’un enfant de dix ans la pierre rouge luisait doucement. Lorsque le petit groupe se fraya un chemin parmi les autres un démon un peu plus grand que les autres se dressa en travers de leur route. Azaram regarda l’inconscient.

- Mâche l’âme, je suis étonné de te voir ici... à mais je comprends pourquoi, tu n’as plus ta pierre-cœur, dit le seigneur démon en montrant le ventre vide de Mâche l’âme.

- Oui seigneur... je ne peux revenir sur les terres de Guem, pire je peux être invoqué par n’importe qui à présent. Je vous en prie seigneur, aidez-moi.

- Nous réglerons ton cas le moment venu, seulement pour que je te vienne en aide il va falloir que tu me jures allégeance.

Le démon hésita, il aimait son indépendance par dessus tout, mais prêter allégeance à un seigneur démon permettait de le protéger en partie des invocations des terres de Guem.

- Soit, Azaram je te reconnais comme mon maître...

- Voilà un exemple à suivre, dit Azaram en regardant les autres démons autour. Pourquoi vous n’avez pas fait revenir Fournaise ?? Puis-je savoir !? Cria-t-il.

Mais personne ne répondit.

- Néhant n’est plus là et du coup vous pensez pouvoir vous soustraire à vos obligations ?

Azaram poussa les larbins et les petits démons devant lui, frappant certains d’entre eux pour leur apprendre le respect. Une fois devant la pierre-cœur il la toucha pour faire apparaître le symbole de Néhant. La pierre s’illumina en s’élevant un peu, la forme de Fournaise se dessina et le démon finit par prendre corps. Après s’être étiré les muscles il regarda Azaram avec un calme inhabituel chez lui.

- Fais-toi plaisir Fournaise, soumets ces larves à ta volonté, tu es leur nouveau maître, et tu n'obéis plus qu’à moi. Regarde, ceci est la page du recueil interdit, dit Azaram en la brûlant.

Pour Fournaise, ce geste signifiait beaucoup car on l’avait invoqué à maintes reprises par ce livre et cela lui avait valu un dernier affrontement douloureux contre deux créatures féroces. A présent seules quelques rares personnes seraient capables de le manipuler et ça le soulagea grandement. Azaram, Cauchemar et Déchirure laissèrent Fournaise remettre de l’ordre, une autre tâche importante devait être accomplie. Ce n’était pas de gaieté de cœur, pour peu qu’un démon pouvait en avoir, qu’ils allèrent dans une zone reculée des Méandres. Les pires démons vivaient là, ceux qui sont incontrôlables et ceux qui ont été bannis, parfois par Néhant lui-même.

C’était un réseau très dense de petits tunnels sombres où des démons peu habitués à passer par ici auraient tôt fait de se perdre. Fut un temps, Cauchemar fréquenta les occupants des lieux, avant de retourner sur les terres de Guem, il guida ses deux compagnons sous les regards hargneux de congénères parfois dégénérés. Azaram avait sorti sa lame démon, tenant dans l’autre main un large sac de cuir noir. Les larbins, toujours curieux, tentèrent de se saisir du paquet sans y parvenir, ne gagnant que des coups de fouet ou d’épée. La rumeur de l’arrivée du groupe se répandit dans les boyaux et tous les démons des environs s’agglutinèrent dans une caverne où en son centre se dressait un étrange monolithe noir.

Le brouhaha était assourdissant, mélange affreux de caquètements, de grognements, de cris et de paroles. C’est dans cette ambiance qu’ils se présentèrent à l’assistance. Azaram fit face à cette masse de démons avec autant de détermination que possible. En réalité il ne craignait pas de se faire agresser ici, la présence de Cauchemar et de Déchirure, en plus de lui, suffisait à dissuader les plus nerveux. Non, ce que craignait Azaram était là face à lui, ce grand objet noir et rectangulaire. Tous les regards étaient braqués sur eux et sur leurs gestes. Azaram planta sa lame démon face à lui et écarta les bras. Alors les symboles sur les cornes de tous les démons présents s’illuminèrent, découvrant des centaines de glyphes Néhantiques.

“ Ne fait pas ça... Ils ne doivent pas sortir... Il les a banni... Tu n’as pas le droit...”

Les chuchotements dans l’assistance ressemblaient à des râles et des avertissements. Mais il était trop tard. Le symbole du mage noir s’enflamma sur la surface rectangulaire du monolithe. Azaram baissa alors les mains et se tourna vers ses compagnons.

- Attendez-moi ici, quoi qu’il arrive, dit-il avant d’avancer vers le monolithe.

Il continua sa route et passa alors au travers comme si la surface était liquide.

- Qui es-tu ? Demanda une sinistre voix.

Enveloppé dans les ténèbres Azaram ne voyait pas plus loin que le bout de son nez.

- Je suis le seigneur-démon Azaram ! Je viens pour...

- Je ne t’ai pas demandé ce que tu venais faire ici ! Coupa la voix.

- Vous avez vu c’est le seigneur-démon Azaram qui nous rend visite, déclara une autre voix.

- Oh oui, LE seigneur-démon Azaram, le petit chouchou du boss est là, dit encore une autre voix.

L’épée d’Azaram s’enflamma, projetant une lumière rouge aux alentours. Plusieurs formes se discernèrent et l’une d’elle avança dans la lumière.

- Tu viens nous narguer Azaram ? Tu sais que nous ne pouvons lever la main sur toi et ta misérable génération démoniaque, expliqua le démon à la voix sinistre dont l’aspect était à la fois proche et éloigné de celui d’Azaram.

- Non je ne viens pas vous rappeler votre condition, rejetons de Néhant, répondit-il en s’adressant à tous. Tu es Utkin n’est-ce pas je te voyais plus impressionnant que ça, railla Azaram pour tester son interlocuteur.

Utkin avait l’air bien plus humain qu’Azaram, du moins jusqu’à ce que, irrité par la remarque d’Azaram son aspect physique devient plus “Néhantique”.

- Ne me provoque pas ! Dit Utkin en tentant de frapper Azaram sans y parvenir.

- Laisse-le parler, que veux-tu Azaram, dit une voix derrière lui.

- Le maître a disparu, emmené on ne sait où par Dragon.

- Ça nous le savons ! Même bannis nous sommes connectés à lui, expliqua l’une des voix.

- Savez-vous comment le faire revenir ?

- Peut être bien, dit Utkin, mais pourquoi partagerions nous ça avec nos petits frères ?

- Oui pourquoi ? dit une des voix.

- Parce que je peux vous permettre de sortir d’ici. Nous sommes peut être la génération suivante des démons de Néhant, peut être sommes-nous inférieurs à vous sur certains aspects, mais nous sommes ce que le maître voulait, nous détenons les clés des Méandres car c’est notre domaine. Votre prison en fait partie.

Utkin regarda à droite, puis à gauche alors que les voix chuchotaient entre elles.

- Pour vous prouver mes intentions je vous ai ramené un présent.

Azaram posa son sac de cuir et en tira Calice, du moins un bout de l’ancienne épée de Néhant. Utkin se pencha et examina la lame avec attention.

- Mais qui voilà, Calice, le premier des rejetons. Tu es dans un sale état, comment t'es-tu fait ça ?

- Chimère, souffla Azaram.

- Chimère ! Cette sale engeance de Dragon existe toujours !?

Puis après un temps de réflexion.

- D’accord nous allons vous aider à faire revenir Néhant. Mais tu devras nous laisser Calice.

- Très bien, je ne peux faire sortir que l’un d’entre vous...

- Moi évidemment, déclara Utkin, mais laisse Calice ici !

- Soit.

Azaram utilisa ses pouvoirs pour laisser sortir Utkin. Le rejeton admira les Méandres avec satisfaction. Cauchemar et Déchirure les saluèrent puis ensemble il quittèrent les Méandres pour retourner à la surface des terres de Guem.


Amidaraxar vit revenir la fine équipe, à part Calice il n’avait jamais rencontré de rejeton. Il les savait puissants et surtout instables, premiers des démons, Néhant les trouvaient imparfaits, en somme une expérience ratée. Ne pouvant se résoudre à les détruire il enferma ses choses dans le monolithe. Azaram expliqua tout ce qu’il avait vu dans les Méandres et sa discussion avec les rejetons, laissant au Néhantiste le soin de prendre le relais.

- Je t’écoute Utkin, comment comptes-tu faire pour contribuer au retour du maître.

- Premièrement, sache que je ne suis pas sensible à tes petites manigances sous-fifre de Néhant, seul mon créateur peut me soumettre... et me renvoyer là d’où je viens. Deuxièmement je crois savoir qu’il reste encore une chaine retenant le cristal, il nous faut y retourner.

- Je ne comptais pas tenter quoi que ce soit contre toi, je sais ce que tu es, surtout toi Utkin. Tu es le seul à t’être porté volontaire pour devenir un démon, je ne ferais pas l’erreur de te sous-estimer. Nous sommes peu nombreux ne perdons pas de temps en chamailleries. La prison de Néhant est contrôlée par des Draconiens et des mages spécialisés dans l’anti-Néhantisme.

- Nous les écraserons !


Chapitre 24 - Le donjon

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  • Grouuiiiiiiiik*

Dans la silence de la nuit le bruit réveilla les deux voyageurs. Exténués par une journée de marche sous un soleil de plomb le sommeil n’avait pas tardé à les emporter. Lucyan, comme toujours alerte, sursauta de sa couche en attrapant son épée. Les nuits pouvaient cacher bien des dangers - créatures aux dents et griffes acérées et autres bandits de grand chemin. D’une branche d’un arbre proche un oiseau au plumage vert tourna la tête en regardant l’aventurier. La nuit était calme, il n’y avait personne d’autre que lui... et Shana ! La jeune femme qui dormait juste à côté de lui était prostrée dans sa couverture.

  • Grouuiiiiiiiik*

- Mais... mais c’est toi qui fait ce bruit ! S’étonna Lucyan. Tu as mal au ventre.

- J’ai... j’ai faim ! Râla-t-elle en adressant un regard furieux au jeune homme. Tu as pas voulu à aller à l’auberge du Fut percé et du coup j’ai rien mangé depuis deux jours ! C’est ta faute alors va chasser quelque chose ou alors je te laisse pas dormir, ajouta-t-elle en s’emmitouflant dans sa couverture.

Sentant la culpabilité l’accabler, Lucyan attrapa son arc et son carquois et s’en alla chercher pitance.

- Mais qu’est-ce que je vais pouvoir attraper à cette heure-ci moi ? Dit-il en s’éloignant du campement.

A part quelques grillons signalant leur présence à grand coup de craquètements, nul animal ne rôdait dans les parages. Surtout que le jeune homme n’étant pas un excellent chasseur le moindre bruit provoqué s’entendait de loin. Une heure plus tard il fallait bien l’avouer, Lucyan était totalement perdu.

- Mais je suis déjà passé par là ! Dit-il en voyant un tronc largement fissuré sur sa hauteur. C’est pas possible ! C’est pas possible, qu’est-ce que je vais devenir ! SHANAAAAAA ! SHAAANAAAAA ! HEHOOOO !

Le pauvre aventurier, fatigué et perdu hurlait le nom de sa compagne afin de pouvoir retourner au camp. Des tas d’idées mauvaises lui passaient par la tête. “Et si je retrouve pas le camp qu’est-ce qu’il va m’arriver ? Vais-je me faire dévorer par je ne sais quel monstre des forêts ? Ou pire... mourir de faim !”. Puis un bruit de craquement de bois lui signala la présence de quelque chose, Lucyan, bien que parfois courageux avait tendance à trop laisser parler son imagination. Ne voyant pas grand chose il abandonna l’arc pour tirer une vieille épée de son fourreau. - Qui... qui va là !? Dit-il la voix tremblante.

Quelque chose brilla dans l’obscurité, la lumière s’approchait rapidement. Entre deux fourrés débarqua une femme assez imposante à la chevelure rousse coupée au carré. Elle tenait fermement le manche d’une grosse masse d’une main et une torche de l’autre.

- C’est toi qui fait autant de bruit !? Tu peux pas la boucler un peu, tu mériterais un bon coup sur le caboche pour t’apprendre le respect. C’est ainsi que Lucyan fit la connaissance d’une femme qui dévouait sa vie aux les autres depuis bien des années, une femme habituellement douce mais qui détestait qu’on la réveille.

- Euh... oui...

- Qu’est ce qui t’arrive ? dit-elle en s'adoucissant.

- Je chassais pour nourrir ma compagne et je me suis perdu, faut dire que de nuit un arbre ressemble à un arbre. Vous voulez bien m’indiquer la sortie de ce labyrinthe ?

Devant le désespoir de Lucyan, Dame Jeanne craqua, elle ne pu se raisonner à le laisser là au milieu de nulle part.

- Allez, suis moi... Mais pas de trop près j’aime pas ça. Je suis Jeanne, prêtresse de Méra et toi le perdu ?

- Lucyan... merci de ton aide, Jeanne.

- Jeanne c’est mon prénom, mais il faut m'appeler Dame Jeanne, je sais pas trop pourquoi, mais c’est comme ça, compris ?

- Du moment que vous me ramenez à bon port je vous appelle comme vous voulez, répondit-il avec un brin de moquerie.

Dame Jeanne traîna Lucyan jusqu’à son campement, une tente au voilage blanc cassé à côté de laquelle paissait un énorme mulet. L’admirable bête leva une oreille, remarqua que sa maîtresse était là et retourna dans ses rêves. Après avoir récupéré quelques affaires et donné une torche à Lucyan, la prêtresse emprunta un chemin broussailleux et toujours aussi obscur. Le temps du trajet Dame Jeanne décida d’en savoir plus sur son compagnon de fortune.

- Qu’est-ce que tu fais dans les environs Lucyan ? Tu cherches quelque chose ?

- En fait nous avons un compte à régler avec un certain Crocs noirs, nous le poursuivons depuis des jours et ça nous a conduit ici.

- Ah, d’accord, mais c’est tout, il n’y a rien d’autre ? Demanda-t-elle en tentant d’en savoir plus.

- Non non, rien de plus... Mais vous alors Dame Jeanne, que faites-vous au milieu de cette forêt ?

- Je... je voyage, de ci, de là, je vais où mes pas me mènent, dit-elle en tentant de mentir.

Lucyan avait perçu la réticence de la prêtresse à révéler les raisons de sa présence, il ne dit pas un mot jusqu’à ce qu’ils arrivent jusqu’à leur campement. Shana avait fini par s’endormir entre deux gargouillements de son estomac. Le feu s’éteignait doucement lorsque Lucyan et Dame Jeanne arrivèrent à une heure très tardive.

  • Grouuiiiiiiiik*

Le ventre de Shana continuait de produire un cri de désespoir.

- Nous n’avons pas mangé depuis longtemps, dit Lucyan la mine triste, et j’ai rien attrapé, elle va m’engueuler. Dame Jeanne avait toujours de quoi manger sur elle, pour justement éviter les situations de cet acabit. Elle sortit de sa besace une miche de pain et un morceau de jambon.

- Tiens, pour ta copine et toi, je peux pas me résoudre à vous laisser dans cet état. Je vais remettre du bois dans le feu, on se caille ici. Lucyan réveilla Shana avec le plus de délicatesse possible.

