De Eredan.

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Sommaire

Histoire

Chapitre 1 - La bataille d'Akushin

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C’était un matin comme d’autres... Comme à l’accoutumée, les mêmes gestes, mécaniques, répétitifs. Levé avec le soleil il était l’heure de se rendre aux rizières pour le labeur quotidien. Après avoir fait craquer son dos et pesté contre l’humidité Chen Ziao salua sa femme et ses enfants et quitta la modeste maison que l’empereur leur permettait d’habiter. Le soleil perçait entre les hauts bambous de la forêt de Zan, pas le moindre nuage dans le ciel, c’était déjà ça, aujourd’hui la pluie ne viendrait pas perturber la récolte. Finalement de bonne humeur il s’en alla en direction de la forêt en chantant. Les rizières se trouvaient de l’autre côté à une demi-heure de là. Un peu avant d’emprunter le chemin ondulant parmi les bambous il fit une halte, comme tous les jours, devant l’autel de Yazou le protecteur de la région. Il posa au pied de la petite statuette un fruit en offrande et remercia Yazou pour la protection qu’il lui accordait. C’est alors qu’un bruit vint interrompre sa prière, un craquement qui venait de la forêt proche, quelqu’un approchait en se frayant un chemin parmi les bambous.

- Y a quelqu’un ? Venez par ici ! Dit-il en souhaitant aidé.

Le bruit se rapprocha et d’un coup une personne sortit de la lisière. C’était un xziarite, un voisin plus précisément avec qui Chen travaillait.

- Bonjour Jin, comment vas-tu en ce beau début de journée ?

Mais Jin ne lui répondit pas. D’un pas lent et chaotique il se rapprocha de Chen qui continuait à lui parler. Puis vint le moment où il y eu d’autres bruits dans la forêt et d’autres personnes qui sortirent de la forêt de Zan. Cette fois il n’y avait pas que des xziarites , mais d’autres hommes, femmes et enfants aux allures éparses et surtout ressemblaient à des cadavres vivants. Jin arriva alors au niveau de Chen et ce dernier vit les yeux sans vie de son voisin et ami, du sang coulait par sa bouche et son cou présentait une large estafilade. Chen recula, il comprit alors que ces gens n’étaient plus vivants, il lâcha ses outils et courut le plus vite qu’il put en direction de sa maison, il risqua un coup d’oeil en arrière, c’était un véritable raz-de-marée de morts marchants qui se déversait de la forêt de Zan. A bout de souffle il arriva jusqu’à chez lui hurlant des avertissements, appelant sa famille. Il n’était peut être pas trop tard, ils auraient sûrement le temps de fuir et de se réfugier au château du seigneur Genzo. Mais en fait sa famille et lui ne quittèrent jamais cette maison, du moins pas comme humains libres de leurs actes. A l’intérieur il remarqua vite une personne supplémentaire, un homme à l’allure étrange, la peau blanchâtre, les cheveux noirs longs et crasseux, que la peau sur les os. Chen eut un haut le coeur lorsqu’il vit que cette personne, assise sur le lit discutait avec ses enfants, sa femme quant à elle était debout et tous à part cet étrange personnage lui tournaient le dos. L’homme se leva en voyant Chen.

- Tu as là une délicieuse famille. Tu sais je n’ai pas eu cette chance de mon vivant, mais n’aie pas peur, je serais un monstre de vous séparer. Au fait mon nom est Zejabel, on ne se connaît pas mais je suis ton nouveau meilleur ami, tu verras nous serons bientôt comme cul et chemise.

- Quoi ? Qu’est-ce que vous voulez, venez il faut vite partie des gens morts arrivent, c’est horrible !

- Allons, que racontes-tu là, n’aie pas peur ces gens ne te feront rien, c’est ma famille, à moi, nous sommes une grande famille et vous aussi vous allez faire partie de ma famille.

Chen n’écouta qu’à moitié et alla se saisir d’un de ses enfants. Le petit garçon ne réagit pas lorsqu’on son père le secoua et Chen dut forcer pour le relever. C’est là qu’il vit le regard inerte de l’enfant...

- Tu ne m’en voudras pas je pense, j’ai pris... un peu d’avance, dit le nécromancien en esquissant un petit sourire.

Exténué après avoir couru depuis le palais impérial, le messager passa outre, pour cette fois, des formalités d’usage. A genoux devant l’entrée de la demeure il prévint de sa présence. C’était au beau milieu de la nuit.

- Seigneur Gakyusha ! Seigneur Gakyusha !

Un court moment plus tard Henshin, le grand père d’Iro et d’Ayako, encore endormi, fit coulisser la porte.

- J’espère que vous nous dérangez pour une bonne raison messager impérial, il est très tard.

- Je m’excuse d’avance de venir maintenant, la nouvelle que j’apporte est vitale ! dit-il en tendant un rouleau de parchemin.

Henshin le déroula et lut les idéogrammes à la lueur d’un lampion. Son regard se figea, horrifié.

- Je préviens le Seigneur Impérial immédiatement. Merci d’être venu.

Le messager salua avant de repartir prestement, il avait d’autres personnes à prévenir avant que l’aube ne se lève.

Lorsque le matin arriva, la grande salle du conseil impérial était bondée. L’intégralité des ministres, les généraux, le champion Impérial, le Seigneur Impérial, Maître Toran, Maître Tsuro, ainsi que l’Empereur en personne étaient réunis autour d’une cartographie des terres Impériales. Les visages étaient fermés, fatigués, la nouvelle qu’avait reçu le palais était grave, augurant une crise importante. Le seigneur Genzo avait réussi à faire parvenir jusqu’à Meragi un de ses soldats afin d’avertir l’Empereur de ce qu’il se passait sur son territoire. Une véritable armée de morts marchants était en vue de son château et les premiers affrontements ne laissaient aucun doute sur les intentions de ces créatures.

- J’ai une personne dans les environs, dit Daijin, je devrais recevoir d’ici quelques instants un point sur la situation.

- Combien sont-ils? demanda Toran.

- Le message du seigneur Genzo indique au moins un millier. Cette armée viendrait directement du sud-est, indiqua un des généraux.

Gakyusha posa son doigt sur la représentation du château de Genzo sur la carte et le glissa vers le sud. Hélas cette carte ne représentait que l’Empire et là, au nord il n’y avait que les montagnes qui séparaient l’empire de la Draconie et à l’est la mer.

- Qu’on m’apporte une carte de cette partie des Terres de Guem ! ordonna-t-il aux serviteurs.

- Une idée père ? Demanda Iro.

- Disons une mauvaise impression, les morts qui marchent qui sont décrits par le seigneur Genzo ont la même allure que ceux qui ont attaqué le Zircus des Combattants de Zil.

- Ils viendraient de là ? Demanda Iro.

- Je ne pense pas, intervint Toran, le Zircus est ici, continua-t-il en montrant un endroit loin vers l’ouest de l’Empire.

Un serviteur donna une carte au seigneur Impérial qui la déroula alors à côté de l’autre.

- Regardez, si on reste sur la théorie que cette armée vient de là, dit Gakyusha en montrant les montagnes, les morts qui marchent sont forcement passés par la Draconie ou part... la prison de Néhant.

- Alors nous serions attaqués par des séides de Néhant ? Dit l’Empereur. Nous allons démontrer à ces créatures la puissance de Xzia !

- Bien parlé votre altesse, déclara un des généraux, je peux donner l’ordre de conscription des provinces attenantes à celles du seigneur Genzo.

- Oui, faites-le, déclara Gakyusha.

- Mon espion arrive, dit Daijin en reculant. Un peu d’espace je vous prie, demanda-t-il.

Daijin écarta brusquement les bras et des plumes de corbeau faites de magie de l’ombre s'échappèrent de lui, puis tombèrent devant lui pour former un disque de plumes noires. Une forme en sortie lentement, un humanoïde fait entièrement d’ombre.

- Dis-moi tout Kuro, qu’est-ce que tu as appris?

- La situation est critique. Le château du seigneur Genzo est tombé, l’intégralité des gens vivants dans la ville ont été tués puis ramenés à la vie par magie, venant ainsi grossir les rangs de cette armée.

- C’est ignoble, lâcha Iro en serrant les dents.

- Mais il y a pire, car au milieu de ces morts se trouvent des démons et plusieurs Néhantistes. Leur progression est très rapide et je pense que leur cible est la cité de Shirokoya.

- Shirokoya, grommela l’Empereur, la deuxième plus importante ville de Xzia. Espion, dis-nous si nous aurons le temps de les intercepter avant que cette armée n’arrive à son objectif.

- Oui fils céleste, nous, membres du clan du Corbeau, allons pouvoir freiner leur progression à l’entrée de la province d’Akushin.

- Akushin ? Dit Gakyusha en regardant la carte de l’Empire, étrange coïncidence, notre famille est originaire de cette province, je la connaîs bien. Majesté, j’ai suffisamment de membres de la Kotoba à Meragi et dans les provinces jusqu’à Akushin pour que nous puissions intercepter et temporiser le temps que les généraux et les troupes arrivent.

- Dans ce cas Seigneur Impérial ne tardez pas, acquiesça l’Empereur.

- Je t’accompagne père, dit Iro impatient d’en découdre.

- Et les tsoutaïs sont à votre disposition, indiqua Toran.

- Nous vous attendons à Akushin, dit Kuro avant de disparaître.

Akushin, province située entre les montagnes frontalières et Méragi avait la particularité d’être très accidenté. C’était une région dont le paysage fut fortement modifié par l’Erosion et présentait désormais de grands chaos. L’armée des morts qui marchent s’était engouffrée entre les pylônes de roche et de cristaux de quartz translucide. Ici la Kotoba avait l’avantage du terrain et Gakyusha le savait bien, le plan était prêt il ne restait plus qu’à le mettre à exécution. Le chef de la Kotoba sonna l’assaut, une lame dans chaque main il se jeta dans la mêlée. Les autres, tout au plus une trentaine, suivirent le mouvement. Le but n’était pas de lutter jusqu’à la mort, mais de ralentir l’ennemi et d’attirer son attentions sur la troupe. L’armée xziarite n’était qu’à une heure de là mais il fallait agir avant que les zombies, les démons et les Néhantistes ne parviennent à sortir du chaos. Les lames brillantes tranchaient les chairs et coupaient des membres. Les cadavres s'amoncelaient rapidement. Les morts-vivants n’étaient pas vraiment le principal atout des Néhantistes, non, Gakyusha craignait plus les démons car ceux-ci réfléchissaient et c’était là le réel danger. A l’arrière les quelques Néhantistes présents tentaient d’affaiblir les guerriers de Xzia, mais ils eurent fort à faire car quelques chasseurs de démons étaient là, décidés à contrer la magie noire. La tactique fonctionnait. Attaquée, l’armée des Néhantistes ne progressait plus, bien trop occupée à tenter de réduire ces humains à la mort. Iro et Gakyusha, côte à côte se battaient avec rage et frénésie, poussés par leur désir de sauver l’Empire des griffes de ces choses. Mais plus le temps passait, plus les humains se fatiguaient. Bien qu’ils avaient abattu un nombre considérable de démons et de zombies, l’armée Néhantiste ne semblait pas diminuer pour autant. En effet derrière les lignes une femme à l’allure spectrale réanimait les cadavres pour mieux les renvoyer au combat. Les membres de la Kotoba l’avaient vu mais aucun d’eux ne parvenait à se frayer un chemin jusqu’à elle. Du moins jusqu’à ce qu’un groupe du clan du Corbeau réussisse à trouver une faille pour se faufiler. Hélas lorsque Almaria vit Kuro et Karasu fondre sur elle, elle recula pour se cacher derrière deux démons à la carrure impressionnante. La nécromancienne avait accompli sa tâche, personne ne la revit du reste de la bataille. Une heure avait passé, Gakyusha et ses hommes étaient exténués. Les tsoutaïs, plus endurant que les autres formaient une première ligne, le temps pour les autres de reprendre leur souffle et d’évacuer vers l’arrière les blessés. Le coeur de Gakyusha était serré car il savait qu’ils ne pourraient tenir plus longtemps. Où était l’armée xziarite ? Puis il y eu au loin des bruits de nouveaux combats et des clameurs. Tous comprirent que leur mission était une réussite car l’armée Néhantiste venait d’être sévèrement flanquée. Renforcée par l’intervention xziarite la Kotoba fit une percée, le Seigneur Impérial devait faire rejoindre ses hommes au reste de l’armée. Ce qu’il parvint à faire non sans que certains ne subissent de blessures. Le reste de la bataille ne fut qu’une formalité. L’armée xziarite écrasa l’ennemi avec force, dans une démonstration qui restera gravée dans les mémoires des participants humains. La bataille d’Akushin était gagnée et Shirokoya sauvée.

Mais si la bataille était gagnée, la guerre, elle, ne faisait que commencer. Sur les hauteurs de Méragi un groupe de Néhantistes mené par Amidaraxar et Zejabel entourait Almaria fraîchement revenue d’Akushin.

- Comme prévu ils ont mordu à l’hameçon, leurs plus grands champions sont à plusieurs jours d’ici.

- Parfait, vraiment parfait, exulta Amidaraxar. Lorsqu’ils reviendront il ne restera rien de leur capitale et l’Empereur sera mort.

A ce moment-là un symbole incroyablement grand apparut au sol et des démons, par centaines, surgirent de ce portail pour former une armée qui ne tarda pas à fondre sur Meragi.

Chapitre 2 - Les ruines de Caislean

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- Tu comptes me retenir longtemps ?

- J’ai déjà passé une éternité ici, j’ai tout mon temps. Mais toi, ton temps est précieux ma chère Théya, ils doivent attendre de tes nouvelles n’est-ce pas ?

- Tu le sais bien, ex-général, répondit l’Equinoxienne avec dégoût. Tue-moi, qu’on en finisse, je ne peux supporter ma captivité.

- Après le mal que je me suis donné pour te retrouver, je ne vais certainement pas te tuer, j’aurais laissé les Combattants de Zil le faire pour moi.

- Comment as-tu fait pour me retrouver ?

- A chaque fois qu’un Equinoxien a réussi à venir sur cette terre je ressentais la magie de l’Equinoxe affluer. Et depuis que vous êtes là, toi et ton larbin, l’Equinoxe s’est renforcée.

- Je vois... Que veux-tu ?

- Des réponses à mes questions, je veux rentrer chez moi !

- Il te fallait nous suivre alors, au lieu de rester là.

- Vous m’avez abandonnés ! J’ai survécu dans ce monde sans la magie de l’Equinoxe, je me suis caché pour qu’ils ne me repèrent pas. Mais j’ai comme un trou dans mon cœur, un manque que je n’arrive pas à combler, je veux revoir ma famille.

- Pour ça il va falloir me libérer et me laisser ouvrir les portes.

- Certainement pas, nous étions opposés à l’époque, nous le sommes toujours, je ne vous aiderai pas à réaliser votre désir de vengeance. Il y a d’autres moyens de revenir, d’autres chemins. Toi qui foulait autrefois cette terre tu dois les connaître.

- Ces passages ont été détruits.

- Pas tous, j’ai écouté les légendes des peuples d’ici, ils parlent d’un endroit où certains se seraient égarés, passant dans un autre monde aux teintes rouges avant de revenir ici.

Théya connaissait bien ces portails, mais elle ne désirait pas révéler quoi que ce soit sans contrepartie.

- Libère-moi et je consentirai à te répondre, dit-elle avec sévérité.

L’Equinoxien réfléchit quelques instants puis il attrapa son arme avant de couper les liens.

- Je veux savoir où se trouve la chambre des Metamages, j’ai fouillé tous les recoins sans la trouver.

- Parce que ce lieu à été détruit durant la guerre, il est normal que tu ne l’ais pas trouvé.

- Laisse-moi juger de cela, dis moi juste où elle est, dit-il en tendant une carte précise des Terres de Guem.

Théya récupéra le parchemin avant de le dérouler au sol de manière désinvolte. Elle l’examina longuement.

- Nous sommes ici, dit-elle. Donc, dit-elle en cherchant une position avec son doigt, ici. Mais je t’avertis, tu ne trouveras rien d’autres que des ruines.

- L’Avalonie... parfait. Tu peux partir, je pense que tu va vouloir retrouver ton toutou. Je pense que tu n’arriveras pas au bout de ton entreprise. Nos objectifs divergent sur bien des points mais je n’en reste pas moins Equinoxien, ne t’en déplaise. Serrons-nous la main en signe de paix et de séparation, dit-il en tendant la main.

Théya hésita longuement, puis saisit la main. Elle regretta son geste au moment ou le Survivant usa de la magie de l’Equinoxe, une trace noire, comme un tatouage, de forme tribale, apparut sur le main de Théya.

- Alors me disais-tu la vérité, est-ce que la chambre est bien à l’endroit que tu m’as indiqué ?

- Oui.


Camlahan était une cité comme nulle autre. Capitale de l’Avalonie elle avait pour particularité un nombre incroyable de remparts. Au départ il n’y avait que le château, à l’époque résidence secondaire du roi. Mais lorsque le feu ravagea la ville de Boron et dévora son château, le roi décida de s’établir à Camlahan, suivi des survivants du grand incendie. Au fil des ans le bourg est devenu village, puis ville. Le château fut agrandi et des remparts montés. Pour éviter tout problème d’incendie et d’invasion, ces remparts furent construits “en cible” c’est à dire en différents anneaux les uns à l'intérieur des autres. Qui arrivait sur la route principale pour la première fois était toujours impressionné par cette succession de remparts et par la beauté de cette ville. Aez dirigeait l’Avalonie depuis maintenant plus de dix ans. Bien que dans un premier temps il avait continué de vivre de passionnantes aventures, son rôle de roi l’accapara et bientôt il ne parcourrait plus les routes. Mais il avait pour habitude d’écouter ses chevaliers et les bardes contant les aventures des héros de l’Avalonie. Ce soir là dans la grande salle de banquet, Aez confortablement assis dans un trône près d’une large cheminée recevait ses amis Johan et Enguerrand. Tout deux revenaient d’une aventure et souhaitaient faire part de leur vécu au souverain. Johan s'éclaircit la voix et entama son récit.

- Nous étions, Enguerrand et moi, sur le dos de nos montures, parcourant les routes de l’est du royaume pour que nos bras servent les causes honorables. Arrivés au village de Caislean nous rencontrâmes un vieux.

- C’était une vieille, coupa Enguerrand pour reprendre la geste. Une dame d’un âge au combien avancé dont les dents étaient parties depuis longtemps vers d’autres horizons. Au départ elle ne nous vit pas, en raison d’un voile blanc qui couvrait ses yeux. Cette femme avait un peu l’allure d’une sorcière, mais il n’en était rien. Lorsque nous passâmes à côté d’elle elle eut un sursaut de peur. “Qui est-là ?” Nous demanda-t-elle. Nous nous présentâmes donc.

- La vieille dame fit preuve d’une grande joie en apprenant nos noms, car, nous dit-elle, “il se passe ici des choses pas très naturelles.” reprit Johan.

Aez adorait déjà leur conte, il fixait ses deux amis avec une pointe de jalousie, il aurait aimé les accompagner et vivre cette aventure avec eux.

- “Quoi donc ? Que se passe-t-il ici ?” interrogions-nous. “La mort rode autour de nous, des gens ont vu un homme gigantesque dans les collines et des bergers ont été retrouvés morts !” Nous dit-elle la voix tremblante et suppliante.

- Une cause juste ! Il nous fallait intervenir mon roi, nous ne pouvions laisser ainsi ces pauvres gens. Nous lui avons donc demandé plus de renseignement et elle nous a conduit au centre du village. Nous fûmes alors une véritable attraction. Leurs mines étaient déplorables, tristes. “Il est là quelque part, il nous fait peur, nous ne pouvons plus aller couper du bois ou mener nos troupeaux paître”. Un rôdeur, de grande taille, ici. Pourtant il n’y avait rien de particulier dans cette région. Du moins le croyions nous au départ...

Enguerrand reprit :

- Nous promîmes alors d’enquêter sur cette affaire, que bien sur nous ferions notre possible pour affronter le démon et le vaincre pour que le village retrouve le calme. Nous partîmes immédiatement faire une ronde dans les environs. Mais après plusieurs heures il nous fallut nous rendre à l’évidence, pas la moindre trace d’un quelconque rôdeur, au mieux des chemins empruntés par les bergers et bûcherons. Nous passâmes alors la nuit là, au beau milieu de cet endroit pittoresque.

- C’est au matin qu’il se passa quelque chose de peu ordinaire. Nous allions repartir après un copieux petit déjeuner lorsque nous entendîmes des appels au secours. Ceux d’un homme courant à notre rencontre. “Il est là, il est là !” Hurlait-il. Après l’avoir calmé il nous expliqua se trouver de l’autre côté de la colline où nous nous trouvions alors. Là il le vit, un guerrier plus grand que les plus grands des Avaloniens !

- Et armé d’une redoutable épée.

- Nous avons renvoyé le villageois chez lui avant de nous rendre sur place pour voir ce fameux guerrier. Et nous n’avons point été déçus. Car c’est au milieu des ruines de Caislean dont nous n’avions entendu parlé que par les légendes, qu’il se trouvait. Assurément personne n’avait menti sur sa taille. Son apparence n’était pas celle des hommes, ni d’aucune race que nous connaissions. Nous allâmes donc l’appréhender.

- Ça se gâta très vite. En nous voyant, nous chevaliers en armure, il se plaça de manière défensive, probablement pour nous jauger. Après un échange de civilités, il ne voulait pas se rendre pour que justice soit rendu. Alors nous avons engagé le combat. Je crois qu’il ne s’attendait pas à faire face à d’aussi redoutables adversaires.

- Sans nous vanter bien sur. Mais il ne résista pas bien longtemps. Il n’avait que deux options, se rendre, ou fuir. Il a choisi la lâcheté et comme le scélérat qu’il est il se défila usant de la ruse. Après cela nous avons cherché à comprendre pourquoi il était là, que voulait-il ? Cela prit du temps mais nous avons fini par trouver. Au milieu des ruines il y avait un passage vers d’anciennes pièces. Nous n’avons pas fouillé plus mais les écritures sur les murs ne ressemblaient pas à notre ancien langage, c’était autre chose. Cela avait l’air très important, alors nous sommes revenus de suite ici au château pour vous avertir.

Aez se leva lentement, le visage fermé.

- Vous avez donc laissé le lieu accessible ? Misère ! Il fallait rester sur place et nous envoyer quérir, car le champ est libre désormais pour cet inconnu ! Bon... SCRIBE !! Prévenez le Conseil des Guildes ! Qu’on m’apporte mon armure ! Hurla-t-il en saisissant l’épée des cinq ancêtres.