- Shana... Shana, c’est moi, debout j’ai de quoi manger.

La jeune femme eut du mal à se réveiller, mais à l’évocation d’un probable festin elle émergea rapidement des brumes du sommeil. Sans le moindre remerciement ni parole elle se jeta goulûment sur ce qu’on lui présentait. Dame Jeanne lança plusieurs grosses branches dans le feu et les flammes se ravivèrent comme par magie. Ce n’est qu’à ce moment que Shana remarqua la présence de la prêtresse.

- Ch’est qui ? Che t’ai attendu une heure avant de m’endormir, dit-elle en mâchonnant énergiquement un bout de jambon.

- Je m’appelle Dame Jeanne, je suis prêtresse de Méra, j’ai trouvé ton ami...

- Nous nous sommes rencontré sur le chemin alors que je chassais ! Coupa-t-il avant qu’elle en révèle le déroulement de leur rencontre.

- Oui, voilà. J’ai proposé à ton ami de vous donner de quoi grailler. Et nous voilà.

- En tout cas, merchi, ch’est bien bonch.

- Oui merci, peut être pourrions-nous vous rendre un service en échange de cette nourriture ? Dit Lucyan en cherchant à découvrir les intentions de la prêtresse.

- N’hésitez pas, de toute façon je crois qu’on retrouvera jamais ce foutu Volk, alors autant se rendre un peu utile envers une personne qui nous aide, insista Shana.

Dame Jeanne s’assit près du feu, les souvenirs d’un moment désagréable de son passé resurgissaient. Sa présence ici n’avait rien des fruits du hasard...

- Sauriez-vous ouvrir une porte qui n’a pas de serrure ? Demanda Jeanne.

- Oui, c’est facile ça, déclara Shana enthousiaste.

- La porte en question est malgré tout close, entendez bien, elle n’a pas de serrure et est bel et bien fermée.

- Mais, c’est la porte de quoi ?

- Vous ne m’avez pas l’air de mauvais bougre et j’ai moi aussi besoin d’un coup de pouce, alors voici l’histoire. Non loin de mon campement se trouve un donjon, un château à l’abandon dont seule la grande tour est encore en état. C’est là que je veux aller, mais cette foutue porte reste close malgré mes tentatives. Ça fait déjà trois jours que je suis là.

- Qu’est-ce qu’il y a là dedans qu’une prêtresse de Méra voudrait ? Questionna Lucyan.

- Ce n’est pas la prêtresse qui veut quelque chose, mais la personne. Il y a deux ans, j’ai eu la plus grande peur de ma vie lorsque j’ai été attaquée par le Traquemage. Il s’en est fallu de peu que je passe de vie à trépas, c’est ma foi en Méra qui m’a sauvée. Depuis je me bats avec ce souvenir et je veux en finir.

- Il y a quelque chose pour effacer les souvenirs dans ce donjon ? Demanda Shana avec émerveillement.

- Non ! Mais il y a quelque chose qui me permettra de localiser le Traquemage pour que nous nous retrouvions face à face une bonne fois pour toute. Je ne peux pas vivre en sachant qu’il est là, quelque part et qu’il assassine des gens en toute impunité.

- Traquemage ? Vous avez survécu à l’attaque d’un Traquemage !?

Shana avait des étoiles plein les yeux.

- Vous êtes ma nouvelle idole, je vous adore ! On l’aide Lucyan ?

- Absolument ! Mais euh, avant ça, on peut dormir un peu non ?


Le lendemain le soleil s’était levé depuis longtemps avant que les deux voyageurs ne se réveille d’une nuit, ô combien, inhabituelle. Dame Jeanne quant à elle, préparait le repas de midi, elle avait passé la matinée à chercher la pitance pour ses jeunes compagnons. L’odeur de viande cuite attira Shana et Lucyan comme des papillons sur une fleur.

- J’ai pas osé vous réveiller, vous dormiez bien tous les deux l’un contre l’autre, il y a longtemps que vous vivez ensemble ? Interrogea Dame Jeanne avec un regard complice.

Les deux jeunes gens se regardèrent en rougissant.

- Nous ne sommes pas ensemble, on se connaît depuis petits mais entre nous y’a rien... Dit Shana en bégayant.

Dame Jeanne avait compris, il y avait bien quelque chose entre ces deux là, mais ça les gênaient, donc elle n’en parla pas plus. Le repas de midi se passa dans la sérénité mais les regards échangés en disaient longs.

- On a bien mangé, j’ai l’impression qu’on ne fait que de parler de ça depuis notre rencontre. Si nous y allions ? On verra si vous pouvez ouvrir cette fichue porte.

- C’est parti ! Cria Lucyan le ventre plein.

- Ouais ! Tu vas voir porte moisie ce qu’on va te m...

- Oui bon on a compris, coupa Dame Jeanne. Suivez-moi, et toi t’éloignes pas, ajouta-t-elle en se levant et à l’attention de Lucyan.

Le chemin pris dans la nuit avait l’air beaucoup moins menaçant et surtout moins sombre. Les oiseaux piaffaient dans les arbres et le vent soufflait dans les feuilles. La forêt accueillait ces visiteurs sans aucune agressivité. La balade durant une heure en suivant le sentier qui s'avéra être l’ancienne route qui menait au château. La mule de Dame Jeanne n’avait pas bougé d’un poil et hennit en voyant sa maîtresse. Quelques caresses et quelques pommes plus tard le groupe s’attela à défaire la tente de la prêtresse avant de partir vers le donjon.


La haute tour dépassait largement au dessus de la canopée, imposante de part sa taille massive de pierres taillées. Le lierre semblait trouver l’endroit à son goût car il avait grimpé sur deux de ses faces. De même nombre d’oiseaux profitaient d’orifices pour y nicher.

- Waaaaaah, c’est grand. Mais y a personne qui vit là dedans ?

- J’oubliais, vous êtes pas du coin, ceci est tout ce qui reste de l’incroyable château de Lemagrag. Il paraîtrait que ce puissant sorcier avait sous ses ordres un colosse prétendument ogre. Lemagrag aurait sombré dans la folie en cherchant d’étranges créatures bleues vivant dans ces bois. Obnubilé à l’extrême il aurait voulu construire une machine en haut du donjon dans le but de dénicher ces créatures, mais il tomba et s’écrasa comme une crêpe sur les pavés. Les portes du donjon se sont scellées afin de protéger ses secrets. Un seigneur rival ayant eu vent de la mort du sorcier est venu assiéger le château pour qu’on lui livre les secrets de Lemagrag. Il a rasé la plus grande partie du château, seul le donjon est resté car il est soit disant impossible de briser ces pierres-là. Mais à mon avis c’est un peu exagéré tout ça. Par contre ce qui est vrai, c’est cette fichue porte.

- Vous en savez des choses Dame Jeanne, dit Lucyan, nous sommes déjà passé dans la région et nous ne savions pas que c’était là.

- De toute façon tu sais pas grand chose, ricana Shana.

Cela fit grandement rigoler les deux femmes, et un peu moins le pauvre Lucyan, souvent sujet de railleries de la part de sa camarade. Leurs pas menaient inexorablement vers ce donjon qui de fait grandissait à vu d’œil. La route passa les vestiges de plusieurs remparts couverts d’une mousse verte et humide et se dirigea droit vers la fameuse porte. Dame Jeanne n’avait pas menti, les deux battants de bois étaient clos. En outre l’âge ne semblait pas avoir la moindre emprise sur les ferrures ou le bois alors que les toiles d’araignée et les plantes attestaient du bon déroulement du temps. Et bien sur pas la moindre serrure. Lucyan vérifia si elle était réellement fermée et oui, elle ne bougea pas le moins du monde, ni dans un sens, ni dans l’autre. Shana regarda à son tour mais n’arriva pas à faire mieux, c’est à dire pas grand chose. Puis ils s’y mirent à deux, puis à trois, forçant dans un sens, puis en essayant de la tirer, mais sans résultat.

- Bon, peut être que c’est fermé de l’intérieur par une poutre, dit Lucyan en sortant une dague de ses affaires. Voyons.

Il passa la lame dans l’interstice entre les deux battants au niveau du bas mais fut incapable de la remonter.

- C’est bloqué ! Dit-il en forçant autant qu’il le pouvait jusqu’à casser son arme. MA DAGUE !! Pesta-t-il en observant le résultat.

- Et en essayant de faire levier ?? S’empressa Shana, on pourrait la faire sauter de ses gonds.

Aussitôt l’idée donnée, aussitôt mise en place. Un rocher et un bâton plus tard, la fine équipe s'attela à faire sauter la porte.

  • Crac*

Le bâton céda, coupé au niveau du rocher. Puis un deuxième lorsqu’une nouvelle tentative fut faite. C’est seulement à la cinquième tentative que la moutarde monta au nez de Dame Jeanne. De rage elle prit le rocher et le jeta au loin, puis râlant à n’en plus finir elle se dit que si la manière douce ne fonctionnait pas, il valait mieux passer à la manière forte. Ni une ni deux elle empoigna sa lourde masse, arma son bras et fonça sur la porte. Lucyan, ayant peur qu’un effet magique ne se déclenche, attrapa le bras pour freiner Dame Jeanne.

- Aide-moi Shana elle a fêlé la casserole la nonne !

Shana tira Lucyan en arrière, qui lui même tirait Dame Jeanne, qui rata la porte.

- Faut se rendre à l’évidence, c’est fermé de chez fermé ! Hurla Lucyan, vous êtes une personne de foi, mais là il nous faut de la magie, alors allons chercher une solution magique d’accord ?

Dame Jeanne respirait fort, encore énervée, puis la raison reprit le dessus.

- Oui il nous faut un mage pour résoudre cette affaire, laissons ça là et revenons avec une véritable solution.

Le groupe quitta les lieux avec Josette la mule. dame Jeanne se retourna une dernière fois et hurla.

- Je me vengerai satanée porte ! JE ME VENGERAI !


Bien plus tard la porte s’entrouvrit et deux petites créatures bleues à peine plus hautes que deux pommes en sortirent.

- On les a bien eu ceux-là, dit la première.

La deuxième rit de bon cœur avant de rentrer dans le donjon, la porte se referma jusqu’à la prochaine visite.


A suivre, un jour peut être...

Chapitre 25 - L’avant-garde

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Le pas pressé d’Asajiro fit grincer les lattes du dojo de la grande demeure du clan du Corbeau. Plusieurs jours avaient passé depuis son départ d’une région hostile de l’empire et les nouvelles qu’il apportait nécessitaient l’intervention des maîtres de l’ombre. Malyss fut prévenu de l’arrivée du combattant de la Kotoba et l’attendait dans une petite pièce en partie plongée dans la pénombre. Une fois les armes déposées à l’entrée l’officier impérial s’agenouilla devant son hôte et tout deux se saluèrent.

- Avez-vous fait bon voyage ? Demanda poliment Malyss.

- Long et pénible, je ne suis pas mécontent d’être revenu à Meragi, dit-il en sortant un rouleau à parchemin. Voici deux rapports de nos alliés Combattants de Zil et Envoyés de Noz’dingard. Le premier est rédigé par votre confrère de clan, Karasu, le deuxième provient de Kyoshiro.

- A la vue de votre mine soucieuse, je suppose que vous connaissez la teneur de ces messages et que cela vous perturbe.

- Je vous laisse juger par vous-même.

Malyss décacheta le porte-parchemin et déroula le premier avant d’en parcourir les colonnes d'idéogrammes. Karasu y expliquait en détail ses recherches en compagnie des “sauvages” Combattants de Zil.


“Déjà plusieurs semaines en compagnie de nos alliés Zil sous le commandement de Yu Ling. Il s’avère que leurs connaissances de la magie de l’ombre sont supérieures aux nôtres. Comme il a été convenu j’ai conduit une partie d’entre eux jusqu’à Maoling où nous n’avions pu remonter la piste “Yakoushou”. Après plusieurs jours de rituels magiques, Kuraying a été capable de comprendre cette étrange magie de l’ombre. De ce fait nous avons poursuivi les investigations qui nous ont conduits jusqu’à la lointaine Shirozuo. Les rares habitants des environs n’ont pas été en mesure de nous fournir de renseignements. Néanmoins nous avons trouvé plusieurs squelettes d’oiseaux géants, certainement des serviteurs de Yakoushou morts. Assurément sur la bonne piste nous avons découvert deux jours plus tard un campement abandonné depuis longtemps. Parmi les restes d’un feu se trouvaient plusieurs objets digne d'intérêt : une pièce plate de la taille de la paume de la main semblable a un croissant de lune et un bout de parchemin brûlé portant des écritures inconnues.

Devant l’importance de la découverte nous avons pris l’initiative de faire envoyer l’objet en métal à la draconienne appelée La Pythie. Quant au parchemin vous êtes le plus à même de pouvoir en comprendre la signification, il est joint à mon message.

Karasu Kage.”


Malyss roula le parchemin avant de saisir le fameux bout de papier. Il n’en restait pas grand chose, à peine un coin, mais effectivement quelques symboles, probablement des écritures étaient bien visibles. Il le reposa délicatement sur la table basse face à lui avant de passer à la lecture du second rapport.


“Seigneur Malyss,

Ma mission auprès des envoyés de Noz’Dingard avance aussi sûrement qu’Okooni avalant un bol de nouilles. Mes a priori sur ces gens s’effacent au fur et à mesure du temps qui passe. Comme demandé par le Seigneur Impérial Gakyusha, je suis depuis quelques jours en compagnie de la Pythie. Une femme somme toute remarquable de part son habileté à entrevoir des événements passés, présents ou futurs. Je fus le témoin d’une scène qui à coup sûr va vous interpeller autant que ce fut le cas pour moi. C’était un soir alors que la lune était haute et pleine, je marchais en compagnie de cette dame à la robe bleue et au regard troublant. Nous devisions dans des jardins aussi zen que ceux de Meragi lorsque je la trouvai blafarde. Elle regardait la surface de l’eau d’un bassin qui se trouvait juste à côté de nous et où la lune se reflétait. Sans crier gare elle avança dans l’eau et s’agenouilla en contemplant le reflet. Je lui demandai se qui lui arrivait et elle me raconta ce qu’elle voyait, là dans la lune. Une magnifique et terrifiante cité de tours effilées perçant un ciel rougeâtre qui d’après la Pythie ne serait pas sur les terres de Guem. Elle me dit aussi entrevoir un animal au pelage de lune et des personnes de grandes tailles, plus encore qu’un Hom’chaï et que ces personnes cherchaient quelqu’un ou quelque chose. Il me semble important que vous preniez en compte cette vision, fusse-t-elle émise par une Draconienne. En effet sauf si mes souvenirs me jouent quelques tours facétieux le fameux étranger aperçu à plusieurs reprises dans les territoires impériaux correspondrait aux descriptifs de la Pythie.

Puisse la main impériale nous protéger.

Kyoshiro”


- Hum, les rapports de Kyoshiro sont toujours embellis de fioritures inutiles et lyriques. Que pensez-vous de ces nouvelles Asajiro ?

- Elles sont assurément liées.

- Je le pense aussi, mais encore ?

- Je ne sais pas tout de cette histoire, je suis un combattant, pas un enquêteur.

- Vous avez raison. Merci d’être venu m’apporter ces rapports, je vous libère de vos obligations.

Asajiro salua Malyss et quitta la pièce, puis la demeure du Corbeau pour retourner au palais Impérial. Quant à Malyss il passa les jours suivants à tenter de déchiffrer les mystérieuses écritures, sans succès. A bout de nerf il dut se résoudre à abandonner pour le moment ses recherches car une autre nouvelle arriva de la part de Karasu Kage. Il en commença la lecture puis après avoir parcouru les premières pages il fit un bond. Il roula le parchemin et le replaça dans le morceau de bambou laqué qui le contenait, puis il se pressa dans la grande salle de la demeure du Corbeau. Il y avait là plusieurs serviteurs s’affairant aux corvées comme à leurs habitudes, ainsi que jeune femme habillée dans la plus pure tradition du clan.

- Chidori ! J’ai une mission à te confier.

La jeune femme avança le pas léger jusqu’à Malyss et s’agenouilla devant lui.

- Va jusqu’à la demeure du Seigneur-Impérial Gakyusha et remets-lui ceci, dit-il en lui tendant le porte-parchemin. Défends-le au péril de ta vie si nécessaire. Une fois sur place mets-toi au service de la Kotoba.

Chidori leva les deux yeux sur le parchemin, s’en saisit avec rapidité et courut jusqu’à la porte avant de sortir sans dire un mot. Avec agilité elle grimpa sur les toits pour parcourir la distance jusqu’à son objectif. La maison de Gakyusha se situait de l’autre côté de la ville dans le quartier le plus riche de la cité impériale, non loin du palais. Il aurait fallu plus d’une heure de marche à n’importe quel quidam pour relier les deux points, mais Chidori comme beaucoup de membres du clan du Corbeau pouvait se mouvoir avec une facilité et une rapidité déconcertantes. A peine essoufflée elle se présenta devant la porte de la maison où elle fut accueilli par Henshin, le grand père d’Iro et d’Ayako, les deux enfants du Seigneur-Impérial. Elle posa le parchemin devant elle tout en étant genoux à terre en signe de respect.

- Ceci est pour le Seigneur-Impérial Gakyusha.

- Très bien, je vais le lui confier, dit Henshin en allant ramasser le porte-parchemin de bambou.

- N’y touchez pas, je dois le lui remettre en personne et à nul autre, même si je vous sais membre de sa famille.

- Je vois, dit Henshin en se relevant. Suis-moi enfant du Corbeau, je n’irai pas à l’encontre d’une mission.

Chidori suivi Henshin jusqu’à Gakyusha qui s'entraînait torse nu dans le grand jardin. Voyant la jeune femme du Corbeau arriver il rangea son sabre et passa un kimono rouge pour cacher la large cicatrice d’une blessure ancienne. L’homme avait désormais plusieurs mèches blanches signe du temps qui passait inexorablement. Chidori se prosterna en présentant le porte-parchemin.

- De la part de Malyss du clan du Corbeau.

- Je te remercie, dit Gakyusha en déroulant le parchemin.


“Honorable Malyss,

Ce rapport est prioritaire, vous devez, une fois lu impérativement le faire parvenir au Seigneur-Impérial pour qu’il décide des actions à mener. Nous avons poursuivi avec nos alliés Zil la piste de l’étranger dans la région de Shirozuo. Nous avons formé des groupes de deux afin de mieux quadriller le secteur et cette tactique a porté ses fruits. J’étais en compagnie de Kolère, un farouche Combattant de Zil lorsque nous avons assisté à un évènement.

C’était une scène de combat d’une rare violence entre deux personnes. D’un côté Yakoushou, le Karukaï que nous cherchons depuis des années, de l’autre un homme de grande taille. Ayant lu une copie du rapport de Kyoshiro à propos de la vision de la Pythie, et recoupé aux descriptions recueillies, je peux assurément dire qu’il s’agissait de “l'étranger”. Hors clairement l’affrontement n’était pas en faveur de Yakoushou, les techniques employées par l’étranger n’ont rien de commun avec ce que Kolère ou moi connaissons. Le Karukaï à bout de force se retrouva dépassé par la puissance de l’adversaire.

Nous avons suivi l’étranger qui tirait Yakoushou par le cou pendant une bonne heure avant d’arriver dans un endroit encore plus désolé que le reste. Là il pratiqua un étrange rituel et une porte gigantesque avec un style très Xziarite apparut. Là, il draina visiblement la magie de Yakoushou pour ouvrir la porte. Une femme, semblable à l'étranger en sortit, puis la porte s’est immédiatement refermée. Tous deux parlèrent dans un dialecte inconnu, je compris seulement que la femme n’avait pas l’air contente de l’étranger. Ne souhaitant pas nous faire repérer j’ai laissé Kolère là afin de vous prévenir. Nous allons bien sur suivre ces personnes et les observer.

Karasu Kage.”


Gakyusha sembla réfléchir quelques instants tout en relisant certains passages du rapport.

- Quel est ton nom ? Demanda-t-il à la jeune femme qui n’avait pas bougé d’une plume.

- Chidori.

- Bien, Chidori, réunis les membres du clan disponibles, deux ou trois personnes en plus de toi, rendez-vous ensuite au dojo des traqueurs où nous nous rejoindrons. Prévoyez de quoi voyager, nous partons dès que possible pour Shirozuo.

Elle baissa la tête en signe d'assentiment et s’en alla tout comme elle était venue.

- Que se passe-t-il ? Demanda Henshin à Gakyusha.

- Je ne suis pas encore certain, mais des personnes qui ne sont pas originaires des Terres de Guem, et capables de vaincre un des plus puissants Karukaï, se baladent dans l’Empire de Xzia avec je ne sais quel but en tête. Il nous faut assurer la sécurité de l’empire. Puis-je te demander quelque chose ?

- Oui ?

- Envoie une missive à Kyoshiro avec une copie de ce message, qu’il prévienne les Envoyés de Noz’Dingard. Je préfère être prudent et parer à tout problème d’ordre magique.

- C’est une sage décision, je ferais suivant ton désir.

- Merci. A présent je dois me préparer, je suis assez excité par la perspective d’enfin voir la résolution du mystère Yakoushou.


Fin de l'Acte 6, à suivre durant l'Acte 7 : Les Portes de l'Infini.

Acte 7 : Les Portes de l'Infini

Chapitre 1 - Les portes

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Aucun son ne sortait de la gorge de Yakoushou. Le Karukaï agonisait, sa magie s’échappait de lui, le vidant de sa substance. Lui qui régnait sur les plus puissants esprits avait perdu un long combat contre cet être sorti de nulle part. Combien de temps s’était écoulé depuis leur première rencontre ? Il ne savait pas, le temps n’avait pas d’emprise sur lui. Des centaines d’esprit-oiseaux avaient péris pour le protéger.

- Qui... qui es-tu, pourquoi... me fais-tu ça ? Demanda Yakoushou fermement retenu par l’Etranger.

- Je ne suis qu’un éclaireur, Esprit, avec une mission que je suis en train d’achever. C’est tout ce que tu as à savoir.

La gigantesque porte face à eux s’illumina de centaines de glyphes, puis elle s’entrouvrit lentement. Une sorte de gros renard au pelage d’argent apparut alors sur le seuil. La bête alla se frotter contre les jambes de l’Etranger. Ce dernier jetait à terre la dépouille du Karukaï qui avait choisi ce monde au prix d’une vie mortelle dans le but de se venger du Corbeau. C’est alors qu’une personne passa par la porte.

C’était une femme qui, à n’en pas douter, avait les mêmes origines que l’Etranger.

- Théya je livre ce monde à vos pieds, dit-il en s’inclinant avec respect.

- Prétentieux, ce n’est pas parce que tu es arrivé à entrouvrir cette satanée porte que cela va améliorer ta condition. Tu devais nous envoyer des rapports plus fréquemment.

- Pardonnez-moi, la cible était plus coriace qu’elle ne le laisser présager.

- Tu es faible, ta lenteur retarde les plans.

A ce moment là la porte derrière se referma, se scellant à nouveau. Théya, au visage lisse et blanc fit une moue de mécontentement.

- Malgré la puissance de la cible la porte ne s’est pas ouverte en totalité et pour un temps trop court. Cela ne me convient pas.

- Il nous faut suivre le plan.

- Bien sûr ! Où est le pion ? Demanda Théya en regardant aux alentours.

La petite créature, arrivée en même temps que Théya, reniflait dans une direction. Plus exactement il venait de sentir l’odeur de Kolère, caché un derrière un rocher.

- Barre-toi souffla Kolère en prenant un air menaçant.

Effectivement l’espèce de renard retourna auprès de Théya, non pas par peur mais pour prévenir celle-ci.

- Le pion est là, dit-elle après avoir communiqué avec son familier.

D’un geste souple elle saisit une flûte attachée à son côté et joua quelques notes. Le son produit n’avait rien de musical, c’était comme une sorte de code. Lorsque Kolère entendit ces notes quelque chose changea, comme si un verrou venait de sauter dans sa tête. Il se leva, sauta le rocher devant lui et marcha à pas lent jusqu’à Théya et l’Etranger.

- Tu joues ton rôle à la perfection, Kolodan, je savais que les Combattants de Zil seraient de parfaits compagnons pour toi, ironisa Théya.

- Ils ne se doutent de rien, dit Kolère. Quels sont vos ordres ?

- Il faut continuer la stratégie que nous avons mis en place. En premier lieu il nous faut ouvrir la porte de la forêt des Eltarites, c’est la porte la plus centrale des Terres de Guem.

- Où va-t-on trouver la puissance nécessaire à son ouverture ? Interrogea l’Etranger.

- Arrête de poser des questions stupides, nous allons capturer l’héritier d’Eredan et absorber la magie qu’il a reçu en héritage.

- Ce n’est qu’un humain, comment peut-il avoir plus de puissance que l’esprit-oiseau ? dit l’Etranger en montrant le cadavre de Yakoushou.

- Je viens de le dire, il a toujours en lui une parcelle de la magie d’Eredan et de Néhant. En plus durant toutes ces années où tu as traîné la jambe pour vaincre le Karukaï, nous avons fait en sorte que l’héritier trouve un peu plus de légitimité...


Kyoshiro parcourait les rapports qui lui parvenaient de l’Empire de Xzia avec beaucoup d’attention. Il n’en croyait pas ses yeux, toute cette histoire avait finalement un sens, la vision de la Pythie n’était pas le passé et encore moins le futur, mais le présent. Le chasseur de démon courut au travers du dédale de couloirs du palais de Noz’Dingard à la recherche d’une autorité compétente. Il finit par trouver la Pythie en discussion avec le Maître-Mage Pilkim. A son approche les deux Draconiens cessèrent de discuter pour l’accueillir.

- Vous tomber bien Kyoshiro, dit Pilkim. Je discutais de l’affaire que vous appelez Mystère Yakoushou avec la Pythie suite à la réception d’une missive provenant de chez vous, ajouta-t-il en montrant un parchemin.

- J’ai reçu semblable lettre, allez-vous intervenir ? Demanda Kyoshiro impatient.

- Certainement. Néanmoins j’ai pour le moment d’autres affaires très urgentes à gérer avec Prophète. Aussi c’est Ciramor qui, étant le plus apte à comprendre cette énigme, va partir sur place. Je l’ai fait prévenir, si vous désirez partir avec lui ou le voir avant qu’il ne quitte Noz’Dingard.

- Oui j’aimerais connaître son avis sur le sujet. Où puis-je le trouver ?

- Il est à l’académie de magie, vous y êtes déjà allé me semble-t-il, non ?

- Oui j’ai l’autorisation nécessaire. Je vous remercie pour votre aide en tout cas. J’ose caresser l’espoir que la situation en Draconie ira en votre faveur.

- L’avenir nous le dira, dit Pilkim en jetant un œil contrarié vers la Pythie.

Kyoshiro s’inclina en signe d’au revoir et laissa les deux Draconiens à leurs soucis.

Depuis le départ de Dragon, la fréquentation de l’académie de magie était en chute libre. Aussi les étudiants n’étaient guère nombreux en cette période de tension internes à la Draconie. Les professeurs discutaient dans les couloirs, attendant de pouvoir délivrer leur savoir à qui voudrait bien. Devant le manque à gagner pour la structure, les étudiants des autres nations furent admis exceptionnellement en plus grand nombre. Sans cet assouplissement dans le règlement de l’académie, jamais Kyoshiro n’aurait pu en parcourir les couloirs et les livres magiques. Une tour entière était même réservée pour ces étrangers. C’est là que depuis quelques années vivait Ciramor. Lorsque l’héritier d’Eredan se sépara de Néhant il fut recueilli par les Draconiens dans un état lamentable. Il mit plusieurs mois à remonter la pente, les pensées souvent envahies par les noirs secrets Néhantistes.

Lorsque Kyoshiro entra dans la salle commune, il retrouva l’héritier d’Eredan sur le départ.

- Ciramor ? J’ai de la chance de vous trouver avant que vous ne partiez, dit Kyoshiro en s’inclinant pour le saluer.

- Oui ? Je vous ai déjà vu il me semble... Kyoshiro ?

- C’est cela, puis-je vous poser quelques questions ?

- A quel propos ?

- Le Maître-Mage Pilkim vous a demandé de partir pour l’Empire afin d’appuyer les investigations de mes compatriotes et des Combattants de Zil, n’est-ce pas ?

- C’est exact, cette histoire-là, outre le fait d’être intrigante, traite d’un sujet qui m’est cher.

- Lequel ?

- Il y a dix ans Dragon et Néhant ont passé une sorte d’immense porte et ont disparu de notre monde. Depuis je n’ai cessé de chercher des informations sur cette porte et ce que j’ai trouvé me parait capital pour réussir à faire revenir Dragon. J’ai interrogé les guildes, fouillé les archives du Conseil, de l’Académie, de l’Empire, de Tantad. L’histoire des Terres de Guem recèle d’apparitions de portes semblables à celle qu’a fait apparaître Dragon. La dernière description d’une telle porte vient de votre compagnon de la Kotoba. Mais ce n’est pas tout. Depuis que Karasu a écrit le rapport que nous avons reçu j’ai eu d’autres informations. Les étrangers arrivés par la porte située à Shirozuo ont quitté l’Empire par le sud-ouest. Je devrais pouvoir les intercepter juste avant qu’ils n’arrivent à une autre porte.

- Mais comment savez-vous tout ça ? S’étonna le Xziarite.

Ciramor tendit sa main et fit apparaître alors un bâton, un objet splendide fait de cristal et d’argent. Une petite créature d’air tournoyait lentement autour. Kyoshiro avait rarement vu un aussi bel objet.

- Ceci est la Sagesse d’Eredan, créée par Dragon en personne elle fut offerte à Eredan pour l’aider dans la lutte contre Néhant. Je n’ai certes pas la même valeur qu’Eredan qui était d’un niveau tout autre que le mien, mais je peux aujourd’hui réellement me sentir comme son héritier.

- Comment l’avez-vous obtenu ?

- C’est une longue histoire et une aventure qui m’a accaparé quelques années. Je vous la narrerai le moment voulu. Si vous n’avez pas d’autres questions, je vous laisse.

- J’en ai sûrement encore beaucoup, mais je ne vous retiens pas plus. Je vous souhaite un bon voyage.