Chapitre 3 - Les Protecteurs de Guem

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La lune était haute dans le ciel. Les étoiles scintillaient par milliers, nettement visibles malgré un voile rouge qui couvrait les Terres de Guem. L’Etranger observait avec sérénité les toits de Noz’Dingard. Voilà déjà plusieurs semaines qu’on le retenait ici suite au combat contre les Combattants de Zil. Lorsque ces derniers eurent informé le Conseil des Guildes de cette arrestation, on leur donna l’ordre de confier l’Equinoxien aux Envoyés de Noz’Dingard. Mais malgré la magie des Noz et les tortures des Zils rien n’y fit, sa bouche resta close. Sa volonté était inflexible, impossible à briser. Avec patience l’Etranger échafaudait un plan. Et pour s’échapper d’ici il comptait sur ses pouvoirs de l’Equinoxe dont il n’avait montré jusque là que quelques extraits...

Au petit matin quelqu’un frappa avec vigueur sur la porte de la maison de Pilkim.

- Maître-Mage ! Vous êtes là ? C’est important !

Quelques instants plus tard la porte s’ouvrit sur un Pilkim encore à moitié endormi. Il ajusta ses lunettes pour mieux voir qui venait le visiter. La tenue lui était familière, un garde de la cité.

- Oui ? Que puis-je pour vous soldat ?

- Vous me voyez au regret de venir à l’improviste, mais l’affaire qui m’amène est grave.

- Et bien... dites moi.

- Le prisonnier connu sous le nom de l’Etranger s’est échappé des geôles il y a une heure.

- Quoi ? Comment !?

- Vous êtes attendu à la prison, je n’ai hélas aucun renseignement supplémentaire à vous donner.

- Très bien, je me prépare et je me mets en route. Merci d’être venu, dit-il en refermant la porte.

Pilkim serra les dents et d’un pas décidé retourna dans sa chambre où une forme enroulée dans les draps du lit bougeait lentement.

- Qui c’était ? chuchota une voix féminine.

- Un problème urgent à régler. Je te tiens au courant, ajouta-t-il en passant sa tenue de Maître-Mage.


La cellule qui retenait l’Etranger était effectivement vide. La porte aux épais barreaux n’était plus sur ses gonds et l’encadrement qui la tenait était déformé, comme si on avait arraché la porte pour la jeter un peu plus loin. Kounok en personne s’était déplacé pour constater le désastre, pour l’occasion il était accompagné d’Erevent, le mage enquêteur. Lorsque Pilkim arriva Kounok le regarda avec une certaine sévérité.

- N’avais-je pas insisté pour que nous l’enfermions à l’académie ? Dit le Prophète sans saluer le Maître-Mage.

- Je préférais qu’on l’éloigne des étudiants. Il n’y a pas eu de blessé ?

Erevent qui était en train de regarder des traces au sol se releva et montra le gardien de la prison, encastré entre les barreaux d’une porte d’une autre cellule. Le pauvre homme avait le cou brisé.

- Les risques du métier, ironisa Erevent. Je ne peux donner tort au Maître-Mage, en cas de danger il était préférable de ne pas risquer la vie des étudiants de l’académie.

- Retrouvez-le avant qu’il ne sorte de la ville. Les Sorcelames et les Chevaliers-Dragon ont bouclé les entrées et sorties de la ville. Il est impossible que l’Etranger ait réussi à quitter Noz’Dingard. Je vais d’ailleurs m’assurer que le plan Vigilance soit correctement appliqué, dit Kounok en quittant les lieux.

- Qu’avons-nous comme piste, Erevent ?

- A vrai dire, peu de choses. Mais je résume. Il y a deux heures exactement l’individu nommé l'Etranger parvient à s’échapper. Il n’arrache pas la porte comme nous pourrions le croire mais donne un coup d’une force prodigieuse par l’intérieur. Averti par le bruit le garde se précipite vers l’Etranger, probablement en lui sommant d’arrêter. Là, l’Etranger saisit le garde par le cou dont il brise les os, puis le projette vers cette porte, dit-il en montrant le cheminement. A partir de ce moment l’évadé part vers les escaliers et la sortie.

- Dans ce cas il a forcement croisé les autres gardes.

- Et pourtant ceux-ci indiquent ne pas avoir croisé l’individu.

- Magie ?

- Possible, mais d’après votre rapport sur ses possibilités en terme de magie l’Etranger n’est pas capable d’un tel tour de force.

- De l’aide extérieure ?

- C’est une possibilité. Dans ce cas, puisque la cité est sous la protection de Dame Anryéna cette aide ne peut être venue que de l’intérieur. Gardons cela en tête pour la suite.

- Si nous avions la Pythie à nos côtés nous irions beaucoup plus vite. Quel sort pourrait me permettre de localiser le fuyard ?

- A ma connaissance... aucun, mais je n’ai pas l’étendue de vos connaissances.

- Quoi que... j’ai une idée !

- A quoi pensez-vous Maître-Mage ?

- Cristalomancie, il me faut aller au laboratoire de Prophète, dépêchons-nous !


Depuis que Marlok était devenu membre du Conseil des guildes, le laboratoire du Prophète Kétanir n’était plus guère visité que par quelques mages en mal d’excentricités magiques. Mais la plupart du temps, seule la poussière occupait les lieux. Pilkim tira les draps protégeant les divers meubles et plans de travail. Il y avait des myriades d’objets, allant de vieux livres à des cristaux taillés de différentes couleurs. Erevent s’émerveilla de tout ce qu’il voyait. Sa fonction d’enquêteur l’éloignait de la recherche magique à laquelle il aimait s’adonner. Pilkim alla jusqu’à la terrasse circulaire qui longeait la circonférence de la tour, surplombant tout Noz’Dingard.

- Que comptez-vous trouver ici Maître-Mage ?

- Regardez, vous voyez ces cristaux dans les murailles externes ? Dit Pilkim en montrant différents points brillant sur les remparts de la ville. Ils ont été mis en place par Kétanir lors de la guerre contre l’Empire de Xzia afin de renforcer le bouclier de Dragon.

- Vous voulez dresser un bouclier pour empêcher l’Etranger de sortir de la ville ?

- Non. Mon idée est de se servir d’eux pour le localiser. Je peux créer des liens et par là-même couvrir la surface de la ville. Une fois en place je pourrais différencier chaque personne.

- Il y a des milliers et des milliers de personnes ici, cela va vous prendre longtemps pour faire le tri.

- Oui, vous avez raison... dit Pilkim en réfléchissant à une solution. Sauf si je mets en place des relais. Oui, ça peut fonctionner. Si je place des mages à certains endroits je peux créer des relais. Dans ce cas le travail sera partagé entre nous tous.

- Astucieux, très astucieux. Que voulez-vous que je fasse, comment puis-je aider ?

- Courrez jusqu’à l’académie, expliquez tout ça à mon père, dites-lui de placer des mages aux intersections des grands axes et de se focaliser sur les cristaux. Lorsque tout le monde sera en place envoyez un éclair dans le ciel. Une fois le sort lancé les mages pourrons examiner les personnes aux alentours.

- D’accord, cela sera fait, dit Erevent.

Pilkim retourna jusqu’au laboratoire afin de comprendre un peu mieux ces cristaux, les carnets de notes de Kétanir traînaient encore dans le laboratoire. Pendant ce temps là, Erevent exécutait le plan. Vu l’urgence et l’importance de la situation Marzhin, à présent directeur de l’académie, organisa dans un temps record la mise en place des mages. Une heure plus tard, chacun était à sa place. Marzhin lança alors l’éclair, donnant le top départ à son fils.

- Que ça fonctionne... que ça fonctionne... s’encouragea le Maître-Mage.

Toujours en haut de sa tour, il ferma les yeux et se concentra sur les cibles. En premier les cristaux, ensuite les mages, enfin, observer. Le premier à bouger indiquera que l’Etranger était dans sa zone, il serait ensuite facile de resserrer les mailles du filet et de renvoyer le fuyard en cellule. Tel était le plan... mais évidemment tout ne se passa pas comme prévu. La première partie fut la plus facile, la magie de Dragon et sa connaissance de la cristalomancie aidèrent. Comme une toile d’araignée invisible Pilkim tissa des liens avec chaque cristal, allant d’un cristal à un autre. Lorsque tous furent liés il passa à la suite du plan, plus délicate. Grâce à son premier sort il identifia chacun des mages et à nouveau un à un il les lia au cristal le plus proche. Ce fut certainement ce qui prit le plus de temps. Une fois relié au réseau chacun examina immédiatement les personnes à sa porté.


C’est alors qu’il se passa un incident. Alors que Pilkim avait les yeux fermés, Anryéna apparût à côté de lui. Sur son visage on pouvait lire l’inquiétude. Elle coupa net le Maître-Mage qui ouvrit les yeux en sursautant.

- Que ? Anryéna ?

- Mon fils... il est danger ! Dit-elle en posant la main sur l’épaule de Pilkim.

Le Maître-Mage se retrouva instantanément à l’autre bout de la ville. Ne comprenant pas trop il regarda dans tous les sens. Enfin il les vit, l’Etranger était là, face à lui, tenant par le cou un jeune homme aux cheveux grisonnants.

- Draconien... Laisse moi quitter cette ville ou je tue ce mage.

- Exhien... pourquoi c’est tombé sur toi ? Chuchota Pilkim.

Levant les mains pour indiquer qu’il ne voulait pas de violence, Pilkim s’approcha lentement.

- Reste où tu es Draconien, ordonna l’Etranger qui allait vers l’une des portes.

- D’accord, d’accord, tu as gagné, tu peux sortir de la ville.

Exhien, s’étouffant à moitié ne comprenait pas pourquoi son Maître n’intervenait pas.

- Maî..tre.. dit le fils d’Anryéna et de Marlok.

- Il ne t’arrivera rien Exhien, je te le promets.

L’Etranger reculait plus rapidement, alors qu’arrivaient d’autres mages qui comme Exhien participaient au plan du Maître-Mage. Pilkim faisait des signes aux gardes, aux mages et à la population pour que personne n’intervienne ni ne se mêle à cette prise d’otage. L’Etranger passa la porte sud, celle qui se trouvait le plus proche de la forêt avoisinante et par conséquent l’endroit le plus stratégique pour quelqu’un qui voudrait fuir. Exhien n’était pas très expérimenté, il était encore jeune et n’avait pas encore été confronté à une situation telle que celle-ci. Mais curieusement il n’avait pas la moindre peur, il pouvait lui-même se mettre hors de danger, un simple sortilège d’air lui permettrait de se défaire de l’étreinte. Mais le regard de Pilkim en disait long, il n’avait jamais vu son Maître avec une telle rage dans les yeux. Enfin la porte était passée et Pilkim se décida à agir. Il souhaitait avoir de l’espace pour intervenir sans risquer la vie des citoyens.

- Maintenant Exhien ! Cria le Maître-Mage tout en créant un large cercle de flammes redoutables.

Le jeune homme fit appel à sa magie, parvenant à se libérer de l’Etranger. Sans attendre son reste il fit un bond de l’autre côté des flammes, laissant le champ libre à Pilkim. Celui-ci comptait bien montrer à l’Etranger que l’on ne pouvait s’échapper de la prison, prendre en otage un mage de l’académie et partir d’ici en toute impunité. Le combat entre les deux protagonistes fut violent. L’Etranger fit appel à l’Equinoxe, des petits éclairs rouge parcouraient ses bras, le renforçant. Les coups portés furent redoutables. Après quelques échanges d’amabilités, Pilkim, habitué au contact, se rendit compte qu’il n’avait pas le dessus. Aussi prit-il ses distances avant de déclencher toute sa rage dans un éclair d’une puissance inouïe. Il y eut une grande lumière bleue... puis une explosion. Pilkim se retrouva projeté plus loin. Quant à l’Etranger, il n’en restait plus une trace.

Chapitre 4 - Invasion

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Zejabel fixait la tête coupée de l’infortuné qui venait de croiser sa route. D’un geste lent il l’attrapa par les cheveux et la souleva pour l’avoir au niveau de son visage.

- La vie est fascinante... mais la mort l’est encore plus.

La magie du nécromancien coula sur les cheveux du mort et pénétra dans le crâne du Xziarite. La tête reprit immédiatement vie, les yeux clignèrent, mais aucun son ne put sortir de la bouche, les cordes vocales étant restées sur l’autre partie du corps. Zejabel posa la tête sur le rebord d’une des attractions et se mêla à son armée de zombies qui déferlait sur le tout jeune Zircus land des Combattants de Zil.

Les hurlements d’horreur des visiteurs du parc d’attraction attirèrent l’attention de Télendar qui fut le premier à réagir. De partout les gens couraient, cherchant l’issue la plus proche.

- Attendez ! Qu’est-ce qu’il se passe ? Demanda-t-il en arrêtant une personne.

- L.. là ! Des créatures décharnées nous ont attaqué, faites quelque chose ! Hurla le jeune homme qui serrait une petite fille dans ses bras.

- Décharnées ? Oh non ! Zil ! Saphyra, les autres ! Cria-t-il, des zombies !

L’apparition de l’une de ces créatures confirma les craintes de Télendar. Avec une fulgurante rapidité il dégaina ses dagues et les planta dans le crane de son assaillant. Un sang noir et poisseux gicla sur les deux lames et sur les mains de l’assassin.

- Beurk, dégueulasse, je déteste les zombies ! Râla-t-il en donnant un coup de pied dans son adversaire.

Un autre zombie déboula, puis encore un autre et un autre. C’était l’invasion, il en sortait de partout. Les Combattants de Zil se lancèrent alors dans l'élimination de la menace et à la sécurisation des lieux. Zil laissa éclater sa rage, lui qui avait traqué ces maudits non-morts pendant un temps incroyable. Et voilà qu’ils se pointaient, chez eux, s’en prenant à leur principale source de revenus : le public. Les lames tranchèrent, des bras furent arrachés et par centaines les corps des zombies tombaient au sol. Mais ceux-ci étaient innombrables, renforcés par la présence des dizaines de malheureux visiteurs du parc d’attraction relevés par Zejabel et Almaria. Ces derniers avaient d’ailleurs un plan précis, il ne s’agissait pas d’une vulgaire bataille, non Zejabel voulait en finir avec les Combattants de Zil, une bonne fois pour toute. Sa cible était toute indiquée, Zil en personne, il devait disparaître et avec lui sa guilde.


Danse-lame avait changé de vie quelques années auparavant. La jeune femme parcourait autrefois la Draconie qui l’avait vu naître, au service des Sorcelames elle s’était mêlée à bien des conflits et bien des batailles. C’était un autre temps, une époque désormais révolue et dont elle gardait des souvenirs amers. La magie est quelque chose qu’elle maniait avec panache, la préférant à ses talents de danseuse pourtant incroyables. Elle se rappellerait toujours de ce jour funeste où toute sa magie avait quitté son corps. Encore aujourd’hui en parler lui provoquait un fort sentiment de tristesse. Lorsque cela c’était passé elle avait gardé l’espoir de retrouver ce qu’elle avait perdu, mais le temps avait passé sans la moindre évolution. Les règles de l’ordre étaient précises à ce sujet : il fallait manier la magie pour être une Sorcelame. Cela avait été l’un des derniers actes de Naya en tant que dirigeante et cela lui avait fendu le cœur, mais Danse-lame ne pouvait plus faire partie de l’ordre, elle avait alors été renvoyée. Sombrant dans le désespoir et dans la honte la jeune femme avait quitté la Draconie sans réel but. C’est sur les routes qu’elle avait croisé les Combattants de Zil, elle les connaissait de réputation plus qu’autre chose. C’était un soir sans représentation, les Combattants festoyaient autour d’un large feu. Il y avait de la musique, de la danse et des rires. Danse-lame fut accueillie à bras ouverts lorsque celle-ci se présenta, cherchant réconfort. Poussée par l’alcool et la musique Danse-lame dévoila son talent pour la danse devant les regards intrigués et émerveillés. Très vite adoptée Danse-lame trouva parmi eux ce qu’elle avait perdu, des frères et des sœurs d’aventure.


Or Danse-lame prouvait au combat qu’on pouvait lui faire confiance et qu’elle défendrait le Zircus au prix de sa vie s’il le fallait. L’Abomination, l’Aberration, Kriss et d’autres s’étaient joints à elle pour mener la contre-offensive. De leur côté Télendar et Saphyra peinaient à suivre le rythme frénétique imposé par Zil. Ce dernier touchait au but, il avait repéré Zejabel au milieu de ses séides. Le nécromancien regardait Zil en le narguant d’un sourire de défi. Télendar ne pouvait arrêter Zil aussi fit-il signe aux autres, qui de toute façon convergeait vers cet endroit, de venir en renfort. La bataille durait depuis une heure à présent. Le Zircus n’était plus qu’un amas de bois et de métal et des incendies s’étaient déclarés en plusieurs endroits. Pour les Combattants de Zil s’était un désastre. Les zombies s’amassaient autour de Zejabel pour le protéger, mais Zil ne se laissa pas impressionner, il avait déjà découpé des dizaines de ces créatures... Puis, dans un mouvement coordonné les zombies s’écartèrent pour former un large cercle autour de Zil et Zejabel. Zil fit tourner sa lame dans sa main.

- A découvert, t’es foutu ! S’écria celui qui fut autrefois une partie de l’Archimage Artrezil.

- Tu crois ? Regarde qui j’ai amené avec moi, dit Zejabel qui tenait la main d’une petite fille zombie. Tu l’as reconnaît ?

Zil stoppa net son geste, bien sûr qu’il reconnaissait cette petite fille. Il lâcha sa dague, tétanisé. Autour le reste des membres de la guilde se frottaient aux zombies restant, tentant de comprendre ce qu’il se passait au centre du combat. Télendar savait lui, il l’avait deviné, et la présence de cette fillette, tout comme la réaction de Zil donnaient raison à sa théorie.

- Oui tu la reconnais, dit Zejabel de manière à ce que tout le monde l’entende convenablement. Tu te rappelles lorsque tu as plongé ta dague dans le cœur de cette pauvre enfant ! Tu l'as abattu comme un animal.

- Ne l’écoute pas ! Hurlait Télendar, il veut ta peau !

Mais Zil n’écoutait pas, il regardait la petite fille qui lentement venait vers lui. Zejabel continuait à relever les zombies pour faire rempart, il n’était plus loin de son but.

- Regarde ce que tu as fait ! As-tu le souvenir de la lame entrant dans la chair ?

Zil toujours incapable de réagir tremblait des mains. Bien que Guémélite de l’Ombre, il avait reçu cette partie de morale, héritage d’Artrezil, qui l’empêchait de prendre des vies innocentes. Il avait failli. Les autres Combattants apprirent à ce moment-là le geste de celui qu’ils servaient tous avec fidélité. Télendar esquiva quelques zombies, se frayant un chemin vers l'Aberration.

- Je peux pas passer, alors balance-moi sur la fillette.

Sans la moindre réflexion, le monstre attrapa Télendar et sans trop d'effort l’envoya au centre du cercle. Lame en avant, il tomba pile sur la fillette et lui enfonça le métal profondément dans la tête. L’apparition de Télendar réveilla un souvenir, celui de Dimizar, lorsque ce dernier fut poignardé par l’assassin. Cela paralysa Zejabel suffisamment longtemps pour que Télendar ait le temps d’agir. Il ramassa la lame d’Artrezil que Zil avait laissé tombé quelques temps avant et la lança dans la poitrine du nécromancien...


Incapable de maintenir le lien avec ses zombies, ceux-ci tombèrent comme des mouches. C’est à ce moment qu’Almaria se décida de sonner la retraite, elle enlaça son bien aimé puis un portail Néhantique les avala tous deux avant que les Combattants de Zil n’eurent le temps de les capturer. Ils réapparurent au Manoir de Zejabel peu de temps plus tard. Le Néhantiste tira la lame de sa poitrine sans montrer la moindre émotion, il ne ressentait plus la douleur.

- Est-ce que cela te satisfait ? Demanda Almaria.

- En partie, oui, je crois qu’ils ont compris qu’il ne fallait pas nous chercher des poux, sous peine d’en trouver. Si ces maudits souvenirs de Dimizar ne m’avait pas perturbé, j’aurais eu le temps de tuer ce Zil de malheur, dit-il en jetant la lame d’Artrezil. En attendant leur petite entreprise est réduite à néant et notre petite intervention va jeter à coup sûr un froid sur les relations des Combattants de Zil avec leur chef.


Le Zircus land était en ruine, les flammes dévoraient les petits édifices et les ruelles étaient jonchés de corps désormais sans vie. Zil se retrouvait au milieu de ses congénères, il fixait la petite fille dont la lame de Télendar perforait encore le crane. Sa culpabilité était infinie, tout comme ses remords. Télendar ne comptait pas accabler son ami, mais cela ne serait pas le cas de tous, surtout de ceux ayant le respect de la vie.

- Est-ce vrai ? Demanda Kriss.

- Oui, répondit Zil.

Chapitre 5 - L’antre des Métamages

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Les jardins du château de Kaes se paraient depuis quelques jours de leurs plus beaux atours. Les innombrables rosiers, en fleur, proposaient aux promeneurs autant de parfums différents que de couleurs. Le temps clément profitait aux membres du Conseil qui aimaient arpenter les longues allées de graviers. Vérace et Maître-Maen discutaient des affaires courantes du Conseil des guildes lorsqu’un garde vint les interrompre.

-Conseiller-Doyen, Conseiller, nous avons reçu cette missive en provenance d’Avalonie. Le Conseiller Sevylath souhaitait que je vous la remette, dit-il en leur tendant un parchemin.

Vérace saisit la missive tout en remerciant le garde qui s'éclipsa vite. Puis le doyen se mit à lire le contenu, la lettre était courte mais contenait des informations qui s’avérèrent capitales.

- Et bien, voilà quelque chose d’inespérée, dit Vérace en lisant la lettre. Les Avaloniens ont, pensent-ils, trouvé une ruine qui cacheraient de nombreux secrets de sorcellerie.

L’intérêt de Maître-Maen s’éveilla d’un coup.

- Ah oui ? Que disent-ils ?

- Lisez par vous-même, de toute façon je compte bien que les Lieurs de pierres se chargent de cette affaire, répondit Vérace en confiant le parchemin à Maen.

L’histoire racontée dans ce récit était celle de la rencontre entre un étrange personnage et deux chevaliers Avaloniens. les deux parties s’étant affrontés aux abords des ruines de Caislean. Les Avaloniens avaient alors découvert une entrée dans ces ruines et en appelaient au concours du Conseil des guildes.