- A bientôt Kyoshiro, et n’oubliez pas, la magie permet de tout faire.

A ce moment là Ciramor saisit la Sagesse d’Eredan à deux mains et la créature d’air voleta autour de lui. C’est alors que dans une gerbe d’étincelles l’héritier d’Eredan disparut, laissant Kyoshiro bouche bée.


Ciramor traversa des lieues et des lieues instantanément, il sut parfaitement où il voulait aller. Sangrépée et Sansvisage, deux membres des Combattants de Zil furent précis quant à l’endroit où ils avaient trouvé Kolodan. C’est là qu’il réapparut. Depuis le passage des deux Zil, la forêt avait repris ses droits et désormais de larges arbres entouraient une clairière d’herbe bien verte. Il ne fallut pas longtemps avant que le phénomène qu’il voulait observer ne se produise. Entre deux arbres une porte à double battant d’au moins trois fois sa hauteur se dessina lentement. L’encadrement était fait de racines et la porte en elle-même de bois sculpté. Ciramor admira l’œuvre, enfin face à l’une de ces portes il commença à percevoir le potentiel. La magie qui s’en dégageait n’avait rien de commun.

- De la magie pure, extraite de Guem, dit une voix en provenance de l’autre côté de la clairière.

C’était Théya accompagnée de l’Etranger et de Kolère.

- Nous avons presque failli t’attendre Ciramor.

- Nous connaissons-nous ?

- Je te connais oui, mais toi tu ignores qui nous sommes n’est-ce pas ?

- Non, mais je sais que vous êtes capables d’ouvrir cette porte, mais qu’est-ce qu’il y a derrière ??

- Tu essayes de me soutirer des informations mais tu n’obtiendras rien de moi. Considère-toi comme étant notre prisonnier. Ne résiste pas et tu garderas la vie sauve, tente quoi que ce soit et nous n’aurons aucun scrupule à t’éliminer, cria Théya.

Ciramor analysa rapidement la situation. Il connaissait Kolère, mais pas les deux autres. L’Etranger commençait à avancer vers lui alors que Théya restait en retrait. Leurs intentions étaient hostiles il ne devait pas laisser faire ça. Il prit alors les devants et deux boules de feu partirent rapidement de sa main droite alors qu’il tenait fermement la Sagesse d’Eredan de sa main gauche. Les deux sorts firent mouche et l’Etranger fut projeté dans les arbres loin derrière lui. Théya avait prévu cette réaction et ordonna à Kolère d’agir. L’homme grogna et alors qu’il avançait se transforma en volk-garou. Ciramor, comprenant que Kolère n’était pas maître de ses gestes le bombarda littéralement de sortilèges dans le but, non pas de le tuer, mais de le neutraliser. Lorsque la fumée produit par les sorts s’en alla il remarqua que Kolère n’avait aucune entrave et avançait toujours. En observant mieux il vit ce qui empêchait ses sorts de faire de leurs effets : une pierre-cœur néhantique.

- Où ? Où as-tu eu ça ??? Hurla Ciramor dans une expression de colère et de peur.

Théya se fendit d’un rire sinistre.

- Tu n’es pas à la hauteur Ciramor, tu ne peux pas empêcher l’inévitable.

- Mais que voulez-vous à la fin.

- Dans l’immédiat, toi et ton bâton.

Chapitre 2 - Fermeture !

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- Me sous-estimer est une grave erreur, dit Ciramor en restant à bonne distance de Kolère. Si je suis étonné de voir une pierre-cœur Néhantique c’est simplement parce que cela se fait rare, mais cela ne me pose pas le moindre problème, la magie s’adapt...

D’un bond Kolère lui sauta dessus et ses griffes arrachèrent un pan de tissu et des lambeaux de peau. L’héritier d’Eredan lâcha un petit cri de douleur, mais se concentra sur sa cible. Étant au contact de son adversaire il attrapa fermement la pierre-cœur Néhantique et tira pour briser la chaînette du cou de Kolère. La magie afflua jusqu’à sa main et le cristal rouge et noir éclata dans un bruit sec. Le Combattant de Zil profita que l’attention de Ciramor se portait sur la pierre-cœur pour asséner un nouveau coup de griffes. Cette fois la blessure fut profonde et le sang coula abondamment. Théya jubilait, l’héritier allait se faire mettre en pièces par son esclave et le bâton allait être entre ses mains pour enfin ouvrir cette porte. Cela ne se passa pas exactement comme elle le voulait.

A présent que la pierre-cœur Néhantique n’existait plus, le mage déchaîna une pluie de sortilèges puissants. Le pauvre Zil ne put faire grand chose que subir, obligeant Théya a prendre part au combat. La femme au teint blafard plaça sur son visage le masque qu’elle portait à la ceinture et dégaina une dague à lame courbe. Elle s’approcha lentement des deux adversaires aux prises l’un avec l’autre, espérant qu’elle ne se ferait pas remarquer. C’était prendre une nouvelle fois Ciramor pour un incompétent, alors que depuis son départ des Confins pour les terres de Guem il avait acquis un savoir immense et s’était endurci. L’héritier éjecta Kolère grâce à un sort d’air puis dressa un mur de glace autour de lui.

“ils sont trop nombreux, je dois trouver autre chose” pensa-t-il. De l’autre côté du mur Théya testa un peu l’épaisseur de la glace, puis voyant que c’était solide elle se focalisa sur la porte.

- Tu es immobile, c’est parfait, dit-elle. Tu sais c’est surtout ça le principal, plaisanta-t-elle. “Si je me téléporte ailleurs je n’aurais potentiellement plus assez de force pour revenir.” Se dit Ciramor cherchant une idée. La porte de l’Infini s’illumina et il ressentit alors une force qui arrachait de la magie, à lui et à la Sagesse d’Eredan. Poussé dans son dernier retranchement Ciramor eut un déclic. Il lui fallait agir rapidement sans quoi il ne serait plus en mesure de faire quoi que ce soit. Le mur de glace s’écroula sur lui-même laissant le mage sans protection. Théya profita de ce moment pour passer sa lame sous sa gorge. - Ne t’en fait pas je ne vais pas te tuer... pas de suite. Regarde qui revient, Kolère et mon cher souffre douleur. Tu vois, tu es totalement à ma merci. Les deux autres arrivèrent lentement, brûlés et blessés par Ciramor. La porte de l’Infini s’illumina et s’entrouvrit, se gavant de la magie de l’héritier d’Eredan. Ce dernier chuchota alors quelques mots. - Qu’est ce que tu dis ? Tu demandes pitié ? Tu me supplies ?

- A PLUS TARD ! Cria-t-il au moment où des bandes de magie verte partirent d’une zone créée sous lui.

Théya fut la première à se retrouver enserrée par des bandes, qui en fait étaient plutôt des aiguilles d’horloge. Les deux autres se retrouvèrent rapidement empêtrés et tous les trois finirent entièrement recouvert de bandelettes et incapables de faire le moindre mouvement.

Ciramor à bout de force eut juste le temps de parachever son sort avant de s’écrouler par terre, inconscient. Les bandelettes se volatilisèrent, en même temps que Théya, l’Étranger et Kolère.


- Il se réveille... Ciramor, vous allez bien ?

Ses paupières s’entrouvrirent légèrement, il se sentait faible, sans force. Le temps de s’habituer à la lumière ambiante il remarqua qu’il se trouvait dans une grande cahute, allongé sur un lit de feuilles et de mousse. La personne qui s’adressait à lui c’était Fe’y, le jeune Daïs au visage dépourvu de bouche lui faisait face, et ses yeux exprimait l'intérêt qu’il lui portait.

- J’ai l’impression qu’un rocher m’a roulé dessus, mais à part ça je vais bien. Qu’est-ce que je fais ici... et les envahisseurs ?? Dit-il en se remémorant sa bataille contre Théya, Kolère et l’Étranger. Ciramor se redressa péniblement sur le lit, les larges griffures faites par Kolère étaient à présent bandées. Dehors la nuit recouvrait la forêt de son manteau de ténèbres.

- Combien de temps ais-je dormi ?

- Je vais vous expliquer.

Ourénos suivi d’un autre Daïs que Ciramor ne connaissait pas entra dans la pièce. L’Eltarite avait côtoyé l’héritier d’Eredan lorsque celui-ci était venu passer quelques temps avec la Cœur de sève. Ils se saluèrent l’un l’autre, puis Ourénos s’assit au milieu de la pièce.

- Pas de trace des fuyards, dit-il.

- Vous m’expliquez ? Insista Ciramor auprès de Fe’y.

- Oui, donc, vous le savez depuis plusieurs années nous avons renforcé la sécurité de la forêt. Pour ce faire, un système magique a été mis en place. Si par un moyen ou un autre des personnes qui ne sont pas autorisées entrent sur notre territoire, nous sommes immédiatement avertis. Hors ce matin nous avons détecté une intrusion. N’ayant pas de sentinelle Elfine dans les parages, nous avons décidé d’y aller nous-même, une poignée de Daïs et Ourénos en force de frappe. Nous sommes arrivés sur place une bonne heure plus tard et nous vous avons trouvé là, devant une gigantesque porte en partie ouverte. Plusieurs personnes en sont sorties à peu près au même moment et nous ont agressés sans prévenir. Il n’en fallut pas plus à Ourénos pour se lancer dans la mêlée. Quant à nous, nous vous avons mis à l’abri pour ensuite entreprendre de circonscrire les envahisseurs autour de la porte. Il faut bien l’avouer le combat fut rude. Mais ils furent surpris de nous voir aussi vaillants... et puissants. Nous attaquer chez nous, c’est une folie que même les Nomades n’entreprendraient pas à présent. Nous avons repoussé l’assaut et renvoyé tout le monde par la porte, puis notre Eltarite à fini le travail en refermant les deux battants. Le plus étrange fut la fin de cette histoire. Lorsque la porte fut refermée, elle disparut.

Tout cela est très résumé Ciramor, mais c’est dans les grandes lignes ce qu’il s’est passé. Maintenant j’aimerais savoir ce que vous vous faisiez là ?

Ciramor écarquilla les yeux en comprenant qu’il avait échappé à une deuxième belle bataille.

- Il n’y avait personne d’autre quand vous êtes arrivés à la porte ? Demanda-t-il.

- Non, seulement vous par terre, puis les envahisseurs de la porte.

- Je ne suis pas l’intrus que votre magie a détecté car je suis autorisé à venir dans votre forêt. En venant jusqu’ici je comptais intercepter des étrangers arrivés par une porte de l’Infini située dans l’empire de Xzia. Je les ai trouvé et affronté, leur groupe était composé d’un homme en armure, de Kolère le Combattant de Zil et d’une femme qui semblait les diriger. Tout cela n’était qu’un piège, ils ont servi d’appâts pour m’attirer jusque-là afin d’ouvrir la porte de l’Infini que vous avez vu grâce à ma magie et à celle de la Sagesse d’Eredan...

Puis le jeune homme se souvint de son bâton, il ne le vit nulle part.

- Il devait y avoir un bâton en cristal avec moi ! Rassurez-moi et dites-moi qu’il était là lorsque vous êtes arrivés.

- N’ayez pas d’inquiétude, la Sagesse était là, mais elle a souffert. Eikytan est en train de s’en occuper... terminez donc votre histoire Ciramor.

- La femme... c’est une redoutable tacticienne, dit-il en se souvenant du combat. Elle a fait en sorte que mon attention se porte sur ses deux amis, puis acculé j’ai dressé un rempart de glace, j’ai été bête car je me suis bloqué. Elle en a profité pour me drainer ma magie et ouvrir la porte. Mais j’ai résisté et en dernier recours j’ai utilisé un sort de temps.

Fe’y plissa les yeux.

- Un sort de temps ? Vous avez envoyé vos adversaires au travers de la Trame du Temps ?

- Apparemment, c’est ce qui me paraissait le plus logique sur le moment. Le problème c’est que je n’ai aucune idée de quand ils vont réapparaître, dans une minute, demain, dans mille ans ? En tout cas ils ne sont pas dans le passé, sans quoi j’aurais modifié l’histoire.

Plusieurs petits esprits en forme de boule fantomatique traversèrent les murs de l'habitation pour venir chuchoter quelque chose à Fe’y.

- Ils viennent de revenir, dit le Daïs. Deux choix se présentent à nous Ciramor. Soit nous les neutralisons, soit nous prenons le risque de les suivre.

- Je préfère les mettre sous surveillance. Ils ont échoué à ouvrir la porte de l’Infini qui se trouvait là, je veux savoir comment ils vont s’adapter à cet échec.

- Qu’il en soit ainsi.

Lorsque Théya, l’Étranger et Kolère réapparurent la porte de l’Infini, tout comme Ciramor n’étaient plus là. L’equinoxienne tourna sur elle même, fortement décontenancée par ce qu’il venait de se passer elle laissa échapper sa rage et hurla de toutes ses forces. Puis d’un geste elle frappa l’Étranger en plein visage.

- Kolodan s’est mieux battu que toi, si tu avais fait preuve d’un peu de savoir faire nous aurions pu capturer convenablement Ciramor !

L’Étranger ne broncha pas, mais le coup était un de trop. Partagé entre sa fureur et sa loyauté il se contenta de réajuster son armure et de remettre son casque.

- Qu’elle est la suite du plan ? Demanda-t-il d’une voix monotone.

- Ne restons pas là, mon gardien de lune doit avoir trouvé la piste de notre prochaine cible.

Chapitre 3 - Guerre civile

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Kounok supportait sa tête, le coude posé négligemment sur la large table de cristal. Voilà des heures et des heures qu’il était là, écoutant avec lassitude les rapports de ses généraux sur les avancées et les reculs des divers fronts de bataille. Heureusement tout cela avait enfin cessé, pause salvatrice pour Prophète. Les généraux avaient regagné leurs quartiers jusqu’au lendemain et il se retrouvait seul, ou presque.

- Mère, la situation nous échappe, si nous continuons ainsi nous risquons la dislocation de la Draconie, dit-il en regardant la gemme-cœur de Dragon à travers les hautes fenêtres de la salle.

Mais seul le silence fit écho à sa question et cela n’avait rien d’inhabituel. Voilà déjà plusieurs années qu’Anryéna, sa mère, s'efforçait de résoudre les problèmes magiques et de défense. Elle cherchait avec certains mages une solution pour faire revenir Dragon, mais sans succès jusque-là. Puis alors qu’il se levait de sa chaise, les feuilles de papier et les plans sur la table s’envolèrent légèrement comme si un courant d’air passait. Dans une lumière bleutée Pilkim apparut. Kounok qui avait alors Chimère dans sa main abaissa la lame vers le bas.

- Bonjour Kounok, dit le mage.

- Pilkim... décidément tu soignes de plus en plus tes entrées. Que me vaut l’honneur de ta visite Maître-Mage ? Revenu du front d’Arcania visiblement.

- Ouais, je fais un passage éclair pour une réunion du Compendium, déclara Pilkim en s’affalant dans un des larges fauteuils autour de la table. Et toi, ça avance ? Quel bazar ici !

Kounok fit disparaître Chimère et s'installa dans son siège.

- Pour tout te dire, non, ça n’avance pas, je dirais que c’est de pire en pire. Je désespère...

- Et bien sache que je suis porteur d’une bonne et d'une mauvaise nouvelle en provenance d’Arcania.

- Commence par la bonne.

Pilkim posa sur la table un porte-parchemin de cuir fermé par un sceau de cire. Kounok s’attarda sur le-dit sceau : les armoiries d’Arcania.

- Je viens de la part du Seigneur-Dragon d’Arcania, le document qui se trouve à l’intérieur est un serment de fidélité et signe par là-même l’arrêt des hostilités avec ce territoire.

Le regard de Kounok s’éclaira d'intérêt et pour la première fois depuis longtemps un sourire se dessina sur ses lèvres.

- Splendide ! Voilà un événement qui, je l’espère, fera boule de neige. Comment en es-tu arrivé à ce résultat ?

- C’est ce qui me fait aborder la mauvaise nouvelle et ma présence ici. Il y a quelques jours a eu lieu une bataille rangée entre les forces d’Arcania et deux de nos régiments. Nous avons fini par vaincre, mais un de nos hommes a eu un comportement détestable et fâcheux, entraînant la mort de deux soldats.

- La guerre implique des morts, dit Kounok.

- Deux soldats de notre camp.

- Ha... continue ton histoire.

- Cette personne a fait preuve de cruauté et a mis hors d’état de nuire des soldats d’Arcania qui s’étaient rendus, ce qui le place hors nos lois. Et si je suis ici c’est parce qu’il s’agit de ton neveu, Aerouant. Je viens de le ramener, il est actuellement en détention dans une geôle de l’académie.

Kounok souffla, la victoire était donc entachée d’un acte déshonorant de la part d’un membre de sa famille. Depuis la mort de son père Aerouant avait changé, il était devenu aigri. C’était d’autant plus vrai ces deux dernières années depuis que la Draconie était en guerre civile. Mais là clairement il venait de dépasser la limite et avait sombré.

- Je vais aller le voir. Dois-je assister au conseil du Compendium ?

- Hélas seuls les mages du Compendium pourrons participer à ce conseil, moi-même n'y participerait pas. Même si c’est Prophète qui le demande et à plus forte raison avec le lien que vous avez. Néanmoins je suis certain que mon père saura t’écouter.

- Je vois... je vois... merci de m’avoir prévenu Pilkim, tu fais comme d’habitude un excellent travail et la Draconie se félicite de t’avoir de son côté.


Assis sur son lit, Aerouant était plongé dans ses pensées. Il leva à peine les yeux lorsque Kounok se présenta devant les barreaux de cristal imprégnés de magie. Ce dernier regarda son neveu et remarqua à quel point il avait changé. Il avait vieilli évidemment, devenant un adulte, un homme et un mage accompli. Ses cheveux longs en bataille et ses vêtements sales juraient avec ses origines nobles.

- Que s’est-il passé Aerouant ?

Le mage leva la tête et passa sa main dans ses cheveux.

- Prophète en personne, je trouve que l’on fait un tapage exagéré d’une affaire mineure, répondit Aerouant sur le ton du défi.

- Affaire mineure dis-tu ? Les enjeux de cette guerre sont importants. Comment rester crédible si un de nos mages bafoue nos règles, foule du pied notre honneur et se laisse aller à la surenchère magique. Aerouant tu as beau être mon neveu je reste le Prophète de la Draconie et je me dois d’avoir une position ferme vis à vis de tes actes. Que va penser ta mère de ce que tu as fait, elle qui est la dirigeante des Sorcelames.

- A vrai dire... je m’en contrefiche de ce qu’elle pense, nous ne nous parlons plus depuis des lustres. Si tu as fini ton sermon je souhaiterais me reposer en vue de mon passage devant le conseil du Compendium demain.

Kounok garda son calme, sachant pertinemment qu’Aerouant jouait la provocation.

- Très bien, je te laisse au jugement de tes pairs. Tu me déçois Aerouant, tu me déçois beaucoup, tu gâches ton potentiel et je crois pas que ton père apprécierait.

Le prisonnier sauta de son lit et attrapa les barreaux de cristal avec rage. Ceux-ci brillèrent intensément en blessant les mains d’Aerouant. Mais celui-ci avait beaucoup de ressources en magie aussi il put résister le temps de placer quelques mots.

- Laisse mon père en dehors de ça ! Arrête de me parler comme si nous étions une famille car le sang de Dragon qui coule dans nos veines est porteur d’une malédiction qui nous interdit de vivre les uns avec les autres.

Impressionné, choqué et encore plus déçu, Kounok se retourna et s’en alla de la prison de l’académie, le cœur lourd et blessé.


Les mines graves des mages du Compendium indiquaient à quel point le problème les affectait. Marzhin était debout devant le petit amphithéâtre où toutes les places étaient prises. Alishk, la Pythie, Vaerzar, Blanche et d’autres avaient répondu à la convocation de l’archimage afin de régler “l’affaire Aerouant”.

- Chères consœurs, chers confrères. Nous sommes réunis afin de juger du comportement d’Aerouant. Je vous rappelle les faits puis nous ferons entrer l’accusé.

Marzhin ouvrit un petit coffre et en sortit un cristal en forme de demi-sphère. Il alla ensuite la poser sur une petite table devant les rangées de fauteuils. Le cristal brilla vivement et des hologrammes magiques s’en échappèrent. Des images, au départ immobiles, s’animèrent pour retranscrire une scène.

- Ce que vous voyez et la retranscription magique du souvenir du Maître-Mage Pilkim, présent au moment des faits. Les images montraient un combat fratricide entre deux armées, celle de Noz’Dingard et celle d’Arcania.

- Le but de Prophète est de remettre les choses en ordre dans la Draconie, mais pas au prix des vies de nos semblables. Il a donc été interdit d’utiliser des sorts visant à tuer, nous laissant la faveur d’utiliser de quoi neutraliser nos adversaires de manière non létale. Les stratégies mises en place pour cette bataille ont porté leur fruit et comme vous pouvez le constater le Seigneur-Dragon en personne s’est incliné devant Pilkim en signe de soumission. Hors à quelques mètres de là nous voyons parfaitement Aerouant utiliser un sort de Foudre sur une dizaine de soldats, et ce, des deux camps. Deux d’entre eux ne se relèverons pas.

Certains mages commentèrent les hologrammes par des “oh” et des “ah” de stupeur. La fin de la retranscription montra que Pilkim, voyant Aerouant agir, immobilisa l'arrière petit-fils de Dragon pour l'empêcher de nuire. Puis le cristal cessa de produire les images et redevint inerte.

- Je vous propose d’écouter Aerouant pour qu’il nous explique son geste, dit Marzhin en demandant aux gardes de le faire entrer.

L'arrière petit-fils de Dragon plissa les yeux derrière ses mèches de cheveux colorées en examinant l’assemblée. Des entraves de cristal, telles des menottes magiques lui interdisaient la pratique des arts mystiques. Il fut placé à côté de Marzhin, face au conseil du Compendium.

- Ne vous fatiguez pas à me questionner, dit-il à brûle-pourpoint. Oui j’ai grillé ces soldats d’Arcania, je l’ai fait pour les empêcher de tuer les nôtres. Seulement il semble que j’y suis sois allé un peu trop fort...

- Maîtrise ! Cria l’un des mages de l’assistance. C’est la première des règles du Compendium !

L’homme, assit à côté de Blanche se leva. Il s’agissait de Tanaer d’Arcania, jugé comme étant un guerrier avec des pouvoirs magiques.

- Si tu n’es pas capable de respecter les règles, tu n’as rien à faire parmi nous, descendant de Dragon ou pas, ajouta-t-il avec virulence.

- Tu crois ? Il existe une règle du Compendium : PUISSANCE !

A ce moment là le sol sous Aerouant se craquela et le symbole de Néhant apparut. Les Mages eurent à peine le temps de réagir que le prisonnier disparaissait aspiré par ce portail démoniaque. Tanaer s’élança et voulu sauter dans le portail, mais il fut stoppé par Marzhin.

- Certainement pas ! cria l’Archimage. Nous en avons vu assez pour statuer sur son cas... Aerouant ne fait plus partie du Compendium !


Chapitre 4 - Ziloween

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- Bon, mes amis, nous y sommes. Nous avons mis des années et des années pour que notre rêve se réalise.

Farouche, debout sur un tabouret était radieuse, pour une fois elle avait délaissé sa veste striée de noir et de violet au profit d’une robe. D’ailleurs elle n’était pas la seule à être sur son trente et un, la plupart avait fait un effort vestimentaire.

Et pour cause c’était un jour important : l’inauguration du Zircus land, tout le savoir faire des Combattants de Zil au sein d’un même endroit !

- Pour un temps nous allons arrêter de sillonner le monde pour nos représentations, notre public viendra désormais parcourir les allées du parc. Je vous remercie tous pour les efforts que vous avez fourni, tant durant la construction de chacune des attractions, qu’au niveau politique et plus encore. Je lève mon verre pour vous tous !

Les Combattants de Zil crièrent leur joie et trinquèrent de bon cœur. Le territoire offert par l’empire de Xzia était l’endroit rêvé pour leur nouveau parc. En effet c’était probablement l’endroit le plus éloigné de Meragi, le fin fond de l’empire, un lieu presque marécageux accolé aux montagnes où se trouvait la demeure d’Artrezil.

Les Zils en avaient fait un endroit qui leur ressemblait, effrayant, amusant et surtout paisible.

Les jours qui suivirent furent exaltant. Au début il y eut peu de visiteurs, mais très vite la renommée du parc, ainsi que le bouche à oreille ramenèrent des visiteurs en provenance des quatre coins du monde. De fait la guilde attira de nouveaux membres et la vie s’organisa au Zircus land.

Un beau matin, Sangrépée vit arriver un messager portant la bannière de la Kotoba.

- Bonjour Combattante de Zil, je suis porteur d’un message du seigneur Malyss.

- Seigneur Malyss ? Il a pris du galon. Donne.

Le messager tendit alors un parchemin plié en quatre. Sangrépée commença à lire avant de s'apercevoir que c’était écrit en Xziarite.

- Vous êtes des farceurs à la Kotoba, dit-elle en rigolant.

Mais visiblement la boutade n’était pas du goût du voyageur. Ce dernier récupéra le parchemin et lut à haute voix.

- A l’attention des Combattants de Zil. Je suis au regret de vous apprendre que Kolère est désormais passé à l’ennemi. Celui-ci a combattu aux côté des étrangers contre Ciramor, l’héritier d’Eredan.

Aussi il vous appartient d’arranger la situation et ce avant que le Conseil de Guilde ne s’en mêle. En vous souhaitant bonne chance. Malyss.

Une fois fini le messager replia le parchemin et le donna à Sangrépée.

- Dis-moi messager, tu viens d’où ?

- Je viens du village en bordure de votre territoire.

- Très bien, merci, j’ai cru que tu venais de Meragi, du coup l’information est récente. Reste au Zircus land si tu veux, nous te donnerons une réponse pour Malyss.

Poussé par la curiosité le Xziarite accepta, et cette petite aventure dans le parc le marquera à jamais...

- QUOI !? Kolère a fait QUOI !?? Hurla Farouche.

- Tu m’as bien compris, je suis on ne peut clair sur ce qui est écrit noir sur blanc, dit Kuraying en montrant le message de Malyss. Cependant il y a peu de détails. Le mieux serait d’entrer en contact avec Ciramor.

- C’est pas possible, on a fait quoi pour que les traîtres soient toujours dans nos rangs hein ? Grogna la chef de guilde. Tu en dis quoi toi ? Demanda-t-elle en s’adressant à Zil.

- Il doit y avoir une raison logique à cela, mais il faut vite régler ce problème pour prouver que nous sommes de bonne foi. Kolère étant un membre de la meute je suggère que celle-ci soit chargée de retrouver Kolère. Les autres Combattants vont tenir le parc le temps de votre absence.

- Et faut que ça tombe pendant les jours qui suivent le lancement du Zircus... Bordel ! Kuraying comment on fait pour entrer en contact avec Ciramor ?

- On demande aux ombres très chère, que veux-tu lui dire ?

- Je veux savoir où il est et ce qu’il s’est passé avec Kolère.

- Très bien, je m’occupe de cela, ensuite je retournerai auprès de Yu Ling, visiblement j’ai raté quelque chose.

- On dirait bien ouais ! Répondit Farouche sèchement. J’aurais peut être pas du te faire revenir pour l’inauguration du Zircus, tu aurais pu intervenir dans cette histoire. Bon... Au travail !

Ciramor fut prévenu alors qu’il était encore en convalescence, le message des Combattants de Zil le réconforta d’une certaine manière. Kolère n’agissait pas pour le compte de cette guilde et celle-ci proposait son aide.

Eikytan et Fe’y n’eurent rien contre cette collaboration, Ciramor une fois en pleine possession de ses moyens proposa aux Daïs de gagner du temps en téléportant les Combattants de Zil là où ils se trouvaient. Poussés par la curiosité de voir agir l’héritier d’Eredan ils acceptèrent.

La démonstration fut très impressionnante, Ciramor fit apparaître en cercle plusieurs cristaux transparents de la taille du poing. Puis ceux-ci se modifièrent, des filaments de cristaux s’échappèrent d’elles pour se rejoindre et former comme une porte de cristal.

Là le paysage visible au travers de cette porte changea, il ne s'agissait plus de la forêt Eltarite mais du Zircus avec une petite dizaine d’étranges personnages, presque toute la Meute en fait, Farouche en tête.

A des lieues de là les Zils virent apparaître une porte semblable avec de l’autre côté la forêt en paysage, Ciramor, Eikytan et Fe’y les regardaient.

- Venez, dit Ciramor leur faisant signe. C’est un sort me demandant beaucoup de magie, je ne vais pas pouvoir le maintenir bien longtemps. Farouche n’hésita pas et passa le portail, s’étonnant de la prouesse de l’héritier d’Eredan. C’était comme s’il avait coupé la distance entre les deux lieux grâce à ce portail.

- Soyez les bienvenus, Combattants de Zil, dit Eikytan une fois que tout le monde eut passé le portail.

- Merci bien. Alors on peut en savoir plus sur Kolère ? demanda Farouche avec impatience.

- Je vais y venir, rétorqua Ciramor qui fermait son portail magique. Je comprend le sentiment qui t’anime Farouche, je réagirais pareil à ta place.

Les Combattants de Zil s’installèrent sur la place principale du village et furent vite entourés de curieux. Ourénos se plaça derrière eux de manière... défensive. Là, Ciramor expliqua l’altercation avec les étrangers et Kolère, comment ce dernier semblait ne plus être maître de lui même.

Le doute était permis sur sa liberté d’action, agissait-il de son propre chef ou pas ? Les théories de ses compagnons affirmaient que non, mais malgré tout la question resta en suspend. Ceci dit le fait que la Cœur de sève surveille de près ces inconnus redonna du baume au cœur des Combattants de Zil.

- Alors qu’attendons-nous pour agir ? dit Farouche.

- Avant de tenter quoi que ce soit contre ces gens, nous voulons en savoir plus sur leurs buts et qui ils sont.

- Hors de question de laisser Kolère vadrouiller et provoquer des dégâts, répliqua Farouche en commençant à s'énerver.