- Ah oui, la description de la personne qu’ont /u]affrontée[/u] les chevaliers Johan et Enguerrand correspond à un Equinoxien. Ils parlent d’une ruine ancienne, quel rapport avec les Equinoxiens ?

- A votre guilde de le découvrir, il faut tirer cela au clair. Peut être y a-t-il une autre porte de l’Infini là bas ?

- Ce n’est pas impossible effectivement. C’est passionnant, chaque jour nous apporte une nouvelle révélation sur ces Equinoxiens, j’ai hâte de savoir ce que nous allons apprendre de ces ruines. Je rassemble quelques hommes et je me mets en route.

- En vous remerciant, dit Vérace en adressant à Maen un sourire d’assentiment.


Il ne faut jamais bien longtemps aux Lieurs de pierre pour se rassembler, c’était là l’incroyable force de cette guilde de voyageurs. Ils pouvaient en un rien de temps aller d’un bout à l’autre des terres de Guem. Pour cette mission Maître-Maen craignait un assaut d’un ou de plusieurs Equinoxiens, et si niveau magie il pouvait assurer une opposition convenable à ces êtres venus d’ailleurs, au niveau de la force brute il aurait plus de mal. Temüjin et Kalion le colosse avaient tous deux de quoi assurer un combat au corps à corps. L’un était rapide et agile, l’autre fort et imposant. Le petit groupe finit son voyage non loin de Caislean, juste à côté d’une des centaines de stèle de voyage que seuls les Lieurs de pierres pouvaient décrypter. Les habitants du village voisin ne furent pas prompt à accueillir leur visiteurs. Les lieurs eurent juste l’indication d’où trouver les fameuses ruines, mais guère plus. Il ne leur fallut pas longtemps avant d’arriver sur place et à vrai dire il leur fut difficile de rater l’endroit vu le nombre incroyable de soldats Avaloniens. Parmi eux le roi en personne commandait les troupes. Ce dernier sembla soulagé de voir arriver les émissaires du Conseil des Guildes.

- Maître Maen n’est-ce pas ? Demanda Aez en regardant le chef des Lieurs de pierres.

- Effectivement Majesté, je suis ravi de vous rencontrer. Voici mes compagnons de route, Temüjin et Kalion. Nous venons suite à votre missive, dit Maen en sortant le parchemin de sa besace.

- C’est parfait ! S’exclama Aez. Venez, accompagnez-moi pour discuter un instant en privé, dit-il en conviant Maen jusqu’à une tente de commandement.

- Je vous suis, Majesté.

Kalion et Temüjin restèrent donc seuls parmi les Avaloniens. Ces derniers avaient visiblement un problème avec eux, car pas un ne leur adressa de salut, ni le moindre sourire. Enguerrand et Johan toisaient les deux inconnus d’un œil suspicieux.

- Qu’est-ce qu’ils ont à nous mater ainsi, critiqua Kalion, ils ont un problème ? Hep vous deux, là, nos figures vous reviennent pas ?

Les deux chevaliers furent étonnés de l’attitude de leurs visiteurs. Johan moins posé que son illustre maître n'apprécia pas la pique de Kalion et porta la main à la garde de son épée tout en s’approchant de son “adversaire”. Enguerrand resta légèrement en retrait, prêt à intervenir si nécessaire.

- Je suis Johan, protecteur d’Avalonie, et je te regarde comme bon me semble, sorcier !

- Sorcier ? Sorcier !? Il me traite de sorcier l’empaffé en armure, dit Kalion en regardant Temüjin.

- Allons, allons, tu sais bien que les Avaloniens détestent la magie.

- Pourtant ils portent armes et armures teintés de magie !

- Bénis sont les ignorants.

- C’est nous les ignorants ? Gronda Johan.

- Attendez, doucement, je vous en prie, gardons notre calme, dit Temüjin en s’interposant entre Kalion et Johan. Nous sommes ici pour vous aider, pas pour nous battre avec vous. Nous connaissons votre aversion pour la magie. Kalion, laisse donc cet Avalonien et concentre-toi sur la mission.

- Tu as entendu, Johan, n’oublie pas qui tu es : le protecteur d’Avalonie, dit Enguerrand.

- Justement le rôle du protecteur de l’Avalonie et d’empêcher les abominations magiques de circuler !

Puis Johan se ravisa et recula de quelques pas en levant les mains en signe de paix.

- Bien, tant que vous restez dans les ruines tout ira bien.

Kalion et Temüjin s’éloignèrent à leur tour.


Peu de temps après cet incident, Aez et Maen revinrent.

- Bon, c’est bien ce que je pensais, dit Maen, c’était bien un Equinoxien. D’après la description il s’agit de celui qui est intervenu lors d’une escarmouche entre l’Etranger, la femme Equinoxienne et une partie des Combattants de Zil. Il avait alors capturé l’Equinoxienne et laissé l’Etranger aux mains des Zil. Je sens aussi que la magie est perturbée ici. Je pense que nous ne sommes plus loin de trouver la vérité au sujet de ces Equinoxiens. J’ai proposé à sa majesté de nous laisser entrer dans les ruines, ce qu’elle a accepté. Alors mettons-nous en route mes amis.

Pas fâchés de laisser là ces ahuris d’Avaloniens, la petite troupe pénétra dans les ruines, cherchant l’ouverture qui se trouvait entre plusieurs gros blocs de pierre noirâtre. Kalion passa le premier, sa peau changea alors d’apparence pour devenir telle le roc. Il fut suivi des deux autres compagnons. L’intérieur était une pièce à peine large pour eux trois, en partie écroulée par endroit. Seul passage s’offrant à eux, une porte ancienne à moitié détruite mais suffisamment large pour que Kalion puisse passer. Devant l’obscurité ambiante Maen utilisa une pierre-cœur du feu afin que sa lumière éclaire leur parcours.

- Allons-y, ne touchez à rien et soyez prudent, dit le chef Lieur de pierres.

La progression alla bon train, il y avait là un véritable dédale de couloir et de pièces. Tout était vide, pas la moindre trace de meuble ou de preuve que les lieux furent habités à un moment donné. L’architecture, elle, n’avait rien de semblable en terre de Guem. Tout était fait à l’échelle d’un Equinoxien, donc grand. Les murs étaient lisses, sans le moindre interstice entre deux pierres de construction, comme si l’ensemble de l’édifice avait été taillé dans un seul rocher gigantesque.

- Regardez, dit Temüjin en se baissant, quelqu’un est passé par ici il y a des traces de pas dans la poussière.

- Suivons-les, il s’agit probablement de l’Equinoxien que nous cherchons.

Il fut aisé de suivre ces traces, l’Equinoxien n’avait pas pris la moindre précaution et ne s’était pas particulièrement fait discret. Enfin le groupe arriva dans un espace beaucoup plus grand, une pièce qui faisait bien cinq mètres de hauteur et bordée de statues d’Equinoxiens en armure. Les traces continuaient jusqu’au milieu de la pièce, puis s’évanouissaient.

- Voilà autre chose... C’était trop simple, râla Kalion.

- Dispersons-nous pour mieux examiner cette pièce. Soyez très méticuleux avec votre magie, je sens l’influence de l’Equinoxe ici, avertit Maen.

Il n’y avait pas grand chose dans cette pièce, les Lieurs de pierres eurent tôt fait d’en faire le tour. Il n’y avait pas d’autre issue que celle par laquelle ils étaient entrés, et aucune ouverture vers le haut qui aurait permis à l’Equinoxien de s’échapper. Il y avait donc autre chose, et c’est Maître-Maen qui en fit la découverte. Se trouvaient sur le mur situé en face de l’ouverture des symboles en filigrane. Ce n’était pas visible au premier abord mais cela se vit lorsque la lumière de la pierre-cœur du feu frappa le mur.

- Magnifique, regardez donc ceci, dit Maen. C’est un véritable travail de précision.

Maen hésita puis passa la main sur un des symboles.

- Oh ! Ça regorge de magie. Je crois que j’ai compris comment notre Equinoxien s’est fait la belle. Hélas nous ne connaissons rien de la magie de l’Equinoxe. Ceci dit nous pouvons tenter de forcer ce “coffre”, nous aurons alors accès à ce qu’il y a dedans.

- Ca semble risqué, dit Temüjin. Faites attention à vous.

- La magie de Guem est la plus puissante forme de magie du monde, celle de l’Equinoxe n’y résistera pas.

- La pierre-cœur du Mangepierre des Confins  ?

- Exactement, dit Maen en sortant la dite pierre-cœur.

Maen se concentra sur sa magie et sur la pierre. Avec l’aide du Compendium et l’autorisation du Maître-Mage Pilkim il s’était lié à l’objet aux pouvoirs incroyables le temps de résoudre cette incroyable affaire de portes de l’Infini. La Magie de Guem afflua, la pierre-cœur en contenait tellement. Puis Maen posa ses deux mains sur les filigranes. Il y avait là de nombreuses défenses magiques et un nombre incroyable de sortilèges agrippés aux filigranes. Le Lieur de pierre coupa alors les défenses une a une.


Maen fut alors aspiré dans cet imbroglio de magie, non pas physiquement, mais plutôt spirituellement. Il se retrouva au milieu de cette même pièce, Temüjin et Kalion en moins, mais avec une personne en plus, un Equinoxien. Son allure avait quelque chose d'irréaliste, de surnaturel. Autour d’eux des symboles voletaient dans les airs, formant un dôme au dessus d’eux.

- Qui êtes-vous ? Demanda l’Equinoxien.

- Mon nom est Maen je suis le dirigeant de la guilde des Lieurs de pierres et membre du Conseil des guildes et vous qui êtes vous ?

- Je suis le Métamage Ardonorhim. Vous êtes ici parce que vous tentez actuellement de percer des secrets qui vous sont interdits.

- Êtes-vous réel ? Ou bien êtes-vous une conscience magique ?

- Peu importe ce que je suis, l’important et ce que vous faites. Gardez-vous loin de tout ce qui touche à l’Equinoxe sans quoi vous risquez de provoquer l’impensable.

- Je cherche un Equinoxien, qui était dans l’endroit où je me trouve à l’heure actuelle.

- Cet Equinoxien n’est plus dans votre monde, ne le cherchez plus et partez d’ici, ne revenez jamais !

- Hors de question, vous tentez de nous envahir grâce aux portes de l’Infini, je ne cesserai jamais de vous traquer !

- Il y a des événements qui dépassent votre entendement.

- Comme ?

- Je n’ai pas à vous révéler quoi que ce soit. Je vais vous libérer de mon sort, ne tentez plus de percer nos secrets sans quoi je vous détruirai.

- Entendu.


- Tu crois qu’il faut le réveiller ?

A ce moment là Maen ouvrit les yeux, il était toujours devant le mur. A côté de lui Temüjin et Kalion qui le regardaient, tous les deux couverts de poussières et de quelques éraflures.

- Vous allez bien ? S’inquiéta Kalion. Ca fait une heure que vous étiez figé ainsi.

- Une heure... que ? Qu’est-ce qu’il s’est passé, demanda Maen en se retournant.

La pièce était jonché d’innombrables morceaux de pierres. Le Lieur de pierres en déduit vite qu’il s’agissait là des restes des statues qui visiblement ne se trouvaient plus où elles étaient.

- Lorsque vous avez commencé votre magie les statues se sont animées et ont tenté de vous écraser. Nous sommes intervenus et les avons détruites, non sans quelques petites blessures. Mais ce n’est rien, rassurez-vous. Et de votre côté ? Demanda Temüjin.

- J’ai fait une rencontre intéressante et j’en ai appris beaucoup sur la magie des Equinoxiens. Je pense avoir réussi ce que je voulais faire, mon adversaire n’y a vu que du feu, mais j’ai copié l’intégralité de ses sortilèges dans la pierre-cœur du Mangepierre. Je crois qu’on va enfin en savoir plus sur les Equinoxiens et les portes de l’Infini, il nous faut immédiatement nous rendre chez moi.

Chapitre 6 - La révolte

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- Quel infâme endroit, râla Aleshane.

- Chut, boucle-la, coupa sèchement Melissandre.

- Par où aller ? Est-ce que nous continuons la mission ? Questionna Ydiane en observant les alentours. L’air est nauséabond, vicié, regardez toute cette fumée qui s’échappe de cette cité.

- Nous allons voir cette cité de plus près ? Autant profiter de notre présence ici pour récolter un maximum d’informations, suggéra Aleshane. - Oui, mais si nous rencontrons de l’opposition on se replie ici, ordonna Melissandre.

Les Elfines laissèrent leur cachette pour s’aventurer plus profondément dans ce territoire inconnu. La végétation y était parsemée et triste, quelques arbres se battant avec difficulté contre des conditions extrêmes et de l’herbe grasse et rabougrie. Cela provoqua le dégoût des Elfines, habituées à l’environnement luxuriant de leur forêt. Avec grâce et agilité les combattantes de la Cœur de sève s’aventurèrent dans cette ville qui au bas mot devait faire trois fois la taille de la plus grande cité des terres de Guem. Au départ, elles ne virent pas grand monde, les rues étaient vides, désertes. Cela les étonna, si il y avait de la fumée, il devait donc y avoir des habitants. Bien sûr elles ne voulaient pas rencontrer qui que ce soit, au mieux récolter des informations. Mais là il n’y avait rien à observer, seulement des maisons à l’architecture torturée et totalement closes. Elles allèrent loin dans la ville avant d’enfin trouver âme qui vive : un bataillon de dix Equinoxiens en armure. Après l’avoir suivi quelques temps, les Elfines en conclurent que celui-ci était composé de soldats et qu’il y avait comme une sorte de couvre-feu.

- Sympathique comme ambiance, chuchota Aleshane.

Puis d’un coup les trois filles furent incapables de faire le moindre geste, elles étaient paralysées. Les soldats Equinoxiens se retournèrent vers elles avant de se disperser pour les encercler armes sorties. L’un d’eux, une femme, visiblement la responsable au vu de sa tenue plus travaillée s’approcha d’elles.

- Une bien belle prise... ironisa-t-elle. Je ne sais pas d’où vous venez, mais nous ne tarderons pas à vous faire parler, intruses. Emmenez-les ! Ordonna-t-elle à ses hommes.

Ni une ni deux les Equinoxiens capturèrent les Elfines et les ligotèrent pour éviter qu’elles ne fuient. Les Elfines, dégoûtées de leur sort remarquèrent néanmoins que les hommes Equinoxiens obéissaient au doigt et à l’œil à leur chef, pire il semblait même qu’ils avaient réellement peur d’elle.

- Où est-ce que vous nous emmenez ? Demanda Melissandre, nous ne vous voulons aucun mal.

- Silence, intruse ! Dit la commandante.

Leurs questions restèrent sans réponse et le groupe, à présent aux mains des Equinoxiens fut conduit dans le plus sordide des endroits, là où les grandes cheminées rejetaient leurs fumées nauséabondes. C’était une sorte de complexe de plusieurs bâtiments. L’odeur était un mélange de bois brûlé, de chair calcinée et de produits chimiques. Ils allaient entrer par une large porte de métal lorsque la commandante Equinoxienne s’écroula net, une lame plantée dans sa nuque. Loin de provoquer une quelconque panique, les Equinoxiens attrapèrent les Elfines pour les placer derrière eux, puis ils firent front commun pour dresser une sorte de mur. Un autre groupe d’Equinoxiens, d’une vingtaine de personnes prit littéralement d’assaut le bâtiment et les soldats qui s’opposaient à eux. Ceux-ci différaient de part leur style vestimentaire beaucoup moins strict.

- Barrons-nous dit Aleshane en montrant les couloirs à l’intérieur. Si on sort on risque notre peau.

- Tu as raison, c’est vraiment une histoire de fou ! Dit Ydiane en prenant la tête de file.

Dehors la bataille entre les Equinoxiens était brutale, violente et fratricide. Mais les Elfines s’en moquaient bien, tout se qu’elles voulaient c’était mettre les voiles le plus loin possible et pour cela il leur fallait trouver une autre sortie. L’intérieur du bâtiment était majoritairement fait de grilles de fer qui laissait voir les étages inférieurs. Les escaliers, en métal, descendaient.

- Tu crois qu’on va trouver une sortie par là ? Demanda Melissandre.

- Chut ? Vous n’entendez pas ? Des hurlements ? Dit Ydiane qui avait l'ouïe plus fine que celle de ses amies.

Effectivement, il y avait bien des hurlements provenant de plus bas, des cris atroces de souffrance. Les Elfines n’avaient guère de choix : les Equinoxiens dehors ou les cris à l’intérieur. Elles choisirent la seconde option et dévalèrent les marchent à pas léger. Quelques Equinoxiens à l’allure étrange trop occupés à manier des éprouvettes et autres objets arpentaient les étages. Il fut facile à la troupe de se faufiler jusqu’au troisième étage. Le décor n’était plus le même, il s’agissait là de larges couloirs bordés de part et d’autres de cellules massives. Les hurlements venaient de là, les créatures à l’intérieur exprimaient leur rage et leur souffrance. Lorsque les ELfines passèrent devant la première, la créature à l’intérieur se jeta sur les larges barreaux. Celle-ci faisait bien la taille d’un Hom’chaï et d’ailleurs cela en avait vaguement la forme. Non, c’était pire que cela, cela ressemblait vraiment à quelque chose que les Elfines connaissaient bien.

- Par l’Arbre-Monde ! On dirait Ourénos ! S’horrifia Melissandre.

Effectivement, cela ressemblait à un Eltarite, sauf que celui qui se trouvait là était déformé à l'excès, les muscles proéminents, une mâchoire prognathe aux crocs hypertrophiés. Il n’y avait là qu’une bête sans la moindre parcelle d’intelligence. Sans s’attarder plus les filles de la Cœur de sève progressèrent, tout en jetant un coup d’œil à ces créatures. Ces dernières présentaient toutes des difformités et toutes ressemblaient à Ourénos.

- Vous avez remarqué, dit Ydiane, toutes ces choses ont exactement la même marque et les mêmes yeux.

- Oui, peut être étaient-ils pareils au départ, dit Melissandre.

Après avoir fait le tour, elles durent se rendre à l’évidence, il n’y avait pas d’autre sortie. De plus, le combat s’était étendu à l’intérieur du complexe et très vite elles comprirent qu’elles ne pouvaient pas faire mieux que de se cacher en attendant que le combat finisse par la victoire d’un des deux camps. Cela leur donnerait un moment de répit. Sauf que ce moment n’arriva pas. Le complexe venait de tomber aux mains des assaillants. Ces Equinoxiens fouillèrent chaque parcelle du complexe et lorsqu’ils arrivèrent à l’étage des créatures ils les tuèrent une par une. Enfin lorsqu’il n’y eut plus aucune créature en vie, plus aucun bruit, le chef des Equinoxiens surprit les Elfines caché en criant :

- N’ayez pas peur de nous, vous n’avez rien à craindre ! Au contraire, nous aimerions discuter avec vous, nous vous le promettons ! Le temps est compté, nous allons faire exploser ce complexe et vous avec si vous ne sortez pas de votre cachette !

Melissandre fit signe aux autres de la suivre et de se livrer, c’était largement préférable à une mort certaine, surtout dans cet endroit. Le chef des Equinoxiens était aussi grand que large, emmitouflé dans une cape, il n’avait plus qu’un œil, l’autre était couvert par une plaque de métal collée sur son visage. Il invita les Elfines à le suivre.

- Mon nom est Krinystas, mais on m’appelle Krin. Venez, nous allons ôter vos liens et vous mener dans un lieu à l’abri.

Tout ce petit monde quitta le complexe avant que celui-ci n’explose grâce à des bombes placées avant leur départ.


Bien plus tard, le groupe s’était réfugié dans une autre partie de la ville. De nombreux Equinoxiens accueillirent leurs semblables avec inquiétude, cherchant les éventuels blessés qui se trouveraient parmi eux. Heureusement le combat n’avait pas été meurtrier pour le groupe, au pire quelques estafilades, mais rien de bien grave. Krin se trouvait être le chef de cette bande, il expliqua aux autres comment l’attaque du complexe s’était passée et qu’ils avaient réussi à récupérer les jeunes femmes capturées, présentant ainsi les Elfines. Très vite il fut temps pour lui d’avoir une discussion avec Melissandre, Ydiane et Aleshane. Celles-ci ne comprenaient pas tout ce qu’il se passait ici.

- Je suis désolé de vous avoir pressé jusqu’ici, mais nous ne pouvions rester sur place.

- Qui êtes-vous ? Où sommes-nous ? Pourquoi avez-vous fait ça ? Qu’est-ce que c’étaient que ces monstres ? Pourquoi nous sommes-nous fait arrêter ?

- Comme je vous l’ai dit, mon nom est Krin, je suis un ancien général d’armée Equinoxienne. Vous êtes ici parmi la résistance, notre but est de renverser la tyrannie Equinoxienne et ainsi contrecarrer les plans insensés de notre chère despote bien aimée, dit-il avec ironie.

- Quels plans ? Demanda Ydiane avec innocence.

- Allons ! Votre présence même est la résultante de ces plans. Vous êtes des Elfines n’est-ce pas ? Vous venez donc des terres de Guem, ai-je tort ?

- Non, c’est bien ça, des gens comme vous tentent d’ouvrir des portes de l’Infini, dit Melissandre.

- Vous avez donc rencontré Théya et le commandant Olhiam. Intéressant. Nous manquons cruellement d’informations sur leurs agissements, vous pouvez m’en dire plus.

- Uniquement si vous finissez de répondre à nos questions. Pourquoi nous envahir ? Qu’est-ce que c’étaient que ces monstres ? Pourquoi nous sommes-nous fait arrêter ?

Krin soupira longuement.

- Vous êtes ici dans l’Equinoxe et autrefois ce monde était une partie intégrante des terres de Guem. Je parle d’un temps extrêmement éloigné, d’un temps où il n’y avait que la guerre et la souffrance. Nous dominions alors toute créature et toute chose. Mais les enfants de Guem ont fait en sorte de séparer tout ce qui nous concernait et nous envoyer dans cette... dimension. Pour cela les enfants de Guem ont créé les portes de l’Infini car il fallait tout de même que nos mondes restent en contact. Depuis les Equinoxiens, punis et enragés par ce qu’on leur a fait subir cherchent la solution pour que l'Equinoxe retourne à sa véritable place. Mais les intentions de l’impératrice sont extrêmes, l’élimination pure et simple des autres races des terres de Guem. Krin reprit sa respiration, plongé dans ses souvenirs.