- Ne prenons pas ce risque, je sais que le passif de votre guilde joue sur votre vision des choses, expliqua Ciramor en regardant la troupe. Les enjeux sont bien plus importants que

vous ne pouvez le supposer. Ces gens sont venus par des portails d’une puissance inouïe, jusqu’à présent il y en a un dans l’Empire de Xzia, un dans la forêt des Eltarites et je suppose qu’il y en a d’autres parsemés sur les Terres de Guem, je veux en savoir plus.

- Tu vas avoir tes réponses, héritier. Ils sont combien ?

- Trois, dont Kolère.

Les Combattants de Zil se regardèrent le uns et les autres avant de rire à gorges déployées.

- Que trois, allez, finie la plaisanterie, on va les capturer et on va les faire parler, parole de Zil ! Déclara Farouche en serrant le poings, mène nous à eux.

Devant leur détermination Ciramor n’eut rien à redire. Ourénos se leva et ajouta une couche aux arguments de la chef des Zils.

- La p’tite a raison, c’est bien de savoir ce qu’il font ici, mais par précaution il vaut mieux les stopper avant qu’ils ne déclenchent on ne sait quelle catastrophe.

- Et vous Eikytan, qu’en pensez-vous ? Demanda Ciramor en pensant trouver un appui auprès du dirigeant de la Cœur de sève.

- Notre réaction a été tardive lors des événements de la Pierre tombée du ciel, il faut apprendre de nos erreurs. Demandons un rapport sur la situation à Melissandre et envoyons les forces conjuguées des Combattants de Zil et de la Cœur de sève arrêter ces envahisseurs.

- Très bien, je m’incline, je ne voulais pas d’une confrontation directe. Si jamais les deux étrangers venaient à être tués durant le combat cela nous porterait préjudice.

- T’en fait pas, on sait se retenir... déclara Farouche en regardant d’un regard menaçant les éléments de la Meute les plus enclins à la violence, c’est à dire tous.

Pendant ce temps au Zircus les spectateurs affluaient alors que la nuit tombait. C’était le moment le plus intense en terme de fréquentation. Chacun était à son poste, prêt à terrifier ou à faire rire les badauds pour certains venus de loin. Le moins que l’on pouvait dire c’était que la guilde avait réellement mis tout son savoir faire dans cette superbe entreprise.

Zil était ravi de pouvoir enfin avoir un moment de répit. Il avait passé les dernières années à courir après les zombies et Dimizar sans jamais parvenir à attraper le maudit nécromancien.

Finalement lorsque l’idée du Zircus fut émise il profita pour se donner un temps de repos. Hélas ce court instant de calme cachait une tempête qui balayerait ce monde.

Le messager de la Kotoba avait rit de bon cœur aux tours effroyables de Terrifik. Il déambulait dans les petites ruelles, on lui avait dit que certaines attractions étaient cachées et qu’il fallait bien chercher. A un croisement, il tomba sur une petite fille. Après s’être confondu en excuse de l’avoir bousculé il se rendit compte que la fillette ne bougeait pas.

- Tu vas bien, demanda-t-il.

Sur ces entrefaites un homme s’approcha, grand, mince, les cheveux noirs tombants sur ses épaules d’écharnées.

- Ce monsieur t’embête ma chérie, dit Zejabel d’une voix monotone.

- Non non, pardon, je ne l’ai pas v...

Le Xziarite s’arrêta de parler lorsque la fillette bougea en se plaçant sous la lumière d’une torche. Sa peau était sèche, collée aux os de son crane.

Ses grands yeux vitreux ne trompaient pas : c’était un cadavre... mais vivant. L’homme abasourdi par la découverte posa son regard sur Zejabel avant d’apercevoir l’éclat d’une faux. La tête roula au sol alors que par dizaines des zombies entraient dans le Zircus.

Chapitre 5 - La Légion perdue

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- Le sable, je hais le sable ! Il y en a à perte de vue, j’ai parfois l’impression que la terre est vivante, tout peut changer si rapidement. Un coup de vent et on perd tous ses repères, je n’ai jamais réussi à m’y habituer malgré les conseils des voyageurs du désert. J’ai marché des jours sous ce soleil de plomb et des nuits poussée par un vent glacial. J’ai fouillé les moindres recoins et la moindre masure. J'ai appris plus sur cette civilisation que je n’aurais pu le faire au long de ma vie. Et finalement je suis restée dix ans sans la moindre nouvelle de la Légion. Combien de fois me suis-je demandée s’il ne fallait pas arrêter les recherches ? J’ai perdu le compte, mais en aucun cas je ne devais abandonner là mes compagnons ! Comment aurais-je pu me présenter devant toi père sans avoir trouvé ? Je sais que je ne suis pas le modèle de vertu que tu voulais et j’espère à présent que tu comprends mieux cette absence et ce silence. Dix ans sans te faire parvenir de nouvelles, je sais, c’est long. Les Clairvoyants d’Abypolis et peut être les dieux eux-mêmes t’ont-ils conseillé de ne pas intervenir dans ma quête et ils ont eu raison car j’ai trouvé la Légion, père.

Le centorium Aurius regardait sa fille en retenant ses larmes, Myrina ne s’était pas adressée au Cénacle, mais à lui. Les autres membres de l’instance dirigeante de Tantad n’osèrent pas intervenir dans ces retrouvailles, mais ils brûlaient d’impatience d’en savoir plus. Aurius se leva et serra sa fille dans ses bras si fort qu’elle faillit s’étouffer. Puis, relâchant son étreinte il la regarda, elle avait changé. Elle n’était plus la jeune femme qu’il avait envoyé à l’autre bout du monde, mais une femme à la peau séchée, brûlée par le soleil. Par endroit sa peau était striée par de larges cicatrices, derniers vestiges de combats passés.

- Tu dois me trouver dur, mais j’ai gardé un œil sur toi durant ton périple et désormais des chants font les éloges des aventures de Myrina fille du Centorium Aurius.

- Je n’arriverais jamais à ta hauteur.

- Ne te dévalorise pas, nous n’avons pas les détails de comment tu es parvenu à retrouver la Légion. J’ai proposé au Cénacle de t’accorder un Cantique et tu en auras un d’ici quelques jours.

- Un Cantique ? C’est... c’est un grand honneur.

- L’honneur est pour Tantad, Myrina. Tu dois être fatiguée, revoyons-nous un peu plus tard, pour que le père retrouve la fille.


Du haut de ses quatre étages et de part sa circonférence, le cirque de la capitale de Tantad s’imposait, faisant passer les autres édifices pour des cabanes. Il pouvait à lui seul contenir tous les habitants de la ville et en ce soir de Cantique seuls les soldats d’astreinte ne participaient pas aux festivités. Le peuple acclamait ses héros de retour après dix ans d’absence, pour l’occasion le cirque s’était paré d’or, comme le voulait la tradition en cas de Cantique. Une scène à la mesure de la taille de la piste avait été construite, c’est là que les orateurs déclamaient leurs histoires concernant la Légion Runique. A la suite de quoi les membres de la guilde entrèrent en conquérant, parés de leurs plus beaux atours. Saluant le peuple venu pour eux, ils défilèrent ainsi tout autour de la piste. Pendant ce temps là Myrina expliquait au Cénacle et aux orateurs comment elle avait vécu tant de temps dans le désert et surtout, le plus intéressant comment elle parvint finalement à retrouver la Légion.

- J’avais entendu parlé d’un village récemment reconstruit où autrefois vivaient des mystiques qui avaient résisté aux dieux eux-mêmes. j’entrepris d’aller sur place n’étant plus à un voyage près. Celui-ci fut terriblement éprouvant pour moi car je dus gravir des montagnes où les émeraudes étaient coupantes comme les meilleures lames de Telb. Puis après les montagnes se furent les sables mouvants d’Arkesh, je faillis me retrouver engloutie par le désert et je ne dus mon salut qu’à ma fidèle lance, dit-elle en montrant son arme. J’espérais enfin arriver à destination après cela, mais non ! Une nouvelle épreuve m’attendait lorsqu’un petit groupe de pilleurs en voulut à ma vertu. Erreur fatidique pour eux, je réussis à me défaire d’eux et surtout j’appris que je n’étais désormais plus loin de mon objectif. La cité en question n’avait pas grand chose de particulier, mais j’y croisais certains de nos anciens alliés Nomades. L’agitation régnait, je tombais visiblement à un moment critique, un évènement impactant directement sur ma recherche s’était produit. Je remercie les dieux de m’avoir accordée leurs faveurs. En effet, après avoir demandé aux Nomades se qu’il se passait on m’informa que le Vizir Mahamoud était de retour avec une créature nommée Nebsen ainsi qu’une centaine de personnes. La créature correspondait en tout point avec les dernières informations laissées par le Seigneur runique Eilos. Il me fallait donc le rencontrer. Avec patience j’attendis qu’il veuille bien me recevoir. Il reconnut ma tenue, il savait pertinemment ce que j’allais lui demander. Il me raconta son duel contre Eilos ainsi que la disparition de la Légion toute entière, envoyée dans un monde souterrain. Il m’indiqua comment faire pour créer un accès vers ce lieu. Mais dix ans étaient passés, aussi je fus à la fois inquiète de retrouver mes compagnons sans vie et excitée par la perspective de clore toute cette histoire. J’allais sur place le plus rapidement possible et je tombais nez à nez avec d’autres créatures, toutes aussi agressives les unes que les autres, j’avoue que sans les runes et l’art du combat que m’enseigna mon père, le Centorium Aurius, j’aurais péri là. C’est une nouvelle fois les runes qui me permirent de briser la roche scellant le passage. Attirés par le bruit je ne tardais pas à entrevoir une forme, puis deux. C’était la Légion !

Le Cénacle fut ravi d’entendre l’histoire de Myrina et les orateurs prirent sur eux d’envelopper le récit pour le rendre encore plus héroïque. Le Cantique se termina tard dans la nuit...


Quelques jours plus tard dans la salle su Cénacle où la quasi totalité de ses membres étaient présents. Myrina, le Seigneur Runique Eilos, le Seigneur Runique Harès ainsi qu’une partie de la Légion furent convoqués en vue de leur donner une nouvelle mission.

- Vous me voyez désolé de vous renvoyer si tôt dans de nouvelles affectations, déclara Aurius. Mais rassurez-vous j’espère que cela sera de courte durée et puis il n’y a rien de bien dangereux, enfin je l’espère. Je pars pour le Conseil des Guildes, je compte sur vous pour former ma garde. Le sujet qui sera abordé est l’infiltration de personnes étrangères à notre monde par le biais de portes magiques. Les guildes doivent mettre en place un plan anti-invasion. Je crois que tout cela sera très... passionnant, dit-il sur un ton moqueur.


Chapitre 6 - Le Pacte

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- J’lui fais pas confiance, déclara Poukos de sa grosse voix déformée par l’eau contenue dans son scaphandre.

- Et sur quel fait te bases-tu je te prie ? Demanda Jon au visage habituellement squelettique.

- Bah un mec avec sa face à moitié calcinée par la corruption m’inspire pas confiance.

- Ah bon ? Et que penser d’un pirate mort et maudit comme moi ainsi que d’un homme poisson comme toi ?

- Mouai, ok, t’as raison, mais je le sens pas quand même ! regarde ce pauvre Galène comme il est anxieux, faut vraiment qu’on lui retrouve son jouet.

- Son désarroi est à la hauteur de sa perte mon ami. Mais il ne faut pas oublier les objectifs de notre venue ici.

- Donc trouver S.A.R.A.H.

- Entre autre, oui. Prévenons les autres que nous allons mener l’enquête... que tout ceci est exaltant ! Dit Jon en serrant ses doigts dépourvus de chair. Alors que le reste de l’équipe se lançait dans la recherche de l’automate, Al la Triste continuait sa discussion avec Balastar sur divers sujets.

- Que sais-tu du maelström ? Depuis le temps que tu es là tu dois sûrement avoir des renseignements à me donner à son sujet non ? Balastar plissa les yeux, réfléchissant aux mots qu’il allait utiliser dans sa réponse.

- Commence par me dire ce que tu connais à son sujet ? Je compléterai les manques, dit-il en ne faisant que répondre à une question par une autre question.

- Il est responsable de la destruction de Bramamir, qu’il a été créé par Néhant et qu’il est d’une certaine façon vivant. Mais qu’est-il exactement je ne le sais pas, à priori un Néhantiste maintiendrait le vortex et aurait passé un pacte avec l’ancien Gouvernement. Voilà. - C’est léger.

- Ne tient qu’à toi de m’en dire plus.

- Commençons par le début, le maelström tel que nous le connaissons n’existait pas lors de la dislocation du royaume de Bramamir. C’est un démon qui en est responsable, l’un des plus puissants qui doit exister. C’est lui qui par la suite a créé le vortex, lui permettant, comme tu l’as dit, de pactiser avec les survivants et aussi de les manipuler à sa guise.

- Donc ce démon n’est pas le vortex ?

- Non.

- Et donc ? Il a une forme physique ? On peut le retrouver ? Le tuer ?

- Attends, je crois comprendre ce que tu veux faire et je te le dis de but en blanc, c’est de la pure folie ! Tu n’arriveras qu’à ta perte si tu tentes de détruire ce démon.

- Je dirige les Iles Blanches désormais et il m’appartient de juger ce qui est bon ou non pour ses habitants. Aussi je juge inconcevable de jeter en pâture des âmes à ce démon ! Sais-tu, oui ou non où le dénicher ?

- Si je te le dis, qu’est-ce que j’y gagne ? Dit Balastar qui se trouvait en position de force.

- Du marchandage ? Avec moi ? Tu plaisantes ?

- J’ai une tête à plaisanter ? Al la Triste hésita entre tirer son sabre et pourfendre son interlocuteur, ou bien de jouer le jeu et de voir où cela pouvait la mener. Elle choisit la seconde option.

- Très bien, que veux-tu ?

- Ton navire est en bon état, je pense qu’il peut décoller, si je t’amène jusqu’au démon je veux que tu nous emmènes tous...

- Je ne comptais pas vous laisser là...

- Laisse moi finir. Si jamais nous arrivons à revenir dans les Îles Blanches, je veux l’île de Mortetourbe.

- Morte... Mortetourbe !? C’est une île marécageuse, s’il n’y a que ça pour ton bonheur... accordé.

- Parfait ! Par contre tu viens seule, je veux pas de tes amis.

- Des trucs à cacher ?

- Des milliers, comme toi.

Alors qu’Al la Triste quittait les lieux avec Balastar, le reste de l’équipe continuait ses investigations. Jusque-là le manque de piste ne permettait pas de résoudre l’énigme de la disparition de S.A.R.A.H et Galène se désespérait de retrouver son ultime créature. Les habitants de ce drôle d’endroit n’étaient pas vraiment coopératifs, les indiscrétions ne faisaient qu’ajouter de l’eau au moulin de cette forme de crainte ou de xénophobie.

Voici plusieurs heures que l’enquête piétinait jusqu’à ce que Galène eut un coup de génie.

- Je sais comment la retrouver ! Dit-il enthousiaste à ses compagnons.

- Exblique, dit Poukos en enlevant la buée sur son scaphandre.

- Je suis vraiment un âne, ajouta l’ingénieur en s’asseyant par terre.