- Les créatures que vous avez vu sont des tests. Vous savez nous sommes peu nombreux, nous vivons certes éternellement mais nous n’enfantons presque pas. Alors pour dominer les terres de Guem nous avions créé une créature sauvage et implacable : les Eltarites. Lors de notre exil, nous avons perdu les secrets de la création des Eltarites. Depuis l’impératrice cherche la manière de créer de nouvelles créatures, les versions que vous avez vu dans le complexe sont encore loin des véritables Eltarites, mais elles seront parfaitement à même de détruire la moindre trace de vie des terres de Guem. Votre arrivée a été rapidement détectée grâce à la magie de l’Equinoxe et l’impératrice sait que sur les terres de Guem les Eltarites ont été séparés en deux, les Elfines et les Houmchas.

- Hom’chaï, rattrapa Aleshane.

- Et c’est providentiel pour elle, car elle pourrait parfaire ses créatures et accélérer le processus d’invasion.

Toutes ses révélations étaient incroyables et à vrai dire difficile à encaisser pour les Elfines.

- En fin de compte... vous nous avez créé dit Melissandre terrassée par l’information.

- On peut dire ainsi, mais vous avez emprunté un nouveau chemin qui vous est propre.

- Et vous ? Vous ne voulez pas envahir les terres de Guem ? S’inquiéta Ydiane.

- Nous n’aurions rien contre un retour en /u]ces terres[/u], mais notre groupe n’a pas la même vision des choses que l’Impératrice. Premièrement, nous avons accepté notre sort, nous avons fauté... lourdement, des civilisations ont été totalement annihilées par la notre. Nous avons donc eu ce que nous méritions. De plus nous souhaitons nous libérer de l’Impératrice et de son matriarcat. Tant des nôtres ont disparu par leur faute.

- Savez-vous ce qui empêche cette Impératrice d’ouvrir les portes de l’Infini ? Interrogea Melissandre.

- La magie de l’Equinoxe ne peut ouvrir les portes, les Métamages ont essayés en vain. Pour les ouvrir il nous faudrait des enfants de Guem.

- Enfant de Guem ? Guémélite ? Dit Ydiane, je le suis lié à Guem et à son côté sauvage, mais je ne pense pas pouvoir ouvrir une quelconque porte. A moins que vous ne parliez de...

Ydiane se tétanisa.

- Dragon !? tout le monde sait qu’il est lié à Guem autant que l’Arbre-Monde. Et Dragon est actuellement ici puisqu’il a passé une porte de l’Infini il y a plus de dix ans.

- Quoi ? Vous voulez dire qu’un enfant de Guem est ici ? Comment ne l’avons-nous pas détecté ? C’est en tout cas inespéré.

- Qui vous dit que l’Impératrice ne l’a pas encore capturé et qu’elle compte mettre en œuvre son plan d’invasion, questionna Aleshane en fronçant les sourcils.

- Il nous faudrait en avoir le cœur net, répondit Krin. Mais approcher la capitale est très dangereux.

- Si vous nous rendez indétectables par la magie de l’Equinoxe nous pouvons probablement espionner sans nous faire voir.

- C’est encore plus risqué, vous êtes au bord de la gueule du loup, autant ne pas vous y jeter dedans. D’un autre côté c’est une opportunité, nous autres Equinoxiens sommes trop visibles et moins discrets.

- Pouvez-vous ou non ? Dit Melissandre avec impatience.

- Oui.

- Dans ce cas, allons-y.

Chapitre 7 - La chute de l’Empereur

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La vue sur Meragi réjouissait Amidaraxar. Les démons agglutinés les uns contre les autres dévalaient la grande pente qui menait jusqu’à la capitale impériale. Rapidement la vague frappa de plein fouet. Les plus gros des démons se jetèrent sur les maisons de bois et de pierres. Elles ne présentèrent qu’une résistance symbolique face à leur rage et leur force. L’attaque était lancée et marquerait à jamais l’histoire de l’empire de Xzia. Dans les rues les hommes, femmes et enfants hurlèrent et fuirent en voyant l’armée Néhantiste fondre sur eux. Mais pour eux il était trop tard. Rattrapés en un rien de temps les chairs furent tranchées et les vies ôtées.

- Parfait, cela ne sera qu’une formalité ! Exulta Amidaraxar qui n’avait pas encore bougé. Tu n’y vas pas Zejabel ?

- Mes morts encerclent la ville, nous coupons toute retraite. Allons-y ensemble, je suis sur qu’il y a quelques perles parmi tous ces morts. Tu devrais dire aux démons de faire attention, je n’ai pas envie de réanimer des gens trop abîmés.

- Tu es un être à part Zejabel, voilà que tu t’inquiètes de l’état de simples cadavres. Honnêtement ce n’est qu’un détail.

- Détail ou pas, j’y tiens.

Amidaraxar sourcilla et haussa les épaules.

- Allons cueillir notre petit Empereur, lui, fera bien dans ta collection, je suis sur qu’il te sera reconnaissant, plaisanta Amidaraxar en commençant à descendre la pente.

Zejabel suivit le mouvement. Le nécromancien trouvait que tout cela était beaucoup trop simple, et par conséquent il s'ennuyait. A l’inverse Amidaraxar s’amusait énormément et plus ses démons détruisaient Meragi, plus il était heureux. Les deux maîtres Néhantistes se baladèrent entre les gravats et les maisons en flamme. L’ivresse du pouvoir montait lentement dans l’esprit d’Amidaraxar alors que les démons autour d’eux continuaient leur travail de sape. Les cadavres jonchaient le sol et le sang se mêla vite à la terre, ajoutant l’odeur métallique caractéristique à celle du bois brûlant.


Plus loin, les démons courraient dans tous les sens, sans aucune organisation. Lorsque l’un d’eux voyait un humain, il l'exécutait le plus rapidement et le plus cruellement possible. Certains d’entre eux avaient pour mission d’éradiquer tous les soldats restants dans le palais impérial ainsi que tous les ministres et autres conseillers. Seul l’Empereur devait survivre et être conduit sur la place centrale de la ville devant Amidaraxar qui lui-même mettrait fin à sa vie. Utkin et Silencieuse deux des rejetons de Néhant se chargeaient de cette tâche. Les autres démons présentaient un caractère bien trop instable et pourraient par “erreur” tuer l’Empereur. Un à un ils montèrent les escaliers pour finalement trouver la cible confortablement installée dans son trône.

- Tu es seul "votre majesté ?" Critiqua Utkin avec une bonne dose d'ironie. Où sont passés les si grands guerriers de la Kotoba ? Loin n’est-ce pas, trop loin pour te venir en aide ? HAHAHA !

L’Empereur fixait les deux démons sans exprimer la moindre émotion.

- Faites votre office, bourreaux, je suis prêt à mourir pour l’Empire.

- Oh que oui tu vas mourir, mais pas de ma main, notre seigneur et maître nous attend c’est lui qui va mettre fin à ton existence, Empereur. Je sens que tu es terrifié à l’intérieur.

- Je me moque de ce que tu sens créature du démon. Mène-moi à ton maître sans plus attendre, qu’on en finisse.

La pique toucha Utkin qui grinça des dents. Il n’aimait pas cette façon qu’avait l’empereur de s’adresser à lui.

- Amidaraxar te veut vivant, il n’a jamais dit entier !

Utkin alla pour frapper son prisonnier lorsque Silencieuse, qui comme lui était un rejeton de Néhant stoppa son bras. Elle lui fit comprendre qu’il ne fallait pas toucher à l’Empereur.

- Pff, bien, viens, Empereur de pacotille, bientôt un autre empereur régnera sur cette terre.

- Je suis curieux de voir ça, ironisa l’Empereur.


Amidaraxar et Zejabel arrivèrent sur la place devant le palais impérial.

- J’aime bien ce bâtiment, dit Amidaraxar, épargnons-le, j’en ferai le symbole de notre toute puissance.

- Tu me demandes mon avis ?

- Non, pas du tout.

Puis Utkin et Silencieuse de part et d’autre de l’Empereur sortirent du palais.

- Voilà un peu d’animation, dit Zejabel, l’intérêt bien éveillé. Il est pas mal, j’accepte finalement que tu me laisses son cadavre.

- Il est à toi, dit Amidaraxar en écartant les bras vers sa cible. EMPEREUR ! Soit le bienvenu à ta propre exécution. Regarde ton empire, il s’écroule comme un château de cartes ! Et ce sur une simple diversion. Pathétiques humains.

Amidaraxar passa alors de l'exultation à la rage. Il avança jusqu’à l’Empereur pour le saisir à la gorge en le soulevant.

A ce moment-là apparut Almaria à côté de Zejabel.

- Il y a quelque chose d’anormal avec les habitants de la ville, ni moi ni Ishaïa n’arrivons à en faire revenir.

Zejabel leva les sourcils et regarda le premier corps à sa portée. Amidaraxar qui tenait toujours un Empereur suffocant écoutait la discussion. Le nécromancien s’avança vers le cadavre et réalisa qu’il n’y avait rien de naturel en face de lui.

- Qu’est-ce que ça veut dire ?

- Ma petite surprise vous plait ? Dit l’Empereur. J’avais peur que vous ne découvriez la supercherie dès votre entrée dans la ville.

De rage Amidaraxar serra le cou de sa victime pour le tuer, mais il eut beau serrer rien ne se produisit.

- Qui êtes-vous ? Demanda Zejabel. Vous n’êtes certainement pas l’Empereur qui n’est qu’un simple humain.

- L’Empereur est loin d’ici. Regardez, vous allez comprendre.

L’Empereur claqua des doigts et les milliers de cadavres de la ville explosèrent en des milliers et des milliers de corbeaux d’ombre qui s’envolèrent. Quant à l’Empereur il se libéra de l’étreinte d’Amidaraxar avec facilité, son apparence changea pour devenir celle de Daijin, maître du clan du Corbeau.

- Comment est-ce possible ? Dit Zejabel.

- Le Corbeau ? Maigre compensation, mais compensation tout de même dit Amidaraxar qui s'apprêtait à ordonner à ses démons de tuer le Corbeau.

Mais les milliers de volatiles qui tel un nuage noir volaient au dessus d’eux tombèrent comme la pluie lors d’un orage. Daijin lui-même se sépara en une dizaine de corbeaux semblables aux autres pour se fondre parmi les autres. Les démons les plus rapides eurent le temps d’en abattre quelques uns, mais malgré cela le Corbeau réussit à s’enfuir. Amidaraxar avait les nerfs à vif, l’Empereur lui avait échappé.

- Ils sont bien plus malins en fin de compte. Bon, je suis un peu déçu de tout ça, tu as certes détruit Méragi, mais vide.

- Ils ne doivent pas être loin, déplacer autant de gens a du leur prendre beaucoup de temps.

- Lançons-nous à leur poursuite dans ce cas, dit Zejabel.


Bien plus loin la nuée de corbeaux arriva jusque là où l’Empereur et les habitants de Meragi s’étaient réfugiés. Daijin reprit sa forme humaine et s’agenouilla devant l’Empereur.

- Mission réussie, Enfant de Xzia. L’armée Néhantiste a été retenue le temps nécessaire. Hélas la cité impériale n’est plus.

- Le peuple est à l’abri et c’est tout ce qui compte, nous pourrons rebâtir la ville le moment venu. L’Empire vous est redevable à vie, seigneur Daijin.

- Le clan du Corbeau est à votre disposition votre majesté.

- Où en sont nos armées ? Demanda l’Empereur en regardant Tsuro.

- Les armées du sud seront là demain. Le Conseil des guildes a demandé aux draconiens de dépêcher quelques experts en Néhantistes. Les Lieurs de pierre nous ont aussi proposé leur aide.

- Toute aide sera la bienvenue, il n’y a pas d’ego lorsqu’il s’agit d’éliminer les Néhantistes.


Chapitre 8 - Absolution

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Alors que les bêtes détachées depuis quelques heures à peine mâchaient dans l'insouciance générale du foin venu des terres fertiles du nord-ouest du désert, l’activité était maximale au campement de Youssan. Le marchand ambulant sillonnait le monde à la recherche des produits les plus incroyables et qu’on ne trouvait pas dans le désert. Il pratiquait ce métier depuis plus de vingt ans et sa connaissance du monde lui valait le surnom du Voyageur. Ce jour-là Youssan le Voyageur se trouvait juste à l’extérieur d’Aman-ra, les habitants de la cité allaient de stand en stand en s'émerveillant des trouvailles. Les négociations allaient bon train, le marchand en personne s’était joint à ses serviteurs pour promouvoir ses marchandises. Si ce moment était le plus intense pour Youssan et ses hommes, il permettait aux femmes du convoi de prendre un peu de repos et de parcourir les environs pendant quelques heures.


Neythiri arpentait les ruelles de l’antique cité du soleil avec cette étrange impression d’être déjà venue ici. Mais elle se trouvait dans l’incapacité de dire si ce n’était là qu’une impression ou s’il y avait vraiment quelque chose. Le doute était permis car Neythiri, depuis dix ans maintenant, courrait après un passé perdu, ses souvenirs n’étaient plus que des miettes dans son esprit. Elle ne pouvait donc se fier aveuglement à son ressenti. Pourtant plus elle avançait, plus son sentiment se renforçait la troublant de plus en plus. Elle parvint sur la place du marché et qui avait pour grande particularité de représenter le soleil. La place même était circulaire et les rayons étaient représentés par la multitude de ruelles qui en partaient. Se laissant porter par ses émotions elle déambula le long des divers commerces. Elle s’arrêta devant un établi sur lequel reposaient une multitude d’armes. Son regard se posa alors sur un duo de dagues aux formes courbes.

- Elles sont belles n’est-ce pas ? Elles appartenaient autrefois à un membre... de l’Eclipse, dit le marchand en chuchotant.

Neythiri se saisit d’une d’elles et passa un doigt sur le fil de la lame. Coupante.

- Combien ?

- Ah, elles sont vraiment très chères, avez-vous les moyens ?

La femme lança alors une bourse de cuir bien remplie au marchand. Ce dernier délia le fil et examina le contenu, il y avait là de quoi acheter la moitié de son étalage.

- Elles sont à vous ! Je vous les emballe ?

Mais plongée dans ses pensées, Neythiri n’écouta pas, se contentant de prendre la deuxième dague et de quitter les lieux. Elle le savait, elle avait déjà tenu de semblables armes.


Quelques jours avant cela dans la ville de Thébirak, Nebsen et les autres Nomades du désert discutaient à propos des derniers évènements.

- Ainsi nous avons une porte de l’Infini à moitié détruite au fin fond du désert, dit Mahamoud.

- C’est ce qu’indique le papyrus de Netjhim, dit Sakina qui tenait le papier.

- Je n’avais jamais entendu parlé d’une quelconque porte de l’Infini en mon temps, dit Nebsen. Mais le désert est ancien et son passé est encore caché dans les ténèbres. Nous n’avons commencé à noter l’histoire qu’à l’avènement du panthéon.

- Est-ce que nous allons la voir ? Demanda Sakina, Que dois-je lui répondre ?

Tout à coup Nebsen se retrouva auréolé de lumière et ses yeux étincelèrent de puissance. Sakina recula prudemment.

- J’ai dit quelque chose qu’il ne fallait pas ? S’inquiéta-t-elle.

- Nebsen ? Qu’est-ce que tu as ? Demanda le Vizir.

- Il a une vision, dit alors une voix, celle de Naptys.

Le dieu à tête de lion apparut à côté d’eux.

- Je sens la lumière couler dans mes veines... Ceux qui ont été défaits vont revenir, dit Nebsen alors figé comme une statue.

- De qui tu parles ? Dit Kébèk en fronçant les sourcils.

- Une brèche a été ouverte, le dieu scarabée sera bientôt libre de ses chaînes, il sera accompagné des serviteurs de Ra. Cela se passera dans la cité du soleil.

- Serviteur de Ra ? Des Solarians donc ? Affirma Sakina.

Puis l’auréole disparut et les yeux du sphinx redevinrent normaux.

- Qu’est-ce... Que vient-il de se passer ? S’enquit Nebsen.

- Tu viens de faire une prophétie ! S’exclama Sakina.

- Vous devez aller dans cette cité du soleil, dit Naptys. C’est important.

Puis la divinité s’estompa pour retourner auprès des autres dieux et leur annoncer la prophétie du sphinx.

- Toujours aussi... volatile ces dieux, ironisa Kébèk. Et la cité du soleil c’est où ?

- Aman-ra, répondit Nebsen.

- Aman-ra ? Bien, prenons nos affaires et allons-y ! s’exclama Mahamoud.


Les gardiens de Kehper furent totalement surpris par l’assaut lancé à leur encontre par cette guerrière à l’armure de scarabée. Sa rage incontrôlable lui donnait une assurance prodigieuse. Elle frappa les chaînes de toutes ses forces et les maillons explosèrent dans des gerbes lumineuses.

- Combats jusqu’à ce que je sois libre ! Nul coup ne te blessera Zehanie ! Dit Kehper.

Les Solarians s’interposèrent alors pour éliminer la menace. Leurs pouvoirs aussi étaient fabuleux et étendus, ils firent pleuvoir une lumière brûlante sur la guerrière. Mais l’armure et les pouvoirs divins du dieu la protégeaient. Le temps jouait contre elle, aussi fit-elle le plus rapidement possible, détruisant les chaînes une à une. Et au fur et à mesure Kehper récupérait ses pouvoirs. Des petits scarabées apparaissaient un peu partout autour de lui, une partie d’entre eux aidèrent Zehanie à détruire les chaînes restantes tandis que l’autre moitié firent bloc contre les Solarians. Alertés par l’attaque ces derniers devenaient de plus en plus nombreux. Les scarabées furent vite balayés par la puissance de Sol’ra. Djamena en personne s’était mêlée au combat.

- Tu ne t’évaderas pas ! Hurla-t-elle en menant la contre-attaque. Tu as perdu une fois... et pour toujours !

S’ensuivit une bataille titanesque entre deux forces divines. Les Solarians lumineux affrontaient la cohorte de scarabées à la carapace noire. Le combat aurait été inégal, la puissance des Solarians sur leur territoire ne pouvait être stoppée, sans une intervention ô combien inattendue et surtout inespérée. De nouveaux Solarians arrivèrent, parmi eux celui à l’aspect de Soraya, et bien d’autres qui avaient foulé les terres de Guem pendant la guerre de Sol’ra. Ces Solarians se jetèrent bec et ongles dans la mêlée, appuyant la défense de Zehanie et de Kehper, s’opposant à Djamena et aux autres enfants de Ra. Lorsqu’il ne resta plus qu’une chaîne, Kehper fut en mesure de se libérer et de changer de forme pour adopter une apparence bien plus humaine.

- Venez avec moi, vous qui m’avez aidé, dit-il à l’attention de Soraya et de son groupe. Un dieu paie toujours ses dettes.

Alors, à présent capable de s’évader, Kehper disparut, emmenant avec lui Zehanie et les Solarians dissidents.


Les Nomades du désert arrivaient à Aman-ra, le soleil allait bientôt se coucher, déclinant lentement, mais inexorablement derrière la mer. Non loin de là le campement de Youssan le voyageur s’était vidé de ses visiteurs. Nebsen stoppa la caravane et regarda vers le ciel.

- C’est maintenant, dit-il, je sens qu’ils sont proches.

Quelques minutes plus tard, Kehper et son groupe apparurent, sans grande surprise pour les Nomades. Par contre Kehper, lui, ne s’attendait pas à une telle rencontre. Nebsen s’approcha de lui les bras écartés en signe de paix. Plus que l’arrivée du dieu, les Solarians lui importaient beaucoup plus.

- Tu es là pour m’arrêter, sphinx de Ra ?

- Non, nous sommes venus vous accueillir et vous soutenir. Ce monde a changé et le temps de l’unité entre les dieux est venu.

- Unité ? Changement ? Nous sortons d’une bataille contre les enfants de Sol’ra, dit Kehper sur le ton de l’exaspération.

- Peut-être, mais les Solarians ici présents, dont moi, préférons la paix à la guerre. Je veux que Ra redevienne Ra.

- Nous aussi nous le voulons, dit Soraya.

La discussion s’engageait lorsqu’un des Solarians accompagnant Kehper se détacha du groupe. C’était une femme aux vêtements amples portant un masque royal. Nebsen l’observa et comprit que quelque chose n’allait pas. Il confia alors au Vizir la suite de la discussion et alla voir ce Solarian.

- Je vois ce que tu ressens.

- L’humaine que j’ai habité est là, dans ce camp. Elle souffre, j’aimerais l’aider.

- C’est respectueux de ta part. Je sens aussi que tu cherches le pardon.

- Oui.

- Allons voir.


Neythiri avait laissé ses obligations de côté depuis qu’elle avait acheté les dagues. Pour elle le temps s’était écoulé différemment si bien qu’elle arriva au campement à la toute fin de l’après-midi. Les serviteurs amenèrent l’esclave jusqu’au marchand qui attendait au centre du camp.

- Te voilà enfin ! Où étais-tu passée !? Demanda Youssan. Qu’est-ce que c’est que ces dagues ? Et les provisions ? Neythiri fut alors tirée de ses errances intérieures.

- Je... je ne sais pas trop, j’étais au marché, j’ai acheté ces armes.

- Tu as fait ça ? Et combien as-tu acheté ces vieilleries ?

- Tout ce que j’avais, je crois.

- TOUT ? Mais il y avait de quoi nous nourrir tous pendant deux semaines ! Hurla Youssan.

Le marchand perdit son calme et mit une gifle du revers de la main. La jeune femme tomba par terre en lâchant les dagues. Neythiri se recroquevilla immédiatement en implorant le pardon du marchand. Celui-ci avait de temps à autre des coups de sang qui pouvaient être violents. Elle en avait déjà fait les frais à maintes reprises. Youssan frappa la jeune femme à s’en faire saigner les mains et en la traitant de tous les noms les plus choquants.

- Regardez, vous tous, voilà ce qu'il en coûte de dépenser mon argent, gagné à la sueur de mon front !

Youssan releva Neythiri et la confia à deux serviteurs pour qu’ils la retiennent. Puis il détacha le fouet qu’il portait à sa ceinture.

- Me voler, c’est me manquer de respect, et me manquer de respect me met en colère !

- La colère n’amène que la destruction ! Déclara une voix venant de l’extérieur du camp.

Youssan se retourna pour voir qui osait contester son autorité. Il resta figé en voyant Nebsen et la forme lumineuse à son côté. Les serviteurs, croyant à une apparition divine se prosternèrent en demandant qu’on les épargne. Quant à Youssan, pas croyant pour un sou, ne se démonta pas.

- A qui ai-je l’honneur ? Demanda-t-il avec assurance.

Nebsen passa à côté de lui et se planta devant les deux hommes qui retenaient Neythiri. De peur ils la lâchèrent au sol. Nebsen eut le temps de la retenir et il la serra contre lui. Il passa sa large main sur son visage défiguré.