Galène vida alors le contenu de sa large besace de toile. Plusieurs petits automates tombèrent avec fracas sur le sol glacé, semant rouages et autres ressorts. Il dégaina alors un ensemble de petits outils de précision reliés entre eux par un fin cercle de métal, attrapa un des automates et se mis au travail avec toute sa passion habituelle.

- Vous voulez bien nous éclairer sur ce que vous faites mestre Galène ? Demanda Jon qui ne comprenait pas les agissements du jeune capitaine du Titan de fer.

- Avant de concevoir S.A.R.A.H j’ai expérimenté une source d’énergie à base de cristaux en prenant exemple sur les magies des Lieurs de Pierres et sur la magie de la foudre. Il se trouve que vous avez devant vous le Frelon, une petite bête mécanique bien utile qui vole grâce à cette énergie. Je vais effectuer un petit changement dans son comportement. Comme il n’a plus beaucoup d’énergie, je vais faire en sorte qu’il se dirige vers une source semblable.

- Ça va marcher ? Demanda Poukos.

- Cela devrait, dit Galène en finissant de remonter son Frelon.

La créature mécanique bourdonna puis cliqueta. Ses ailes remuèrent lentement au début puis si vite qu’elle s’envola. Après avoir stagné une bonne minute le Frelon fonça dans une direction à la surprise de tout le monde. Flammara fut prompte à la réaction et s’élança, suivie des autres. L’automate tourna dans le dédale de couloirs creusés dans la roche puis se fixa devant une porte faite de bric et de broc. Un homme qui tenait un fusil perfectionné s’interposa à l’arrivée de la petite troupe.

- Hop là les gens ! Doucement, doucement, où allez-vous ainsi ?

- Laisse-nous entrer ou je t’écrase ! Menaça Poukos.

- Tu veux que je te brise le bocal la Rascasse ? Railla le jeune homme en visant Poukos de son arme. On m’a dit personne ne passe, alors personne ne passe.

Poukos lâcha une série de jurons avant de regarder les autres pour voir ce qu’ils allaient faire. Flammara s’avança, sûre d’elle.

- Écoute, je vais pas discuter longtemps, ma spécialité à moi, c’est les flammes.

- Ouai et alors ?

- C’est quoi ton nom ? Demanda-t-elle.

- Je suis Mathurin, bras droit de Balastar.

- Très bien Mathurin, tu sais je connais les gens comme toi, ceux qui aiment les flingues, ils ont souvent des traces noires sur la peau, tu sais ce que sont ces traces ??

- Euh...

- De la poudre. Et tu sais quoi, la poudre je peux l’enflammer d’un seul claquement de doigts. Dit-elle en faisant claquer ses doigts.

A ce moment là l’une des traces noires prit feu, provoquant une vive douleur à Mathurin. Le jeune homme recula, se rendant compte de l’horrible destin qui l’attendait si elle continuait.

- Waow, regard de braise hein ? Bon bon, je vais pas insister, je vais pas risquer ma peau pour une porte. On va dire que je me suis absenté pour aller me soulager, déclara Mathurin en reculant d’autant plus.

- Je t’ai à l’œil. Poukos, ouvre la porte maintenant.

Ni une, ni deux la porte éclata en morceau sous le poids de Coule-grouillot l’arme-ancre de Poukos. A l’intérieur se trouvait l’automate tant désiré. S.A.R.A.H était en partie démontée et raccordée à divers câbles.

- Mais qu’est-ce qu’ils t’ont fait ? demanda Galène les lèvres tremblantes.

Après examen il s’avéra que l’automate alimentait le complexe en énergie. Sans la moindre réflexion de sa part Poukos arracha les câble, pensant bien faire.

- MAIS NON !! QU’AS-TU FAIT !? Hurla Galène.

- Nous y voilà. Regarde bien car il ne faut plus venir par ici à l’avenir.

- J’y comptais pas.

Balastar et Al la Triste se trouvaient à l’exact centre de l’œil du Vortex. Au loin bien plus haut des îles flottaient les unes au-dessus des autres. Autour d’eux de très nombreuses épaves de navires volants étaient plantées sur des pics rocheux comme des papillons venus plantés sur des aiguilles. Tout à coup une forme noire se matérialisa devant eux. Al la Triste le reconnut immédiatement.

- C’est bien toi ?

- Ah, mais ne serait-ce pas la somptueuse et impétueuse Alexandra. Quel plaisir de te parler enfin.

- Le plaisir n’est pas partagé, tu as voulu ma peau et je ne te le pardonnerai jamais.

- Ne restons pas sur tant de rancœur, le passé est le passé, pensons au présent. Pourquoi voulais-tu me voir... Amiral ?

- Il est temps que tout s’arrête, tu n’as plus rien à faire sur cette terre. Je veux que Bramamir redevienne Bramamir.

- Ce que tu veux n’est pas forcement compatible avec la réalité. Car je te le dis, sans moi les Îles Blanches seraient englouties par le vortex, c’est moi qui grâce à ma magie le maintient à sa puissance minimale. Si je pars d’ici cela aura de très funestes conséquence pour ce monde. Et laisse-moi te dire que si les Îles s’écrasent ici je n’en mourrai pas.

- Dans cas, je n’ai plus rien à faire ici, dit Al la Triste qui ne voyait pas d’issue à cette discussion.

- Tu as encore quelque chose à faire, ma chère pirate. J’avais un pacte le gouverneur de Bramamir. En échanges de quelques humains je maintenais le vortex stable. Mais le gouverneur est mort, tu es désormais la représentante du peuple qui vit au dessus de ma tête, il me faut donc continuer le pacte avec toi. Quelques âmes lorsque je les réclame et ce monde est sauf. C’est simple n’est-ce pas ?

- C’est horrible surtout, lâcha Al al Triste avec dégoût.

- Question de point de vue, je parle là d’un marché réciproquement profitable. Continue à exécuter les gens en les jetant dans le vortex et ça sera parfait. A présent... signe ! Une main gantée déroula un parchemin alors que l’autre main lui tendait une plume. Al hésita longuement puis saisit la plume. Elle allait signer lorsqu’elle arrêta son mouvement.

- Je vais signer, mais avant cela tu dois laisser partir les exilés qui résident plus loin.

- Qu’ils partent, ils ne m’intéressent pas.

Al la Triste apposa sa signature et tourna le dos au démon.

- Voilà une bonne chose de faite Alexandra, j’ai beaucoup d’espoir dans notre relation.

- Il n’y aura pas de contact entre nous. A présent excuse-moi je dois retrouver mes gars et repartir dès que possible.

Alors que l’Amiral et Balastar arrivaient au complexe, ils virent tous deux des gens s’enfuirent. Poukos tenait dans ses bras S.A.R.A.H et Galène hurlait :

- EVACUEZ ! EVACUEZ !

Flammara stoppa sa course au niveau de l’Amiral.

- Il faut partir, le système de survie du complexe va exploser.

Balastar réalisa ce qu’il se passait lorsqu’il vit l’automate, mais n’osa pas dire quoi que ce soit. L’Arc-kadia, à peine réparé eut juste le temps de décoller avec difficulté avant que l’explosion n’ait lieu.

- C’est une chouette histoire mam’, c’est là bas que tu as connu pap’ ? Dit la fillette à Flammara.

- Et oui ma fille, le destin nous joue des drôle de tours.

A ce moment là entra dans la pièce où se trouvaient la mère et la fille un homme portant un fusil en bandoulière.

- Pap’ ! Dit la fillette avant de sauter dans les bras du nouveau venu.

- Flam’ prépare tes affaires, Al nous demande à bord de l’Arc-kadia.

- Il se passe quoi ?

- Je ne sais pas trop, une histoire de portes et de Conseil des guildes.

- Très bien, j’arrive.

Chapitre 7 - Prélude à l’apocalypse.

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Aerouant tomba ventre contre terre. Son visage portait une multitude de petites griffures, résultat de son court voyage au travers des méandres. Jamais il ne s’était senti aussi mal, il imaginait ce que devaient ressentir les Néhantistes en utilisant là leur magie. Il se releva tant bien que mal, après un moment de récupération. Le lieu d’arrivée n’avait rien de très particulier, c’était une simple cave avec diverses étagères où se trouvaient des conserves et autres bouteilles couvertes de poussière. La lumière éclairant l’escalier qui remontait fut voilée, projetant une ombre inquiétante, celle d’Amidaraxar. Aerouant s’époussetait en même temps que le Néhantiste arrivait vers lui.

- Je crois que le message est passé, dit Aerouant. Après l’humiliation que je viens de leur infliger ils vont focaliser leur attention sur moi, dit Aerouant d’un ton sardonique.

- Il faudra m’expliquer comment tu as réussi à leur échapper, je pensais vraiment ne jamais te revoir. Tu nous es plus précieux qu’il n’y parait.

- Les menottes anti-magie sont faites à partir de cristaux et de magie de Dragon. Il ne m’a pas fallu beaucoup de temps pour en venir à bout, moi Aerouant descendant de Dragon, expert en magie.

- Expert en magie, mais pas de toutes les magies. Tu as presque gagné notre confiance, tu prouves à chacune de tes actions que tu peux être un parfait Néhantiste. Depuis que Dimizar est devenu ce fou de Zejabel il nous manque des mages de valeur.

- Presque gagné votre confiance ? Que puis-je faire de plus pour enlever les dernières miettes d’hésitation à mon égard.

- Plusieurs choses. Cela fait presque dix ans que dort dans les geôles du Conseil une des nôtres, il est temps de la libérer.

- De qui parles-tu ?

- De l’ancienne Conseillère Edrianne.

Aerouant dégagea les mèches cachant son visage et posa un regard interrogateur sur Amidaraxar. Son visage se reflétait sur son masque frappé du sigle de Néhant.

- Edrianne ? Mais ce n’était qu’un simple pion ? Demanda Aerouant intrigué.

Derrière son masque Amidaraxar souriait, mais ça Aerouant ne le savait pas.

- C’est exactement ce que nous voulions faire croire. Le Conseil pensait que Haine utilisait Edrianne, ce n’est pas tout à fait cela. Edrianne est une Néhantiste, à l’époque plus néophyte dans notre art, mais aujourd’hui je pense qu’elle doit être prête à agir.

- Et je suppose que je vais être seul à agir ?

- Non, même moi je ne suis pas certain d’y parvenir seul, alors toi... Tu vas y aller avec Azaram.

- Azaram ?

- Un problème avec ça ?

- Aucun, au contraire. Est-il là ?

- Oui, à l’étage, je te prierais de ne pas faire de bruit, nous sommes au milieu d’une cité d’Yses. Je ne veux pas attirer l’attention sur nous.

Azaram appuyé sur le côté de la fenêtre guettait de manière discrète la rue animée de la cité, dans l’ignorance du péril que représentaient les Néhantistes. Il ne fit pas attention à l’arrivée d’Amidaraxar et d’Aerouant. Un larbin lové entre ses jambes leur adressa un regard exempt de toute intelligence.

- Regardez-les vivre, ils me font vomir, il me tarde de débarrasser ce monde de ces larves, dit Azaram d’une voix empreinte de dégoût.

- Patience. Poursuivons le plan tel que prévu, répondit Amidaraxar.

- Et quel est ce plan ? Il est peut être temps de m’inclure dans le cercle, intervint Aerouant.

Amidaraxar s’installa dans le vieux fauteuil faisant face à une large cheminée éteinte. Azaram cessa de regarder dehors pour se tourner vers le fils de l’ancien Prophète.

- Nous te révélerons ce fameux plan lorsque Edrianne sera parmi nous, je déteste me répéter.

- Hâtons-nous de la libérer dans ce cas, répondit Aerouant tentant de rebondir après le refus d’Azaram.

- Montre moi ta pierre-cœur Aerouant, s’exclama Amidaraxar. Je sais que tu l’as récupéré je sens sa magie d'où je suis.

Le draconien fit la moue, mais ne pouvait se soustraire à la demande il détacha une bourse de sa ceinture et en tira une pierre d’un bleu profond. Celle-ci était brute, non taillée et luisait légèrement dans la main du mage. Après une brève hésitation il posa la pierre dans la main que lui tendait le Néhantiste. Immédiatement le pierre se teinta jusqu’à devenir d’un bleu nuit.

- Ainsi je m’assure de ta fidélité et te permet d’améliorer les sorts de Néhant que tu utiliseras, ce qui va être le cas bientôt.

- Nous n’avons pas choisi cette ville par hasard, expliqua Azaram. Edrianne est secrètement emprisonnée ici. La libérer ne nous aurait pas posé de problème si les gardiens n’étaient pas les Chevaliers-sorciers de Dhun.

- Combien sont-ils ? Questionna Aerouant.

- A notre connaissance il ne sont “que” deux, dit Azaram.

- Je comprend mieux pourquoi vous avez besoin de moi, que ça soit vous deux ou n’importe lequel des démons, aucun ne peut en venir à bout. Vous avez besoin de ma cristalomancie n’est-ce pas.

Azaram fut agréablement surpris par la perspicacité du draconien.

- Tu t’en sens capable ? Ne t’en fait pas je serai à tes côtés, je suis à l’aise avec une Lame-démon en main.

- Les Chevaliers-sorciers de Dhun sont redoutables, mais il ne faut pas oublier que leur connaissance de la magie vient en partie de Dragon. J’en viendrai à bout.

- La nuit tombe, nous allons pouvoir agir.


Évidemment le lieu où Edrianne était enfermée n’avait pas l’air d’une prison au sens commun du terme. Là où on aurait pu s’attendre à une citadelle fortifiée on retrouve une bâtisse de taille modeste perdue à l’écart de la cité. Il fut facile pour les deux missionnés de se glisser jusque-là sans se faire repérer de qui que ce soit. Cachés derrière une vieille carriole abandonnée ils observaient les environs, cherchant le moindre signe d’activité. Mais rien ne bougeait à part les flammes des torchères encerclant la cour qui elle-même entourait la large maison.

- Il n’y a même pas de garde, ça sera plus facile que prévu, ironisa Azaram.

- Méfia... commença à dire Aerouant avant d’être interrompu par la soudaine apparition d’une personne.

Une large lame tenue par un large guerrier en armure plongea vers Aerouant. Azaram eut tout juste le temps de pousser Aerouant que leur agresseur levait à nouveau son épée pour poursuivre le combat. A présent au bord de la cour, ils virent mieux à quoi ressemblait leur adversaire. Il les dépassait d’une bonne tête, son armure ressemblait à celle des avaloniens mais à la différence que celle-ci semblait beaucoup plus légère vue les déplacements de son porteur. De large pans de tissus brodés de symboles cabalistiques indiquait son appartenance à l’ordre des Chevaliers-sorciers de Dhun. Son casque intégral ne présentait aucun orifice pour les yeux, la respiration ou la bouche. Azaram tenta de lancer un sort de Néhant mais se ravisa comprenant à qui il avait à faire, aussi dégaina-t-il sa lame-démon avant de revêtir son apparence démoniaque. Le combat s’engagea avec fracas et violence. Les forces semblaient inégale entre les protagonistes, les chevaliers-sorciers étant certainement les gardiens les plus défensifs qui existaient. La tactique était simple : repousser l’adversaire, l’empêcher d’avancer. Inutile de tenter de le fatiguer, celui-ci pouvait tenir le combat un temps extrêmement long. Il fallait faire vite avant que le deuxième Chevaliers-sorciers ne viennent se joindre au combat, auquel cas la mort les attendait. Azaram entreprit d’occuper l’adversaire en lui assénant des coups, alors que de son côté Aerouant se mit au travail. Il utilisa l’un de ses sorts de cristalomancie préféré parfois utilisé par Marlok. Son bras se recouvrit de cristal et une lame poussa dans prolongement de sa main. Il se contenta d’esquiver la lame, qui pouvait le terrasser en un coup, cherchant une faille dans l’armure.