- Tu as été brisée, autant à l’intérieur qu’à l’extérieur. Que la lumière de Ra te protège et que tes plaies se referment.

Et effectivement les plaies se refermèrent lentement, les bleus disparurent comme par magie. Les souvenirs de Neythiri revinrent d’un coup. Elle se rappelait maintenant de qui elle était autrefois. Elle regarda la forme à côté d’eux et reconnut Kararine, le Solarian qui était en elle autrefois. Nebsen la reposa.

- Je vous attends en dehors du camp, dit-il en s’éloignant.

- Attendez, vous allez où là ? Vous me manquez de respect ! Cracha Youssan. Vous n’aviez pas à interv...

Il n’eut pas le temps de finir sa phrase que du sang gicla par sa bouche. Neythiri venait de lui planter dans le dos les deux dagues qu’elle venait d’acheter avec l’argent du marchand.

Chapitre 9 - L'ascension des champions - partie 1

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Le jeune Kirian n’en pouvait plus. Sa journée avait été un véritable calvaire, mettant sa patience à rude épreuve. Comme un jeune chien heureux de revoir son maître, l’apprenti magicien exultait à l’idée d’enfin rencontrer celui avec qui il correspondait depuis si longtemps. Il n’avait jamais rencontré celui qui signait ses lettres comme “Un ami” mais jusqu’ici les conseils qu’il lui avait prodigué s’étaient révélés précieux. Quelle ne fut pas sa joie lorsque son ami lui proposa enfin de le rencontrer, au bout de presque dix années d’échanges sur des sujets divers mais qui tournaient souvent autour de la magie. Kirian avait compilé l’ensemble des connaissances acquises en plus de ses recherches dans un vieux grimoire dont il tournait frénétiquement les pages. Il tenta bien d’aller s'aérer quelques heures dehors, mais il trouvait que ça n’allait pas assez vite. Il pensa même à utiliser sa magie pour faire avancer le temps, mais il se ravisa lorsqu’il se souvint que son ami lui avait formellement interdit de mettre en pratique les sortilèges durement acquis.

Heureusement le temps avancait, inexorablement, et l’heure du rendez-vous sonna. Kirian rangea son grimoire dans son sac de cuir, ferma la porte de son habitation la tête pleine de rêves.


Quelques heures plus tard il se trouvait dans un petit hameau composé d’un duo de vieilles bâtisses que le temps n’avait pas épargnées. L’apprenti magicien s’étonna d’avoir un rendez-vous ici, s’était-il trompé d’endroit ? Non, les indications de la dernière lettre de son ami ne laissaient pas de place au doute, les éléments sur la route étaient corrects : l’arbre mort, la pierre peinte, à gauche au croisement puis longer le grand arbre pour enfin arriver sur le lieu du rendez-vous. C’était là, et nulle part ailleurs.

- Eh oh ! Quelqu’un ? C’est Kirian !

- Par ici ! Dit une voix derrière l’une des deux maisonnettes. Kirian, je suis là.

L’apprenti magicien, confiant, suivit la voix et contourna la ruine, scellant malgré lui son funeste destin. Il n’avait aucune raison de se méfier de son ami, pourtant il avait été trompé, et ce, depuis le départ. Il s’attendait à un homme, peut-être une personne d’un certain âge, mais certainement pas à ça. Ce guerrier devait mesurer au moins deux mètres, il s’appuyait sur une large et étrange épée dont la lame avait l’air vivante. Son visage était camouflé derrière un casque qui lui cachait les yeux, ce qui ne l'empêchait pas de regarder en direction de l’arrivant.

- Nous voici enfin face à face Kirian... mon ami, dit le guerrier.

A ce moment-là un démon apparut derrière l’homme et lui posa la main sur l’épaule.

- Oh ! cette peur... délicieuse, je la vois perler sur ton visage.

- Que... je ne comprend pas ! Que me voulez-vous ? Qui êtes-vous ?

- Peu importe qui je suis, tu dois juste savoir que j’ai besoin de ta médiocrité petit mage. J’ai passé beaucoup trop de temps à te former pour ce moment.

- Les lettres ? C’est vous ?

- N’ai-je pas une plume exquise, j’ai autant de dextérité à l’écriture qu’au maniement de ma lame... Vois-tu j’étais très impatient que nous nous rencontrions, rester invisible aux yeux des peuples de ce monde pendant si longtemps a été pour moi un véritable supplice.

- Qu’attendez-vous de moi ?

- Patience, tu vas être vite au courant de mes intentions vu que tu fais partie de mon plan... As-tu apporté ton grimoire comme je te l’ai demandé dans ma lettre ?

Kirian fit oui de la tête.

- Parfait, sous-fifre lâche-le et reste en retrait.

Le démon exécuta l’ordre, relâcha son étreinte et recula de quelques pas.

- Si tu tentes de fuir tu n’iras pas loin, sors ton grimoire et commence le rituel du temps passé.

- Le rituel du temps passé, mais je ne le maîtrise pas encore.

- Justement... J’ai passé dix ans à t’apprendre les arcanes de la magie du temps, non pas par hasard. Tu as été choisi pour tes capacités à manipuler la magie du temps, mais tu n’arriveras jamais à la maîtriser. Si c’était le cas je n’aurais jamais jamais fait tout ça et j’aurais déjà atteint mon objectif.

- Et que voulez-vous faire ?

- Ne cherche pas à comprendre, fais ce que je te dis !

Contraint par la peur, Kirian tira son grimoire du sac, ses mains tremblaient, il comprenait qu’il venait de se faire avoir en beauté. Comment être passé à côté de tout ça ? L’histoire était trop belle, mais le fait qu’en dix longues années de correspondance son “ami” ne lui avait pas donné son nom, ni accepté une rencontre aurait dû lui mettre la puce à l’oreille. Sauf que c’était trop tard, il était fait comme un rat. Il passa les pages du grimoire et s’arrêta là où il avait écrit le rituel du temps passé.

En première étape il devait faire apparaître le sablier du temps. Il l’avait déjà fait, ce n’était pas facile mais pas insurmontable. Sous le regard avide du démon, Kirian se mit au travail. De son côté le guerrier s’occupait à mettre en place les éléments pour son plan. Il disposa deux objets à une dizaine de pas de part et d’autre de Kirian. Le premier objet ressemblait à une cage aux barreaux magiques. A l’intérieur des formes humanoïdes pas plus hautes que trois pommes semblaient hurler leur désespoir. L’autre objet prenait la forme d’une statuette à peine plus grande que la cage et représentait un démon sculpté dans une pierre-cœur. Enfin le guerrier se plaça à quelques pas en face de Kirian. Ce dernier psalmodiait des incantations magiques en chuchotant, dessinant des symboles dans la terre sablonneuse. Puis il s’arrêta, les deux mains au sol. Les symboles s’illuminèrent d’une teinte verte avant de propulser de l‘énergie vers le haut et s’entrelacer. Un large sablier se forma par magie.

- Bien... Passons à la suite dit le guerrier en plantant sa lame dans le sol. Tu vas nous faire revenir... disons dix années en arrière, ici même.

- Ça ne va pas fonctionner, on risque de se retrouver dans une autre époque !

- Fais ce que je te dis ! Dit le guerrier les poings serrés.

- D’a... d’accord.

Kirian se concentra sur le sablier dont le sable s’écoulait extrêmement lentement. Autour d’eux la magie du temps se mit à l’œuvre, des horloges, cadrants solaires et autres sabliers apparaissaient et disparaissaient de manière chaotique. L’apprenti mage du temps longeait la Trame du temps mais n’arrivait pas à s’y repérer, hésitant, trop inconstant, le geste hésitant. Il allait certainement provoquer une catastrophe temporelle.


Mais la Trame du temps ne pouvait être si aisément empruntée sans quoi le moindre mage manipulant cette magie aurait le loisir de modifier les événements présents, passés et futurs. L’organisation Tempus se chargeait de surveiller cette Trame et régler les problèmes temporels qu’il pourrait y avoir, comme celui que Kirian était en train de faire. Doloreanne, dans une époque très proche de celle de Kirian, décida d’agir et se rendit sur place. En un clin d’œil elle se retrouva face au ritualiste et à ce grand guerrier. La pauvre eut à peine le temps d'apparaître qu’elle fut immédiatement agressée. Le guerrier lui décrocha une droite qui la mit KO alors que la cage des âmes s’activait. Immobilisée par le guerrier elle sentit son âme quitter son corps pour être happée par la cage. Dans un second temps le démon qui attendait sagement attrapa la statuette et la brisa en la jetant par terre. Une fumée noire s’en échappa, compacte elle flotta jusqu’au corps de Doloreanne à présent vidé de son âme et en prit possession. Le physique de la jeune femme changea pour prendre une apparence plus démoniaque, cornes, yeux noirs et rouge, symbole de Néhant sur le front.


Kirian, trop froussard avait stoppé son rituel, il n’arrivait pas à saisir l’utilité de tout cela, mais il comprenait que le plan de ce guerrier fonctionnait parfaitement. Le guerrier relâcha Doloreanne qui chancela légèrement. Le démon à l’intérieur prenait ses marques dans ce corps tout neuf.

- Es-tu parmi-nous ? Demanda le guerrier.

- Je suis là, Fléau des âmes, prêt à te servir et à servir notre maître.

Le Fléau des âmes récupéra son arme et révoqua son serviteur démoniaque. Puis il s’avança vers Kirian qui était prostré par terre et pleurnichait.

- Merci mon ami, grâce à toi nous allons faire revenir Néhant. Je ne te cache pas que ta souffrance me provoque beaucoup de plaisir. Je suis vraiment fier de toi. Allons-y démon du temps, notre Maître attend.

- Ce corps est simplement fantastique, la magie du Temps coule dans ses veines. Nous pouvons partir dès que j’aurais établi notre date d’arrivée et masqué notre voyage.

Le démon du Temps fit apparaitre le sablier comme l’avait fait Kirian quelques instants avant avec une incroyable facilité. Prouvant à quel point l’homme était novice en la matière. Puis après s’être concentré dessus un bon moment, il fit signe au Fléau des âmes de s’approcher. Celui-ci ramassa la cage des âmes et se plaça à côté du démon. La magie verte les entoura et en quelques secondes les deux Néhantistes avaient disparu. Kirian se retrouva seul devant son acte et ses conséquences. Il resta là pendant une heure, réfléchissant à ce qu’il venait de faire et aux implications. On l’avait roulé dans la boue, pris pour un moins que rien, mais il ne comptait pas rester inactif devant cette violence psychique qu’on venait de lui faire subir. La rage et le désir de violence montaient en lui, que pouvait-il faire pour tenter de corriger le tir ? Son regard se porta sur le grimoire et une idée lui vint. C’était risqué pour quelqu’un qui comme lui maniait la magie du Temps avec maladresse. Cela lui importait peu, il était prêt à offrir sa vie pour réparer ses erreurs. Aussi il recommença le rituel, cette fois le sablier apparut plus rapidement, puis de manière presque instinctive il plongea son esprit dans la Trame du Temps. La magie fusait de toute part, Kirian voulait perturber la Trame de façon très visible. Et il y parvint à la perfection car un homme apparut non loin de lui, tout comme l’avait fait la femme devenue démon quelques temps avant. C’était un vieil homme tout rabougri et de petite taille. Celui-ci usa de sa magie pour arrêter le rituel.

- Cessez immédiatement ! Dit-il, vous n’êtes pas autorisé à emprunter la trame du temps !

- Je sais, je sais, dit Kirian essoufflé, je dois vous informer d’un fait grave dont je suis fautif.

L’Horloger de la destinée s’approcha de l’apprenti mage et ramassa le grimoire qui traînait à ses pieds. Après en avoir feuilleté quelques pages il comprit que quelque chose n’allait pas.

- Je vous écoute, qui vous a donné ces informations ? De quelle nature est ce fait grave ?

- J’ai été trompé par un Néhantiste, il ressemblait à un humain avec un casque étrange et une grande épée qui semblait vivante. Il avait avec lui une étrange cage. J’ai pratiqué le rituel du temps passé et une femme est venue pour nous arrêter. Ce Néhantiste qui se fait appelé le Fléau des âmes a alors capturé l’âme de cette femme pour qu’un démon en prenne possession. Suite à quoi ils m’ont laissé là et sont partis en empruntant la Trame du Temps.

L’Horloger avait du mal à croire tout cela, mais le grimoire parlait de lui-même et puis ce nom, le Fléau des âmes, cela lui disait quelque chose. Par contre, qu’ils aient ensuite emprunté la Trame du Temps sans qu’aucun Tempus ne s’en aperçoive était plus que préoccupant.

- Je garde ceci, dit l’Hologer qui réfléchissait. A-t-il dit autre chose ?

- Oui je crois qu’il compte remonter le temps dans le but d’aider Néhant.

L’Horloger fit la moue et regarda autour de lui.

- Nous allons agir immédiatement.


Le vent fouettait le visage de Zahal. La guerre interne qui secouait la Draconie n’avait pas désenflée et les Chevaliers Dragons, devaient plus que jamais redoubler d’efforts dans leurs actes. De mémoire jamais il n’y eut autant de membres présents simultanément dans cet ordre prestigieux. Zahal s’était vu confier la direction de l’ordre, gagnant le titre de commandeur. Il menait sa tâche avec panache et fermeté, les erreurs du passé étaient effacées depuis longtemps, seuls les exploits comptaient. Absalon était désormais un chevalier aguerri et n’était plus l'écuyer de Zahal, non, le commandeur s’occupait de former un nouveau Chevalier Dragon. Mais pour l‘heure sa présence au Tombeau d’Ehxien n’avait rien des fruits du hasard. Plusieurs jours plus tôt, alors qu’il mangeait, une jeune femme était venue jusqu’à lui en se présentant comme étant l’Apôtre du destin. Elle lui révéla l’incident avec l’apprenti magicien et la soudaine apparition du Fléau des âmes, un ancien lieutenant de Néhant sensé avoir été vaincu il y a bien longtemps. Bien qu’incroyable, on lui demandait à lui de régler cette histoire et de partir vers le passé arrêter le Néhantiste. Le risque était grand surtout qu’il pouvait y avoir une confrontation directe avec Néhant en personne. Zahal se rappela alors des paroles de son maître, le Chevalier Dragon Valentin, il lui avait dit autrefois : lorsque le péril qui se dresse devant toi te semble insurmontable alors brandit Dreïst, l’arme du premier d’entre nous, elle te donnera le courage et la force d’abattre tes ennemis. Il avait suivi le conseil, il tenait Dreïst dans sa main, l’incroyable lame, don de Dragon à son fidèle ami. La légende racontait que Chimère et Dreïst furent forgées ensemble par Dragon bien avant que ne se dresse Noz’Dingard. A présent bien armé Zahal comptait se rendre au point de rendez-vous au Tombeau des ancêtres.


- Je savais que vous arriviez, Apôtre, dit Daijin qui était assis devant une sorte de boule de cristal.

- Votre renommée dépasse les frontières du Temps, Corbeau. Si vous avez deviné ma venue, est-ce que vous en connaissez la raison?

- Je dirais... temporelle ? Comme la dernière fois que nous nous sommes croisés.

- Le Fléau des âmes est réapparu, il détient une des nôtres et est reparti dans le passé pour une raison que nous ignorons si ce n’est que ça a un rapport direct avec Néhant.

- Et en quoi cela me concerne ? Vous ne pouvez pas y aller et rectifier tout cela ? N’est-ce pas là votre rôle, ordre de Tempus ?

- Nous avons tenté, mais aucun Tempus ne peut accéder au moment de l’arrivée du Fléau dans le passé. Il nous faut envoyer des personnes capables de se dresser face au Fléau des âmes.

- Vous comptez à ce que j’y aille ? N’est ce pas plutôt une affaire draconienne ?

- Le Chevalier Dragon Zahal va partir avec vous.

- Impressionnant... pourquoi lui ?

- Parce que cela fait partie de son destin, et du vôtre, Corbeau. De plus j’ai un argument que vous ne pourrez pas ignorer. Le fait est que si vous ne partez pas, vous ne parviendrez pas à contrer les plans du Fléau des âmes et Néhant reviendra. Mais rien n’a changé, donc vous réussirez.

- Notre mission sera couronnée de succès ?

- Oui, mais il y aura un prix à payer.

- Lequel ?

- Lorsque vous reviendrez, Amidaraxar aura détruit Meragi.

- Je vois, laisser Néhant revenir, ou alors perdre une ville. Le choix est cornélien, dit Daijin en ayant une idée derrière la tête. Je devrais m'accommoder de la pensée draconienne.


- Êtes-vous prêts Champions ? Demanda l’Horloger de la destinée. Souvenez-vous de ceci, votre but, unique but, est de contrer le Fléau des âmes, ni plus, ni moins. Nous remarquerons toute modification temporelle ou du destin.

- C’est compris, dit Zahal un peu mal à l’aise à l’idée de collaborer avec le Corbeau. Comment allons nous revenir dans notre temps ? S’inquiéta-t-il.

- Tempus ne laissera jamais des voyageurs du temps dans une époque qui n’est pas la leur, répondit Daijin.

- N’ayez pas d’inquiétude Commandeur, rassura l’Horloger, si nous ne pouvons, pour le moment, plus voyager le long de la Trame, nous pouvons tout de même ramener ceux que nous envoyons.

- Et pourquoi ne pas avoir ramené le Fléau ? Questionna Zahal.

- Parce qu’il est protégé par Doloreanne, enfin du moins par ses pouvoirs.

- C’est une grave faille de votre organisation qui a de graves répercussions, accusa Daijin.

- Nous ne sommes pas responsables de l’utilisation que font les gens de la magie du Temps. Ne nous blâmez pas nous essayons de rétablir le cours des choses.

- Nous reparlerons de tout ça, dit Daijin en tournant le dos à l’Horloger. Envoyez-nous là où vous devez. Zahal jeta un coup d’œil à Daijin, puis à l’Hologer à qui il adressa un signe de la tête. Le mage du temps s’activa alors et exécuta le même rituel qu'avait fait Kirian, mais avec beaucoup plus d’expertise. Des images de scènes du passé apparaissaient et disparaissaient à vive allure, puis une image resta figée, cela ressemblait au Tombeau des ancêtres, mais celui d’il y a des années et des années. Daijin marcha lentement vers le portail temporel, suivi d’un Zahal déterminé.

- Bonne chance, dit l’Horloger en saluant le commandeur.

Lorsque les deux voyageurs temporels passèrent le portail ils furent projetés le long de la trame du Temps, sorte de tunnel de lumière verte. Le temps n’avait plus la même signification ici, ils flottèrent à l’intérieur de ce tunnel jusqu’à ce qu’une porte s’ouvre non loin d’eux et les aspire d’un coup avant de se refermer.

Daijin et Zahal se retrouvèrent alors au même endroit qu’avant leur départ, mais la bâtisse construite en signe de paix entre l’Empire de Xzia et la Draconie n’existait pas. De plus le paysage était celui d’avant la guerre contre Sol’ra. Par contre le ciel était couvert de nuages noirs aux reflets rouge. Autour d’eux il y avait comme un parfum de mort. Deux personnes s’approchaient d’eux, l’une était de grande et ressemblait à un arbre, l’autre était un homme au style vestimentaire proche de celui des draconiens. Daijin resta impassible, mais Zahal n’hésita pas à sortir les armes, bien qu’il reconnut un Daïs et un Draconien, il ne les avait jamais vus.

- Qui êtes-vous ? demanda le commandeur.

- Je suis l’archimage Artrezil et voici Quercus.

Zahal écarquilla les yeux, abasourdi d’entendre de tels noms.

- Artrezil ? S’étonna Daijin, et Quercus, deux illustres parmi les illustres, pourquoi êtes-vous là ?


A suivre


Chapitre 10 - A la poursuite d’Olhiam

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- Il se réveille, vite Manon va me chercher l’ancienne.

La petite fille échevelée s’en alla en courant dans l’unique rue boueuse du hameau où elle vivait avec ses parents, ses frères et sœurs. L’ancienne résidait dans une maisonnette au moins aussi vieille que sa résidente, le bois laissait passer la chaleur de l’été et le froid mordant de l’hiver. Mais la vieille dame s’en moquait bien. Les étés dans cette région des terres de Guem n’étaient pas si chauds et les hivers plutôt doux. Manon tambourina à la porte en appelant l’ancienne dont l’âge avait eu raison d’une part de son audition.

- Ma petite Manon, s’exclama l’ancienne en ouvrant la porte. Que veux-tu ?

- C’est le monsieur qu’on a trouvé près de la falaise, il vient de se réveiller.

- Ah ! D’accord, prends mon sac et aide-moi à aller jusque chez toi, nous allons voir notre patient.

Lorsqu’elles arrivèrent l’homme recueilli deux jours plus tôt était assis sur le bord du lit et discutait avec le père de Manon.

- L’ancienne, merci d’être venue. Je vous présente le commandant Malderez, il a quelques difficultés à remettre en ordre ce qui lui est arrivé.

La veste couverte de sang posée au pied du lit indiquait les origines militaires du blessé. Le reste de sa tenue confirmait cela, un pantalon d’officier, des bottes bien entretenues quoique partiellement couverte de boue à ce moment précis. La tête de ce pauvre homme était emmitouflée dans plusieurs couches de bandelettes de drap à la propreté douteuse. La douleur était insoutenable, son œil droit avait gonflé de manière prodigieuse. Il ne se souvenait que de bribes de ces derniers jours. Il se revit sur un navire, son navire peut être, poursuivant quelque chose ou quelqu’un.

- Je me suis retrouvé au milieu de débris enflammés, la tête et le visage en sang. J’ai perdu connaissance et vous m’avez trouvé, dit le commandant.

- On va voir votre blessure messire Malderez, vous venez des Îles Blanches vu votre uniforme. C’est loin d’ici. Vous ne vous rappelez plus pourquoi vous êtes venu par ici ? Demanda l’ancienne en enlevant délicatement le pansement.

- J’aimerais pouvoir vous le dire, mais je n’en sais vraiment rien.

- Prenez votre temps ça va vous revenir, dit l’ancienne, vous êtes ici chez vous. Votre blessure n’est pas infectée, dit-elle en passant une sorte de pommade à l’odeur terriblement nauséabonde. Reposez-vous.


La journée passa sans que Malderez ne puisse remettre en ordre ses idées, et lorsque la nuit arriva il s'endormit en pleine confusion. Son sommeil fut plus qu’agité, ses rêves n’étaient que flots d’images incessantes. Il se voyait à bord d’un petit navire volant, il semblait chercher quelqu’un. Puis à quelques mètres au-dessous de lui une forme, un homme de grande taille en train de courir entre les arbres, tentant de se cacher. Mais Malderez ne lâchait pas sa proie et le fuyard ne parvint pas à lui échapper. C’est alors qu’un orage éclata au-dessus de lui. Les nuages noirs et rouges grossissaient à vue d’œil. Puis un éclair rouge frappa le navire et ce fut la chute, l’accident. Il se revoyait tenter de redresser la barre sans que le navire ne réagisse. Le choc avait été violent, tout comme son réveil. Malderez était essoufflé et en nage. Il se souvenait à présent, la chasse, l’accident, le fait qu’il se retrouve ici, tout était clair. Il se leva et s’habilla malgré un mal de tête considérable. Alerté par le bruit le père de Manon alla frapper à la porte de son invité.

- Vous allez bien ?

Mais pas de réponse, aussi il s’aventura à entrebâiller la porte et vit le convalescent en train de se vêtir.

- Non, non, vous devez rester alité le temps d’aller mieux !

- Je ne peux pas rester, mes souvenirs sont revenus, je sais pourquoi je suis dans cette région, loin des Îles Blanches. Pouvez-vous m’amener jusqu’aux débris de mon navire je vous prie ?

- Maintenant ? Mais nous sommes au beau milieu de la nuit.

- Je sais que je vous demande beaucoup. Vous serez dédommagé pour tous les soucis que je vous ai causé. C’est vraiment important, c’est une question de... sécurité.

- De toute façon je ne vais pas vous laisser partir seul, les environs sont infestés de volks gris.

- Merci.


Quelques heures plus tard, les deux hommes arrivèrent sur le lieu de l’accident. Il y avait des bouts de bois et de métal partout, un arbre arraché et d’autres en parties calcinés. Malderez commença à soulever les débris à la recherche de quelque chose en particulier.

- Il ne reste pas grand chose commandant.

- Ce que je recherche ne peut pas se casser, ni se briser. C’est une sphère de métal de couleur cuivre, peut être dans un boite si elle a résisté au choc.

- A quoi sert cet objet ?

- Il va me permettre de joindre l’Arc-kadia, le navire amiral de la flotte de Bramamir. J’étais à la poursuite d’un fugitif lorsque l’accident est survenu, je dois prévenir l’Amiral car il est vital que nous parvenions à le capturer. L’accident a eu lieu avant-hier c’est ça ?

- Oui c’est ça.

- Dans ce cas rien n’est perdu, il ne peut qu’aller vers la forêt Eltarite, nous pouvons largement l’intercepter, dit-il en continuant ses fouilles.

- Dites est-ce que ça ne serait pas ça ? Dit le père de Manon en montrant quelque chose en partie couvert de terre.

Malderez débarrassa l’objet de la cendre et de la terre, c’était bien ça.

- Oui, magnifique ! Merci beaucoup, dit le commandant en examinant la sphère.Voyons voir...

Le commandant s’avérait être un magicien et non pas un simple soldat. La magie se diffusa à partir de ses mains pour activer la sphère qui se mit à cliqueter de l’intérieur. Puis des plaques de la surface se déplacèrent de façon à former un petit trépied, et la partie supérieure s’ouvrit dans un grincement de rouages. A l’intérieur un cristal bleuté s’insérait dans un enchevêtrement de fils de cuivres et d’autres rouages. Après avoir déposé l’objet au sol le cristal bleu se mit à scintiller et à émettre un léger bourdonnement. C’était un savant mélange entre la mécanique et la magie, typiquement le genre de technologie née à Bramamir. Depuis qu’Al la Triste dirigeait les Îles Blanches, la société s’était améliorée et la technologie avait évoluée, principalement grâce à l’aide d’autres nations comme celle de la Draconie par exemple. Une image en relief apparut, il s’agissait de l’Amiral en personne.

- Malderez, où t’étais passé ? Deux jours qu’on est sans nouvelle.

- Je m’en excuse Amiral, j’ai eu un accident. J’ai poursuivi et retrouvé le fugitif, mais mon navire a été frappé par un trait de foudre rouge. Le navire s’est échoué et a été totalement détruit. Les habitants du coin m’ont recueilli et soigné, étant blessé je suis resté inconscient pendant un jour entier.

- Nous allons venir vous chercher. Et pour le fuyard, par où est-il parti ?

- Cette région est bordée de falaises puis d’une plaine parsemée d’arbres jusqu’à la forêt Eltarite. Même en courant il lui faudrait quatre jours pour arriver à la forêt et nous échapper.

- Ça n’arrivera pas. Nous serons sur vous dans deux heures. Terminé.

Le cristal cessa de projeter les images et la sphère se referma lentement.


L’Arc-kadia voguait dans les airs, juste au dessus d’un groupe d’arbres aux branches battues par le vent vif qui soufflait ici. L’équipage avait récupéré le commandant Malderez encore faible du fait de ses blessures. Grâce à ses précieuses indications l’Amiral avait fini par repérer le fuyard qui se cachait bien mais qui était au bord de l’épuisement. Ce fut déjà un exploit d’avoir quitté la Draconie et d'être arrivé jusque-là en un temps record. Mais désormais le monde entier était à sa recherche et l’étau se resserrait de plus en plus. La forêt n’était plus très loin et avec elle la promesse d’un répit, probablement de courte durée, mais au moins le temps de réfléchir à un plan, une échappatoire. Mais pas cette fois, car pour la seconde fois depuis qu’il arpentait ces terres ces maudits guémiens, comme il les appelait lui mirent la main dessus. A bord de l’Arc-Kadia ce fut le branle-bas de combat dès lors que l’Etranger fut repéré. L’équipage prépara grappins et chaînes en prévision de l’arrestation prochaine du fuyard. La tactique était au demeurant assez simple. L’Arc-kadia ayant une vitesse de progression bien supérieure à celle de l’Etranger, l’Amiral décida de lâcher tous les hommes qu’elle pouvait pour encercler et prendre au piège l’Etranger. Une fois dans les mailles du filet, le reste ne serait qu’une formalité. C’est exactement ainsi que, pour la seconde fois, l’Etranger fut capturé. Mais cette fois, grâce aux erreurs passées, la cage pour retenir le prisonnier était adapté.


Et quoi de mieux pour ça que de l’attacher à l’ancre de l’Arc-kadia ? S’il se libérait cette fois là, ça serait la mort.

Chapitre 11 - Chronique de la Kotoba : Asajiro

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Mon nom est Sima Quian, aujourd’hui, alors que la nuit éternelle va bientôt couvrir mes yeux il est grand temps d’écrire l’ultime chapitre de la chronique de la Kotoba. Je termine par un des personnages avec qui j’ai eu beaucoup de plaisir à discuter de sujets et d’autres et ce malgré sa chute. Voici donc ce chapitre, dédié à Asajiro. Ma mémoire n’est plus ce qu’elle était autrefois, me jouant des tours dont je me passerais bien. Si les évènements récents sont bien plus clairs pour moi les plus anciens sont plus vagues et je m’excuse auprès des personnes qui liront ces lignes de ces imprécisions.


Notre première rencontre date d’il y a un peu plus de vingt ans alors que j’enseignais dans la très prestigieuse école Impériale. Ce n’était qu’un petit garçon extrêmement timide, mais admirable quant à son intelligence et sa faculté à maîtriser les arts de la guerre. J’étais fasciné par ce gamin qui grandit bien vite. Je fus fier de le voir reçu directement comme officier impérial à un âge dont peu peuvent se vanter. Ensuite je l’ai, il faut bien l’avouer, perdu de vue. En tant qu’officier Impérial il a servi dans diverses garnisons et a participé à de nombreuses batailles. L’exemplarité dont il faisait preuve lui valut alors l’oreille attentive du Seigneur Impérial Gakyusha, qui fut impressionné par les états de service d’Asajiro. C’est donc naturellement qu’il fut appelé au sein de la prestigieuse Kotoba.


Je l’ai ainsi retrouvé quelques années plus tard, en pleine tourmente de la guerre de la pierre tombée du ciel. Durant l’une des batailles, bien que perdue, Asajiro s’était illustré en sauvant la vie du Seigneur Impérial Gakyusha. J’eus d’ailleurs la chance d’apprendre de la bouche même du Seigneur Impérial cette action héroïque qui, je l’admets, ne me surprenait pas venant de lui. L’Empereur en personne salua sa bravoure et son infaillible dévotion à servir l’Empire et la Kotoba. Son nom fut même l’objet d’histoires souvent rocambolesques et incroyables qui se racontaient dans les villes et villages de la région. C’était une époque de gloire qui n’augurait rien de la tempête qui allait souffler des années plus tard sur la réputation de cet officier impérial.


Cette histoire est tristement connue de tous, Asajiro l’homme sans faille n’était pas si parfait que ça. La faille dans sa carapace n’était autre que Yu Ling, une femme à la beauté incroyable, pour qui il éprouvait secrètement un amour sans borne. Lorsque la belle décida d’épouser Kuraying un Combattant de Zil d’origine Xziarite, quelque chose se brisa en Asajiro. Le cœur meurtri, il échafauda un plan visant à l’élimination du futur marié. Heureusement le plan fut déjoué grâce aux Envoyés de Noz’Dingard qui découvrirent à temps les manigances et son acte se transforma en tentative d’assassinat, le pire était évité. Après quelques temps dans une geôle de Noz’Dingard son sort fut laissé à l'appréciation de la Kotoba et donc du Seigneur Impérial Gakyusha. J’étais présent lors de ce jugement, on me demanda de consigner tout ce qui s’y dirait. Je ne prendrais pas la peine de tout retranscrire dans ces pages , vous renvoyant aux chroniques impériales à Meragi si vous souhaitez en savoir plus. Le fait est que les échanges furent cordiaux et des explications données. Asajiro regrettait profondément son geste et ses états de service étant parfaits le Seigneur Impérial ne put se résoudre à l’exclure de la Kotoba, par contre en punition son titre d’officier impérial lui fut enlevé, il ne pourrait plus regagner de titre et resterait un soldat comme les autres. Également, et bien que toujours membre de la Kotoba il ne pourrait plus prendre par aux missions de groupe tant qu’il n’aurait pas prouvé qu’on pouvait avoir en lui une confiance absolue. Cette sentence fut perçue comme juste et équitable même si en réalité elle ne l’était pas, le Seigneur Impérial Gakyusha fut très indulgent, n’importe qui d’autre aurait été exclu de la Kotoba.


L’officier Impérial Asajiro devint dès lors Asajiro le vagabond. Il déposa devant Gakyusha sa lance et son armure d’officier et quitta Meragi pour ne jamais y revenir. Non pas qu’il ne le souhaitait pas bien sur, mais simplement parce que la cité fut détruite sans qu’il n’ait eu le temps d’y repasser. Pendant des années il parcourut les provinces impériales, arrêta de nombreuses bandes de brigands, détruisit Phao le terrible qui retenait prisonnière la princesse Zan-Zan et apprit auprès des plus grands maîtres. Malgré tout cela, rien ne permit son retour en grâce. Du moins jusqu’à ce que Meragi soit détruite par les hordes des félons Amidaraxar et Zejabel. Je sais tout cela car je l’ai vécu, du moins de loin...


Je me trouvais en sa compagnie dans une taverne à deviser de ses dernières aventures lorsque la rumeur parvint jusqu’à nous. La capitale Impériale se serait faite attaquer par les Néhantistes et il n’en resterait rien. Mais l’Empereur et les habitants de la cité seraient à l'abri non loin de là où nous nous trouvions. Il n’en fallut pas plus à Asajiro pour aller se renseigner sur la véracité des faits et surtout voir comment se rendre utile. Fort intrigué par ce que pourrait faire le vagabond, je le suivis jusqu’aux abords du village de Yaminzu où il me demanda de me mettre à couvert car quelque chose n’allait pas. Et pour cause, il n’y avait plus personne de vivant, que des morts. Mais comment cela était-il possible ? La réponse arriva lorsque les morts se mirent à bouger et à se relever. Ils étaient si nombreux et si effrayants que je me suis enfui pour me cacher. Vous savez il n’y a rien de honteux à cela, je n’ai jamais été un guerrier contrairement à Asajiro. Le combat s’engagea rapidement, j’avais réellement peur pour sa vie et la mienne. De mémoire je n’ai jamais vu un homme se battre avec autant d’habileté et de précision. D’autres morts vivants se mêlèrent aux pauvres villageois de Yaminzu pour former une véritable armée, si bien qu’Asajiro fut entouré d’ennemis. Peu lui importait le nombre d’adversaires car il connaissait des techniques ancestrales, dont il avait payé l’apprentissage par la perte d’un œil. Je garde précieusement le souvenir du moment où je vis briller dans le ciel des dizaines et des dizaines d’objets brillants, des katanas et autres lames de ce style. Elles tombèrent telle une pluie de métal tranchant sur nos ennemis. Asajiro connaissait la technique des mille lames mise au point par Xzia en personne et transmise secrètement depuis. A la suite de cette action éblouissante ma cachette fut mise à jour par ces créatures et... je m'évanouis de peur.


Au final la bataille fut gagnée grâce au Vagabond qui me sauva d’une mort certaine. Sans son intervention l’Empereur ne serait surement plus qu’un mort vivant parmi d’autres. Ce qu’il advint de lui ensuite ? Je ne sais pas, je crois qu’au final son statut de vagabond lui va bien et qu’ainsi il est libre de parcourir le monde et servir l’Empire.

Chapitre 12 - Les vieux dossiers

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A ce moment là, nul n’aurait pu passer par le couloir menant à la salle du conseil. Lazar occupait largement la place, suivant Maître-Maen et Catalyna qui discutaient devant lui. Le petit groupe, mais pas des moindres, avait rendez-vous avec le Conseil dont Maen faisait partie. La grande salle, pour une fois, ne débordait pas de monde, au contraire seuls une partie des Conseillers et Ciramor étaient présents, devisant de sujets et d’autres. Il y avait aussi une étrange personne qui n’avait pas pour habitude de venir au château de Kaes. Lorsque les Lieurs de pierres arrivèrent dans la salle, Maen fut étonné de voir cette personne, mais de toutes c’est elle qu’il alla saluer en premier.

- Dame Izandra, quel plaisir incroyable votre présence ici me procure, dit Maen en faisant un baise-main à cette jeune femme au physique singulier.

En effet on pouvait voir au travers d’elle, non pas métaphoriquement, mais littéralement. Car elle n’était pas faite de chair et d’os mais de verre, un verre légèrement bleuté comme une statue de cristal vivante.

- Maître Maen, toujours aussi charmant je vois.

- C’est sincère ma dame. Il est bien rare de vous voir au Conseil, quel bon vent vous a amené jusqu’ici ?

- Et bien je me suis décidée à venir mettre mon grain de sel dans vos petites affaires au nom des Maîtres-Lieurs. Ne leur en voulez pas, ils sont très préoccupés par la situation.

Tous les conseillers avaient cessé leurs discussions pour écouter l’échange entre Izandra et Maen.

- Ils suivent assidûment votre progression dans cette affaire d’Equinoxe, ils pensent que cela peut nuire aux affaires et que par conséquent nous devons faire en sorte que tout se passe... bien, ajouta Izandra en souriant.

- Vous m’en voyez ravi, nous venons ici, mais ça vous devez déjà le savoir, afin de faire part au Conseil de nos dernières découvertes qui sont très prometteuses. Vous pourrez rassurer les Maîtres-Lieurs, je suppose que l’idée de venir ici vient de Laelyse ? Vous la saluerez de ma part nous devrons bientôt contrôler ses comptes, mais nous en reparlerons.

Izandra se contenta de cligner des yeux en papillonnant pour ensuite s’installer dans l’un des nombreux sièges faisant face aux conseillers, juste à côté de Ciramor. Vérace quant à lui alla jusqu’à son siège pour récupérer son bâton de cérémonie et frappa deux coups sur le plancher de chêne, sonnant ainsi le début d’une séance.

- Le Conseil des guildes est à votre écoute Conseiller Maen. Qu’elles sont les nouvelles de l’affaire Equinoxe ?

- Conseiller-Doyen, Conseillers, vous avez raison de traiter ceci comme une affaire, car c’est résolument un problème qui doit être résolu avec la plus grande prudence et le plus rapidement possible. Gardien, dit Maen à l’attention de Ciramor, sachez que nous avons retrouvé la demeure d’Eredan dans laquelle je me suis rendu.

Ciramor se redressa sur son siège, assailli par mille questions qu’il aimerait poser à Maen.

- Hélas Eredan est parti depuis longtemps et la grande bâtisse est vide. Ceci dit les informations dont je dispose augure du bon. En premier lieu voici le journal d’Aëlle, l’épouse d’Eredan, dit-il en montrant un carnet. C’est grâce à lui que je suis parvenu jusqu’à leur ancienne demeure. Tout porte à croire qu’elle a abandonné les lieux quelques temps après la fin de la guerre contre Néhant. Je me demandais d’ailleurs si vous ne sauriez pas où elle serait allée, Ciramor ?

Bien sur qu’il le savait, il était le nouveau Gardien des terres de Guem et dépositaire d’une partie du savoir d’Eredan. Mais il ne pouvait révéler certains secrets trop précieux pour être confiés à n’importe qui. Devant le visage impassible de Ciramor Maen enchaîna.

- Bien que je sache où se trouve la demeure d’Eredan je ne donnerai cette position qu’à vous Conseiller-Doyen afin que vous jugiez de l’utilité de diffuser cette précieuse information. Néanmoins je dois vous avertir que le lieu est protégé par une puissante magie. ceci étant à présent clair, voici ce que j’y ai découvert, déclara-t-il en faisant signe à Lazar.

Le bien portant Lieur de pierres posa aux pieds de Maen un coffret magnifiquement ouvragé et scellé par plusieurs serrures. Les conseillers levèrent la tête pour mieux voir de quoi il s’agissait. Lazar après avoir reçu l’approbation de son supérieur sortit plusieurs clés et déverrouilla les serrures une après l’autre.

- Voici la clé du mystère, dit Maen de façon théâtrale, ceci est un ouvrage unique, écrit de la main même d’Eredan. Il ne porte pas de titre si ce n’est une représentation graphique de l’Equinoxe. C’est un recueil... d’Equinoxologie si je peux appeler ça ainsi.

Ciramor se leva alors et alla jusqu’au coffre sans demander l’autorisation et plongea les main à l’intérieur pour en ressortir un grimoire protégé par un tissu épais. Le gardien le déroula et examina l’ouvrage dans un mélange de colère et d’admiration.

- C’est effectivement l’écriture d’Eredan dit Ciramor en examinant les premières pages. C’est inestimable, j’espère que vous en avez conscience Maen, ajouta-t-il en reposant le livre dans le coffre.

- Bien sur, mais je ne compte pas retirer de bénéfices financiers de cet objet Gardien, je suis venu l’offrir au Conseil des guildes.

- Et soyez-en remercié coupa Vérace pour détendre l’atmosphère.

Ciramor quitta la salle, déçu d’avoir été écarté de tout cela aussi longtemps.

- J’ai hélas d’autres sujets importants qui requièrent mon attention Conseillers, à vous de prendre la relève, dit Maen en s’inclinant. Permettez-nous de prendre congé.

- Bien sur, merci pour cette aide précieuse que vous nous apportez là.

La délégation des Lieurs de pierres ainsi qu’Izandra laissèrent les conseillers face à cette nouvelle trouvaille.


Dehors Ciramor respirait en se posant des questions quant à son rôle exact, la situation commençait à lui échapper et il ne pouvait pas laisser faire. Lorsqu’il vit Maen et les autres Lieurs de pierres il alla à leur rencontre.

- Comment avez-vous pu m’écarter de cette histoire. Pourquoi ne pas m’avoir impliqué ? Demanda-t-il avec une pointe de colère.

- Veuillez me pardonner Gardien, notre but n’était pas de vous mettre à l’écart ni de vous mettre mal à l’aise devant le Conseil, dit Maen en voulant apaiser son interlocuteur. Nous avons besoin de vous Ciramor, ce n’est pas forcement en rapport avec l’Equinoxe, même si à mon avis l’un va aller avec l’autre.

- De quoi parlez-vous ?

- Plutôt de qui, je veux bien sur parler d’Aëlle et de la descendance d’Eredan. J’aimerais que nous les retrouvions. Je crois que jusqu’ici vous nous avez caché des informations sur Eredan, vous êtes son héritier, le nouveau gardien, je connais votre histoire, ou en tout cas tout ce que vous avez bien voulu nous dire. N’est-ce pas ?

Ciramor esquissa un petit sourire.

- Donc vous détournez l’attention du Conseil en le laissant se débrouiller avec l’Equinoxe pendant que nous partons suivre la piste d’Aëlle et d’Eredan... C’est malin, très malin, Maître Maen.

- Il y a de cela oui, mais pendant qu’une partie de la guilde va suivre la piste d’Aëlle, l’autre continue la lutte contre les Equinoxiens, les deux sont liés.

- Laissez-moi réfléchir à tout ça.

- Faites vite, nous ne tarderons pas à nous mettre en route.


La séance du Conseil était ajournée, Vérace retourna à son bureau accompagné du Conseiller Marlok dont les connaissances du domaine de la magie n’étaient plus à prouver. Le Conseiller-Doyen espérait bien examiner le grimoire d’Eredan avec un spécialiste et enfin obtenir des réponses aux questions concernant l’Equinoxe. Le moins que l’on puisse dire c’est qu’ils ne furent pas déçus du voyage car les nombreuses informations obtenues finirent d’écarter les dernières zones d’ombre. La plus grosse des révélations fut décrite dès le début par Eredan. Il expliquait que le titre de Gardien avait un sens plus large que ce que les gens pouvaient penser, puis il racontait une histoire, celle de l’Equinoxe et des Terres de Guem. Il relatait qu’autrefois les Equinoxiens vivaient ici, avec d’autres civilisations. Mais ceux-ci étaient extrêmement violents, un peuple de conquérants qui ne se contenta pas de soumettre les autres peuples, mais aussi de les détruire. Face à ce péril pour les Terres de Guem, une civilisation s’est dressée, nous connaissons les gens de ce peuples sous le nom de Mangepierres. Après une longue guerre ils décidèrent de couper leur monde en deux en expulsant dans une dimension tout ce qui concernait les Equinoxiens. Mais ils ne pouvaient pas le faire de manière définitive, ils durent laisser des points d'accès entre les deux mondes, les portes de l’Infini. Si jamais ces portes devaient toutes s’ouvrir ou être toutes détruites, la puissante magie des Mangepierres disparaîtrait et l’Equinoxe reprendrait sa place sur Guem avec les conséquences que cela entraînerait. Après que l’Equinoxe a disparu de ce monde, les Mangepierres restant moururent les uns après les autres, leur lignée étant à présent presque éteinte, il ne devait subsister qu’une poignée d’entre-eux. Cependant, ils fournirent à certaines personnes des Terres de Guem les indications utiles au cas où les portes venaient à s’ouvrir. Ces personnes étaient toutes des êtres proches de Guem, comme moi, capables de manipuler la plus pure des magies. Cette sorte de société secrète perdura jusqu’à notre époque. Voilà l’histoire de l’Equinoxe, le reste présentait avec beaucoup de détails ce monde inconnu ainsi que les rituels magiques permettant de sceller les portes mais qui ne pouvaient être pratiqués que part des Guémélites de Guem.