- Qu’est-ce que tu fiches !? S'énerva Azaram croyant qu’Aerouant ne faisait rien.

Le Draconien vit alors la faiblesse du Chevalier-sorcier, lorsque celui-ci levait son arme pour frapper : son aisselle. Aidé par la magie il agit avec rapidité et frappa. La lame fit son œuvre et s’enfonça profondément. Puis avant que l’adversaire n’ait le temps de réagir il utilisa ses dons de cristalomancien et fit pousser des cristaux à l’intérieur du corps du Chevalier-sorcier, perçant à plusieurs endroit l’armure. Il s’écroula en se crispant.

- Magnifique ! S’extasia Azaram.

- Ne perd pas de temps et avance, je vais m’occuper de lui, dit Aerouant.

Le seigneur-démon tiqua, mais vu l’urgence il laissa là Aerouant et courut vers la porte de la bâtisse qu’il ouvrit d’un geste brusque. De son côté le Draconien utilisa sa magie sur le Chevalier-sorcier et son corps se couvrit d’une fine couche de cristal bleu. A l’intérieur Azaram tomba presque nez à nez avec le deuxième garde. Le rez-de-chaussé n’était qu’une grande pièce protégée de nombreux sorts. Edrianne se trouvait au centre dans une cellule de verre. Son immobilisme prouvait qu’elle était sous l’effet d’un sort de stase, utilisé souvent sur les prisonniers les plus dangereux. Le Chevalier-sorcier procéda de la même façon que son homologue à qui il ressemblait en tout point. Le Chevalier-sorcier agit avec célérité, surprenant Azaram qui para les assauts de son adversaire. Pourquoi avait-il écouté Aerouant ? Car il se retrouva vite surclassé par son adversaire. La lame coupa la chair épaisse du démon, puis du plat de son épée il donna un coup au niveau de la tête, l’envoyant valdinguer plus loin. Il perdit conscience immédiatement...

- Azaram ! Azaram !

La voix était celle d’une femme, pas n’importe laquelle, il s’agissait d’Edrianne, libre de ses mouvements.

- Que s’est-il passé ? Bégaya-t-il.

- Je suis arrivé à temps, dit Aerouant en montrant le Chevalier-sorcier figé telle une statue de cristal. Seul je n’ai pas réussi à renouveler l’exploit du premier combat. Alors je l’ai entièrement cristallisé.

- Je ne savais pas que ce draconien était avec nous, questionna Edrianne sur un ton de reproche.

- C’est une longue histoire, dit Aerouant. Je serais ravi de vous en dire plus, mais pas maintenant, et pas ici. Ce Chevalier-sorcier n’est pas mort, profitons-en pour partir. Je ne vous conseille pas de tenter de briser ou percer le cristal.

- Oui, partons, je ne suis pas en état, j’ai la tête qui va exploser, se plaignit Azaram en se relevant tant bien que mal.

Le groupe de Néhantistes quitta les lieux, la mission étant achevée avec un franc succès. Ils traversèrent la cour et s’enfoncèrent dans le bois qu’ils traversèrent sans rencontrer de problème. Regagner leur repaire ne fut alors qu’une simple formalité.

Aerouant venait de démontrer l’étendue de ses pouvoirs, les Néhantistes gagnèrent ce jour-là deux mages de valeur dans leurs rangs...

Chapitre 8 - La Porte du désert

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En dix ans, Mineptra n’était plus la même. Le père du prince Metchaf, accablé par la vieillesse, avait abdiqué, passant ainsi le relais à la nouvelle génération. Metchaf balaya l'hégémonie du dieu unique pour installer l’ancienne religion du royaume du désert. Les anciens dieux furent redécouverts et les lois interdisant leurs cultes furent abandonnées. De nouveaux temples furent construits et certaines peuplades qui vivaient dans la clandestinité de part leur préférence religieuse s’établirent dans la cité. Peu à peu Mineptra retrouvait l’ambiance et la splendeur d’un lointain passé.

- Pardon ! Pardon ! Hurlait la petite fille qui portait contre son cœur un papyrus enroulé.

A cette heure-ci la chaleur était insupportable pour les étrangers qui de plus en plus nombreux visitaient le désert d’émeraude. Mais pour les habitants de Mineptra la chaleur n’était plus qu’un détail, ils s’y étaient habitués. La petite fille courrait pieds nus sur le sol ardent sans ressentir la moindre gène. Son objectif se trouvait en dehors des grands remparts protégeant la cité des fréquentes tempêtes de sable. Elle se faufila sur le chemin courant de la route principale vers une ouverture entre deux gros rochers, sous le rempart. De l’autre côté, caché et isolé se trouvait le temple de Ptol’a récemment achevé. Une statue de la déesse gardienne de l’après-vie s’imposait au milieu d’un jardin jurant de part sa luxuriance. Le sommaire système d’irrigation, abreuvant les nombreuses plantes exotiques, permettait un tel prodige. Là, devant l’effigie des hommes et des femmes à genoux pleuraient leurs défunts, demandant à la déesse de prendre soin des êtres qui leur étaient chers dans la mort. La petite fille cessa de courir pour ne pas déranger et marcha jusqu’à l’entrée du temple, une bâtisse à moitié construite dans la roche et dont la partie visible se composait de quatre large murs lisses. Seul le mur de façade avait une ouverture, une porte suffisamment large pour laisser passer une civière lorsqu’une personne décédée était conduite vers sa dernière demeure. En effet, alors que les rites funéraires de Sol’ra préconisaient la crémation, Ptol’a souhaitait que les morts reviennent vers elle par un autre biais. Un peu intimidée la petite fille entra, il faisait frais à l’intérieur malgré la chaleur externe et les torches allumées. La première pièce, rectangulaire, servait de sas en cas de tempête de sable, il y avait d’ailleurs des petits tas de sable dans les coins. Une ouverture semblable à celle de l’entrée donnait sur la pièce principale, un lieu de culte où le prêtre de Ptol’a officiait. Il n’y avait pas ici le moindre son, même le prêtre, qui était là en train de prier devant une autre statue de Ptol’a, ne produisait pas le moindre bruit. Lorsque la gamine entra, le prêtre s’interrompit et leva la tête vers elle. Se relever sembla être pour lui un véritable châtiment, les heures avaient passé depuis le début de ses prières et il ne s’en était pas rendu compte. L’homme se saisit de son bâton surmonté de la tête de chacal, animal gardien de l’après vie et regarda de ses yeux dorés la petite fille qui était intimidée au point de rester figée.

- Approche, tu n’as rien à craindre de moi. Que viens-tu faire ici... Ptana, c’est ton nom n’est-ce pas ? Demanda-t-il en faisant tournicoter le bout de sa longue barbichette. Ravi de te rencontrer, je suis Netjhim, prêtre de Ptol’a.

Encore plus impressionnée elle adjoint à son immobilité un écarquillèrent les yeux. Elle acquiesça timidement tout en tendant son papyrus.

- Je vois, je ne m’offusque pas de ton silence, mais il va me falloir me dire qui t'envoie, dit-il d’une voix calme et incroyablement douce.

- Ha... Hakim.

- Et bien, soit remerciée pour m’avoir apporté cette lettre. Les pleureurs me laissent beaucoup trop de nourriture, regarde si quelque chose te plaît et ensuite retourne voir Hakim pour lui dire que j’ai bien reçu son message.

La petite fille se tourna vers l’endroit où des fruits et autres victuailles attendaient leur heure. Elle choisit un pain de viande et s’en alla très vite. Nethjim déplia le papyrus avec minutie et en lut le contenu. Les nomades avait la chance et le malheur de posséder une écriture incroyablement perfectionnée mais aussi souvent vague. C’est à dire qu’il fallait peu de pictogrammes pour vouloir dire beaucoup de choses, mais qu’en même temps il fallait une part d’imagination et d’interprétation. Cependant des codes existaient pour réduire cette interprétation.

- Pourquoi me demande-t-il cela ? Dit Netjhim comme s’il parlait à quelqu’un.

- Parce que cela le dépasse et nécessite une personne qui a une bonne connaissance des légendes du désert. Dit une voix féminine que seul le prêtre entendait.

- Comme moi... je vois. Qu’est-ce que le Conseil des guildes peut vouloir aux ruines qui parsèment le désert ?

- L’Equinoxe a commencé, elle sera bientôt à son paroxysme, les mortels s’agitent, les morts sont de plus en plus nombreux, dit Ptol’a à son prêtre.

- Les dieux se préparent-ils à s’affronter de nouveau ?

- Non, c’est autre chose dont même nous, dieux, en ignorons l’origine. Cela concerne les mortels.

- Inquiétant et passionnant. Je me prépare au voyage, les morts attendrons mon retour.

- A ton retour il nous faudra traiter d’une autre problème, tout aussi grave.

- A propos de ?

- Nous traiterons de cela plus tard, un problème à la fois, prêtre.

- Je vois, déesse.


Netjhim parti à dos d’alback une sorte de grosse gazelle capable de rester une semaine sans boire la moindre goutte d’eau. Dotée de sabots larges et plats l’alback se déplaçait sans beaucoup d’effort. Il suivit les indications données par le Conseil en se demandant comment cette organisation avait eu vent de l’existence de la ruine qu’on lui demandait de visiter. Était-ce un autre Nomade du désert qui avait fait un rapport ou des espions du Conseil parcourant le désert ? Netjhim avait de nombreuses théories qu’il vérifierait le moment venu. Et ce moment vint lorsqu’il vit un campement là où il devait se rendre. Plusieurs personnes sortirent des deux larges tentes au moment où il arriva. Leurs habits indiquait leurs origines : des serviteurs des Gardiens du temple, et donc par extension, d’Hakim. L’un des serviteurs se pressa d’aider le prêtre à descendre de sa monture avant de l’inviter à entrer dans une tente.

- Soyez le bienvenu...

- Netjhim, prêtre de Ptol’a.

La figure de l’homme fut d’un coup moins accueillante.

- Je vois que vous êtes des Serviteurs des gardiens du temple, de qui dépendez-vous ? Hakim ?

- Hakim oui.

- Je vois, c’est un homme... prévoyant. Parlez-moi de la ruine pour laquelle j’ai voyagé jusqu’ici. Je n’ai hélas guère de temps à accorder à cette histoire, vous comprendrez facilement que mes fonctions me demandent d’être présent au temple de Ptol’a.

- D’accord, dans ce cas ne tardons pas, c’est à peine deux dunes plus loin.

- Je vois... je vous suis.

Le serviteur et Netjhim sortirent de la tente pour partir en direction du soleil qui commençait à décroître à l’horizon. Peu de temps plus tard ils avaient parcouru la distance jusqu’à cette fameuse ruine. En apparence celle-ci n’avait rien de particulier, il s’agissait d’une porte de très grande taille dont il ne restait qu’un battant sur les deux.

- Et bien ? Une simple porte ? On m’a dérangé pour ça ?

- Je comprend votre étonnement mais si cette porte n’a rien d’exceptionnelle en apparence, sachez que c’est le lieu où nous nous trouvons qui est particulier.

- Qu’entendez-vous par là ?

- Je suis un historien royal, j’ai étudié chaque région du désert et leur histoire aussi loin que je pouvais. Sauf que nous sommes dans une des régions les plus dépeuplée et au passé sans faits notables. Donc cette porte est là, mais il n’y avait pas d’habitation autour, pas de palais, rien qui ne justifie qu’elle se trouve ici.

- Je vois... vous avez bien fait de me dire cela, j’ai jugé un peu précipitamment.

A ce moment là un autre serviteur qui fouillait les alentours appela. Il semblait avoir trouvé quelque chose d’intéressant.

- Regardez ! Regardez ! dit le serviteur en montrant un trou qu’il venait de creuser.

Au fond il y avait un objet brillant, l’historien sauta et dégagea la trouvaille.

- Qu’est-ce ? Demanda Netjhim piqué par la curiosité.

- Il y a plusieurs objets... et un squelette. C’est un homme en armure !

- S’il vous plaît, dégagez-le, demanda le prêtre aux deux serviteurs.

Une bonne demi-heure plus tard le squelette était remonté et conduit jusqu’au campement où les hommes du désert seraient plus à l’aise pour l’examiner. Ce guerrier mesurait deux mètres et la ligne de son armure indiquait qu’il devait être très svelte.

- Fais-le parler... souffla la voix de Ptol’a à Netjhim, il n’a pas rejoint l’après-vie.

Netjhim utilisa alors tout son savoir faire et demanda aux serviteurs de quitter la tente, il devait rester seul avec le mort. Après avoir défait son armure, il installa le squelette sur un des lits de camp, puis il entama une prière à Ptol’a. La déesse accorda à son prêtre le droit de contacter l’âme du défunt avant que celle-ci ne s’en saisisse. Il sentait que le guerrier était là, mais la déesse l’avertit, la magie était à l’origine de sa mort.

- Que veux-tu, humain ? résonna la voix du mort.

- Qui es-tu ?

- Je ne peux te le dire suis car je n’en ai pas le droit.

- Qui t’a ôté ce droit ?

- Ceci je peux le dire, se sont des créatures proches de Guem, ceux qui mangent les pierres.

- Qu’est-ce que cette porte ?

- Ceci je peux le dire, c’est une porte de l’Infini, elle a été brisée dans une grande bataille.

- Quand ?

- Bien avant que vous ne fouliez cette terre.

- Où menait cette porte ?

- Je ne peux te le dire suis car je n’en ai pas le droit.

- Je vois.

- Laisse moi partir à présent.

- Une dernière question, y a t-il d’autres personnes comme toi sur les terres de Guem ?

- Oui il y en a d’autres.

- A présent va, quitte ce monde physique et part dans l’après-vie.


La nuit tombait sur le campement, le groupe s’était réuni autour du prêtre pour connaître les suites de cette affaire qui intéressait tout le monde. Netjhim finissait d’écrire un rapport à l’attention d’Hakim et du conseil pour les informer des découvertes faites. Une fois fini, il s’adressa à l’historien royal.

- Dites-moi, que savez-vous sur les origines du désert d’émeraude ?

- Nul ne le sait, il n’existe aucun récit, ni aucun écrit sur les origines du désert, seulement une multitudes de théories parfois farfelues.

- Je crois que cette porte était là bien avant notre civilisation.

- Tout est possible, mais comment en avoir le cœur net ? demanda l’historien.

- Il existe des personnes qui pourraient nous le dire, j’ai fait une recommandation dans ce sens auprès de la guilde et du Conseil.

- Pourvu que l’on ait une réponse rapidement, nous allons continuer les fouilles demain, Netjhim, peut-être y a t il l’autre battant de la porte quelque part et d’autres squelettes gardés intacts sous le sable.

- Je vois. Moi qui pensais rentrer demain à Mineptra, je crois que je vais un peu prolonger mon séjour ici.


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