- Guémélite de Guem, s’exaspéra Marlok.

- Est-ce que nous en connaissons ? Demanda Vérace en feuilletant la suite du livre.

- Oui, Dragon et Néhant sont des Guémélites de Guem. Le Mangepierre des Confins est mort il y a dix ans, nous disposons de sa pierre-coeur, mais ça ne sera pas suffisant.

- Dragon et Néhant, qui théoriquement sont dans l’Equinoxe, leur présence là bas est peut-être à l’origine du retour des Equinoxiens chez nous. Et Ciramor, il est un gardien après tout.

- A ma connaissance il n’est pas Guémélite de Guem, dit Marlok en frappant le bureau de son poing. Comment faire ?

- Attendez, attendez... Eredan indique qu’il restait une poignée de Mangepierres... dit Vérace en se levant d’un coup. Hors un rapport des Nomades nous est parvenu récemment faisant mention de squelettes près d’une porte de l’Infini, s’agirait-il de Mangepierres ?

- Il nous faut avoir le cœur net, il nous faut prévenir les Nomades du désert.

Chapitre 13 - Dragon

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La magie...


S’il était un domaine dans lequel excellaient les Draconiens, c’était celui de la magie. Non pas celle des Lieurs de Pierres et de la majorité des autres pratiquants qui se basaient sur les éléments pour produire leurs effets. Non les Draconiens eux utilisaient une autre forme de magie dont ils tiraient l’essence même d’un puissant lien les unissant à cette gemme géante au cœur de la cité de Noz’Dingard, la Pierre-Cœur de Dragon. Les possibilités offertes par cette magie étaient nombreuses et son utilisation faisait partie du quotidien des habitants de la Draconie. Voilà déjà plus de dix ans que l’Archimage Anryéna remplaçait Dragon disparu en emportant Néhant avec lui. Et depuis la fille de Dragon à la beauté éternelle s’échinait à trouver une solution, comment faire revenir ce père disparu ?

Héritière de la Pierre-Cœur de Dragon, Anryéna se cloîtrait la plupart du temps à l’intérieur-même de la gemme bleue, profitant ainsi d’une partie des connaissances de son père et de l’espace magique qui s’y trouvait. C’était un véritable petit univers à lui tout seul, un lieu en dehors du temps et qui ne pouvait être trouvé que si le propriétaire de la Pierre-Cœur de Dragon le voulait bien. Ce fut d’ailleurs le cas pour Zahal qui vint s'entraîner là, selon lui, pendant des années mais en réalité seuls quelques instants s’étaient déroulés. Le sommeil manquait à Anryéna. Elle se savait proche du but, pourtant quelque chose bloquait. Assise en tailleur, flottant au milieu du vide, elle observait de nombreuses images mouvantes, observant la vie en dehors du cristal. Son regard s’attarda sur Marlok engoncé dans sa belle tenue de conseiller, l’homme lui manquait, autant que son plus jeune fils qu’elle n’avait vu que rarement et qui s’était vu confié à la Pythie puis à l’académie de Noz’Dingard. Marlok semblait en grande discussion avec le Conseiller-Doyen Vérace, Anryéna sut à ce moment là que le sujet était important. Elle se concentra et fit appel à la magie Draconique et au lien entre elle et lui. Elle s’infiltra dans ses pensées et vit par ses yeux. Marlok et Vérace lisaient le livre écrit par Eredan et elle fut particulièrement intéressée par le passage historique, à propos des Mangepierres, des Guémélites de Guem et des portes de l’Infini. Ce fut-là le déclencheur, les pièces se mettaient en place devant elle. L’Equinoxe, la séparation, le rôle des Guémélites de Guem. Bien sur elle savait que Dragon et Néhant étaient partis pour l’Equinoxe, elle savait aussi pour les portes de l’Infini. Mais ce qui l’intéressait ce n’était pas d’ouvrir une de ces portes comme l’avaient fait la Cœur de sève et les Lieurs de pierres. Non, elle voulait rester discrète sur ses recherches, elle voulait infiltrer l’Equinoxe. Pour cela il lui fallait ouvrir un portail un peu comme l’avait fait son père en invoquant une porte de l’Infini. Tout ce qu’elle avait entrepris s’était jusque là soldé par des échecs, au mieux elle parvint à ouvrir un passage avec un autre lieu des Terres de Guem, mais pas de passage entre deux dimensions. Et là, on venait de lui offrir la solution sur un plateau d’argent. Elle utilisait jusque là la magie Draconique, or pour réussir elle devait utiliser la magie la plus pure, celle de Guem. Et la Pierre-Cœur de Dragon en contenait beaucoup, largement de quoi ouvrir un portail à plusieurs reprises. Il ne lui restait plus qu’à se mettre au travail et à prévenir les personnes qu’elle enverrait à la recherche de Dragon.


- Vous êtes prêtes ? Demanda Kounok en admirant deux des trois femmes de sa vie.

- Nous sommes prêtes, lança avec ferveur Loryana la fille de Kounok et d’Ardrakar. Où est-ce que nous allons ? En guerre ?

- Ma mère ne m’a rien dit, si ce n’est que nous allons faire un voyage et qu’il nous fallait être en ordre de combat, je suppose donc qu’il y a un risque d’affrontement, répondit Kounok en vérifiant si l’armure offerte par Arkalon à sa fille, avant qu’il ne retourne dans le repos éternel, était parfaitement ajustée.

- Je ne sais pas si c’est judicieux de l’emmener avec nous, critiqua Ardrakar en regardant sa fille. Même si sa croissance est anormalement rapide, elle n’a encore que dix ans.

- Arrête de parler comme si je n’étais pas là mère, j’ai eu Arkalon, papa et toi en professeur, quel Chevalier-Dragon peut se vanter d’avoir reçu un tel enseignement ?

- Justement, ne soit pas orgueilleuse, se fâcha Ardrakar.

- Allons, allons, un peu de calme. Je préfère la savoir à nos côtés que seule ici, argumenta Kounok, coupant là l’embryon de dispute entre les deux. Anryéna nous attend, ne la faisons pas attendre.

Ardrakar et Loryana se regardèrent d’un mauvais œil mais ne pipèrent mot. Loryana partait avec eux, donc elle avait gagné, au désarroi de sa mère. La route jusqu’à la Pierre-Cœur n’avait rien d’un parcours mortel, la petite famille vivant dans le palais puisque Kounok assumait toujours la direction de la Draconie au titre de Prophète. Ils passèrent par les jardins fleuris et finirent leur course là où autre fois Zahal fut conduit devant Dragon. Là Anryéna, visiblement exténuée, attendait ses chevaliers, mais aussi ses enfants. Elle posa sur Loryana des yeux pleins d’amour.

- Tu as grandi ma chérie depuis la dernière fois que nous nous sommes vues, dit Anryéna en remontant le menton de sa petite fille vers elle. Tu es exceptionnelle, n’en doute jamais, même si les autres te regardent. Tes yeux sont ceux de ton père par le sang de Dragon, et noir probablement par le sang de ta mère, ajouta-t-elle en déposant un baiser sur son front.

- Alors mère, vas-tu nous expliquer de quoi il retourne ? Questionna Kounok impatient d’en savoir plus.

Anryéna qui admirait sa petite fille détourna le regard vers son fils et lui sourit, ses traits fatigués la vieillissait physiquement.

- J’ai réussi mes enfants, je suis capable d’ouvrir un portail qui va vous mener vers Dragon, déclara-t-elle.

- Incroyable, s’exclama Ardrakar. Donc nous partons le chercher ?

- Oui ma fille, j’ai tenu à ce que ça soit vous pour des raisons... familiales. Kounok et Loryana portent le sang de Dragon, comme moi, c’est un lien fort qui sera utile là où vous allez. Et je ne les voyais pas partir sans toi Ardrakar.

- Merci de ta confiance, je sais que nos relations ne sont pas évidentes.

- Tu as prouvé que tu pouvais rattraper tes erreurs, je n’ai plus de raison de t’en vouloir.

- Bon, on y va ? S’excita Loryana, je veux retrouver Dragon moi.

- Petite impatiente, plaisanta Anryéna. Oui, je vais ouvrir le portail. Je pourrais le maintenir et le défendre contre n’importe quel ennemi car je pourrai contrôler les allées et venues. Suivez-moi je vous prie.

Le petit groupe, avec l’aide de la magie d’Anryéna, pénétra dans la Pierre-Cœur de Dragon. L’intérieur brillait d’une lueur bleutée, agréable, douce, presque apaisante. Des symboles magiques se trouvaient suspendus dans ce vide où les Draconiens flottaient eux aussi. Si l’expérience n’était pas inédite pour Kounok, pour son épouse et sa fille l'étonnement fut aussi grand que cet espace vide.

- Vous êtes ici au sein de la Pierre-Cœur de Dragon, un lieu totalement magique. Les glyphes que vous voyez un peu partout sont des sortilèges de Guem que j’ai préparé, expliqua Anryéna en attirant un a un les symboles vers elle.

Une fois ceux-ci regroupés, Anryéna écarta les bras d’un coup et les symboles explosèrent, libérant leurs sortilèges qui s’imbriquèrent les uns avec les autres pour créer le fameux portail. Même si Kounok, Ardrakar et Loryana n’étaient pas mages, ils ressentaient la puissance qui s’en dégageait. Il y avait là, face à eux un véritable trou entre ce monde et l’Equinoxe. Et la frontière n’était qu’un simple pas de porte à franchir.

- Dragon ne devrait pas être loin de l’autre côté. Si jamais vous vous perdez, suivez le Dizery, dit Anryéna en montrant la petite créature ailée fermement accrochée à l’épaulette de l’armure de Loryana. Il saura retrouver la route de Noz’Dingard. Bonne chance.

Kounok posa sa main sur la joue d’Anryéna et lui dit :

- Nous allons le ramener, mais que ferons nous de Néhant si nous croisons sa route.

- Ne l’affrontez pas directement, cherchez Dragon, lui vous dira quoi faire.

- J’en prends note. Au revoir mère.

Les trois Chevaliers-Dragon passèrent le portail et se retrouvèrent instantanément au beau milieu d’une terre hostile, désertique, où la lumière qui filtrait des nuages sombres était rougeoyante.

- Réjouissant, dit Kounok.


Chapitre 14 - Dissensions

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- C’est encore loin ? J’en peux plus de marcher, se plaignit Grognon

- Mais c’est juste à côté ! Répondit farouche un peu énervée. Nous venons à peine de quitter le manoir. Magne-toi, nous avons fait un long voyage pour rentrer à la maison.

- Allons, laisse-le, tu sais bien qu’il râle pour un rien, plaisanta Nard.

La Meute longeait un chemin escarpé qui surplombait la vaste plaine où les Combattants de Zil avait construit à la sueur de leur front un parc d’attraction où ils auraient pu vivre et où ils se produisirent sur scène. Farouche et ses amis avaient hâte de retrouver leur chez eux après une confrontation contre les Equinoxiens et la capture de l’un d’eux. Coup du sort ou acharnement du destin, rien n’allait se passer comme la jeune chef des Combattants de Zil le souhaitait. En file indienne ils avançaient prudemment, Farouche en tête. Au bout d’un moment elle fut étonné de voir Sombre, qui avait été envoyée en éclaireur prévenir la guilde de leur arrivée, revenir. La jeune femme à la peau mate ne portait pas sa cagoule de cuir et par l’expression de son visage quelque chose de grave venait d’arriver.

- Je suis allé jusqu’au Zircus... et...

- Et quoi ? Demanda Farouche en fronçant les sourcils.

- Il n'en reste plus grand chose.

- Comment ça il n'en reste plus grand chose ?

- Une partie du Zircus a brûlé, il y a des corps un peu partout.

- Les nôtres ?

- Non, de vieux cadavres. Pas la moindre trace des autres Combattants de Zil.

- Mais qu’est-ce qu’il s’est passé ?

- J’aimerais bien le savoir figure-toi, dit Sombre désabusée.

- Allons-y, je veux voir ça de mes propres yeux.

Les paroles échangées entre les deux jeunes femmes firent le tour de la fine équipe et tous ressentirent un pincement au cœur et de l'appréhension à découvrir l’horreur.


Et ce fut l’horreur ! Scène de désolation, le Zircus n’était plus que ruines, entre planches brûlées ou brisées et où des cadavres pourrissaient au soleil. C’était une véritable infection, un festin de choix pour les milliers d’asticots et les mouches voraces. Ce triste spectacle provoqua un certain émoi parmi les membres de la Meute pourtant pour la plupart des combattants endurcis.

- Des Xziarites... des Tantadiens... des Draconiens, il y a de tout, dit Sangrépée.

- Mais aucun des nôtres. On dirait qu’il y a eu une émeute, regardez là, du sang, ici des blessures à l’arme blanche, déclara Sombre en examinant quelques cadavres. Il y a eu un affrontement.

- Ici ! Venez voir ! Appela Nard.

Les autres se précipitèrent vers la jeune femme, il y avait au sol des résidus de magie sous forme de cendres formant un large symbole.

- Néhant !? Râla Grognon.

- Ou plutôt ce nécromancien de malheur que Zil a chassé durant plusieurs années, dit Farouche. Les Néhantistes utilisent aussi des esclaves pour mener des attaques, mais là, vu la tête des cadavres, je doute qu’il s’agisse d’esclaves mais bien de zombies, bien que la différence au final n’est pas si nette. Bon, c’est bien beau, enfin non, c’est bien moche tout ça, mais où sont les autres Combattants ?

- Y a plus le chapiteau, dit Brutus en soulevant la large porte de bois du hangar où la grande tente de voyage de la guilde était conservée.

- Donc repartis sur les routes, dit Sombre en regardant vers l’extérieur. Allons voir si il n’y a pas une piste à suivre.

- Bonne idée, quittons ce charnier, dit Farouche écœurée.

La Meute s’en alla donc, s’éloignant du Zircus. Des pistes il y en avaient plusieurs, sur la route entre l’Empire de Xzia et Tantad et qui bifurquait juste à côté du Zircus. Mais une piste attira plus l’attention de la Meute de part la particularité d’être une succession de cadavres. La Meute suivit la piste et tomba sur un tas de corps en décomposition sur lequel l’Abomination et l’Aberration jetaient d’autres cadavres. Farouche fut rassurée de les voir là et les deux créatures saluèrent leur arrivée.

- Nous sommes installés au Val des Iris, dit l’Abomination. Ils vous expliquerons.

Effectivement le chapiteau se dressait au creux du Val des Iris qui en cette période de l’année méritait bien son nom. Des milliers d’Iris suivaient le cour d’eau sinueux qui paressait entre deux petites montagnes verdoyantes. Le chapiteau quant à lui était clairement visible avec ses couleurs violettes et noires. La Meute accompagnée de l’Abomination et de l’Aberration parcoururent le chemin qui descendait jusqu’au chapiteau sans que les deux créatures ne répondent aux questions que leurs camarades posèrent.


A présent, la guilde des Combattants de Zil était presque au complet. Farouche trouva rapidement Telendar qui lui expliqua toute cette histoire.

- C’était peu après votre départ, une horde de zombies a déferlé sur le Zircus alors que nous avions beaucoup de visiteurs. Cela tourna vite au massacre et pas en notre faveur. Les zombies se sont jetés sur nous et sur nos visiteurs, une véritable boucherie...

Télendar avait le visage clos, mais Farouche voyait bien que quelque chose n’allait pas. L’ancien chef de la guilde se décida néanmoins à révéler ce qu’il avait appris à propos de Zil.

- Nous avons trouvé le Néhantiste que j’ai poignardé autrefois et que nous avons poursuivi. C’est lui qui a tout orchestré. Nous l’avons retrouvé au milieu du Zircus et Zil est devenu comme fou furieux. Mais c’était un plan pour mieux nous révéler un secret concernant Zil.

- Quoi donc ?

- Lorsque nous avons passé du temps à rechercher le Néhantiste nous avons été pris en embuscade dans un petit village. Là Zil aurait tué une petite fille qui se trouvait là, au mauvais endroit, au mauvais moment. A priori cet acte aurait traumatisé Zil car lorsqu’il vit cette petite fille réanimé par le Néhantiste il fut comme paralysé. J’ai du intervenir pour arrêter tout ça. Mais le Néhaniste s’est encore volatilisé. Mais son attaque avait réussi, le Zircus était détruit.

Farouche n’était pas connu pour son calme et l’histoire que lui racontait Telendar la mit en rogne et ce qu’elle allait faire allait provoquer un véritable séisme au sein de la guilde. Ni une ni deux elle fila droit sur Zil et laissa éclater sa colère.

- Zil ! Comment as-tu pu laisser faire ça ?? Hurla-t-elle les larmes aux yeux.

Zil n’était pas du genre à garder son sang-froid bien longtemps et sa diplomatie avait beaucoup de limites lorsqu’il se sentait agressé, ce qui était le cas.

- Comment j’ai pu laisser faire quoi ? Dit-il en tentant de se retenir.

- Tu as laissé le Zircus se faire envahir. Nous sommes partis quelques temps et à notre retour que trouvons-nous ?? Des cadavres et le fruit de notre labeur DETRUIT ! Tu as été incapable de le défendre !

- Tu n’étais pas là justement, tu ne sais pas comment ça s’est passé, nous ne pouvions pas faire face ! Alors arrête-toi et calme-toi !

- Nous sommes responsables de la mort de ces gens qui sont venus en toute confiance pour passer un bon moment en notre compagnie. As-tu au moins cherché à les mettre à couvert ??

La réponse était non, mais Zil pensait ne pas avoir à se justifier à qui que ce soit.

- Et cette petite fille, dis-moi que c’est faux et que tu ne l’as pas tué ? Artrezil n’était pas un tueur d’enfant, mais je vois que tu n’as pas les mêmes sentiments que lui, copie imparfaite.

C’était là la goutte d’eau qui fit déborder le vase, des deux côtés.

- Tais-toi, je ne te dois rien ! Je ne suis pas une copie imparfaite !

Zil ne se retint pas et mit une claque à Farouche qui ne la vit pas venir. Cela jeta un froid dans les rangs des Combattants de Zil qui assistaient à la dispute. Farouche posa sa main sur sa joue en regardant Zil fixement.

- Tu t’es perdu en route dit-elle calmement alors que de ses joues tombaient de lourdes larmes. La première chose que m’a apprise Abyssien c’est qu’un chef de guilde se doit de penser aux autres avant ses propres envies. Et lui-même l’avait apprise de toi...

Farouche sécha ses larmes et regarda ses compagnons de la Meute de façon triste puis posa de nouveau son regard sur Zil.

- Tu es responsable de la mort de ces gens, tu as tué une fillette...Tu étais plus agréable en Salem qui lui était un compagnon étrange mais qui pensait aux autres. Tu as brisé ma confiance et je ne peux rester avec vous. Je suis un Combattant de Zil dans l’âme et ne cesserait de l’être.

Elle laissa là Zil, Télendar et les autres Combattants et commença à partir sur le chemin. Nard et Grognon furent les premiers à la suivre, puis ce fut le reste de la Meute qui leur emboîtèrent le pas. Les autres Zil se regardèrent les uns les autres en se demandant quoi faire. Zil lui ne bougeait plus, perdu dans ses pensées. C’est Télendar qui prit la parole.

- Laissez-les partir, ils ont besoin de réfléchir. Il s’est passé ce qu’il s’est passé et nous ne pouvons revenir en arrière. Gardez le cap et n’ayez aucune crainte, la Meute reviendra, ils doivent panser leurs orgueils.


Chapitre 15 - Descendance

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C’était à l’autre bout des Terres de Guem, là où le froid régnait. Depuis la défaite de Sol’ra, le glacier d'Améthyste ne subissait plus l’influence de la pierre tombée du ciel. Le sort du peuple elfe de glace n’était plus à redouter car avec la reformation des glaces les différentes tribus reprirent leurs anciens territoires. Lentement mais sûrement la vie sur le glacier reprit son cours normal. Dehors la neige tombait lentement, une neige fine qui visiblement glaçait les os de ces pauvres marchands venus négocier avec la Maître-Lieuse Laelyse. Cette elfe de glace, comme tous ceux de sa race ne craignait pas le froid et du coup elle regardait avec grand amusement ces hommes et ces femmes venus du sud pour commercer avec elle. La Maître-Lieuse régissait désormais la route commerciale du nord entre les elfes de glaces et les autres peuples des Terres de Guem, ce qui lui donnait un grand pouvoir. Un des marchands livra alors divers courriers en provenance d’un peu partout. Parmi ces missives une lettre attira l’attention de Laelyse, elle provenait du château de Kaes et portait un sceau bien particulier, celui des Lieurs de pierres.

“Chère Maître-Lieuse Laelyse,

Comme vous me l’aviez demandé j’ai procédé à une enquête concernant les agissements de Maître Maen à qui le Directoire a confié les rênes de la guilde. Les divers témoins, ainsi que les paroles de Maître Maen ne m’ont pas apportée de preuves quant au fait qu’il utiliserait les moyens de la guilde pour son bénéfice personnel. Néanmoins tout me porte à croire qu’il cache quelque chose. J’ignore ses buts et si officiellement il implique la guilde dans le conflit contre les Equinoxiens pour augmenter l’influence des Lieurs de pierres au Conseil des guildes, ses agissements, souvent personnels, ne jouent pas en sa faveur. Après vérification au Directoire certains rapports n’ont simplement jamais été rédigés ou alors de manière parcellaire. Vos semblables ont la même impression que moi et je sers donc d’intermédiaire entre vous. Le Directoire vous demande donc de bien vouloir épauler Maître Maen dans sa mission et de découvrir ce qu’il manigance.

Merci de détruire cette missive une fois que vous l’aurez lu.

Votre dévouée,

Izandra.”

Laelyse froissa le parchemin tout en l'enflammant par magie. Ce voyage ne l’enchantait guère car elle avait fort à faire ici parmi les autres elfes de glace. Mais elle avait choisi une vie d’aventure et c’était là une occasion de voir du pays. En outre, elle ne pouvait refuser une mission du Directoire des Lieurs de pierres. Elle passa le reste de la journée à mettre en ordre ses échanges commerciaux, son assistant, membre de la guilde resterait sur place pour assumer diverses transactions mineures. Une fois ceci fait elle s’équipa en prévision de son voyage et activa l’une des nombreuses stèles de voyage pour se retrouver en espace d’un clin d’œil de l’autre coté du monde.


Château de Kaes à un bon millier de lieues du glacier d’Améthyste, Maître Maen, Temüjin, Catalyna et Ciramor échangeaient leurs idées à propos d’Eredan, de sa famille et de ce qu’ils devaient entreprendre pour parvenir à obtenir des réponses.

- Allons Ciramor, vous avez accepté de nous accompagner dans cette aventure, il est temps de nous en dire plus à propos d’Eredan, demanda Maître Maen d’une voix mielleuse.

- Que voulez-vous savoir exactement ? Répondit le Gardien.

- Commençons par Eredan, ça me semble un bon début. Comment l’avez-vous rencontré ?

Ciramor fronça les sourcils, la question lui paraissait dénuée de sens.

- Vous le savez déjà, arrêtez de me tester. Je n’ai jamais rencontré Eredan, ce que je sais je le dois au Gardien précédent.

- Oui je le savais, je sais aussi ce que vous avez raconté au groupe qui était parti dans les Confins à la recherche du Mangepierre et que vous avez rencontré. Vous leur avez menti à propos du Mangepierre, vous saviez qu’il n’était pas une création d’Eredan n’est-ce pas ?

- Qu’est-ce que cela change ?

- Beaucoup de chose, nous allons partir ensemble, et bien que vous soyez un Gardien, je me dis que ce n’est peut-être pas la vérité car vous avez menti à plusieurs reprises, je veux vérifier si nous ne courrons pas un risque à vous intégrer dans notre groupe. Ciramor, jusqu’à présent assis dans un fauteuil se leva lentement, le visage sévère.

- Vous doutez de mes paroles et de mon statut ? Dois-je vous rappeler que c’est moi qui ai protégé les Terres de Guem en contenant Néhant pour affronter l’avatar de Sol’ra ? Que c’est moi qui ai aidé à trouver le Mangepierre ? Et qui lutte aussi contre les Equinoxiens ? Et je possède la sagesse d’Eredan ! Dit-il d’un ton de défi en faisant apparaître le célèbre bâton magique, ancienne possession d’Eredan.

Maître-Maen sourit alors.

- Ne vous fâchez pas Gardien, je voulais voir votre réaction en vous traitant de menteur.

A ce moment-là quelqu’un toqua vigoureusement à la porte. Sans attendre de réponse Laelyse entra. Le moins que l’on pouvait dire était que son entrée jeta un froid, autant littéralement parlant que symboliquement. Maître-Maen ne s’attendait pas à une telle visite.

- Maître-Lieuse, nous vous saluons, dit Maen en s’inclinant en même temps que Temüjin et Catalyna.

L’elfe de glace s’inclina à son tour pour respecter le protocole en place dans la guilde.

- Chers amis cela faisait bien longtemps, je suis véritablement ravie de vous revoir. Êtes-vous Ciramor le Gardien ? Demanda-t-elle en regardant la seule personne non Lieuse de pierres.

- Lui-même... Maître-Lieuse ? Quelle est votre fonction au sein de votre guilde, j’avoue avoir une très mauvaise connaissance de votre organisation.

- Laissez-moi vous expliquer, dit Maen. Les Lieurs de pierres ont différents rôles au sein de la guilde et il existe plusieurs niveaux. A la tête de la guilde il y a le Directoire, composé de dix membres qui portent le titre de Maître-Lieur. Pour la plupart tous de riches personnages. En dessous se trouve le représentant de la guilde qui dirige, selon les objectifs du Directoire. J’occupe actuellement ce poste. Puis le reste de la guilde qui forme ce que l’on appelle le socle. Leur rôle est très important car c’est le socle qui remonte les informations vers moi et qui agissent pour le compte du Directoire.

- Je vois, donc vous faites partie du Directoire... Laelyse. Une visite de courtoisie ? Interrogea Ciramor.

- Non, pas du tout. Voyez-vous j’ai beau faire partie du Directoire je suis aussi, comme tout Lieur de pierres quelqu’un épris d’aventure. Lorsque j’ai eu vent de vos aventures Maître Maen j’ai désiré au plus profond de mon cœur partager votre route. Aussi me voici pour me joindre à votre groupe.

La nouvelle n’arrangeait pas Maen, loin de là, de suite il suspecta le Directoire de vouloir contrôler ses agissements. Mais l’homme était rusé, il ne montra rien de son agacement.

- Avec plaisir. Nous discutions à propos d’Eredan et cherchions toute information utile qui nous permettrait de localiser Aëlle. Vous savez qui est Aëlle ? Dit Maen à l’attention de Laelyse.

- C’est l’une des informations que vous avez indiqué dans vos maigres rapports.

- Alors Ciramor, n’avez-vous rien à nous dire à propos d’elle ? Questionna Maen.

- Je sais comment la localiser, mais pour cela il va nous falloir aller dans le demeure d’Eredan. Je connaissais l'existence de ce lieu bien avant que vous y alliez Maître. En tant que Gardien je serais à même de faire parler l’assistant d’Eredan qui en sait bien plus que vous ne pouvez l’imaginer. La magie qui a été utilisée est la même que celle qui permit autrefois la création de Zil vis à vis d’Artrezil. Les deux mages ayant mis au point cette technique ensemble, l’assistant du Gardien étant une sorte de... prototype.

- Commençons donc par cela. Il ne m’a pas été possible de placer une stèle de voyage Lieur de pierres directement devant la demeure d’Eredan, par conséquent j’en ai placé une à bonne distance de la prison de Néhant mais suffisamment proche pour raccourcir significativement notre voyage.


Le groupe avait parcouru en un rien de temps les centaines de lieues et il ne fallut que quelques instants, grâce aux indications de Maen, pour arriver jusqu’à l’ancienne demeure d’Eredan. Ciramor admira la construction qu’on lui avait décrite à de nombreuses reprises. Il connaissait tout à son sujet, qui y vivait avant, le nombre de pièces, l'existence de l’assistant et de quelques autres secrets, mais il n’y avait jamais posé les pieds car jusqu’à ce moment il n’avait pas la moindre idée d’où se trouvait la demeure d’Eredan. Il examina attentivement la façade et il se rendit vite compte qu’il se sentait comme chez lui ici.

- Suivez-moi, je vais vous conduire à l’assistant, dit Maen en faisant signe à tout le monde.

- Inutile, je crois que je pourrais parcourir l’intégralité de cette bâtisse les yeux fermés. Mais je vous en prie passez devant. Ah oui, ne touchez à rien, ne prenez rien de ce qui se trouve ici, ordonna Ciramor.

Les uns derrière les autres Ciramor et les Lieurs de pierres progressèrent le long des couloirs jusqu’au bureau d’Eredan. Immédiatement l’assistant magique se matérialisa et salua le groupe.

- Soyez les bienvenus Lieurs de pierres et Gardien.

Les regards se tournèrent vers Ciramor.

- Bonjour Assistant, je n’ai pas à me présenter vous savez qui je suis.

- Tout à fait, je suis à votre service Gardien.

- Sais-tu où est Aëlle ?

- Oui Gardien, suis-je autorisé à en parler devant vos compagnons ?

- Oui tu peux.

- Aëlle a accompagné Eredan dans les Confins quelques temps après la fin de la guerre contre Néhant.

- Où dans les Confins ?

- En la place forte d’Ambre-Bleue.

- Ambre-Bleue... Je vois où c’est, j’y suis déjà allé. Dis moi assistant, Aëlle est-elle revenue ici depuis son départ dans les Confins ?

- Oui gardien, elle est revenue à plusieurs reprises. Puis un beau jour ses visites ont cessé.

- Aëlle a-t-elle eu une descendance d’Eredan ?

- Oui, un garçon.

- Ici en Terres de Guem ?

- Non dans les Confins.

- Quel est son nom ?

- Désolé Gardien, je ne suis pas autorisé à révéler cette indication, même à vous.

- Aëlle a bloqué cette information ?

- Oui Gardien.

Ciramor fit une pause et reprit.

- Ambre-Bleue, c’est là que se trouve le tombeau d’Eredan. Sa famille s’y trouverait donc encore. Avez-vous des questions Maître-Lieuse ? Maître Maen ?

- Aucune, dit Laelyse, mettons nous en route.

- Vous ne voulez pas savoir comment aller jusqu’à Ambre-Bleue ? S’étonna Ciramor.

Maen et Laelyse échangèrent un coup d’œil inquiet, puis Laelyse conclut la discussion.

- Nous savons parfaitement comment y aller, nos stèles de voyage ne se limitent pas aux Terres de Guem...

Chapitre 16 - Protection de l’Arbre-Monde

Quelque part dans l’Equinoxe. Le groupe de résistants Equinoxiens suivait son chef vers un nouvel objectif. Depuis la découverte et l’alliance avec les Elfines des Terres de Guem, l’existence de la résistance avait été révélée à tous. Beaucoup d’opprimés avaient rejoint ses rangs alors que l’Impératrice tentait vainement de lutter contre ce vent de rébellion jugé blasphématoire.

Aleshane, Ydiane et Melissandre s’avérèrent de redoutables éclaireuses et des guerrières aguerries. Grâce à elles les troupes du matriarcat Equinoxien fut constamment tenu en échec. Aleshane, cachée derrière un rocher observait trois formes en armure. Elle fit signe à sa grande sœur et toutes deux s’approchèrent à pas de velours. Dégainant leurs armes, elles allaient donner l’assaut lorsque Melissandre arrêta sa petite sœur, reconnaissant les armures caractéristiques des Chevaliers-Dragon.

- Comment sont-ils arrivés ici ? Chuchota Aleshane pour ne pas révéler leur présence aux Draconiens.

- Bonne question, le mieux est de leur demander directement, dit Melissandre en rangeant sa dague d’ambre. Draconiens ! Cria-t-elle en direction des Chevaliers-Dragon.

Ceux-ci se retournèrent et remarquèrent les deux Elfines qui approchaient d’eux. Kounok resta en défense, Chimère en main. La plus âgée des deux Elfines ne lui était pas inconnue, mais leurs chemins ne s’étaient pas croisés depuis bien longtemps. Les trois Draconiens ne voulaient pas tenter de se faire prendre dans un piège et attendirent sagement. Voyant leurs semblables des Terres de Guem armes en main Melissandre leva les mains en signe de paix.

- Prophète ? Demanda-t-elle. Vous vous souvenez de moi ? Melissandre de la Cœur de Sève.

- Oui, Melissandre, bien sur, excusez mon étonnement, je ne vous savais pas dans ce... monde, dit Kounok en faisant disparaître Chimère. Mais que faites-vous ici ?

- Le Conseil des guildes ne vous a pas prévenu ?

- Je ne crois pas, le Conseil a beaucoup de sujets urgents à résoudre.

- Ça fait plusieurs semaines que nous parcourons l’Equinoxe après avoir forcé le passage par la porte de l’Infini qui se trouve dans notre forêt. Et vous ?

- Et bien nous sommes là depuis peu, nous cherchons Dragon.

- Vous ne devriez pas vous aventurer seuls ici, même si je connais votre vaillance au combat, ce que nous avons vu et affronté ici est terriblement puissant. Notre groupe a rejoint une sorte de résistance qui souhaite faire tomber le régime en place dans l’Equinoxe. Nous pouvons vous mener à eux, peut-être apporteront-ils des réponses concernant votre recherche.

- Merci beaucoup, je crois que nous allons accepter. Je ressens la présence de Dragon, je sais qu’il est dans les alentours.

- Je vais vous mettre au courant de tout ce que je sais en chemin. Suivez-moi.


Entre les rochers bruns et pointus le vent s’engouffraient sous les voiles des tentes des Equinoxiens, formant ainsi des vagues dans cette mer chaotique. A présent les Draconiens connaissaient le parcours de leurs consœurs de la Cœur de Sève et toutes les actions menées jusque-là. Bien qu’ils en apprirent plus sur l’Equinoxe et ses habitants ainsi que sur le désir d’invasion de l’Impératrice, il ne fut fait état d’aucune information à concernant Dragon. Pourtant Kounok en était certain son grand-père n’était pas loin d’ici.

- Dans les environs il n’y a qu’un complexe de recherches, c’est d’ailleurs notre cible. C’est un endroit semblable à celui où nous nous sommes rencontrés Melissandre, expliqua Krin en montrant une carte géographique.

- Dragon pourrait-il se trouver là-bas ? Cela me parait presque inconcevable mais vos opposants ne l’auraient-ils pas enfermé dans ce complexe ? Demanda Kounok ennuyé par la situation.

- Ydiane est partie explorer le complexe, elle devrait revenir et nous dire de quoi il retourne exactement.

- Que savez-vous de vos adversaires ? Sont-ils prêts à envahir les Terres de Guem ? Demanda Ardrakar au général Krin.

- Nous contrecarrons leurs plans. Les portes de l’Infini restent closes, nous menons une guérilla qui jusque-là porte ses fruits. Mais je connais l’Impératrice, je l’ai servie durant des années, elle ne s'arrêtera que lorsqu’elle aura conquis les Terres de Guem. Ce qui me taraude le plus est l’inactivité des Métamages, cela ne leur ressemble pas.

A ce moment, Ydiane se faufila entre les personnes présentes, essoufflée et échevelée. Tous les regards se fixèrent sur elle.

- Hhhh... Le complexe est... hhhh... presque vide, dit-elle en tentant de retrouver son souffle.

- Presque ?

- Oui...hhh... J’ai repéré deux personnes habillées bizarrement. Ils portent une sorte de vêtement entre la cape et la blouse.

- Noire avec des sigles rouges dessus ? Demanda Krin comprenant de qui il s’agissait.

- Oui, comme deux grandes virgules qui se croisent.

- Nous devons les neutraliser, se sont des Métamages mutationnistes, ils sont responsables de beaucoup d’horreurs. Nombre d’Equinoxiens sont morts suite à leurs expériences.

- Et Dragon ? Coupa Kounok, l’as-tu vu ?

- Non, mais je n’ai pas tout fouillé, il y avait plusieurs immenses cellules de métal fermées par de larges verrous.

- Nous n’avons pas vraiment le choix, nous devons y aller. Sonnez le rassemblement des guerriers nous partons pour le complexe dès que possible, ordonna Krin à ses subalternes. Venez-vous avec nous Elfines et Chevaliers-Dragon ?

- En ce qui nous concerne oui, dit Melissandre.

- De même, vous allez vers là où nous allons, aucune raison de ne pas conjuguer nos efforts.


Le complexe ressemblait en tout point à celui qu’avait déjà pris d’assaut la résistance et dans lequel les Elfines avaient trouvé refuge. Parvenir jusque là ne demanda aucun effort à la centaine d’Equinoxien et à la demi douzaine d’habitants des Terres de Guem. Cependant aucun d’entre eux n’entra dans ce complexe car lorsque la petite armée passa les enceintes ils tombèrent nez à nez avec plusieurs personnes. La première fut facile à identifier, Ydiane l’avait correctement décrite, il s’agissait d’un Métamage. Par contre la chose à côté ne ressemblait a rien de connu dans l’Equinoxe. Cet humanoïde mesurait près de trois mètres, une peau noire ébène, deux larges cornes en continuité d’une tête déformée aux yeux noirs fendus de jaune. Kounok eut un haut-le-cœur, un sentiment de dégoût, mais aussi de rage. Krin le retint avant que celui-ci ne parte au combat, il connaissait les Métamages et leurs pouvoirs. De plus, celui-là, il le connaissait bien pour l’avoir côtoyé un certain temps.

- Ex-général Krinistas, c’est aimable à vous d’avoir répondu à mon invitation.

- Invit...

Krinistas se tourna vers Ydiane. L’Elfine fit alors un saut en arrière, banda son arc et mit en joue le général et les Chevaliers-Dragon. Melissandre fronça les sourcils et tenta de rattraper son amie, mais Kounok lui attrapa le bras.

- Attendez...

- Oui invitation, continua le Métamage, vous vous demandez peut-être à quoi vous êtes invités. Aussi je ne vais pas vous faire attendre plus longtemps. Voyez ceci, dit-il en montrant la créature à côté de lui, il s’agit là de notre nouvelle expérimentation. Je vous laisse donc l’apprécier à sa juste valeur, je pense que vous ne serez pas déçu. L’Impératrice sera satisfaite, vaincre en même temps la résistance et ces chiens de Guemiens. C’est une bonne journée !

La créature grogna, marmonna quelques paroles s’élança directement dans la mêlé dans un bon prodigieux de plus de vingt mètres. Ydiane décocha sa flèche qui se planta dans le torse de Krin qui s’effondra aussitôt. Ce fut la cohue. Attaquée par une redoutable archère d’un côté et par un monstre en son centre l’armée se disloqua vite en deux. Melissandre et Aleshane hurlaient de ne pas tuer Ydiane et qu’elle ne pouvait pas être elle-même. Voyant qu’aucun Equinoxien ne les écoutaient elles entreprirent une échappée pour arrêter Ydiane avant qu’un de ces guerriers ne la passe par le fil de sa lame. L’Elfine n’était qu’une formalité face à la créature qui bredouillait et grognait en griffant et écrasant les Equinoxiens. Sa force était tout à fait à son image - monstrueuse - et ses opposants ne rivalisaient en rien avec la créature. Les corps volèrent et rapidement les premières morts se produisirent. Les Chevaliers-Dragon trop loin pour pouvoir agir dans l’immédiat regardèrent mieux le monstre. Kounok sentait qu’il y avait un lien avec Dragon et Néhant, les cornes ressemblaient aux siennes, les yeux à ceux de sa fille Loryana. Il sentait que la magie de Dragon était à l’œuvre, mais pas seulement, celle de Néhant aussi. Les Equinoxiens se retrouvèrent immobilisés, détroussés de leur volonté avant même que les griffes ne viennent tailler la chair. Oui cela ressemblait à Dragon, mais cela ne pouvait être lui, comment cela serait-il possible ?

- Ce n’est pas Dragon Kounok. Les mots venaient de Chimère que serrait Prophète.

Le lien entre cette arme et Dragon était fort, l’une ayant été forgée par l’autre. Une sécurité existait néanmoins car Chimère était puissante, Dragon ne voulait pas qu’elle puisse un jour se retourner contre lui. Aussi Chimère sentait qu’elle pouvait lutter contre cette créature car il ne s’agissait pas de Dragon. Kounok ordonna à son épouse et à sa fille de se préparer à affronter cette chose.

De leur côté Melissandre et Aleshane réussirent à repousser les Equinoxiens qui de rage voulaient se venger de la perte de leur chef. A présent elles faisaient face à Ydiane qui n’avait plus de flèches. Mais la partie n’était pas jouée car elle maniait la dague d’ambre avec autant de dextérité que l’arc. Aleshane fit tournoyer son bolas et l’envoya au niveau des pieds d’Ydiane puis Melissandre bondit sur elle pour lui arracher son arme et l’immobiliser. Rapidement aidée par des Equinoxiens la pauvre Ydiane se trouva bien incapable de faire quoi que ce soit. Comprenant que le monstre était trop redoutable au corps à corps les guerriers de la Résistance s’éloignèrent de lui. Seuls restèrent les Chevaliers-Dragon qui firent front commun, les armures étincelantes et les épées prêtes pour cette nouvelle bataille. Ils durent à la fois combattre la magie de Néhant mais aussi celle de Dragon réunies dans un même corps sur-gonflé de magie Equinoxienne. Mais la créature ne se laissa pas impressionner et frappa. Si les deux filles furent agiles et évitèrent les coups, tel ne fut pas le cas pour Kounok qui fut surpris de la rapidité de son adversaire. Les griffes arrachèrent l’armure et la peau de Prophète au niveau de son abdomen. Ardrakar hurla et s’interposa entre la créature et son mari tandis que Loryana s’occupait de détourner son attention.

Tout alla très vite ensuite. Beaucoup d’Equinoxiens fuirent le combat voyant qu’il était impossible d’abattre la créature, laissant là leurs alliés venus d’un monde lointain.

Melissandre se rendait bien compte que la situation n’était pas en leur faveur et qu’elle devait agir. Elle n’hésita pas une seconde. Elle arracha la fine cordelette faite de racine au bout de laquelle pendait un bijou sculpté dans de l’ambre représentant une tête de loup. Alors qu’elle le serrait fort contre sa peau une lueur verte apparut autour d’elle, au départ à peine perceptible puis de plus en plus présente. Son visage et son aspect changea, elle devint alors plus proche du loup, puis elle couru en direction de la créature avant de lui sauter dessus. Le monstre tenta de s’en dépêtrer mais l’Elfine tint bon et plaqua le bijou sur le crane de la chose.

- Je suis Melissandre de la guilde Cœur de sève, et ceci est le pouvoir de l’Arbre-Monde !!!

Le monstre hurla de douleur, le bijou à tête de loup se brisa, libérant toute la magie que Kei’zan y avait placé. Des racines poussèrent à une vitesse faramineuse fonçant vers le sol avant de se transformer en arbre. La créature tenta des les arracher mais fut vite incapable de bouger, totalement figée par le bois. Seul un morceau de son visage restait visible. Le spectacle était aussi étrange que ce monde, cet arbre grognait de rage !

La menace neutralisée Melissandre, toujours sous cette apparence de femme-loup se précipita vers Kounok qui se tordait de douleur. Loryana sanglotait à côté de lui en répétant “Tiens bon papa, Tiens bon !”. Le sang coulait abondamment sur le sol poussiéreux. L’Elfine s’agenouilla à côté du blessé et plaça ses mains au dessus de la blessure.

- Tu es notre allié Kounok le prophète je te place sous la protection de l’Arbre-Monde. Que se ferment tes blessures et disparaissent ta douleur.

Melissandre se concentra sur les blessures et celles-ci se refermèrent lentement. De toutes petites racines firent office de point de suture et Kounok n’eut plus mal. Soulagée, Ardrakar lâcha la main de son mari pour se saisir d’Azur. La colère monta vite, provoquée par le coup porté à Kounok et par l’existence même d’une atrocité. Le geste fut rapide et fort. La lame d’Azur se fraya un chemin dans la tête de la créature. Un sang noir visqueux en coula en même temps que la vie s’échappait. Et alors que la créature mourrait Ardrakar entendit un son, un mot : Merci. Etait-ce son imagination ?

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